vignette|alt=Portrait d'un homme âgé en costume|Francesco Cossiga Giovani turchi (en français : Jeunes Turcs) est le nom donné par le journaliste Egle Monti à un groupe de jeunes hommes politiques sardes qui gagnèrent de façon inattendue les élections pour la direction de la Démocratie chrétienne dans la province de Sassari en 1956. Leur chef de file était le futur président de la République italienne Francesco Cossiga. Antonio Giagu De Martini (devenu sénateur et sous-secrétaire d'État au Trésor et à la Défense), Pietro Soddu (devenu député et président de la région Sardaigne de 1972 à 1980) et Paolo Dettori (président de la région Sardaigne de 1966 à 1967) en faisaient partie.

Contexte La Démocratie chrétienne locale à l'époque était solidement tenue en main par Antonio Campus, dit Nino, cousin d'Antonio Segni et un de ses fidèles ; Campus devait être balayé par ce qu'on a appelé ici la Révolution blanche, qui mit à l'écart la génération des « rescapés », et jamais plus il ne se porta candidat pour les charges qu'il avait eues autrefois.

C'étaient les années où se concrétisèrent les efforts de l'archevêque Arcangelo Mazzotti, qui s'était engagé depuis des dizaines d'années dans le renouveau du catholicisme local. L'activité de formation des jeunes dans des structures associatives catholiques permit de consolider la DC locale au sortir du fascisme, pendant lequel elle avait été le point de repère pour les anciens dirigeants du Parti populaire italien, et de faire naître une nouvelle classe dirigeante sarde, tant avec les « jeunes turcs » qu'avec d'autres personnalités comme Arturo Parisi. Dans cette tâche, Mazzotti reçut l'appui du curé de Giovanni Masia, et de son jeune secrétaire Enea Selis, auxquels se référèrent jusqu'à 1956 les jeunes démocrates chrétiens, rassemblés en politique autour de Francesco CossigaGuido Rombi, Don Enea Selis. Un protagonista sardo del Novecento, Sassari, Carlo Delfino, 2002.. Voici comment Pietrino Soddu décrit la volonté de changement de cette génération :

Sur le plan politique les références privilégiées étaient Fanfani et la gauche sociale de Dossetti et de Lazzati, qui se faisaient les tenants d'une « ligne politique rénovée, plus sensible aux problèmes que la reconstruction et les transformations sociales avaient apportés » ; à l'étranger ils tournaient leurs regards vers le MRP français et le New Deal de Roosevelt. En 1955 Giagu avait fondé la revue Cronache dalla Sardegna pour y « exprimer les motivations de la révolution qui venait ».

Les événements Selon Cossiga, un soutien décisif vint de Mariano Rumor, qui parle de l'affaire en ces termes :

Sûr de sa puissance, Campus avait présenté deux listes pour les élections provinciales, de façon à d'être sûr également de la minorité interne. Malgré la ferme volonté des jeunes de l'opposition, section par section, dans chaque partie de la province, tout incitait à la résignation, et Cossiga rentra chez lui avant la fin de dépouillement des votes ; le scrutin achevé Giagu le rejoignit pour lui dire simplement « Capot ! » contre la direction. Cossiga devient secrétaire provincial du Scudo crociatoLe bouclier avec une croix, symbole de la Démocratie chrétienne., à la tête de jeunes tous nés entre 1925 et 1930, qui purent vite exprimer dans la Giunta Regionale de Dettori comme assesseur au Travail et à l'Instruction PubliqueManlio Brigaglia. Quella notte dei giovani turchi in La Nuova Sardegna. 05-09-2006. URL consulté le 16-12-2007.. Au niveau régional une alliance se noua fortement avec le groupe de la « Giamburrasca » de Gianuario Carta, Gianoglio, Floris et Angelo Rojch à Nuoro, et avec le groupe de Cagliari lié à Efisio Corrias, qui occupaient toutefois des positions secondaires par rapport à l'hégémonie de SassariGiorgio Melis. La Dc partito-Regione di Giagu e Soddu e una stagione politica di passioni e lotta in l'altra voce.net. 05-11-2006. URL consulté le 16-12-2007.. Le succès des « Jeunes turcs » se concrétisa par une série de profonds changements dans la politique régionale avec comme objectif un développement économique accéléré, par les initiatives de l'ouverture à gauche, du Plan de Renaissance et de l'industrialisation de l'île. L'unité dans les buts se maintint jusqu'en 1969, lorsque se brisa l'unité politique dans le parti et dans le groupe de Sassari lui-même, avec Cossiga et Giagu proche de la « Gauche de base », tandis que Dettori et Soddu penchaient vers Aldo Moro ; les divisions coïncidèrent d'ailleurs avec les nouvelles expériences d'engagement politique sur le niveau national, qui étaient beaucoup plus connues.

Comment cet événement est vu aujourd'hui Le , à l'occasion de l'attribution à Cossiga du doctorat honoris causa en Sciences de la communication à l'Université de Sassari, Soddu s'est rappelé comment ce résultat et les conséquences qui avaient suivi devaient être attribués au caractère très particulier de la villeRita Fiori. I tempi dei « giovani turchi » in La Nuova Sardegna, pp. 20. 15-12-2005. URL consulté le 16-12-2007 :

Par exemple, pendant la descente des chandeliers c'est une habitude séculaire que le maire de Sassari se soumette à l'approbation populaire pendant toute la durée de la procession, sans qu'il puisse et même sans qu'il veuille s'en dispenser, quel que soit l'accueil qu'il reçoit.

Bibliographie Francesco Obinu, Li chiamavano i Giovani turchi, Villanova Monteleone (SS), Soter, 1996. Guido Rombi, Chiesa e società a Sassari dal 1931 al 1961. L'episcopato di Arcangelo Mazzotti, Milano, Vita e pensiero, 2000. (surtout le chapitre : Francesco Cossiga e la corrente dossettiana: dalla Fuci ai «giovani turchi», ). Sergio Flamigni, 1956: Cossiga segretario della DC sassarese, con i “giovani turchi” all'assalto del potere clientelare in I fantasmi del passato, Milan, Kaos Edizioni, 2001. AA VV, Volume 8: Quattrocchi – Sibiola in Grande Enciclopedia della Sardegna (PDF) Sassari, La Nuova Sardegna, 2007. URL consulté le 2007-12-17. AA VV, La CISL sarda/2: l'impegno per realizzare la Rinascita dell'isola con il lavoro in Storia di un sindacato popolare. Cinquant'anni della CISL sarda 1950-2000 Fisgest, 2000. URL consulté le 2007-12-16.

Notes et références

Catégorie:Politique en Sardaigne Catégorie:1956 en Italie