Victoire Léodile Bera, dite André Léo, née le à Lusignan et morte le à Saint-Maurice, est une romancière française, journaliste militante féministe entre socialisme et anarchisme, membre de l’Association internationale des travailleurs, nom officiel de la Première Internationale.
André Léo rédige de nombreux articles pour des revues sociales et s'engage dans des associations pour le droit des femmes, pour leur éducation et pour l'égalité au travail. Elle est très active pendant la Commune de Paris, écrivant de nombreux articles, faisant des discours et s'engageant auprès de plusieurs associations. Le , elle est arrêtée avec Louise Michel lors d'une manifestation réprimée par l'armée.
Elle s'exile en Suisse, où elle continue à rédiger des discours et des articles. Elle s'oppose à Karl Marx, à qui elle reproche son autoritarisme. Puis elle voyage en Europe et rentre en France après l'amnistie de 1880. L'importance de ses prises de position féministes militantes et de son œuvre littéraire suscite aujourd'hui un renouveau d'intérêt.
Biographie thumb|left|Victoire Léodile Bera en famille en 1856.
Victoire Léodile Bera naît de Thalie Belloteau et de Louis Zéphirin Bera à Lusignan, dans la maison sise au de la place où se trouve aujourd'hui la mairie. Elle y demeure jusqu’en 1830, quand sa famille part s'installer non loin de là, à Champagné-Saint-Hilaire.
Elle grandit dans un milieu cultivé de la bourgeoisie éclairée. Son grand-père fut un révolutionnaire, fondateur en 1791 de la Société des amis de la Constitution. Son père, qui a été officier de marine, était notaire à Lusignan et devient ensuite juge de paix.
Après le coup d'État de Napoléon III du , elle rejoint son fiancé, le journaliste Grégoire Champseix, intellectuel progressiste disciple de Pierre Leroux, rédacteur de La Revue sociale condamné à de prison en 1849. Ils se retrouvent en Suisse où il réside depuis le printemps de 1849. Ils s'y installent et s'y marient le de la même année à Assens, dans la région de Lausanne, avec le consentement du père de Léodile Béra. Ils ont deux enfants de leur union nés le , André et Léo. Mais Grégoire meurt en 1863 laissant Léodile Béra seule pour élever ses enfants.
Engagement social et féministe thumb|Plaque commémorative à Lusignan. C'est depuis la Suisse que Léodile Bera publie son premier roman, écrit dans la Vienne, Une vieille fille, en 1859, bien que cette première édition Bruxelloise soit noté à tort 1851. Ce premier roman est signé Léo, contraction de son prénom Léodile, et sera suivi de nombreux autres qui vont lui assurer une réelle notoriété dans le monde des lettres. Elle prend plus tard le pseudonyme d’André Léo, qui reprend son précédent pseudonyme mais aussi les prénoms de ses deux fils jumeaux et vit de sa plume comme romancière et journaliste.
En 1864, elle entre à la Société des gens de lettres.
Dans la revue La Coopération, elle publie en 1867 des reportages sur l'égalité des sexes dans le travail et milite pour la défense du droit d'association.
Revenue à Paris en 1860, elle s’engage avec les républicains, milite avec la féministe Paule Mink et l'anarchiste Louise Michel. Elle adhère à l'Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en . En , elle crée l'« Association pour l'amélioration de l'enseignement des femmes » et en , elle publie un texte défendant l'égalité des sexes qui est à l'origine de la première vague féministe en France.
Très liée à Noémie Reclus et aux frères Élie et Élisée Reclus, c'est chez elle, en 1869, qu'est créée la « Société (mixte) de revendication des droits de la femme ». Marie La Cécilia est la secrétaire de cette société et les deux femmes resteront amies longtemps. Avec Noémie, Léo projette la création d'une école primaire laïque de jeunes filles pour laquelle La Cécilia serait professeur de comptabilité mais la guerre de 1870 contrarie ce plan.
Communarde thumb|André Léo dans les années 1860. Pendant la guerre avec la Prusse, elle milite au sein du comité de vigilance de Montmartre et, le , elle est arrêtée avec Louise Michel lors d'une manifestation réprimée par l'armée.
Elle fonde le journal La République des travailleurs et participe à la Commune de Paris. Membre du Comité des citoyennes du , elle collabore alors à l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés.
André Léo écrit un « Appel aux consciences » (La Commune du 1871 et La Sociale du 23). Outre ses éditoriaux dans La Sociale, elle rédige un appel « Au travailleur des campagnes » (signé « Les travailleurs de Paris » mais qui lui est attribué), publié dans La Sociale du , « Le socialisme aux paysans ». La Commune l'édite à et tente de le diffuser par ballon en province. Charlotte Cosset et Gilles Malandain indiquent que . Ce que Paris veut, en fin de compte, c’est la terre au paysan, l'outil à l'ouvrier, le travail pour tous. La guerre que fait Paris en ce moment, c’est la guerre à l’usure, au mensonge, et à la paresse.Dans les débats de la Commune, elle est favorable à la lutte armée contre les Versaillais, mais quand la Commune décide de supprimer les journaux d'opposition, elle demande le respect sans condition de la démocratie: Si nous agissons comme nos adversaires, comment le monde choisira-t-il entre eux et nous ?« La mise à l’écart des femmes, ou leur insuffisante intégration dans la lutte insurrectionnelle, est pour André Léo l’une des clés principales de son échec inexorable » soulignent Charlotte Cosset et Gilles Malandain. Parvenue à échapper à la répression de la Semaine sanglante en se cachant chez son amie Lucienne Prins, elle s'exile en Suisse, où elle vit avec le syndicaliste Benoît Malon, rencontré avant la commune. Les deux contractant un « mariage libre » en 1872 mais elle rompt en 1878 et se fixe à Formia, en Italie.
En 1871, elle publie à Neuchâtel, La Guerre sociale, où elle raconte l’histoire de la Commune, texte du discours qu’elle prononce au de la Ligue de la paix et de la liberté à Lausanne en . Elle adhère à l'Alliance internationale de la démocratie socialiste fondée par Bakounine. Elle collabore au journal La Révolution sociale dans lequel, anarchiste, elle se livre à de vigoureuses attaques contre Karl Marx, qu'elle juge autoritaire, et s'inquiète de l'influence politique grandissante qu'il gagne dans l'Association internationale des travailleurs, dont elle est également adhérente. Par ailleurs, Marx, dans une lettre à Friedrich Bolte datée du , écrira à ce propos : « À Genève, sous le patronage de la bourgeoise Madame Andrée Léo (qui, au Congrès de Lausanne, eut l’impudence de dénoncer Ferré à ses bourreaux de Versailles), ils ont publié un journal, La Révolution sociale, qui mène des attaques contre nous dans des termes presque littéralement identiques à ceux du Journal de Genève, le journal le plus réactionnaire d’Europe »https://www.marxists.org/archive/marx/works/download/Marx_Engels_Correspondence.pdf.
En 1878, elle prend une part éminente dans la publication de la revue Le Socialisme progressif, éphémère publication fondée par Benoît Malon.
Voyageant en Europe, elle se consacre à l'étude de la condition féminine de son temps.
Dernières années André Léo rentre en France après l'amnistie de 1880 et collabore épisodiquement à la presse socialiste. En 1899, Coupons le câble est sa dernière œuvre ; elle y plaide la séparation entre l’Église et l’État, six ans avant la loi de 1905.
Elle meurt le à Saint-Maurice. ; elle est incinérée au crématorium du cimetière du Père-Lachaise, puis ses cendres sont transférées au cimetière d'Auteuil où elle repose près du père de ses enfants.
Par testament, elle lègue une petite rente à la première commune de France qui voudra tenter une expérience collectiviste.
Œuvre Elle laisse une œuvre considérable : de nombreux romans, contes et essais, des dizaines d’articles et textes politiques. Ses écrits expriment maintes idées qui gardent toute leur actualité. Sa vie riche et généreuse reste sous bien des aspects mystérieuse et, après avoir été longtemps méconnue, elle suscite de plus en plus d'intérêt chez les historiens.
Elle ne sépare pas l'écriture romanesque et l'engagement ; elle lutte ainsi par le moyen de la fiction en faveur de l'égalité de l'homme et de la femme. Son roman Un mariage scandaleux, notamment, est une critique du caractère inégalitaire du mariage.
Citations d'André Léo
Liste des œuvres Une vieille fille, Bruxelles, Alphonse Lebegue, 1859 (année erronée sur la couverture 1851)
Attendre-Espérer, Paris, L. Hachette, 1868
La Femme et les Mœurs : monarchie ou liberté, à compte d’auteur, 1869
La Femme et les mœurs, Le Lérot éditeur, Tusson, 1990 La Femme et les mœurs. Liberté ou monarchie, nouvelle édition revue par Jean-Pierre Bonnet, commentée par Monique Biarnais, préface de Frédéric Chauvaud, PUR, collection Archives du féminisme, 2025. Un mariage scandaleux, Paris, Hachette éd., 1862 ( éd., 1863, A. Faure éd. ; éd., 1866, A. Faure éd. ; éd., 1883, C. Marpon et E. Flammarion éd.)
Un mariage scandaleux, Association des publications chauvinoises, nouvelle édition 2000 Un divorce, Paris, bureaux du « Siècle », 1862 ( éd., 1866, Librairie Internationale, A. Lacroix, Verboeckhoven & C. éd. ; éd., 1869, ibid.)
Les Deux Filles de Monsieur Plichon, Paris, A. Faure éd., 1865 ( éd., 1868, L. Hachette éd.)
Jacques Galéron, Paris, A. Faure éd. ( éd., 1865, ibid. ; éd. 1868, bureaux de « La Coopération »)
L’Idéal au village, Paris, Hachette et Cie, 1867 Aline-Ali, Paris, Librairie Internationale, A. Lacroix Verboeckhoven & C. éd., 1869 ( éd., 1869, ibid.), réédition présentée et annotée par Cecilia Beach, Caroline Granier et Alice Primi, Publications Chauvinoises, 2011. Aline Ali, présenté et annoté par Cecilia Beach, Caroline Granier, Alice Primi, Association des publications Chauvinoises, 2011 La Guerre sociale, Neuchâtel, Imprimerie G. Guillaume Fils,1871 La Guerre sociale, présentation de Michèle Perrot, éditions Le Passager clandestin, 2010 Le Père Brafort. Initialement publié dans Le Siècle en 1872. Réédité aux Presses Universitaires de Rennes. Collection Textes Rares. Introduction et notes d'Alice Primi et Jean-Pierre Bonnet. 2019. Légendes corréziennes, Hachette, 1870 Légendes corréziennes, La Découvrance éditions, La Rochelle, 2006 ; nouvelle édition, PyréMonde (éd. des Régionalismes), 2012 La Commune de Malenpis, Librairie de la bibliothèque démocratique, 1874 La Commune de Malenpis, dans l’anthologie Demain, la Commune !, éditions Publie.net, 2021 La Commune de Malenpis, édition et présentation par Alice de Charentenay, éditions Le Temps des Cerises, 2022 . La Grande Illusion des petits bourgeois, Paris, bureaux du « Siècle », 1876. Marianne, Paris, bureaux du « Siècle », 1877, réédité ( 2006) par l’Association des publications chauvinoises (Chauvigny)
Marianne, Association des publications chauvinoises ; nouvelle édition 2006 Grazia, Paris, bureaux du « Siècle » L’Épouse du bandit, Paris, bureaux du « Siècle », 1880 L’Enfant des Rudère, Paris, bureaux du « Siècle », 1881 ( éd., s.d., S.é. Monillot) Nunziata (Mœurs napolitaines), feuilleton du Siècle, du 21 août au 15 novembre 1883. Les Enfants de France, Poitiers, 1890 La Justice des choses, Poitiers, P. Blanchier, 2 vol., 1891 ( éd., 1893, ibid.), : Une maman qui ne punit pas ; : Les aventures d’Edouard Le Petit Moi, Paris, M. Dreyfous éd., 1892 En chemin de fer. Aux habitants des campagnes, Nancy, impr. Nancéienne, 1898 La Famille Audroit et l’éducation nouvelle, Paris, E. Duruy, 1899 Coupons le câble, Fischbacher, 1899 Coupons le câble, préface et notes d'Alice Primi, Éditions Dittmar, 2012 Le Père Brafort, feuilleton paru en russe dans la revue Besieda, Moscou, , , , janvier- puis dans Le Siècle, -, puis dans le Musée littéraire, 1ère série, tome 45, p. 211-336, Bureau du Siècle, 1875.
Hommages