Le rattachement de la Normandie continentale au domaine royal français est le processus de conquête et d'intégration du duché de Normandie (à l'exception des îles de la Manche) au domaine relevant directement de la couronne de France.

La Normandie, créée en 911, est dominée par le duc de Normandie, vassal du roi de France. Commence alors une lutte entre les rois de France et les ducs, ces derniers ne rendant qu'un hommage symbolique à leur suzerain.

En 1066, Guillaume le Conquérant, alors duc de Normandie, s'empare de la couronne d'Angleterre et devient plus puissant que le roi de France. L'Empire Plantagenêt représentera plus tard un danger pour la stabilité du royaume de France, que ses rois vont alors s'efforcer de faire éclater.

En 1202, le roi d'Angleterre, Jean sans Terre, se voit confisquer la partie continentale du duché de Normandie par le roi de France, Philippe Auguste, pour avoir désobéi à ses ordres. En 1204, après la conquête militaire française de la Normandie (hormis les îles de la Manche), la nouvelle province dépend directement de la couronne de France, qui met en place une politique d'assimilation par ordre social.

Par la suite, les rois d'Angleterre tentent à plusieurs reprises de reprendre, sans succès, le contrôle de la province. En 1259, les deux rois signent le traité de Paris par lequel la couronne d'Angleterre renonce officiellement à la Normandie continentale en échange de quelques fiefs dans le sud-ouest. La conquête française est définitivement confirmée et, en 1315, le roi de France termine le processus d'assimilation des Normands en accordant la Charte aux Normands qui limite les droits du souverain dans la province jusqu'à son abrogation lors de la Révolution française.

Le statut du duché de Normandie (911-1199) Le duc de Normandie vignette|alt=Carte de l'évolution du duché de Normandie de sa création en 911 à 1050.|Le duché de Normandie entre 911 et 1050.

La Normandie naît en 911 lorsque le roi de Francie occidentale Charles le Simple cède au Viking Rollon une partie de la Neustrie lors du traité de Saint-Clair-sur-Epte. Si, dans ses premières années, la Normandie a peut-être été totalement indépendante, du fait que le chef Viking ignore le système féodal, très vite elle se forme en un fief où son chef doit rendre hommage au roi de France en tant que vassal. Le système féodal fait que le duc de Normandie se comporte comme le chef d'un État quasi souverain. Il ne se déplace jamais, avant 1140, pour prêter hommage au roi de France. L'ost que doit le vassal au roi est rendu très symbolique par les ducs de Normandie qui n'envoient, pendant quarante jours, que quelques dizaines d'hommes, bien qu'ils puissent en lever plusieurs milliers. Les ducs de Normandie sont rarement présents, sauf exception, à la cour du roi de France, alors qu'ils en ont théoriquement l'obligation. Néanmoins, si le lien qui unit la Normandie à la France est très faible, il existe quand même et le duché de Normandie fait partie du royaume de France.

Sur son territoire, le duc de Normandie exerce de nombreux droits, qu'exerçaient auparavant les rois carolingiens, sur l'Église, la justice ou encore sur la fiscalité. Il est le seul à pouvoir faire édifier des forteresses et des châteaux, battre monnaie et percevoir un impôt direct, cas rarissime à l'époque. Les ducs mettent en place une administration efficace et une organisation féodale qui renforce leur pouvoir, au lieu de l'émietter, comme c'est le cas dans plusieurs autres principautés du royaume de France. Sur le terrain, le duc de Normandie est représenté par des vicomtes qui contrôlent le système judiciaire au détriment des seigneurs locaux. Ce système va faire du duc de Normandie l'un des seigneurs les plus puissants du début du second millénaire, plus puissant parfois que son seigneur le roi de France.

Dans l'Empire anglo-normand

Sous Philippe vignette|alt=Carte géographique de la France avec localisation du Vexin français.|Localisation du Vexin français. En 1066, Guillaume le Conquérant s'empare de la couronne d'Angleterre. Le duc de Normandie cumule à partir de ce moment le titre de duc de Normandie (toujours vassal du roi de France) et de roi d'Angleterre (souverain en son royaume), sauf entre 1087 à 1106. Dès lors, les rois de France vont progressivement comprendre qu'il faut faire éclater l'Empire anglo-normand qui représente un danger immédiat pour leur couronne. Si Philippe , roi de France, ne peut rien faire pour empêcher Guillaume de s'emparer de la couronne anglaise, c'est qu'il n'a que quatorze ans et est sous tutelle de Baudouin V de Flandre, le beau-père du duc de Normandie. Mais dès sa majorité, il comprend le danger que représente cet Empire. Il empêche d'abord la Normandie de s'étendre dans le duché de Bretagne avec la campagne de 1076 qui oblige le Conquérant à lever le siège de Dol. Puis l'année suivante, Philippe s'empare du Vexin français aux dépens de Simon de Vexin. Le Vexin français va être une source de guerre entre les ducs de Normandie et les rois de France. En 1087, Guillaume le Conquérant le réclame, puis, en 1097-1098, son fils Guillaume le Roux l'envahit.

Le roi de France poursuit sa politique de séparation de la Normandie et de l'Angleterre en soutenant Robert Courteheuse, fils aîné du Conquérant, en lutte contre son père pour le titre de duc de Normandie en 1077-1078. Une politique qui réussit en 1087, avec la scission de l'Empire entre les deux fils de Guillaume le Conquérant, Robert Courteheuse héritant de la Normandie et Guillaume le Roux de la couronne d'Angleterre. En 1089, il se range du côté de Robert Courteheuse en défendant la Normandie contre les attaques de Guillaume le Roux. Sa fin de règne est moins clairvoyante, il ne s'oppose pas quand Robert confie son duché à son frère, le roi d'Angleterre, pour partir à la première croisade. Il ne s'oppose pas non plus, en 1106, quand Henri Beauclerc, troisième fils du Conquérant et qui vient de succéder à son frère sur le trône d'Angleterre, s'oppose à Robert Courteheuse, son autre frère, pour la Normandie et qui aboutit à la reconstitution de l'Empire Anglo-Normand après la bataille de Tinchebray.

Sous Louis VI vignette|alt=Carte montrant l'expansion de l'Empire Plantagenêt de 1144 à 1166.|Expansion de l'Empire Plantagenêt de 1144 à 1166. Louis VI le Gros devient roi de France en 1108. Il est rapidement confronté au duc de Normandie Henri Beauclerc, ce dernier voulant ajouter Gisors à ses possessions. La guerre éclate, mais doit être interrompue en 1113 par le roi de France pour cause d'agitation dans le domaine royal. Les hostilités reprennent en 1116 et le roi de France soutient, sans succès, Guillaume Cliton, le fils de Robert Courteheuse, dans sa lutte contre son oncle pour le titre de duc de Normandie. Deux ans plus tard, Louis VI entre dans le Vexin français et en prend le contrôle jusqu'à l'Andelle, dans le même temps, son allié le comte d'Anjou, Foulque le jeune, remporte plusieurs batailles près d'Alençon. Le succès sera de courte durée pour le roi de France qui perd tour à tour ses alliés et est vaincu lors de la bataille de Brémule en 1119. La médiation du pape Calixte II est demandée et la paix revient sur la base du statu quo. Le roi de France parvient toutefois à obtenir l'hommage de Guillaume Adelin, le fils de Henri Beauclerc, pour la Normandie, ce dernier ne voulant pas s'incliner devant un autre roi.

Guillaume Adelin meurt l'année suivante dans le naufrage de la Blanche-Nef, cette disparition permet à Guillaume Cliton de former une grande coalition contre son oncle, où le roi de France entre en 1122. La guerre éclate dans le Vexin français, mais Henri Beauclerc arrive à convaincre son gendre Henri V du Saint-Empire d'attaquer le roi de France qui doit du coup concentrer le gros de ses forces sur Reims. En stoppant les forces du Saint-Empire, Louis VI a impressionné le roi d'Angleterre, ce dernier en convainquant les Germains d'attaquer les Français a impressionné le roi de France. Ceci provoque une paix en 1124 entre le royaume de France et l'Empire anglo-normand qui dure trente ans, malgré plusieurs occasions notamment à la mort d'Henri Beauclerc, en 1135, quand éclate une guerre de succession que le roi de France n'exploite pas. De même en 1137, il reconnaît la Normandie à Étienne de Blois, à travers son fils Eustache de Blois, au détriment de Geoffroy Plantagenêt, alors qu'Étienne contrôle déjà l'Angleterre.

Sous Louis VII Louis VII est couronné roi de France en 1137. Il suit la même politique que son père en reconnaissant le duché de Normandie à Eustache de Blois. Il faut attendre la conquête totale de la Normandie, en 1144, par Geoffroy Plantagenêt pour que le roi de France change de camp et l'investisse contre le roi d'Angleterre. En 1152, il fait annuler son mariage avec Aliénor d'Aquitaine qui deux mois après se remarie avec le futur roi d'Angleterre Henri II qui devient duc d'Aquitaine, en plus de ses titres de duc de Normandie et comte d'Anjou, du Maine et de Touraine. Le roi de France attaque la Normandie juste après pour tenter de desserrer l'étau que commence à représenter la puissance Plantagenêt. Henri II n'a aucune difficulté à repousser les troupes du roi de France. Plus tard, après qu'Henri II fut reconnu roi d'Angleterre en 1154, il soutient le frère de ce dernier, Geoffroy et y gagne l'hommage d'Henri pour ses terres continentales. En 1159, le roi de France accepte le mariage entre sa fille Marguerite et le fils du roi d'Angleterre Henri le Jeune, qui apporte le Vexin normand aux terres de ce dernier, mais Henri II s'en empare aussitôt en violant le traité passé avec le roi de France. En 1169, après une guerre diplomatique qui voit les troupes françaises et anglo-normandes s'affronter sur le champ de bataille, le roi de France reçoit l'hommage d'Henri le Jeune et du futur Richard Cœur de Lion pour les terres continentales dont la Normandie, mais doit reconnaître la conquête du duché de Bretagne par le roi d'Angleterre.

Sous Philippe Auguste vignette|upright=1.7|alt=Carte politique du royaume de France en 1180 à l'avènement de Philippe Auguste.|Le royaume de France en 1180.