Félix Tournachon, dit Nadar, né le 5Bulletin polonais littéraire. ou le Nadar / Ministère de la Culture / Archives de France.Annuaire de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques.. à Paris et mort le dans la même ville., est un caricaturiste, écrivain, aéronaute et photographe français.
Il publie à partir de 1854 une série de portraits photographiques de personnalités contemporainesParmi lesquels Daniel-François-Esprit Auber, Pierre-Joseph Proudhon, Michel Bakounine, Théodore de Banville, Charles Baudelaire, Hector Berlioz, Sarah Bernhardt, Jean-Baptiste Camille Corot, Gustave Courbet, Gustave Doré, Alexandre Dumas, Jules Favre, Loïe Fuller, Constantin Guys, Victor Hugo, Émile Zola, George Sand, Zadoc Kahn, Charles Le Roux, Franz Liszt, Stéphane Mallarmé, Édouard Manet, Guy de Maupassant, Gérard de Nerval, Jacques Offenbach, les frères Élie et Élisée Reclus, Gioachino Rossini, Hector de Sastres, Jules Verne, Richard Wagner, Gustave Bourdin et Paul Julius Reuter..
Surtout connu pour son rôle de photographe, il est originellement caricaturiste et publie ses écrits sous forme de romans, nouvelles, poèmes en prose, brèves de comptoir, témoignages, plaidoiries ou portraits littéraires.
Le pseudonyme Nadar avait d'abord été utilisé par une société constituée autour de son frère cadet Adrien Tournachon sous les formes Nadar jeune et Nadar jne, provoquant parfois la confusion. Un arrêt de la Cour impériale de Paris lui a restitué en 1857 la propriété exclusive de ce pseudonyme, sous lequel il signera ses écrits et qui sera utilisé par son atelier photographique sous la gouverne de son fils Paul.
Biographie Enfance et éducation Nadar naît au 195, rue Saint-Honoré. (ancien arrondissement de Paris, arrondissement actuel)L’état civil reconstitué de la ville de Paris porte la date du 2 raturée et remplacée par un 6, l'inscription gravée sur le tombeau familial du père Lachaise indique le comme date de naissance..Photographie de la tombe au cimetière du Père-Lachaise sur www.parisrevolutionnaire.org.. Nadar jeune se définit lui-même comme .
Ses parents étaient d'origine lyonnaise. Son père, Victor Tournachon-Molin, commence son activité à Lyon chez l'imprimeur Molin, dont son père a épousé la fille. Privé de son brevet d'imprimeur par les décrets impériaux de 1810, Victor Tournachon-Molin, fouriériste, s'installe comme libraire à Paris, où il vit en union libre avec une jeune Lyonnaise, Thérèse Maillet, qu'il épousera en 1827 après la naissance de ses fils Félix et Adrien. Le jeune Félix fréquente différents internats de la région parisienne, alors que son père connaît des revers de fortune. Il étudie notamment au collège Bourbon devenu le lycée Condorcet.
Contrairement à ce qu'affirment plusieurs sources« Félix Tournachon dit Nadar (1820-1910) », Les Annales des Mines / Revue des Ingénieurs, mai 1960.J. Malbos, « En souvenir de Camille Flammarion », L'Astronomie, Vol. 69, .Réunion des musées nationaux., il n'a jamais fréquenté l'École des mines de Saint-ÉtienneC'est en fait Pierre Marcellin Tournachon, né à Lyon le , fils de Louise Grillet et d’Alban Tournachon, garde-magasin des tabacs en feuilles résidant à Strasbourg, qui fut diplômé de la promotion 1837. Il fut ensuite employé au chemin de fer Nîmes Montpellier à Beaucaire puis « peintre en Moselle » (sources : Associations des anciens élèves des Mines de Saint-Étienne, archives départementales de la Loire).. Félix commence en réalité des études de médecine à LyonGaspard-Félix Tournachon, dit Nadar, Archives de France.. À la mort de son père en 1837Acte décès Victor Tournachon, archives de Lyon ()., il se voit obligé d'y renoncer pour de la famille, dont il a désormais la charge et qui comprend son frère, Adrien Tournachon, plus jeune de cinq ans, et sa mère.
vignette|Animation tirée des 12 images de « l’autoportrait tournant » de Nadar ci-dessus. Ayant travaillé dans différentes rédactions de journaux lyonnais avant de revenir s'installer à Paris, il effectue divers travaux dans les « petites feuilles » de la presse parisienne. Il collabore à la fondation par Polydore Millaud d'un journal judiciaire, L'Audience, et fréquente le milieu de la jeunesse artistique popularisé par le roman de Murger : Scènes de la vie de bohème. Il commence à y côtoyer Gérard de Nerval, Charles Baudelaire et Théodore de Banville. Ses amis artistes le surnomment « Tournadar » à cause d'une mode répandue dans la jeunesse rebelle vers 1840 de rajouter à la fin de certains mots la terminaison « dar ». Vers 1838, une abréviation transforme ce surnom en pseudonyme « Nadar » Lettre de A.Lefranc, ..
Il subsiste difficilement en écrivant des romans et en dessinant des caricatures. Grâce à l'aide financière d'un ami, il se lance, à 19 ans, dans l'aventure de la création d'une revue se voulant prestigieuse, Le Livre d'or, dont il devient le rédacteur en chef. Grâce à ses relations, il s'assure la collaboration de personnalités, dont Balzac, Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Gavarni et Daumier. Le journal s'arrête après trois numéros.
Caricatures vignette|gauche|Autoportrait de Tournachon tournant. vignette|redresse|Nadar, série Autoportrait « tournant » (vers 1865), Paris, Bibliothèque nationale de France. vignette|redresse|Balzac caricaturé par Nadar en 1850, Paris, BnF..|alt=Dessin de Balzac en pied, où la tête est grossie. vignette|redresse|« Une théorie photographique », par Nadar (1856). Après cet échec, Tournachon reprend du service dans les gazettes comme caricaturiste, tout en continuant à publier des nouvelles et des billets fantaisistes. À la veille de la révolution de 1848, son premier dessin-charge est publié dans le journal Le Charivari.
Le , il s'engage avec son frère cadet dans la légion polonaise. Son passeport est au nom de « Nadarsky ». Il est fait prisonnier et confiné dans une mine, puis il refuse le rapatriement gratuit et revient à pied. Deux mois plus tard, il revient à Paris après un long voyage lors duquel il est arrêté en Saxe par des représentants du gouvernement prussien.
Rapidement après son retour, il est engagé comme agent secret par l'éditeur Jules Hetzel, alors chef du cabinet du ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire. Sa mission est de se renseigner sur d'éventuels mouvements de troupes russes à la frontière prussienne.
De retour à Paris, il reprend ses activités de caricaturiste auprès de petits journaux, tandis que sa renommée s'établit peu à peu. Il collabore notamment à La Revue comique à l'usage des gens sérieux, lancée à l'initiative d'Hetzel, puis au Journal pour rire pour lequel il fait venir de Lyon son cousin Gilbert Randon. À partir de 1850-1851, il s'attelle à un grand projet républicain de Musée des gloires contemporaines, pour lequel, avec l'aide de plusieurs collaborateurs, il rencontre les grands hommes du moment afin d'en faire le portrait dessiné. L'ensemble de ce travail concerne plus de 300 personnalités de l'époque sur un total de plus de et constitue une galerie qui, espérait-il, devait lui apporter la notoriété, sous le nom de Panthéon Nadar en quatre planches lithographiées, dont une seule fut tirée en 1854, l'année où il se lance officiellement dans la photographiePanthéon Nadar, Metropolitan Museum of Art..
Il n'hésite pas à caricaturer sa propre activité de photographe. Par exemple, dans le du Petit journal pour rire dont il était rédacteur en chef, il signe une caricature sur la une dont le titre est « Une théorie photographique », avec pour commentaire :
Illustrations Les Binettes contemporaines Jean-Louis-Auguste Commerson, Les binettes contemporaines, 1855.. vignette|Nadar par Nadar- Extrait des Binettes Contemporaines. Les Rêveries d'un étameur. vignette|Nadar illustrateur de la Bibliothèque Drolatique Les petites affiches du Tintamarre…, par Joseph Citrouillard, revues par Commerson, pour faire concurrence à celles d'Eugène de Mirecourt, portraits par Nadar, 10 vol., 1854-1855.
Photographie vignette|redresse|gauche|Affiche publicitaire pour Tournachon, Nadar jeune et Cie, artistes photographes par Lorentz figurant Deburau (1856, lith., BNF). vignette|redresse|Revers d'une carte de visite de 1874 et l'adresse rue d'Anjou et les correspondantes M.M. Luckhardt et W. Damry.
Sa nouvelle aisance lui permet d'emménager dans un pavillon mansardé du 113, rue Saint-Lazare à Paris, où il peut disposer d'un jardin d’hiver bénéficiant de la lumière naturelle. Il se met alors à la photographie, créant la plupart de ses œuvres dans ce jardin.
À partir de cette époque, la technique du portrait est maîtrisée et les travaux sont de qualité, les prix évoluent donc à la baisse. De nombreux ateliers photographiques ouvrent et les personnalités n'hésitent pas à « se faire tirer le portrait ». Ce sont ces œuvres que l'on retrouve dans les papeteries sous forme d'estampes et de photographies.
Le , il se marie à Paris avec Ernestine Constance LefèbvreActe mariage État civil reconstitué Paris ()., jeune femme issue d'une riche famille protestante. Après le mariage, il continue d'offrir l'hospitalité à ses nombreux amis, comme à l'époque de la bohème. Le pseudonyme « Nadar » fut utilisé pendant quelque temps par son frère cadet Adrien Tournachon pour ses photographies, sous les formes « Nadar jeune » et « Nadar jne ».. Cette signature provoqua la confusion et fut la cause d'un procès. entre les deux frères, de à , qui permit à Félix d'être le seul utilisateur du pseudonyme. Ce procès fut l'un des premiers de ce genre, sur le statut d'auteur photographe. Son fils, Paul, réutilisa plus tard le pseudonyme avec la permission de son père.
Nadar souhaite que l'appareil photographique puisse être emporté à l'extérieur et en voyage, aussi facilement que le chevalet du peintre. Il commence à expérimenter la photographie embarquée dans un ballon. Il est donc, dès 1858, le pionnier de la photographie aérienne, avec ses vues du Petit-BicêtreNadar, Quand j'étais photographe, Caroline Laroche (commentaires), éditions A Propos, 2017, .. Daumier représente Nadar opérant avec difficulté lors d'une ascension aérienne, avec cette légende prémonitoire : Nadar, élevant la photographie à la hauteur de l'Art le .
En 1860, manquant de place, Nadar déménage de la rue Saint-Lazare au 35 boulevard des Capucines. Il fait installer au fronton de son immeuble une immense enseigne, dessinée par Antoine Lumière et éclairée au gaz. Le , s'ouvre dans cet atelier la « première exposition des peintres impressionnistes ».
vignette|redresse|Photographie des Catacombes de Paris, avec utilisation de lumière artificielle. Le temps de pose nécessaire est de 20 minutes, ce qui explique l'utilisation de mannequins.
Il expérimente l'éclairage à la poudre de magnésium, plus facile à brûler qu’en bloc. Complexe à mettre en œuvre, ce procédé, qui consiste à brûler de la poudre de magnésium, s’avère très dangereux car le magnésium est inflammable et dégage beaucoup de fumée. De plus, le déclenchement du flash se faisant manuellement, il arrivait qu'il soit désynchronisé. Nadar tente ensuite une nouvelle expérience qu'il décrit dans son livre Quand j‘étais photographe :
Il effectue une démonstration pour le journal La Presse scientifique et dépose le brevet de photographie à la lumière artificielle en . Nadar est conscient de la portée de son invention. Désormais, il est possible de révéler au public le monde souterrain. Il le prouve en s'attaquant à un nouveau chantier : la photographie des sous-sols de Paris, c'est-à-dire les catacombes et les égouts.
En , la première exposition des peintres impressionnistes se tient dans son ancien studio. On lui en a souvent attribué l'organisation, mais il ne fait que louer le lieu. Il est possible, mais non prouvé, qu'il ait cependant demandé à son locataire d'abriter les impressionnistes.