Le Yaudet est un hameau de la commune de Ploulec'h qui occupe un site d'oppidum remarquable, qui fut longtemps une ville et un port important.

Géographie Le Yaudet occupe un promontoire escarpé entre l'embouchure du Léguer au nord et la vallée de la Vierge à l'ouest, formant un oppidum maintes fois occupé par l'homme, qui a été important dans l'histoire de la région même si ce n'est plus actuellement qu'un hameau de quelques maisons autour d'une chapelle, dépendant de la commune de Ploulec'h.

Histoire

Étymologie Sur la Pointe du Yaudet, à l'embouchure du Léguer, naquit une cité d'importance, connue au Moyen Âge sous le nom de « Vetus Civitas », « Vieille Cité » ou « Vieux Monastère », selon les étymologies, elle sera ensuite nommée « Ar Yeoded » en breton, Le Yaudet en français.

À tort semble-t-il, certains historiens, à la suite de Le Baud, ont voulu voir dans Le Yaudet l'ancienne Lexovie (Lexobie) alors qu'il s'agit très probablement de Lisieux..

Un site occupé dès la Préhistoire Le site a été habité dès le Néolithique, puis à l'âge du bronze même si les traces qui en sont conservées sont ténues. Deux fours de l'Âge du fer ont été retrouvés par les archéologues.. Les traces des premières maisons véritablement retrouvées datent du de notre ère. Un village de quelques centaines d'habitants occupait alors le plateau au sud, surplombant le port, et la population transformera la Pointe en éperon barré. Les hommes bâtirent un rempart fait de terre et de pierre de type murus gallicus, allant des rochers de Beaumanoir, dominant la baie de la Vierge, jusqu'à la pointe rocheuse qui descendait vers le port.

Antiquité vignette|La fortification du Yaudet relève peut-être du Tractus Armoricanus mis en place par l'empire romain. Le port était alors actif si l'on en juge par les monnaies retrouvées sur le site et qui prouvent des échanges commerciaux avec les Abrincates, les Osismes et les Coriosolites ; on y a même trouvé des monnaies carthaginoises. Puis l'occupation romaine facilite des échanges commerciaux avec l'Italie. Une garnison romaine s'installe jusqu'au . Une borne milliaire retrouvée à proximité (et désormais intégrée dans le mur de l'enclos paroissial de l'église de Ploulec'h) prouve que Le Yaudet était relié au réseau des voies romaines de l'époque.

Jules César a écrit que les peuples de l'Armorique « avaient pour habitude en bâtissant leurs forteresses et leurs villages, de choisir les extrémités des langues de terre et des promontoires, de manière qu'elles fussent inaccessibles aux troupes de terre à la marée montante, ce qui arrive deux fois dans l'espace de douze heures, et inabordables aux navires qui s'abimaient dans les sables à marée basse »Jules César, "Commentaires sur la Guerre des Gaules".

La fouille effectuée a mis au jour une fortification (édifiée sur les ruines d'un rempart gaulois) datant de la fin du , à une époque troublée, des pirates venus des rivages de la mer du Nord ou d'Irlande menaçant alors la péninsule armoricaineYves Ménez et Stéphane Hinguant, "Fouilles et découvertes en Bretagne", éditions Ouest-France, 2010, .

Le Yaudet est aussi à l'époque un port de pêche : un mur de pierres subsiste partiellement barrant la baie de la Vierge dont l'usage était, sans doute, de piéger le poisson à marée descendante ou de faire tourner un petit moulin à marée. D'abondants vestiges de cultures en bandes étroites montrent en effet que le sommet du promontoire fut exploité entre le et le par des communautés d´agriculteurs.

La légende raconte qu'Enora, la chaste épouse de saint Efflam, partie à sa recherche en Armorique, vit son esquif de cuir échouer dans la baie de la Vierge, retenu par les pierres en fermant l'entrée à marée descendante. Un monastère fut dès lors fondé à cet endroit. Il n'y subsistera que du au . Cette légende est à l'origine du récit qui fait du Yaudet le siège du premier évêché du Trégor (bien avant Tréguier) dès 169, le premier évêque se nommant Gwenalus (ou Guennaleus), mais ce récit est semi-légendaire, aucune preuve historique ne le confirmant.

Un mur de pierres percé de portes d'accès est encore visible : c'est la trace du rempart construit pour protéger les habitants des attaques saxonnes puis vikings, ces derniers brûlant le village en 826 . Des habitants reviennent toutefois occuper encore le site jusqu'au .

Le Moyen Âge et l'abandon progressif Dès la période romaine, Lannion évince peu à peu Le Yaudet de sa fonction de port du Léguer. Le Yaudet fut toutefois encore la capitale du pagus Civitatis, un pagus de la DomnonéePhilippe Jouët et Kilian Delorme, "Atlas historique des pays et terroirs de Bretagne", Skol Vreizh, 2007, .

Le Yaudet, alors dénommé Cos-Guéodet (Coz-Yaudet) fut, au sein de l'évêché de Tréguier, le chef-lieu de l'archidiaconé de Pou-CastelJ.-L. Fleuriot, Une « civitas » éphémère : le « Coz-Yaudet », "Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest", 1954, consultable https://www.persee.fr/doc/abpo_0003-391x_1954_num_61_2_1965, lequel comprenait 29 paroisses et 10 trèves (Botsorhel ; Garlan ; Guerlesquin ; Guimaëc ; Le Ponthou ; Plestin et Trémel, sa trève ; Plouaret-Vieux-Marché ; Ploubezre ; Plouégat-Guérand ; Plouezoc'h ; Plougasnou et Saint-Jean-du-Doigt, sa trève ; Plougonven et Saint-Eutrope, sa trève ; Plougonver et Chapel-Nevez, sa trève ; Plougras, avec Loguivy-Plougras et Lohuec, ses trèves ; Ploujean ; Plouigneau et Lanneanou, sa trève ; Ploulec'h ; Ploumilliau et Kéraudy, sa trève ; Plounérin ; Plounévez-Moëdec ; Plourin et Le Cloître, sa trève ; Plouzélambre ; Plufur ; Saint-Mathieu de Morlaix ; Saint-Melaine de Morlaix ; Saint-Michel-en-Grève ; Trédrez et Locquémeau, sa trève ; TréduderAurélien de Courson, "La Bretagne du Ve au XIIe siècle", 1863, consultable https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65691822/f209.image.r=Guima%C3%ABc.

À partir du , le site est progressivement déserté au profit des sites de Ploulec'h (la commune dont dépend Le Yaudet) et de Lannion ; il est totalement abandonné au .

Monuments et sites La chapelle Notre-Dame du Yaudet

Construite sur les fondations d'un ancien temple romain, une première chapelle fut construite au et détruite en 1855.. La chapelle actuelle fut achevée en 1861, mais elle conserve certains éléments de la chapelle antérieure dont le clocher-mur et la tourelle d'accès de style Beaumanoir et un retable du représentant une Vierge couchée allaitant l'Enfant Jésus, représentation rare dans laquelle certains voient une survivance de la déesse Cybèle qui était fréquemment représentée ainsi. D'autres y voient une influence du culte d'Isis ou une résurgence des croyances préhistoriques en une Déesse-Mère, d'autant plus que la tradition était de célébrer en ce lieu une messe solennelle chaque premier mai à minuit, date qui correspond à la fête celte de Beltaine..

La chapelle est au milieu d'un enclos paroissial. Un Pardon annuel est organisé et la chapelle est aussi un lieu de pèlerinage à la « Vierge couchée » (nombreux ex-votos)..

En , Nolwenn Leroy a tourné son clip "Juste pour me souvenir" dans la chapelle du YaudetClip vidéo. Nolwenn Leroy respire l'air du Yaudet..

Autres monuments et sites Les « rochers du château » : c'est une plate-forme granitique qui domine le site et offre une vue exceptionnelle sur les paysages avoisinants. C'était un poste de guet par le passé. « Feunten Goz » : fontaine très ancienne qui a permis aux communautés humaines installées là d'avoir de l'eau douce en abondance.

Bibliographie Galliou, Patrick, Cunliffe, Barry. Le Yaudet, un site majeur de l´archéologie armoricaine. Revue "Armen", 1997, n° 82. Douarnenez : Éditions Le Chasse-Marée-Armen, p. 16-25. Galliou, Patrick ; Cunliffe, Barry. Le Yaudet-en-Ploulec’h (Côtes-d’Armor) au haut Moyen Âge In : Corona Monastica : Moines bretons de Landévennec : histoire et mémoire celtiques. Mélanges offerts au père Marc Simon. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2004. Galliou, Patrick. Le Yaudet et le Trégor à l´époque romaine. "Bulletin de l´Association bretonne et URB", tome CIX, congrès, Guingamp 2000. Bannalec : Association Bretonne, URB, 2001, . Le Clec´h, Louis, Abbé. Le Yaudet. Paris : Éditions Montsouris, 1956. Seclen (Service des espaces naturels du Conseil général des Côtes d'Armor). Le site historique du Yaudet. Saint-Brieuc : Conseil général des Côtes d'Armor, 1990.

Notes et références

Yaudet