vignette|299x299px|Distribution des branches de la famille chamito-sémitiques au avant J.-C. Les Sémites peuplent le Proche-Orient et la péninsule arabique alors que les Hamites (peuples chamito-sémitiques non-sémitiques) peuplent l'Afrique du Nord et la Corne de l'Afrique. vignette|287x287px|Le Tableau des Nations. Généalogie des fils de Noé et leur dispersion géographique après le déluge. RECLUS, Élisée. Palestine In : L’Homme et la Terre. Livre 2 : Histoire ancienne
Les termes Hamites, Hamitiques, Chamites, Chamitiques, Khamites et Khamitiques (berbère : ⵉⵃⴰⵎⵉⵟⵏ, amharique : ሃማውያን, arabe : حاميون), du nom biblique de Ham (ou Cham) sont des termes qui ont été utilisés, notamment en anthropologie, pour désigner différentes populations antiques d'Afrique du Nord, de la corne de l'Afrique ou d'Asie dont seraient originaires des populations africaines contemporaines. Les adjectifs correspondants ont aussi été utilisés en linguistique pour qualifier un sous-groupe de la famille des langues afro-asiatiques.
Le développement de ces théories, parfois désignées par l'expression « hypothèse hamitique », a été marqué par le colonialisme et le racialisme (racisme autoproclamé scientifique). Elles ont participé à la construction de l'idéologie anti-tutsi qui a conduit au génocide des Tutsis. De nos jours dans la communauté scientifique, seul l'usage en linguistique perdure.
Histoire du concept Origine du terme
Le terme provient du nom biblique des Hamites, qui seraient, selon la Table des peuples de l'Ancien Testament, les descendants de Cham, fils de Noé. Dans le texte biblique, les trois premiers fils de Cham, Koush, Misraïm et Pout et leurs descendances peuplent l'Éthiopie, l'Égypte et la Libye antique respectivementGenèse, X.
Le mot a connu diverses graphies. Les traducteurs français des œuvres originales écrites en anglais ou en allemand écrivaient, suivant leur inspiration, Kamite, Hamite ou Chamite. Denise Paulme écrit « kamite », cependant que Henri Labourethttps://cths.fr/an/savant.php?id=105228#:~:text=Comit%C3%A9%20d'%C3%A9tudes%20historiques%20et,Fran%C3%A7aise%20de%201927%20%C3%A0%201938. utilisait « hamite »Henri Labouret sur Persée.fr.. André Leroi-Gourhan et Jean Poirier faisaient une distinction entre les « Chamites » qui, partant de l'Égypte se seraient avancés en Afrique orientale et les « Hamites » dont ils faisaient des proto-berbères qui, après avoir suivi le littoral nord-africain, auraient occupé le Maghreb tout entierAndré Leroi-Gourhan et Jean Poirier, Ethnologie de l'Union française. T. I : Afrique, Presses Universitaires de France, 1953, pp. 82-83. Cette distinction correspondait à la différenciation supposée à l'époque entre « Hamites orientaux » et « Hamites septentrionaux »Robert Cornevin, Marianne Cornevin, Histoire de L'Afrique: L'Afrique précoloniale, 1500-1900, Payot, 1966, p.150.
Le développement de l'« hypothèse hamitique », une théorie raciste Dans la seconde moitié du , le mot « hamitique » est détaché de son origine biblique et réemployé par un nouveau discours «scientifique » sur un hypothétique peuple antique, discours inspiré notamment par le diffusionnisme. L'idée d'une « race hamitique » dont descendraient, selon les auteurs, les Berbères, les Égyptiens, les Abyssins, les peuples de la Corne de l'Afrique et certains groupes d'Afrique Orientale (Massaï, Tutsi-Hima) s'affirme pour résoudre les contradictions entre la tradition biblique, les faits observés attestant l'existence de civilisations jugées sophistiquées (Babylone, Sumer, Égypte pharaonique, Éthiopie...) et des modes de vie perçus comme plus primitifs en Afrique. Les peuples hamites constituent alors une sorte de race intermédiaire, vestiges d'une « coulée blanche » (Gobineau) en Afrique dont les Berbères ou encore les Peuls et les Somalis seraient les vestiges, et se distinguant du reste de la population « négroïde ».
Ce discours, caractéristique du racisme scientifique, est repris et développé pendant plus d'un siècle par des anthropologues et des linguistes. Ainsi selon Charles Gabriel Seligman en 1935, « Les civilisations nord africaines sont des civilisations kamitiques. L'histoire de ce continent est l'histoire de ces peuples. Les Kamites envahisseurs étaient des Caucasiens pasteurs - arrivant vague après vague - mieux armés et à l'esprit plus dégagé que les nègres »Charles Gabriel Seligman, Les Races de l'Afrique, Payot, 1935, p.86, p.138. Seligman envisage les Hamites/Kamites et les Sémites comme deux grandes branches d'une même famille originaire du Proche-Orient. Sortes d'Aryens d'Afrique du Nord (Aryens d'Orient ), apportant avec eux l'agriculture, le bétail, la métallurgie et la royauté, ils auraient conquis et civilisé les nègres » d'Afrique de l'Ouest, ayant eux-mêmes à leur tour refoulé les peuples « pygmoïdes » et « forestiers »Etienne Smith, L'Afrique 50 cartes et fiches, Ellipses, 2009, p.93.
Les historiens Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda expliquent que « durant au moins un siècle, celui de la mainmise coloniale, l’hypothèse hamitique […] a été une clé de voute de l’africanisme. L’explication de tout trait culturel par l’intervention de conquérants ou d’immigrants qualifiés de “Hamites” par opposition aux “Nègres en tant que tels”, est devenue un schéma récurrent et omniprésent »Chrétien et Kanda , p? 32.. Cette conception parcourt le , en dépit des travaux scientifiques qui la déconstruisent à partir des années 1960. Elle est en particulier reprise dans la région des Grands Lacs, d'abord à l'initiative des explorateurs européens de la région puis des autorités coloniales qui définissent racialement des groupes sociaux qui ne l'étaient pas auparavant. Elle fut plus tard un moteur idéologique du génocide de 1994 au Rwanda.
Enfin, on peut préciser que les spéculations sur les origines bibliques et plus généralement nord-africaines ou asiatiques de populations africaines n'ont pas été nécessairement racialistes ni même exclusivement avancées par des occidentaux (même si ce sont bien les thèses qui ont été, de loin, les plus influentes). Bien avant la colonisation européenne, de nombreuses traditions orales et écrites en Afrique de l'Ouest en font état. Au siècle, des intellectuels comme Samuel Johnson discutent d'hypothèses proches, sans faire référence aux débats européens.thumb|Carte représentant la distribution actuelle des langues chamito-sémitiques. Les langues sémitiques sont représentées en orange, le domaine des « langues hamitiques » est représenté en rouge-orangé, azur, cyan et chartreuse.|299x299px
Le terme « hamite » aujourd'hui Le terme « hamite » est moins employé de nos jours. En linguistique, le terme était autrefois utilisé pour regrouper les langues chamito-sémitiques, "afro-asiatiques", non-sémitiques (ces dernières étant alors décrites comme « hamito-sémitiques »). Mais en n'incluant pas les langues sémitiques, cette catégorie ne constitue pas un groupe phylétique conforme à la classification linguistique. Cette appellation est donc à présent désuète sous cette acception, mais elle a été intégrée à la famille des langues chamito-sémitiques synonyme de « langues afro-asiatiques », famille dont les langues sémitiques constituent l'une des branches.
En anthropologie historique, le terme est tombé en désuétude pour son passé raciste et pour la confusion qu'il induit entre différentes échelles spatiales et temporelles. Néanmoins la bipartition « conquérants hamites »/« noirs bantous » imprègne encore bien des schémas géopolitiques africains. Le terme a pu devenir un bloc discursif, servant d'argumentaire pour des idéologies ethniques insistant sur le clivage « naturel » entre « peuples envahisseurs » et « autochtones », qui se déclinent à l'infini dans la région des grands lacs. Ce fut le cas dans la propagande du génocide contre les Tutsis, qui furent assimilés à des colonisateurs hamites par les génocidaires hutus au Rwanda en 1994Étienne Smith , p. 93.. Ce clivage infondé historiquement est également régulièrement réactivé en République démocratique du Congo lors de la remise en cause de la citoyenneté congolaise de certains Congolais.
Références
Bibliographie Jean-Pierre Chrétien, Burundi, l'histoire retrouvée, Paris, Karthala, 1993 Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, Rwanda, racisme et génocide. L'idéologie hamitique, Belin, 2013 Lainé (Agnès), « Ève africaine ? De l’origine des races au racisme de l’origine », in Fauvelle-Aymar (François-Xavier), Chrétien (Jean-Pierre), Perrot (Claude-Hélène), dir., Afrocentrismes. L’histoire des Africains entre Égypte et Amérique, 2000, p. 105-125 Mc Gaffey, « Concepts of race in the historiograpy of Northeast Africa », Journal of African History, vol. VII, n° 1, 1966, p. 1-17 Frédéric Monneyron, L'Imaginaire racial, L'Harmattan, 2004 Peter Rohrbacher: Die Geschichte des Hamiten-Mythos. (Veröffentlichungen der Institute für Afrikanistik und Ägyptologie der Universität Wien; 96 Beiträge zur Afrikanistik; Bd. 71). Afro-Pub, Wien 2002. Edith R. Sanders, «The Hamitic Hypothesis; its origin and function in time perspective», Journal of African History, vol. X, n° 4, 1969, p. 521-532 Étienne Smith (éd.), L'Afrique, 50 cartes et fiches, Ellipses, 2009
Voir aussi Articles connexes Catégorisation sociales au Rwanda Peuls Dravidiens Berbères Histoire du Liban Mésopotamie Histoire du Yémen Éthiopie Royaume de Saba Langues chamito-sémitiques
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