Le protectorat français du Laos était le gouvernement fédérant les différents États peuplés par le peuple Lao, sur le territoire de l'ancien royaume du Lan Xang et de l'actuel Laos. Composante de l'Indochine française, le protectorat du Laos donne naissance en 1946 à l'État centralisé du royaume du Laos, qui accède ensuite au statut d'État associé de l'Union française. La France transfère ensuite progressivement sa souveraineté au Laos avant de reconnaître l'indépendance pleine et entière du pays à la fin de la guerre d'Indochine.
Histoire Naissance du protectorat
Le peuple Lao, issu de l'éclatement de Lan Xang, est approché par les Français lors de l'exploration du Mékong menée entre 1866 et 1868 par le français et capitaine de frégate (équivalent au grade de lieutenant-colonel) Ernest Doudart de Lagrée, et son second le lieutenant de vaisseau Francis Garnier, qui a pour but de chercher un moyen d'unir commercialement la vallée supérieure du Mékong au protectorat du Cambodge et à la Cochinchine. En 1869, les procédures pour faire du Laos un protectorat français étaient presque abouties, mais en 1870-1871, la guerre de la France contre la Prusse va retarder l'élaboration de ce projet d'une quinzaine d'années au moins, durant laquelle la France sera absente de la région. En 1885, un différend éclate entre la France et le royaume de Siam (actuelle Thaïlande). Le Siam, déjà suzerain du royaume de Luang Prabang et de l'ancien royaume de Vientiane, cherche à s'étendre sur les territoires Lao et à résister aux expansionnismes du Royaume-Uni, présent en Birmanie, et de la France, qui a établi son protectorat sur l'Annam. Le roi de Siam Chulalongkorn revendique ouvertement plusieurs provinces d'Annam, et vise à annexer Luang Prabang. Le , la France signe avec le Siam une convention provisoire qui reconnaît implicitement l'autorité de ce dernier sur le pays LaoCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 60-64.
thumb|left|Le roi Oun Kham.
À la fin 1886, Auguste Pavie est nommé vice-consul à Luang Prabang et explore le pays, reliant Luang Prabang à Hanoï, concluant au potentiel du pays Lao et à sa possibilité de devenir une terre française. En 1888, les pirates chinois Hos, issus des Pavillons noirs, entrent en guerre contre le Siam et contre son vassal de Luang Prabang, et mettent la ville à sac. Pavie intervient alors avec ses hommes : l'un de ses serviteurs cambodgiens organise l'évacuation de la famille royale sur une chaloupe à travers le Mékong. Appelés à l'aide par Pavie, les troupes françaises arrivées de Hanoï libèrent Luang Prabang. Le roi Oun Kham propose alors à Pavie de substituer à Luang Prabang le protectorat de la France à celui du Siam. Pavie requiert l'aide du gouvernement français pour contrer la présence siamoise, aboutissant le à la signature d'une nouvelle convention visant à délimiter les frontièresCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 66-67. left|thumb|Auguste Pavie. Après plusieurs incidents entre la France et le Siam, un ultimatum adressé par Pavie le , et la guerre franco-siamoise de 1893, le Siam finit par accepter de reconnaître, par le traité du , les droits français sur la rive gauche du Mékong. Auguste Pavie est nommé un temps résident à Bangkok : il continue d'explorer les pays lao, qu'il met sous tutelle française, sous forme d'un pays baptisé Laos, et dont il devient commissaire général jusqu'à son départ en 1895. La capitale du Laos français est établie à Vientiane : la maison royale de Luang Prabang conserve cependant ses prérogatives, accueillant un vice-consulat permanent, et un résident supérieur. Le Laos est ensuite divisé en deux territoires, le Haut et le Bas-LaosCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 67-68. Le , la France et le Royaume-Uni s'accordent sur le tracé des frontières entre la Birmanie britannique et le Laos français.
Réorganisation administrative
Le , le budget du Laos est intégré au budget général de l'Indochine française, créé par le gouverneur Paul DoumerAgnès d' Angio, Schneider & Cie et les travaux publics (1895-1949), Ecole Nationale Des Chartes, 1996, page 74. Le , le Haut-Laos et le Bas-Laos sont placés sous l'autorité d'un résident supérieur, subordonné au gouverneur général et installé à VientianePierre Brocheux et Daniel Hémery, Indochine : la colonisation ambiguë 1858-1954, La Découverte, 2004, page 71. Le Laos est ensuite réorganisé en dix provinces : le royaume de Luang Prabang garde un régime spécial de protectorat, le roi conservant le pouvoir de légiférer, entouré d'un conseil de dignitaires, mais encadré d'un commissaire du gouvernement et de fonctionnaires français, qui représentent le gouvernement général. Les neuf autres provinces, dotées du statut de principautés, sont placées sous l'administration directe de résidents français. Le Laos adopte le système d'imposition français, les taxes étant payées en piastres ou, dans les régions sans monnaie, en nature, par exemple en journées de corvée. L'administration indigène reçoit en guise de traitement un pourcentage sur les taxes ou les amendesCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 69-72. Chaque province est sous la responsabilité d'un « résident » assisté d'un fonctionnaire chargé des affaires administratives et financières et d'un militaire qui commande le contingent provincial de la garde indigèneMartin Stuart-Fox, A History of Laos, Cambridge University Press, 1997, ,
En 1904, un nouveau traité avec le Siam remet au Laos les territoires du royaume de Luang Prabang situés sur la rive droite du MékongPierre Montagnon, La France coloniale, tome 1, Pygmalion-Gérard Watelet, 1988, page 180 (correspondant à peu près à l'actuelle province de Sayaboury). En 1905, un décret du gouverneur général fixe la frontière entre le Laos et le Cambodge dans la province de Tonlé Repou. En 1907, un nouveau traité avec le Siam lui rétrocède le district de Dan SaiLaos under the French, U.S. Library of congress.
Le de l'Indochine française
thumb|Le roi Sisavang Vong, monarque de Luang Prabang à partir de 1904.
Faiblement peuplé ( habitants en 1900) le protectorat du Laos présente une économie chroniquement déficitaire, compensée par le budget général de l'Union indochinoise. Pour remédier au sous-peuplement du pays et améliorer ses infrastructures, la France fait appel à une main-d'œuvre vietnamienne, importée notamment depuis le Tonkin. Ouvriers, commerçants, artisans, cadres et fonctionnaires vietnamiens prennent rapidement une part prépondérante dans l'économie et le fonctionnement du protectorat laotien, entraînant parfois des frictions avec les indigènes locaux. Le Laos ne réalise pas d'exportations, malgré des tentatives de développer la distillerie d'alcool de riz ou l'élevage de vers à soie. La riziculture demeure peu développée, et les Français ne consentent que des efforts limités pour améliorer les infrastructures et l'enseignement. Géographiquement isolé et nettement plus pauvre que les autres pays de l'Indochine française, le Laos attire peu les colons : seuls 574 Européens s'y sont installés en 1937, les fonctionnaires représentant l'essentiel de la présence françaiseCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 72-76.
La mise en place du protectorat a été pacifique, et la monarchie de Luang Prabang s'accommode bien d'une tutelle française qu'elle a réclamée à l'origine. Mais certaines minorités ethniques n'acceptent pas le protectorat français, qui s'appuie essentiellement sur les Lao et les autres ethnies Taïs, sans compter les Viêts. Les minorités ne jouissent guère des bienfaits du protectorat et ne voient pas l'intérêt de faire des corvées, de payer des taxes, d'abandonner leurs traditions séculaires et de renoncer à leurs trafics commerciaux dont celui de l'opium et des esclavesPaul Lévy, Histoire du Laos, PUF, 1974, .
Dès 1901, des soulèvements éclatent dans le sud du pays, dans le plateau des Bolovens au sein de tribus Lao Theung. les instigateur de la rébellion sont connus sous le nom de Pho-Mi-Boun (Maîtres qui ont de la chance). Le caractère de cette révolte a été qualifié de millénariste ou messianiqueStuart-Fox, . Son chef le plus connu est Bak-Mi, appelé par ses partisans Ong Kaeo de l'ethnie Alak. Le mouvement s'étend alors jusque dans la région de Kon Tum au Việt Nam et dans la vallée du Mekong où il connaît un certain succès parmi les Lao loum. Le gros des troubles dure jusqu'en 1907, mais ce n'est que vers 1936 que le sud-Laos est considéré par les Français comme entièrement soumis. Le chef Boloven Kommadan est considéré comme l'héritier de cette révolteStuart-Fox Paul Lévy, Histoire du Laos, PUF, , 1974,
De 1899 à 1910, des troubles existaient au nord du Laos dans la province de Phongsaly, près de la frontière chinoise où l'autorité des chefs Lü était affaiblie par la nouvelle organisation administrative qui les faisait dépendre des autorités lao. Le nom de Vanna Phou (ou Vanna Phoum) est associé à ces révoltesStuart-Fox, . En 1914, Un groupe de plusieurs dizaines de Chinois HÔ et de minorités montagnardes thaïes s'empare de Sam Neua et tuent le résident français. La révolte s'étend aux hauts plateaux du Vietnam et à la province de Phong Saly, et elle touche l'ensemble des ethnies présentes dans ces régions, notamment les Khmu et les Lü, mais pas les Hmong qui sont présents jusqu'en 1916 parmi les 2500 hommes des troupes coloniales employées pour venir à bout de la révolte. Une des causes de la révolte est le monopole instauré au bénéfice de la Régie de l'opium française et qui lèse les Hô qui faisaient du commerce de l'opium. Les Thaïs ne sont pas concernés par l'opium, mais se sont révoltés à cause de la lourdeur de l'imposition.
Toujours dans le nord du Laos, une révolte des Hmongs - connue sous le nom de guerre du Fou - éclate en 1919Carine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, pages 76-77Stuart-Fox, . Les Hmong sont les principaux producteurs d'opium au Laos, mais l'opium n'intervient pas dans les motivations de l'animateur de la révolte, Pachai, qui sont tout autant anti-lao qu'anti-françaises. Les révoltés Hmong ne supportent pas d'être subordonnés à d'autres groupes ethniques. Les autorités françaises et la Garde indigène viennent à bout de la révolte en . Après la révolte, les Français donnent plus d'autonomie aux Hmongs sous la forme de la nomination d'un « tasseng » (chef de district) hmong dans la région de Xieng Khouang. Touby Lyfoung, élu tasseng de Nong Het en 1938 sera plus ou moins reconnu comme le représentant des Hmongs par les autorités françaises et par le roi de Luang-Prabang.
La France continue de moderniser l'organisation du pays, créant en 1923 une assemblée consultative, et réformant l'administration. Une école de droit et d'administration est mise en place pour former les fonctionnaires lao : ceux-ci demeurent cependant moins utilisés par l'administration française que les fonctionnaires viêts ; seuls quelques fils de bonne famille lao sont appelés à tenir des rôles significatifs dans l'administration et la vie économique du protectoratCarine Hahn, Le Laos, Karthala, 1999, page 77.
L'évolution du protectorat pendant la Seconde Guerre mondiale