Le Tibet n'a jamais été un pays isolé ou étanche aux influences extérieures. Dans le passé, la culture indienne et la culture chinoise ont modifié la contrée Heather Spence, British Policy and the 'development' of Tibet 1912-1933, Doctor of Philosophy thesis, Department of History and Politics, Faculty of Arts, University of Wollingong [Australia], 1993, : ..

Les interventions armées britanniques au Tibet politique à la fin du et surtout au début du se soldèrent par l'ouverture de la région à l'influence de l'Inde britannique et, partant, de la Grande-Bretagne Robert Webster Ford (page Internet qui est consacrée à l'homme et à ses mémoires) : . La Convention de Simla en 1913 accordait à la Grande-Bretagne une influence prépondérante en plus de privilèges commerciaux et du territoire connu aujourd'hui sous le nom d'Arunachal Pradesh Melvyn C. Goldstein, The Demise of the Lamaist State, in Alex C. McKay (ed.), The History of Tibet. The Modern Period: 1895-1959. The Encounter with Modernity, RoutledgeCurzon, 2003, , en part. : .

Selon Heather Spence, sous le parapluie de l'influence britannique, la période 1912-1933 vit l'apparition, dans le cadre des rapports anglo-tibétains, d'un mouvement en faveur de l'indépendance et de la modernisation, mais non sans un déclin progressif dans les années qui suivirentHeather Spence, op. cit., p. iv : . Selon sir Charles Bell, à partir de 1925, le dalaï-lama manifesta sa résolution à éviter les Britanniques et à entrer en contact directement avec les Chinois, et en 1926, l'influence britannique avait grandement diminuéSir Charles Bell, Biography of the 13th Dalai Lama, traduction de Feng Qiyou et al., Académie des sciences sociales du Tibet, 1985, pp. 365-366 in Le Statut du Tibet de Chine Dans L'histoire : ..

En 1950 lors de l'intervention militaire chinoise au Tibet, le Tibet lance un appel aux Nations unies, dont les Britanniques discutent à la Chambre des communes le , mais souhaite tenir compte de la position de l'Inde qui, pour conserver un rôle de médiateur et réduire les tensions, se prononce pour un ajournement de l'Appel.

Historique Selon Tao Changsong, directeur adjoint de l'Institut de recherche sur le Tibet contemporain relevant de l'Académie des sciences sociales du Tibet, la Grande-Bretagne a commencé au XVII siècle « à dépouiller massivement le Tibet de ses produits comme la laine, le poil de bœuf, le duvet des bovins et ovins, le musc et divers médicaments bruts à travers l'établissement de la Compagnie des Indes et des traités inégaux imposés au gouvernement chinois des Qing »Tao Changsong (directeur adjoint de l'Institut de recherche sur le Tibet contemporain relevant de l'Académie des sciences sociales du Tibet), Quel rôle a joué l'Occident avant et après la rébellion tibétaine en 1959 ?.

Le Grand Jeu

thumb|right|Le marquis Curzon de Kedleston Dans le cadre du Grand Jeu, la Russie impériale et la Grande-Bretagne s'opposent en Asie au . L'empire russe, puissance continentale, cherche à consolider ses acquis de la Mer Noire depuis la fin du , acquis obtenus grâce à ses victoires sur l'Empire ottoman, tout en s'étendant vers le Caucase et l'Asie centrale au long du . L'Empire britannique cherche à étendre l'Empire des Indes, et y protéger ses intérêts. Les Russes comptent utiliser le Tibet pour se rapprocher des marchés sud-asiatiques alors que les Britanniques espèrent une ouverture vers le marché chinoisLaurent Deshayes, Le monde de Clio : L’enjeu tibétain au .. Les Russes – les premiers à faire une tentative – essuient un échec.

Selon un auteur se présentant comme un diplomate américain, écrivant sous le pseudonyme de « John MacGregor » dont l'identité est inconnuehttps://www.jstor.org/stable/pdf/1870600.pdf , des preuves explicites des intérêts miniers de la Russie au Tibet furent découverts dans une publication chinoise en date du , décrivant un traité en 8 points avec le Tibet et la Chine. L’accord donnait des droits d’exploitation importants à la Russie, et à la Chine 10 % de royalties sur les bénéfices ainsi que le droit d’être informée de l’ensemble des opérations minières russes. Par d’autres canaux secrets du gouvernement chinois, les britanniques apprirent que cinq agents russes s’étaient rendus à Lhassa et avaient obtenu un accord avec l’amban chinois en John MacGregor, Tibet - A Chronical of Exploration, London 1970, : .

En 1903 Lord George Curzon, vice-roi d'Inde, et Sir Francis Younghusband, sont tous les deux convaincus que la qui menacent les intérêts britanniques en Inde, et soupçonnent Agvan Dorjiev, un Bouriate sujet russe proche du dalaï-lama, de travailler pour le gouvernement russe Patrick French , 188. (1994). Flamingo, Londres . Martin Saxer (2004). , 37. Université de Zurich. Consultable en ligne, ce qui sert de prétexte pour l'invasion britannique du Tibet en 1904.

Des rumeurs courent également selon lesquelles Dorjiev est responsable de l'arsenal de Lhassa et qu'il dirige des opérations militaires depuis le fort de Gyangzê Dong Patrick French. , 233. (1994). Flamingo, Londres. .. Il apparaît finalement que ces rumeurs sont sans fondement : rien ne prouve que Dorjiev est un agent du tsar, même si, à plusieurs reprises, il a été envoyé comme ambassadeur du dalaï-lama pour essayer d'obtenir le soutien de la noblesse russe Patrick French. , 241. (1994). . ..

Les négociations avec la Chine (1876-1893) et le Tibet (1899-1904)

En 1876, les Britanniques négocient avec la Chine un droit de passage sur le territoire tibétain lors de la convention de Chefoo. En 1890, le traité sur le Sikkim, signé à Calcutta, détermine la frontière entre le Sikkim et le Tibet.

En 1788 et 1791, les Gurkhas envahissent le Tibet. Ce dernier, demande de l'aide à l'empereur Qianlong, qui y envoie des armées pour rétablir le dalaï-lama. Il lui associe alors un résident Qing (l'amban) et une garnison. En 1792, il émet un décret en qui resserre le contrôle chinois sur le TibetMelvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, chapter The Imperial Era, p. 19 : .. La monnaie tibétaine, jusqu'alors produite au Népal, est désormais produite en Chine.

En 1893, le « » autorise le commerce britannique au TibetStéphane Guillaume, La question du Tibet en droit international. Convention Between Great Britain and China Relating to Sikkim and Tibet (1890)..Londres obtient l'ouverture d'un comptoir commercial à Yatung. Les marchandises seront exemptées de taxes jusqu'en 1899, date prévue de la révision du traitéLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, p. 223 .. thumb|Paire de timbres de l'Inde britannique oblitérés le à Lhassa (où séjournèrent entre le et le les militaires britanniques du lieutenant-colonel Francis Younghusband) Prenant conscience que les Chinois sont dans l'incapacité de faire appliquer ces accords par les Tibétains., les Britanniques décident de négocier directement avec le gouvernement tibétain. Lord Curzon, vice-roi des Indes de 1899 à 1905, déclare :

« Nous considérons la prétendue suzeraineté de la Chine sur le Tibet comme une fiction constitutionnelle »Claude Arpi, Tibet : le pays sacrifié, Calmann-Lévy, 2000 ..

Assuré de l'inertie des Russes aux prises avec l'Empire japonais en Extrême-Orient lors de la guerre russo-japonaise ( – ), il tente de prendre contact avec le gouvernement du Tibet, mais ce dernier ne répond pas.. Aussi, en 1903, les Britanniques répondent-ils par une mission diplomatique appuyée par une force militaire commandée par Francis Younghusband. Quand cette expédition militaire atteint la capitale Lhassa, Thubten Gyatso ( dalaï-lama) a déjà fui à Urga – la capitale de la MongolieNote : Un Traité d'amitié et d'alliance entre le Gouvernement de Mongolie et le Tibet sera signé en 1913., accompagné du Russe bouriate Agvan Dorjiev Dorjieff. Il y est reçu par le Bogdo Gegen et les représentants russes. La Russie, en guerre contre le Japon, ne peut pas intervenir au Tibet.

Selon Hugues-Jean de Dianous, le corps de troupe anglo-indien n'est retiré qu'après la signature d'une convention, le traité de Lhassa de 1904Hugues-Jean de Dianous, Le Tibet et ses relations avec la Chine, Politique étrangère, vol. 27, année 1962, No 1, pp. 38-72, : ..

La convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet (1904)

thumb|L'amban Youtai () et Younghusband en 1904

Conclue à Lhassa le entre les Britanniques et le gouvernement tibétain, la convention entre la Grande-Bretagne et le Tibet donne aux Britanniques des privilèges économiquesConvention entre la Grande-Bretagne et le Tibet, article II : « Le gouvernement tibétain s'engage à établir sur-le-champ à Gyangtsé et Gartok des marchés auxquels tous les sujets britanniques et tibétains auront accès de plein droit, comme à Yatoung ». et un droit de regard dans les affaires intérieures tibétainesConvention entre la Grande-Bretagne et le Tibet, article IX : « Le gouvernement tibétain s’engage, hormis les cas où il aura obtenu l’autorisation préalable du gouvernement britannique, a) à ne céder, vendre, louer, hypothéquer ou laisser occuper, de quelque manière que ce soit aucune portion du territoire tibétain au bénéfice d’une quelconque puissance étrangère ; b) à ne permettre à aucune de ces puissances d’intervenir dans les affaires tibétaines ; c) à n’admettre au Tibet aucun représentant ou agent d’une puissance étrangère ; d) à n’accorder à aucune puissance étrangère ou aucun sujet d’une puissance étrangère la concession de chemins de fer, routes, télégraphes, mines ou autres droits. Au cas où de telles concessions seraient accordées, des concessions analogues devront être accordées au gouvernement britannique ».. Par ailleurs la Grande-Bretagne occupera la vallée de Tchoumbi jusqu'à la fin du règlement par le Tibet d'une indemnité financière de de roupies à raison d'un lack par an (soit une occupation envisageable de ).

Selon Laurent Deshayes, ce traité place le Tibet dans la « zone d'influence britannique » et reconnaît « de facto l'État tibétain comme politiquement séparé et libre de toute tutelle chinoise », annulant ainsi les accords de 1890 et 1893 entre la Chine et les BritanniquesLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, Fayard, 1997, .. Le traité est ratifié par le vice-roi et gouverneur-général des Indes, au Conseil de Simla, le , réduisant l'occupation de la vallée de Tchoumbi, et des 2/3 l'indemnitéConvention entre la Grande-Bretagne et le Tibet.. Cet accord anglo-tibétain n'est pas signé du pouvoir impérial chinois (alors mandchou). Laurent Deshayes indique que « la présence de l'officiel mandchouNote : représenté par l'amban chinois You Tai. est « symbolique, au même titre que celle des délégués bhoutanais et népalais ». Selon Claude Arpi, directeur du pavillon tibétain d'Auroville, l'amban proposa sa médiation, mais Younghusband refusaClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, page 106..

Pour Jean Dif, « cet accord, négocié sans la participation des Chinois, est parfois interprété comme une reconnaissance implicite de l'indépendance du Tibet par les Anglais; on verra que cette interprétation est néanmoins contredite par d'autres accords, dans lesquels la suzeraineté de la Chine sur le Royaume des Neiges est explicitement reconnue par le cabinet de Londres ».. Selon Lung Chang, sans ratification chinoise, le traité de Lhassa n'a aucune valeur juridiqueLung Chang (docteur ès lettres de l'Université de Fribourg (Suisse)), La Chine à l'aube du , Nouvelles éditions latines, Paris, 1962, ..

Le traité de Pékin (1906)