La bataille du cap Spartel (Espartel en espagnol) est un affrontement naval qui opposa le dans le détroit de Gibraltar deux navires de guerre nationalistes à deux autres du camp républicain.
Contexte
Au début de la guerre civile espagnole, le , la plus grande partie de la flotte de guerre resta dans le camp républicain. Cette flotte étant essentiellement concentrée en Méditerranée occidentale, avec Carthagène pour port d’attache, sa mission initiale consista à interdire le passage du détroit de Gibraltar aux troupes professionnelles (Légion espagnole et regulares) stationnées au Maroc espagnol qui s’étaient toutes ralliées à la rébellion. Elle s’acquitta de cette mission avec une efficacité pour le moins douteuse, la faiblesse des effectifs transportés étant davantage due à la pénurie des moyens dont disposaient les nationalistes qu’à l’action de la flotteLe conseiller naval soviétique devait d'ailleurs déclarer plus tard que « les navires républicains ne firent pas leur devoir - ..
Le , surestimant les capacités de ses forces navales, ou sous-estimant celles de l’adversaire, le gouvernement donna l’ordre au gros de la flotte de Méditerranée de gagner la mer Cantabrique afin de porter secours aux forces républicaines qui venaient d’être défaites à Saint-Sébastien, à Irun et à Fontarrabie, et de briser le blocus qu’imposait les quelques navires mutinés à la côte Nord, privant d’approvisionnements les villes de Bilbao, Gijón et Saint-Sébastian. Il ne laissa en protection du détroit de Gibraltar que les destroyers Almirante Ferrandiz et GravinaFernando y Salvador Moreno de Alborán y de Reyna, La guerra silenciosa y silenciada, Historia de la campaña naval durante la guerra de 1936-39, Tomes I et II , Madrid, 1998. .
La flotte de secours, composée du cuirassé Jaime I, des croiseurs Libertad et Cervantes, de sept destroyers (Almirante Valdés, Almirante Antequera, Almirante Miranda, Escaño, José Luis Díez, Lepanto y Lazaga) et de trois sous-marinsCinq autres sous-marins se trouvaient déjà sur place. fut aperçue le à 22h30 par la vigie de Ceuta alors qu’elle naviguait plein ouest et, le lendemain 22, par le croiseur allemand Nuremberg, alors qu’elle remontait plein Nord le long des côtes du Portugal. Elle ne put être localisée le 23 et le par les hydravions Cant Z 501 envoyées de Cadix ou de Marin (Pontevedra), mais, ce même jour, un autre hydravion envoyé depuis El Ferrol finit par la repérer vers 13h00 à 120 milles nautiques au Nord du cap Ortegal (Nord de la Corogne), faisant route plein Est. left|thumb|Le croiseur nationaliste Almirante Cervera (lors d'essais en 1927). Dès le repérage du Jaime I, l’état-major nationaliste avait décidé de profiter du départ de la flotte républicaine de Méditerranée pour y envoyer les deux croiseurs Canarias et Almirante Cervera, qui stationnaient alors dans le port d’El Ferrol, afin de protéger un convoi entre Ceuta et Algésiras et même d’aller bombarder une usine de chlore près de Valence. L’état-major républicain n’avait pas négligé cette possibilité mais il avait estimé que ces deux navires n’étaient pas en mesure de combattre. En effet, le Canarias était un bâtiment tout neuf, n’ayant pas encore toute son artillerie opérationnelle, son équipage étant par ailleurs constitué de phalangistes sans expérience maritime et d’officiers peu familiarisés avec le navire ; l’Almirante Cervera quant à lui, qui revenait d’une campagne le long de la côte Cantabrique, avait d’importantes avaries sur ses chaudières et, de plus, son artillerie principale demandait à être remise en état après avoir tiré plus de mille coups sur Gijon et les forts de la frontière. Compte tenu de leur état, les deux navires nationalistes ne purent appareiller que le et ils quittèrent la baie d’El Ferrol seulement dans la nuit, tous feux éteints, afin de ne de ne pas être repérés depuis les berges, les horaires des ouvriers de l’arsenal n’ayant par ailleurs pas été modifiés, ceci afin de ne pas attirer leur attention. Une fois en pleine mer, les deux navires mirent cap au Sud et le Canarias effectua alors quelques tirs de réglages de ses quatre tourelles de , ces essais mettant d’ailleurs en évidence la faible dispersion des tirs. Les seules informations sur l’ennemi dont disposaient les nationalistes était la présence permanente d’un destroyer républicain au Nord du Cap Spartel et d’un autre à l’Est de la pointe d’Almina (Ceuta) ; ils savaient aussi que deux ou trois sous-marins basés à Malaga alternaient une présence au large de la pointe de l’Europe (Gibraltar). À ce moment, et bien que le blocus des ports de Ceuta, Cadix et Huelva ait cessé depuis le passage dans l’Atlantique de la plus grande partie de la flotte républicaine, l’immobilisation des bateaux de transports dans ces ports était complète.
Comparaison des navires : Caractéristiques Canarias Almirante Ferrándiz Almirante Cervera Gravina Type Croiseur Destroyer Croiseur Destroyer Classe Canarias Churruca Almirante Ferrándiz Churruca Mise en service 1929 1928 1936 Déplacement (t) Longueur (m) 193,9 101 176,62 101 Largeur (m) 19,52 9,6 16,61 9,6 Tirant d'eau (m) 6,51 3,3 5,03 3,3 Armement principal 8 canons de (4 tourelles) 5 canons de L.45 8 canons de 152/50 mm 5 canons de L.45 Armement 8 canons de (2x4) 1 canon A.A. de 4 canons A.A. de 101,6/45 mm 1 canon A.A. de Armement 4 mitrailleuses 4 mitrailleuses Armement 12 tubes lance torpilles de (2 x 6) 6 tubes lance torpilles de (2 x 3) 8 tubes lance torpilles de (2 x 4) 6 tubes lance torpilles de (2 x 3) Armement 2 lance charges de profondeur 2 lance charges de profondeur Puissance (cv) Vitesse (nœuds) 33 36 34 36 Autonomie à 15 nœuds à 14 nœuds à 15 nœuds à 14 nœuds Equipage 800 hommes 160 hommes 566 hommes 160 hommes
Le combat thumb|260px|Site du combat naval.
À leur arrivée dans les parages du détroit de Gibraltar, le au soir, la présence des deux croiseurs nationalistes était totalement ignorée des républicains, ceux-ci n’ayant détecté ni leur départ d’El Ferrol, ni leur déplacement dans l’Atlantique, les deux navires s’étant imposé un silence radio total Fernando y Salvador Moreno de Alborán y de Reyna, La guerra silenciosa y silenciada.
Dans la nuit du 28 au 29, le Canarias força l’allure afin de dépasser l’Almirante Cervera et de pouvoir occuper aux premières lueurs du jour les positions qui leur avaient été fixées : la verticale de la pointe d'Almina (Ceuta) pour le Canarias et la verticale du cap Spartel pour l’Almirante Cervera. À 4h00 du matin, une heure avant d’entrer dans le détroit, le Canarias fit prendre les dispositions de combat et, vers 5h30, alors qu’il passait au large de Tanger (Cap Malabata), il aperçut sur son tribord la silhouette d’un destroyer, qui semble-t-il, ne vit pas le croiseur. Le commandant du Canarias utilisa alors pour la première fois la radio depuis El Ferrol pour informer l’Almirante Cervera de l’arrivée d’un destroyer républicain dans sa direction, lui-même poursuivant sa route vers Ceuta ; l’Almirante Cervera repéra à son tour le destroyer.
À 6h20, alors qu’il franchissait le méridien de Gibraltar (Pointe de l’Europe), le Canarias aperçut à nouveau à sur son tribord un destroyer qui se dirigeait vers l’Ouest ; il s’agissait de l’Almirante Ferrandiz qui, prévenu par radio, se portait au secours du Gravina, l’autre destroyer républicain, attaqué par l’Almirante Cervera. L’Almirante Ferrandiz aperçut à son tour le bateau nationaliste et l’identifiât comme étant le croiseur lourd Canarias dont il ne se doutait pas de la présence dans les parages ; il fit alors rapidement demi-tour, vers 6h30, longeant les côtes espagnoles et augmentant sa vitesse afin d’échapper au Canarias moins rapide que luiSelon d’autres sources, le Ferrandiz n’aurait pas vu le Canarias et il ne se serait dérouté qu’après la deuxième salve, se demandant d’ailleurs d’où elle pouvait venir. .
Le commandant du Canarias ordonna à son tour d’augmenter la vitesse et, presque aussitôt, à 6h40, d’ouvrir le feu, craignant que compte tenu de sa vitesse, l’Almirante Ferrandiz, qui était à devant, ne soit rapidement hors de portée ; il prit cette décision alors que le destroyer n’était toujours pas identifié et que certains de ses officiers pensaient qu’il pouvait s’agir d’un destroyer britannique.
Les deux premières salves, tirées par les deux tourelles bi-tubes de la proue, furent trop courtes mais, l’Almirante Ferrandiz augmentant son avance, le commandant du Canarias prit la décision de poursuivre le tir sans effectuer les réglages habituels en de tels circonstances. Tiré de la distance « quasi impossible » Forum Guerra Civil espanola de , un coup de la troisième salve toucha l’Almirante Ferrandiz entre ses deux tourelles de proue, mettant le feu aux gargoussesEn armement, la Gargousse est la charge de poudre d'une bouche à feu contenue dans une enveloppe de tissu ou de papieret tuant quasiment tous les servants ; le navire poursuivit alors sa route en zigzaguant et en essayant de se protéger derrière un écran de fumée.
Le commandant du Canarias fit alors manœuvrer son navire afin que les deux tourelles de poupe puissent elles aussi intervenir. L’Almirante Ferrandiz fut de nouveau touché par deux coups alors qu’il se trouvait à puis par un autre coup, entre la cheminée et le pont, à 7h10 ; ce n’est qu’à ce moment que l’Almirante Ferrandiz fut identifié par les lettres AF peintes sur les superstructures. L’écart entre les deux navires n’étant plus alors que de , le destroyer reçut encore deux coups à 7h20, le dernier produisant une grande explosion à la proue du navire. Voyant que l’Almirante Ferrandiz était perdu, le Canarias cessa le tir et s’avança jusqu’à du croiseur où il stoppa afin de porter secours aux naufragés.
Dans ce combat, le Canarias tira 20 salves (80 coups) ; l’Almirante Ferrandiz reçut six projectiles de , sans avoir pu tirer lui-même un seul coup de canon. Comme il fuyait devant le Canarias, il ne put dans un premier temps faire usage de ses canons de proue et, quant à la fin du combat, sa position lui aurait permis de les utiliser, un impact de les rendit inutilisables ; quant aux canons de proue, ils furent détruits dès la deuxième salve du Canarias. Il semble que l’Almirante Ferrandiz ait voulu faire usage de ses tubes lance-torpilles de bâbord mais qu’il n’ait pas eu la possibilité de le faire.
right|thumb|Le destroyer républicain Gravina.
Pendant ce temps, plus à l’ouest, l’autre croiseur nationaliste, l’Almirante Cervera, essayait de détruire le destroyer républicain Gravina. Il tira trois-cents coups avec son artillerie principale mais seuls deux d'entre eux réussirent à atteindre le Gravina qui, bien qu’endommagé, réussit à se réfugier dans le port de Casablanca Forum Historia Belica, Batalla del capo Espartel. .
Le sauvetage des marins Les survivants réussirent à lancer deux radeaux qui furent rapidement remplis de naufragés tandis que d’autres s’éloignaient du navire à la nage, les uns vers un navire français, les autres vers le Canarias
Le paquebot français Koutoubia s’était en effet détourné pour venir au secours des naufragés à la suite du S.O.S. lancé par l’Almirante Ferrandiz. Il récupéra vingt-cinq hommes, dont le commandant, qui furent débarqués à Marseille d’où ils regagnèrent la zone républicaine. L’un des rescapés, Laurentino Salazar Labarga, le médecin du bord, qui était décédé en cours de route, fut enterré au cimetière Saint-Pierre de Marseille, son corps n’étant rapatrié en Espagne qu’après la guerre civile Laurentino, Un encuentro con la Historia, La batalla del capo Espartel..