L'ancienne abbaye de la Victoire ou abbaye Notre-Dame-de-la-Victoire-lès-Senlis est une abbaye de chanoines réguliers, située à au sud-est du centre-ville de la commune de Senlis, dans le département français de l'Oise en région Hauts-de-France.
L'abbaye est accessible à la fois par la D 330 en direction de Nanteuil-le-Haudouin et par un chemin rural depuis le hameau de Villemétrie, qui se trouve entre Senlis et l'abbaye.
Historique Fondation
L'abbaye fut fondée par lettres patentes de Philippe-Auguste datées du . pour célébrer sa victoireCf. Charles-Jean-François Hénault, Joseph Fr. Michaud, Abrégé chronologique de l'histoire de France : depuis Clovis jusqu'à la mort de Louis XIV, , éd. Édouard Proux, Paris 1842, p. 82 ; Lire sur Google livres. contre Othon IV à Bouvines, ainsi que celle que son fils Louis VIII remporta contre les Anglais en Anjou. Ce texte est basé sur les travaux de M. du Ruel (curé de Sarcelles au début du ), Histoire manuscrite du diocèse de Senlis. (et pour la suite, aussi celle de son fils contre Jean sans Terre à La Roche aux Moines en 1214). Guérin, garde des sceaux et évêque de Senlis, ayant lui-même assisté à la bataille de Bouvines, céda au roi le terrain dépendant de son château de Mont-l'Évêque, où s'étaient rencontrés les deux coursiers que le roi et son fils avaient envoyés pour se donner réciproquement des nouvelles des batailles. Le roi le chargea également de la surveillance les travaux.
Le projet de fondation de l'abbaye s'étant déjà concrétisé plusieurs années avant la fondation officielle, la première pierre fut posée solennellement dès le jour de Cendres de l'an 1221 par l'évêque Guérin. L'architecte fut un religieux nommé MenendCf. Adolphe Joanne, Les Environs de Paris illustrés, L. Hachette et , Paris, 1868 (deuxième édition), 664 p., p. 358., et les pierres provenaient des carrières de BorestCf. Collectif (une société d'archéologues), Histoire pittoresque des cathédrales, Librairie populaire des villes et des campagnes, Paris, 1851, p. 106.. Le pape Honorius III accorda à l'abbaye sa protection spirituelle par sa bulle du . Guérin fit venir douze moines de l'abbaye Saint-Victor de Paris, de l'ordre des Augustins. Ils s'installèrent le jour des Cendres de 1224. La charge d'abbé fut proposée à Menend, ancien pénitent de Notre-Dame de Paris qui les avait conduit à la Victoire, mais ne la voulant pas accepter, il se fit nommer prévôt. Son mérite est surtout l'instauration d'une bibliothèque bien fournie.
Le premier abbé fut Jean-Baptiste, chanoine de Saint-Victor d'origine allemande. Il demeura abbé pendant vingt-deux ans. En 1225, Louis VIII, roi depuis trois ans, édicta les règlements de l'abbaye pour que la règle de l'abbaye de St-Victor, jugée comme exemplaire, fût toujours observées à la Victoire. L'année même, en date du , l'église fut consacrée par Guérin. L'abbaye profita à ses débuts de généreuses donations, comme celle de Louis VIII, qui légua par son testament en date de juin 1225, , ou encore de Guérin, qui à sa mort survenue en 1227Certains auteurs situent sa mort en 1230, mais la plupart en 1227, hypothèse étayé par plusieurs indices ; , laissa tous ses livres, sa chapelle, et 100 livres d'argent.
La prise d'indépendance de l'abbaye
En 1287, l'abbaye de la Victoire contesta l'autorité que l'abbaye Saint-Victor exerce sur elle, selon la volonté du roi Louis VIII et du chancelier Guérin. L'abbaye Saint-Victor prétendit alors détenir le droit de haute, moyenne et basse justice sur les terres de Rully où l'abbaye de la Victoire prenait une rente en nature grâce à une fondation. Un arbitrage eut lieu, avec une sentence donnant raison aux deux partis. L'abbaye de la Victoire obtient alors son indépendance, et les lettres patentes de Louis VIII et du chancelier Guérin sont annulées.
La guerre de Cent Ans et les faveurs de Louis XI thumb|La ruine de l'église abbatiale depuis le nord.
Au , la guerre de Cent Ans touche la région. Dès 1419, les chanoines durent quitter l'abbaye pour se réfugier contre les Anglais, à Senlis, pendant plusieurs années. À la mort de leur abbé, Jean VI Gaulus, en 1422, ils s'installent au prieuré Saint-Maurice, dont les religieux sont comme eux des chanoines réguliers de saint Augustin. Jean Gaulus avait bien obtenu une lettre de protection du roi Charles VI, confirmée le par Charles VII sous insistance du nouvel abbé Jean Salé, mais ces chartes restaient lettre morte face à l'impuissance du pouvoir royal.
Par une charte datée du et sur demande de Louis XI, l'évêque de Limoges Jean de Barthon conféra à l'abbaye de la Victoire le titre d’« église patriarcale et de chef de tout l'ordre de St-Augustin », ce qui ne fut évidemment pas pour plaire à l'abbaye Saint-Victor. À l'abbaye de la Victoire, Louis XI prépara un traité de paix avec le roi Édouard IV d'Angleterre, connu comme « la paix heureuse ». Le , le traité de paix de Senlis avec François II, duc de Bretagne, fut également signé à l'abbaye de la VictoireJoseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome VI, p. 98, Librairie Renouard, Paris, 1898.
Grâce à la générosité de plusieurs donateurs. et aux libéralités de Louis XI, l'abbaye put rapidement rétablir sa prospérité. Le roi réserve également des fonds pour la construction d'une nouvelle église abbatiale, en 1478. Toutefois, les travaux ne furent terminés que cinquante ans plus tard, en 1529. C'est de cette église que subsistent les vestiges visibles dans le parc. Louis XI séjourna plusieurs fois à l'abbaye de la Victoire et s'y fit même construire un château à vingt toises de l'église. Il se composait de deux corps de logis disposés en équerre. Jamais terminé ni habité, il tomba en ruines et fut démoli en 1555 avec la permission du roi.
Désordres et conflits d'intérêts de la fin du Moyen Âge thumb|upright|Détail de la photo précédente, statues du dans une fenêtre de l'ancienne église.
Louis XI installa par la suite comme dix-septième abbé son conseiller et aumônier Jean Neveu, qui eut au début de son office des lourds différends avec l'évêque de Chartres, Miles d'Illiers. Jean Neveu s'en plaignit auprès du pape Sixte IV, qui commit un abbé de Plaimpied, Jean le Groin, comme examinateurLouis Moréri, Supplement au grand dictionaire historique genealogique, geographique, 2, 1735, 457, . Dans un premier temps, l'évêque de Chartres paya cette affaire par une excommunication, mais faisant appel au parlement de Paris, Jean le Groin fut appelé à absoudre l'évêque, et Jean Neveu à se repentir, sous la menace de la confiscation de leurs biens et abbayes par le roi. En 1485, Jean Neveu était toujours abbé. Il convint alors avec l'évêque de Senlis, Simon Bonnet, de réunir l'abbaye à l'évêché en cas du décès de l'un d'euxLes biens et terres de l'abbaye étant plus nombreux que ceux de l'évêché. et obtint même une bulle du pape consentant à cette union. Cependant, le procureur de Senlis et l'abbaye St-Victor de Paris s'y opposèrent et obtinrent un arrêté en leur faveur. Ceci n'empêche pas Jean Neveu de se faire élire évêque de Senlis par le chapitre de Notre-Dame le , lendemain du décès de Simon Bonnet. L'élection de Jean Neveu souleva des controverses car la réunion de l'abbaye à l'évêché ne faisait pas l'unanimité, pour partie en raison des intérêts particuliers de certains chanoines de Notre-Dame. Ils voulaient conserver leur pouvoir et leur propre juridiction : vivant ouvertement avec des concubines et ayant refusé de céder aux menaces de l'ancien évêque, ils risquaient autrement l'excommunication.
Mais quoi qu'il en fût, Jean Neveu était déjà âgé et mourut début mars 1498. Peu de temps après, Nicolas de Sains, frère du bailli, faisait croire aux habitants qu'il avait déjà été élu évêque et abbé. Ce ne fut pas le cas, mais il était le candidat favori du roi et entra en ville accompagné par des hommes armés. Le chapitre jugea qu'avec cette façon de s'imposer, l'élection était nulle, et procéda à une élection dans les règles. Nicolas de Sains obtint toutefois la majorité des suffrages avec onze voix. Or, ce fut son concurrent Charles de Blanchefort qui prit le pouvoir à l'évêché, fort du soutien de l'archevêque de Reims, Guillaume Briçonnet. N'obtenant ses bulles qu'avec difficultés, en octobre 1502, le siège d'abbé de la Victoire fut considéré comme vacant par les religieux. Ils élurent donc un successeur à Jean Neveu parmi leurs rangs, Étienne Parigot.
Nonobstant, Nicolas de Sains prétendit être évêque et abbé de la Victoire en raison de la réunion des deux fonctions (il ne sera finalement ni l'un, ni l'autre, devenant évêque seulement après la mort de Blanchefort, en 1515). Le roi ne reconnut pas Étienne Parigot et nomma l'abbé de Sainte-Gèneviève de Paris comme nouvel abbé. Ce dernier, Philippe Cousin, eut recours à la violence pour s'emparer de l'abbaye. Or, cette façon de prendre le pouvoir suscita de nouvelles protestations et un procès de justice. La cour ordonna en date du que deux religieux de St-Victor de Paris assument la gestion de l'abbaye de la Victoire par intérim. Entre-temps, de Sains et Parigot entrèrent en procès et se calomnièrent mutuellement, exagérant les abus et manquements aux règles dont ils étaient tous les deux coupables. Étienne Parigot en sort vainqueur vers 1503, le jugement annulant en même temps ipso facto la réunion de l'abbaye à l'évêché par la reconnaissance officielle d'un abbé qui ne fut pas l'évêque de Senlis. Parigot rétablit la paix à l'abbaye et augmenta ses biens. Son décès est situé en 1514. Des sources antérieures indiquent parfois des dates différentes. L'étude de Vattier étant la plus complète, les dates citées par lui ont été retenues..
La mise en place successive du régime de la commende
thumb|La maison des moines de la deuxième moitié du , rénovée en 2009 ; vue depuis le portail de la cour d'exploitation à l’ouest. thumb|Le portail ouest de la cour de la ferme de l'abbé, du . thumb|upright=0.7|Vieux puits au nord du logis du .
Depuis 1497, l'abbaye de la Victoire avait rejoint la congrégation de Château-Landon, en même temps avec l'abbaye Saint-Victor de Paris, le prieuré Saint-Maurice et plusieurs autres monastères. Saint-Victor avait été choisi comme lieu des réunions générales, ce qui revenait, dans les faits, à une reconstitution de son ancien rôle qu'elle avait tenu avant la guerre de Cent Ans. La congrégation de Château-Landon durera jusqu'en 1624, année de la suppression de cette abbaye.
Les successeurs d’Étienne Parigot furent Jean Bordier, qui réforma l'abbaye en 1514, et ensuite Nicolas Le Fèvre, dont l'année d'élection n'est pas précisément connue. Le roi François I avait cependant nommé parallèlement un abbé commendataire, Charles de Minerai. Un jour, ce dernier se présenta à la Victoire pour réclamer la clé du coffre où étaient enfermés les titres de l'abbaye. Les moines le lui refusant, il fit venir un serrurier de Senlis pour faire ouvrir le coffre de force, puis prit avec lui plusieurs titres. Ce comportement incita les religieux à se plaindre devant le roi. Il paraît que la Victoire avait désormais deux abbés, même après la mort de Nicolas Le Fèvre vers 1519, car un Arnould de Ligny signa en 1542 un acte en tant qu’« abbé antique et perpétuel administrateur ». Il décéda en 1548. En même temps, il est certain que Charles de Minerai demeura abbé commendataire jusqu'en 1552, année de sa démission. En 1550, l'abbé nomma encore un vicaire général pour gouverner l'abbaye à sa place.