L'abbaye Notre-Dame de l'Atlas est un monastère de cisterciens-trappistes, fondé le à Tibhirine, près de Médéa, en Algérie. En 1996, sept moines furent enlevés du monastère, lors de la guerre civile algérienne, et assassinés. À la suite de ces événements, les moines cisterciens se replient au Maroc, tout d'abord à Fès, puis s'installent à Midelt en 2000. Le monastère Notre-Dame de l'Atlas y est aujourd'hui établiSite de l'abbaye Notre-Dame de l'Atlas..

Le film Des hommes et des dieux, sorti en 2010, retrace les événements ayant conduit à leur assassinat.

Histoire Fondation En 1843, des moines cisterciens-trappistes de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle fondent une abbaye à Staouëli, en Algérie, en vue de former la population aux techniques agraires modernes. L'abbaye de Staouëli, et son exploitation agricole, se développent rapidement. Mais en 1904, les moines quittent le pays en raison de difficultés à rentabiliser le domaine et par crainte de la loi française sur les associations, votée en 1901, qui limite les droits des congrégations religieuses.Charbel Henri Gravrand, Fils de saint Bernard en Afrique : une fondation au Cameroun 1950-1990, éd. Beauchesne, 1990, 182 p., cf. avant-propos, . Lire en ligne..

En 1933-1934, des moines trappistes de l'abbaye Notre-Dame de Délivrance (Rajhenburg, Slovénie)L'abbaye Notre-Dame de Délivrance fut fondé en 1881 dans l'ancien Empire austro-hongrois, à Reichenburg (aujourd'hui Rajhenburg, en Slovénie) - (Bernard Delpal, Le silence des moines : les trappistes au : France, Algérie, Syrie, Paris, éd. Beauchenes, 1998, 612 pages, cf. )., se rendent en Algérie« Les Trappistes en Algérie, Notre-Dame de l'Atlas », La Croix, 24 avril 1934. Mention des moines cisterciens dans les montagnes de l'Atlas. Consultable sur gallica.bnf.fr, page 3/6.« Au monastère de Reihembourg (Yougoslavie), Le Jubilé d'un abbé Lyonnais », La Croix, 13 septembre 1935 Mention des moines cisterciens dans les montagnes de l'Atlas. Consultable sur gallica.bnf, page 3/6.. Les moines gagnent Fort Alger en passant par différentes abbayes, Notre-Dame-des-Dombes et Notre-Dame-d'Aiguebelle. Parmi eux on peut citer, le Père Marcel (né à Taisey qui fait partie de Saint-Rémy, en Saône-et-Loire, en 1868) et le Père Berchmans (Joseph Baillet) et son frère le Père Benoît (Stanislas Baillet)Étienne Goutagny, Cisterciens en Dombes : 1859-2001, .. La communauté vit dans un refuge monastique à Ouled-Trift, qui est ensuite transféré, en 1935, à Ben-Chicao, à de Médéa et à au sud d'Alger, dans le massif montagneux de l'Atlas..

En 1938, l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle devient l'abbaye mère de cette communauté.. Les moines fondent le monastère Notre-Dame de l'Atlas, le , près du village de Lodi fondé par des colons en 1848Cartes anciennes et histoire de Lodi et Lodi Tibhirine sur Alger-Roi., dans le domaine agricole de Tibhirine, devenu Tibhirine après 1962 (Tibhirine signifie « jardins » en berbère et plus précisément « jardin potager » : ce nom évoque les « jardins en escaliers » autour du monastère, irrigués par un bassin)Singulier Tabehirt, feminin pluriel Tibhirin Jean-Marie Dallet, Dictionnaire kabyle-français, .. C'est une grande maison de campagne, une ferme, qui est dominée par la Forêt de Tibhirine. La communauté compte tout d'abord treize moines dont quelques-uns étaient déjà présents à StaouëliÉtienne d'Escrivain, « Un monastère cistercien en Terre d'Islam ? Notre-Dame de L'Atlas au Maroc », Revue Missions Étrangères, oct. 2010..

La grande croix de la fondation fut érigée dans le préau le en la fête des Saintes Félicité et Perpétue.. Le , les frères Céléstin et Eugène, du monastère de Tibhirine, vont chercher dans le cimetière de l'ancienne abbaye de Staouëli une grande statue de la Vierge. Celle-ci est représentée enceinte, surmontant un croissant de lune, la tête couronnée de douze étoiles (Vierge de l'Apocalypse). Ils la ramènent à Tibhirine et la fixent au rocher Abd el-Kader, dans la montagne, où elle est bénie le , fête de la Naissance de la ViergePna , juin 1996 : Notre-Dame-de-l'Atlas, Accueillez nos sept moines, ALGER ROI.. Ils sont vingt en 1939 et vivent principalement de la vente des produits de la vigne.

Le monastère reçoit le statut d'abbaye le . Le premier abbé en est dom Bernard Barbaroux, ancien abbé de Maguzzano : il reçoit la bénédiction abbatiale le treize octobre, avec la crosse abbatiale de l'abbaye de Staouëli, datée de 1856, ce qui exprime la filiation directe de la nouvelle Trappe. Amédée Noto et un autre novice prononcent ensuite leurs vœux. Pendant la guerre, les habitants du Tamesguida descendent de la montagne par crainte des troubles et s'installent peu à peu aux alentours et sous la protection du monastère, ce qui contribue au développement du village de TibhirineJohn Kiser, Une Passion pour l'Algérie.. Les moines sont une trentaine en 1951 et environ vingt-cinq ensuite, c'est-à-dire bien moins qu'à Staouëli.

De 1958 aux années 1980 vignette|Monastère de Tibhirine.|260x260px En 1958, lors de la guerre d'Algérie, le monastère est perquisitionné par des fellaghas. En 1959, frère Luc, le médecin du monastère, est enlevé par le FLN avec un autre moine. Ils sont libérés quelques jours plus tard. En 1962, il ne reste que quelques moines. Après l’indépendance de l’Algérie, la fermeture du monastère est envisagée par les moines, mais le décès de l'abbé général de l'ordre cistercien de la stricte observance, Dom Gabriel Sortais, le soir même de la signature du décret de fermeture du monastère, suspend la décision.. Léon-Étienne Duval, évêque d’Alger, demande alors aux responsables de l’ordre de maintenir une communauté monastique à Tibhirine. Un nouvel abbé, Ignace Gillet, renforce la communauté. Huit nouveaux frères, issus des monastères de Timadeuc et d’Aiguebelle, arrivent en 1964. Les autorités algériennes exigent toutefois que les moines ne soient pas plus de douze.

La vie du monastère prend une tournure peu commune, marquée par une absence de rancune envers les musulmans, et au contraire, par un grand désir de se connaître mutuellement. La prière rythme les journées du monastère, qui vit en paix avec le village voisin.

La ferme et les terres attenantes à l'abbaye (374 hectares) sont nationalisées en 1976. Les moines gardent 17 hectares dont 12 hectares de terrains cultivables. Ils créent, avec des villageois, une coopérative agricole pour cultiver ces terres ensembleSite de l’Église catholique en Algérie.. En 1978, le prieur est le père Jean de la Croix Przyluski, ancien abbé d'Aiguebelle. D'origine polonaise, il se montre inquiet de la place que prend l'islam dans la vie de l'abbaye et craint avec certains frères que Christian ne devienne abbé et donne libre cours à sa tendance islamophile. L'abbé exige alors que les cours d'islamologie se fassent désormais à l'hôtellerie c'est-à-dire en dehors du chapitre : malgré cela, Christian est élu abbé, supérieur de onze moines, le , après un vote à bulletins secretsJohn Kiser, ..

En 1984, les moines renoncent au statut d'abbaye pour devenir un prieuré autonome. Le prieur est alors Christian de ChergéLe prieuré, le couvent connaissent le même genre d'organisation que les abbayes, mais n'ont généralement pas d'abbé ou d'abbesse à leur tête ; ils dépendent d'une « abbaye mère » ou directement du supérieur de l'ordre monastique.. Le à la demande de , archevêque de Rabat, le prieuré Notre-Dame de l'Atlas fonde un monastère annexe au Maroc, près de Fès-Bathat. Les moines occupent l'ancien « hôtel Bellevue », où se trouvaient auparavant les Petites Sœurs de Jésus. Cette communauté de Fès, dépend également de l'abbaye française d'Aiguebelle.

Liste des supérieurs Robert Kukovicic (23/03/1934 - 14/12/1936) ; Benoît Baillet (14/12/1936 - 07/03/1938) ; Robert Pierre (07/03/1938 - 22/07/1939 (v. 28) ; Jean-Marie Fricker (22/07/1939 - 10/10/1947) ; Bernard Barbaroux, abbé (10/10/1947 - 14/09/1951) ; Jeam-Marie Fricker (2), abbé (02/10/1951 - 11/06/1962) ; Robert Pierre, sup. ad nutum (24/06/1962 - 07/08/1964) ; Étienne Beckert, sup. interim (7/08/1964 - 10/12/1964) ; Étienne Desroches, sup. ad nutum (10/12/1964 - 16/11/1966) ; François de Sales Dietsch, sup. ad nutum (16/11/1966 - 20/02/1968) ; Jean Tyszkiewiez, sup. ad nutum (20/02/1968 - 02/10/1970 (v. 7) ; Dominique Limbert, sup. ad nutum (02/10/1970 - 04/1973) ; Aubin Le Mouillour, sup. ad nutum (05/1973 - 1974) ; Jean-Baptiste Bruneau, sup. ad nutum (1974 - 06/10/1978) ; Jean de la Croix Przyluski, sup. ad nutum (06/10/1978 - 31/03/1984 (22+7)) ; Christian de Chergé, prieur tit. (31/03/1984 - 23/05/1996) ; Jean-Pierre Schumacher, sup. ad nutum (05/1996 - 18/09/1997), prieur tit. (18/09/1997) ; Jean-Pierre Flachaire, prieur tit. (31/01/1998)..

Une région montagneuse et agricole

Panorama sur la montagne Le premier étage de l'abbaye était utilisé seulement pour les grandes occasions. Il présentait une vue panoramique sur Tamesguida, ce qui signifie « montagne de feu », qui avait abrité des bandits et des rebelles, et le Chréa. Cette partie de l'abbaye constituait un luxe gênant aux yeux du prieur, qui souhaitait que tout cela disparaisse un jour. Les deux fiefs montagneux, Tamezguida et Chréa, semblent encore lorgner le monastère, posé sur un mont de moindre hauteur, mais dominé par de vastes espaces verdoyants. D’où que vous regardez, votre œil se posera sur grandeur et majesté et vous ne ressentirez, alors, que la petitesse et l’insignifiance de la personne humaine dans le processus naturel et l’évolution des choses. Le sol reverdi et la luxuriance des bois et fourrés annonce un hiver moins rude que les précédents. Romarin, menthe, luzerne, coriandre, origan, laurier, menthe pouliot et thym embellissent les coteaux et emplissent l’air d’effluves à nul autre pareil

Les Jardins

vignette|Les montagnes, les champs et les oliviers devant l'abbaye.|259x259px Les moines exploitèrent ensemble les sept hectares du domaine agricole ; frère Christophe en était l'agriculteur. Le monastère était environné de jardins. Ceux-ci étaient très accueillants. Dans l'un d'eux, les moines avaient taillé une table ronde et des sièges dans la roche de la région. Dans un autre, une table ronde et trois sièges étaient faits du tronc et des branches d’un eucalyptus. Certains arbres du jardins sont centenaires. Dans la partie la plus à l’est du monastère, se trouvait une retenue d'eau et des jardins en escalier. Les villageois pouvaient avoir accès aux cultures des moines : les légumes cultivés par frère Christophe (tomates, courgettes, pommes de terre, fèves, haricots, petits pois, endives, piment, salades et choux-fleurs), les fruits provenant de arbres fruitiers, répartis sur cinq hectares, vendus au marché ainsi que leurs confitures : figues, prunes, cerises, kakis, mûres, rhubarbe etc. Le miel des abeilles, qu'on trouvait en grande abondance, leur servait aussi aux soins des malades, tout ceci était l'héritage de la Trappe de Staouëli, abbaye pilote et ferme modèle de la fin du La fabrication de confitures et de miel est une spécialité trappistine : les trappes de Notre-Dame de Sept-Fons et de Notre-Dame des Gardes en fabriquent ainsi en France..

Les moines de Tibhirine en 1996

vignette|In memoriam, Notre-Dame de l'Atlas, Midelt, Maroc.|347x347px En 1996, on trouve à Tibhirine neuf moines vivant les vœux monastiques (pauvreté, chasteté et obéissance) de la règle cistercienne.