vignette|droite|Entrée de la lagune de Veniseprès du hameau de Punta Sabbioni. Un magistrat des eaux (en italien magistrato alle acque) est un membre décisionnaire du « magistère aux eaux »Bien que la traduction littérale de magistrato alle acque soit « magistrat aux eaux », la proposition communément admise par les auteurs français - notamment ceux cités ici en bibliographie - est « magistrat des eaux »., institution vénitienne créée en 1501 par la république de Venise pour veiller sur la gestion et le respect de sa lagune. Cinq siècles plus tard, sous le même nom, cet organisme est devenu un service de l'État italien, responsable de tout le bassin versant d'Italie nord-orientale.

Le magistrat des eaux en 1501 En 1501, la république de Venise décide la mise en place d'un collège de trois exécuteurs des eaux (Savi Esecutori) pour assurer la gouvernance des eaux lagunaires, pouvoir jusqu'alors exercé par le Conseil des Dix. Désignés par le doge, ces trois fonctionnaires sont assistés à partir de 1505, d'un Collège solennel des eaux composé de quinze sénateurs de la République. En 1543, le nombre de ces sénateurs sera élevé à quaranteLe mode de renouvellement de ces sénateurs est la cooptation., auxquels s'ajouteront les avocats de la commune, un administrateur nommé par le Conseil des DixEn 1530, l'unique administrateur sera remplacé par une structure collégiale de trois membres., un magistrat enquêteur (Inquisitore), et le représentant du doge.

C'est cet ensemble que la Sérénissime désigne, tout au long de son histoire, par le terme de « magistère des eaux ». Ce collectif de contrôle unitaireCette unité du contrôle par le Magistrat des eaux disparut cependant en 1677, à la suite de la création d'une deuxième structure de gestion, les inspecteurs de l'Adige. Le Magistrat des eaux n'avait en effet aucune compétence sur les territoires situés à l'ouest du Mincio, parmi lesquels les villes de Bergame et Brescia, les Vénitiens considérant que leurs cours d'eau ne menaçaient pas la lagune. Une gestion de l'Adige, cours d'eau important, finit cependant par apparaître nécessaire et entraîna la création de ce second organisme. Cf. Eau et développement dans l'Europe moderne, Salvatore Ciriacono, Maison des Sciences de l'Homme, Paris 2004. a obligation de se réunir chaque semaine sur convocation du dogeDans la lutte sourde pour le pouvoir au sein de la République vénitienne, le Sénat se substituera au Conseil des Dix en 1551 pour les nominations qui lui appartiennent. En 1582, le Conseil Majeur soustrait également aux "Dix" la nomination des administrateurs..

À cet organisme sont confiées la surveillance et l'administration de l'ensemble de la lagune vénitienne et des cours d'eau qui s'y jettent. Il a toute autorité sur les travaux, excavations, manutentions, manœuvres de bonification, modifications temporaires ou définitives, opérés dans la lagune et les fleuves qui l'alimentent. Il exerce son emprise sur le moindre détail concernant l'eau : dans Venise même, pas un pieu de soutènement des maisons ne peut être déplacé sans son autorisation. Le pouvoir considérable du magistrat des eauxLe Magistrat des eaux pouvait prononcer des condamnations à mort., sa composition complexe reflètent l'attention que porte la république de Venise au maintien des eaux de la lagune. Celles-ci garantissent en effet la survie de la cité et de son système socio-économique. Elles constituent aussi l'ultime rempart contre une éventuelle menace extérieure, antique crainte des fondateurs de la ville, qui les avait menés à construire celle-ci sur et au milieu des eaux.

Le magistrat des eaux aujourd'hui vignette|droite|Acqua alta sur le quai des Zattere le . Devenu en 1907 institution décentralisée du ministère des Travaux publics italien, le magistrat des eaux est aujourd'hui dirigé par un président nommé par le président de la République italienne sur accord du Conseil des ministres. Il a son siège à Venise et s'occupe de l'ensemble du bassin du Triveneto. Ses compétences s'exercent d'abord sur la région Vénétie et la province de Mantoue. Mais lorsque des travaux extérieurs sont susceptibles d'affecter ce bassin d'intérêt national, elles peuvent s'étendre jusqu'à la province autonome du Trentin-Haut-Adige ainsi qu'à la région de statut spécial Frioul-Vénétie Julienne.

Les attributions de cet organisme concernent, comme il y a cinq siècles, la gestion et la surveillance lagunaire, auxquelles s'ajoutent aujourd'hui les impératives opérations de désensablement, de bonification et de régulation portuaire, tant en matière d'installations que de trafic.

Notes et références

Bibliographie Salvatore Ciriacono, Eau et développement dans l'Europe moderne, Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 2004 Giuseppe Tassini, Curiosita Veneziane (nouvelle édition), Filippi Venezia, Venise, 1964 Pierre Daru, Histoire de la république de Venise, des origines à la bataille de Lepante, coll. « Bouquins », Robert Laffont, Paris, 2004

Articles connexes Histoire de Venise République de Venise Lagune Lagune de Venise Acqua alta Savi agli Ordini

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