La Vénus Victrix (génitif victricis) est dans la Rome antique une représentation de la déesse Vénus victorieuse ou amenant la victoire, célébrée notamment par Pompée pour fêter l'un de ses succès militaires. Elle est cependant inspirée d'une Aphrodite armée « » (νικήφορος nikḗphoros, qui porte la victoire) qui dans certaines régions Est de la Grèce antique protégeait les acropoles (on évoque également sa parenté avec la déesse Ishtar)Le culte de Nikêphoros était présent notamment à Argos, selon Louis Séchan, dans sa présentation du « Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines » de Daremberg et Saglio (1877), sur le site mediterranees.net. On évoque également la parenté avec la déesse de l'amour et de la guerre, Ishtar qui, dans le panthéon babylonien, était la personnification divine de la planète Vénus (Félix Guirand, La mythologie assyro-babylonienne. Nouveau Larousse Encyclopédie de la mythologie /trad. Aldington et Ames, Londres: Hamlyn, 1968, p. 58) et elle trouve sa source primitive dans la victoire que remporte Aphrodite lors du Jugement de Pâris évoquée dans la mythologie grecque et sa conséquence, selon l'Énéide, sur la fondation de Rome par l'entremise de son fils ÉnéeVirgile rapporte les événements qui allaient entrainer la fondation de Rome : les amours du dieu de la guerre Mars et de la Vestale Rhéa Silvia, mère de Romulus et Rémus (les fondateurs de Rome) et descendante d'Énée, lui-même fils d'Aphrodite/Vénus (Virgile, L'Énéide, Chants II à VII). Sous Marc Aurèle, une monnaie de Faustine II représente, au revers, Mars en compagnie de Vénus Victrix, faisant clairement allusion à cet évènement (voir cette monnaie). Virgile dit qu'Énée fut sauvé par sa mère Aphrodite pendant la guerre de Troie (consécutive au jugement de Pâris), à l'issue de laquelle il s'établit en Italie pour engendrer la nation appelée à dominer le monde (les Romains) comme Jupiter l'avait prédit (Virgile, Énéide,1.254-304). Il fut ainsi considéré à l'origine de la fondation de Rome car son fils Ascagne fonda Albe la Longue où naquirent Romulus et Rémus, qui descendent de lui, et donc de Vénus (Virgile, Énéide,1.271). Voir également : Édith Hamilton, Mythology, 1940/trad. Abeth de Beughem, coll. Marabout université, 20.1983, p. 268).. Dans la tradition romaine, la réputation d'une Vénus victorieuse s'affirmera au , notamment lors de l'affrontement avec CarthageLors de la première guerre punique en 244 , les Romains défendent le sanctuaire d’Érycine sur le Mont Éryx, consacré à Aphrodite, avec un tel acharnement que le carthaginois Hamilcar Barca renonce à s’emparer du lieu sacré. Rome acquiert ainsi la conviction que l’Aphrodite d’Érycine est porteuse de victoire. En 217 après la défaite de Trasimène, lors de la seconde guerre punique, installe la Vénus d’Érycine sur le Capitole, à l’intérieur du pomœrium. La victoire suivra. Tite-Live, Histoire romaine, XXII, 9 et 10 (voir également infra lors de la troisième guerre samnite).
La Vénus Victrix dans la Rome antique La mode s'était répandue à Rome, pendant tout le , dans les grandes familles, particulièrement les chefs ambitieux, de se trouver une ascendance divineEn ce sens : Le complexe de Pompée par Agnès Vinas sur mediterranees.net (consulté le 13 octobre 2012). Ainsi César prétendra-t-il descendre d'une Venus Genitrix (Vénus génitrice). Pompée, quant à lui, identifie sa destinée glorieuse à Venus Victrix, pour revendiquer lui aussi la protection de Vénus dans la sourde rivalité qui l'opposait justement à César et à Sylla qui, lui-même, invoquait la Vénus Felix (bonne fortune) pour le conduire à la victoireRobert Schilling, La religion romaine de Vénus depuis les origines jusqu'au temps d'Auguste, Paris, De Boccard, 1954. Il semble que cette invocation remonte à ses victoires en Orient en 82 . Ils promettent leur gratitude à Vénus en cas de succès militairePlutarque rapporte que Pompée et César avaient chacun promis d'élever un temple dédié à Vénus Victrix en cas de victoire (Plutarque Pompée 68.2, Appian 2.10.6).
Conformément à sa promesse, Pompée érige un temple à Venus Victrix (aujourd'hui disparu) après sa victoire lors de la guerre de Mithridate (en 55 ). Il célèbre ainsi son triomphe « de orbi universo » (« sur le monde entier »). Le temple, édifié au sommet de la cavea du théâtre qu'il avait aussi fait construire sur le Champ de Mars, est inauguré le 12 août 52 Selon Samuel Ball Platner qui évoque Pline (NH VIII .20) : Dictionnaire topographique de la Rome antique, London Oxford University Press, 1929, p. 555. Voir également : Filippo Coarelli, « Le théâtre de Pompée », in Dialogue d'histoire ancienne, 23/2, 1997, pp. 105.124 ; le complexe de PompéeSophie Madeleine, Le complexe pompéien du Champ de Mars au , témoin de la réappropriation idéologique julio-claudienne, Schedae, 2007, prépublication n°6, (fascicule n°1, p.81-96). Lire en ligne. Pour célébrer ses victoires, César dédie également un temple à Venus sur le forum qu'il construit, mais à Vénus Genitrix, bien que ce soit au nom de Vénus Victrix qu'il avait préalablement lancé ses troupes contre Pompée à la bataille de Pharsale (en 48 )« C’est seulement en mars 45 que Venus Genitrix remplacera la Venus Victrix pharsalienne comme mot de ralliement des troupes césariennes, à la bataille de Munda », selon Paul Marius Martin, Pourquoi écrire la Guerre civile quand on est César ? in Action politique et écriture de l'histoire, Cahier des études anciennes, 2009, paragraphe 34 (Lire en ligne). Le temple est érigé en 46 et il subsiste aujourd'hui les ruines de quelques colonnes.
Cependant, le premier temple romain élevé en l'honneur d'une Vénus victorieuse, également le premier célébrant le culte de Vénus, serait celui dédié à Vénus Obsequens (Vénus propice, exauçant les souhaits) en 293 , par le consul Fabius Gurges en remerciement de la victoire contre les SamnitesPlutarque dit que Fabius ramena de la capitale des Samnites la Vénus victorieuse qui y était adorée, pour la porter à Rome (Bíoi Parállêloi, p. 315). Tite-Live le situe près du Circus Maximus et date sa construction à -295 (Histoire romaine, Livre X, 31).
La Vénus Victrix avait aussi un temple sur la colline du CapitoleSelon Samuel Ball Platner (op. cit. p. 555) qui évoque un temple ou un autel sur le Capitole, mentionnée dans les calendriers avec populi Romani Genius et Felicitas (Fast. Amit. Arv. Ad VII Id. Oct., CIL I 2 P214, 245, 323, 331). La Vénus Victrix se fêtait les 12 août et 9 octobre et donnait lieu à un sacrifice annuel à cette dernière date1983: 80, note C. Koch sur "Vénus Victrix" dans Realencyclopädie der klassischen Altertumswissenschaft , 8 A860-64.. On célèbre aussi la déesse VictoriaAndré Baudrillart se demande s'il s'agit, avec la Vénus Victrix, d'une seule et même déesse comme certains le prétendent : Les divinités de la victoire en Grèce et en Italie d'après les textes et les monuments figurés, Thorin et Fils éditeurs, Paris, 1894, pp. 74.87 (lire en ligne). Voir aussi Georges Roux, Pausanias en Corinthie, 1961, p. 110, pour qui les cultes de Vénus victrix et de fortuna-victiria ont confondu à Corinthe les personnages d'Aphrodites et de Tyché.
thumb|right|Monnaie romaine représentant César et la Vénus Victrix (44 )
À l'égal de la Vénus Felix et de la Vénus Genitrix qui finira par absorber symboliquement toutes les autresEn ce sens, Louis Séchan (précité) compte tenu de l'élan fondateur de César, la Vénus Victrix complétera les représentations traditionnelles de Vénus dans l'empire romain. Elles sont toutes les trois liées à l'idée d'une Vénus favorisant la victoireGilbert Charles-Picard, par exemple, dit clairement qu'il existait trois formes de Vénus victorieuse : « La félix de Sylla, la Victrix de Pompée et la Genitrix de César » : La Vénus funéraire des Romains, in Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 56, 1939, p. 126. On les retrouve représentées sur les pièces de monnaie, notamment la Vénus Victrix, du jusqu'au , principalement sur les monnaies des impératrices mais aussi sur celles de quelques empereurs. Compte tenu de la constance dans la figuration de la Vénus Victrix sur ces pièces (dans une première période, présentée de dos, son voile tombant découvrant les fesses), souvent s'appuyant sur une colonne, celle-ci pourrait s'inspirer d'une statue de marbre qui aurait été célèbre dans l'Antiquité sans qu'on en ait aucune trace et sans certitudeVoir liens externes infra sur les monnaies romaines, notamment : Les pièces en l'honneur de Vénus Victrix.
Iconographie de la Vénus Victrix De nombreux types iconographiques, développés à Rome pendant les dernières années de la République, représentent la Vénus armée sur différents supports mais, excepté la statuaire rattachée ultérieurement à ce type, la représentation des différentes versions de Vénus Victrix nous est parvenue presque exclusivement par la numismatique romainePour une étude sur l'iconographie de la Vénus Victrix, voir Gilles Sauron, « Quis deum ? L'expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rome », Rome, École française de Rome, Palais Farnèse, 1994, pp. 253-254 - Voir aussi : Fredéric Weber, Monnaies de l'antiquité - VénusCécile Carrier fait état des différents supports où est représentée Vénus Victrix, de différentes manières, outre les monnaies, des reliefs, des rondes-bosses ou des camés dont il reste néanmoins quelques traces : relief sur le mur de la villa Médicis (Rome) ou camé de Florence, etc. (« Sculptures augustéennes du théâtre d'Arles » in Revue archéologique de Narbonnaise, 2005, volume 38, N° 38-39, p. 373 )..
La Vénus est généralement à demi dénudée mais peut parfois porter une armure légère. Ses attributs habituels sont la pomme de Pâris qu'elle porte à la main le bras tendu, le bouclier et la lance pointe en bas (parfois traduit comme un sceptre). La pomme est parfois remplacée par un casque ou la victoire ailée (ou la Vénus est elle-même ailée), et la lance, par une palme, symbole du vainqueur. Le bouclier et le casque peuvent être posés à terre. Vénus s'appuie généralement sur une colonne (visible ou non) et peut avoir la tête entourée d'une couronne de laurier.
Postérité de la Vénus Victrix