Pierre Savorgnan de Brazza, né le à Rome et mort le à Dakar, est une figure majeure de l'exploration et de la colonisation française en Afrique centrale. D'origine italienne, naturalisé français, il est connu pour ses expéditions dans le bassin du Congo et pour son rôle dans la fondation du Congo français.
Issu de l'aristocratie romaine, il est attiré très tôt par l'aventure et l'exploration. Après avoir servi dans la marine française, il se tourne vers l'Afrique centrale, fasciné par les récits des grands explorateurs. Ses expéditions, menées dans un esprit de pacification et de négociation avec les populations locales, lui permettent de remonter le fleuve Congo et de nouer des relations privilégiées avec les tribus. En 1880, il fonde Brazzaville, qui devient rapidement le centre administratif de la colonie française du Congo. Son approche humanitaire et sa volonté de préserver les cultures locales le distinguent de ses contemporains, notamment de Henry Morton Stanley, qui prônait une colonisation plus brutale.
Biographie Jeunesse Élevé à Rome, sous le nom de Pietro di Brazzà, il est le des treize enfants de Giacinta Simonetti, aristocrate romaine, et du comte Ascanio Savorgnan di Brazzà, un noble d’Udine, issu des Savorgnan, famille patricienne de la république de Venise. Cet homme cultivé et voyageur avait de nombreux amis français, dont l'amiral Louis de Montaignac, ministre de la marine. Avec son soutien et celui de son précepteur, Pietro vient à Paris et suit les cours du collège Sainte-Geneviève pour préparer le concours d’entrée à l’École navale de Brest. Il y entre à , en sort enseigne de vaisseau et embarque sur la Jeanne d’Arc pour l’Algérie. Là-bas, il est horrifié par la violence de la répression de la révolte kabyle par les troupes françaises, ce qui le conduira à agir différemment devant les indigènes du Congo pendant ses expéditions futures. La guerre de 1870 est alors déclarée : bien qu'étranger, il veut être affecté dans une unité combattante et se retrouve sur le cuirassé la Revanche, dans l’une des escadres de la mer du Nord.
Famille Mariage et descendance Le , Pierre de Brazza épouse Thérèse Pineton de Chambrun (1860-1948 Alger), fille de Charles-Antoine de Chambrun et de Marie-Henriette Tircuy de Corcelle, et descendante de La Fayette. Le mariage est célébré dans la chapelle privée de l’hôtel du comte de Chambrun, rue Monsieur à Paris. Le couple aura quatre enfantsTous ses enfants sont décédés sans descendance. : Jacques, né en 1899, décédé quatre ans plus tard d’une crise d’appendicite, Antoine, agriculteur (1900-1947), Charles, artiste peintre (1901-1962) et Marthe, autrice d'une biographie (1903-1949). La fille adoptive de Savorgnan de Brazza Au début de sa première grande expédition de 1875-78 vers les sources de l'Ogooué, Brazza et sa petite troupe croisent une bande de guerriers Osyébas marchands d'esclaves. Brazza achète l'ensemble de leurs captifs et, déployant le drapeau tricolore, affranchit sur-le-champ ces infortunés au nom de la liberté que la France reconnaît à tout homme. Parmi eux, l'Adouma Otulu choisit de se joindre à son convoi avec sa femme Aniassa et leur fille Antini âgée de sept ou huit ans. Otulu meurt peu après, attaqué et broyé par un gorille mâle furieux ; plus tard trépasse Aniassa, mordue par une vipère gabonaise au venin fatal. Fidèle à la promesse faite aux parents à l'agonie, Brazza adopte l'orpheline, qui l'accompagnera pendant toute l'expédition, se révélant d'ailleurs précieuse par sa connaissance de langues et d'usages locaux et son intelligence éveillée. A son retour en 1878, Brazza confie l'éducation de la fillette aux Sœurs de Sainte-Marie à Libreville. Deux ans plus tard, Antini demande à être baptisée et choisit le prénom Hyacinthe de sa grand-mère adoptive, avec laquelle elle entretient déjà une correspondance. En 1890, elle prononce ses vœux : Sœur Hyacinthe devient la première Sœur Bleue née de parents africains. Elle meurt le après une vie consacrée à sa vocation de religieuse missionnaire dans l'intérieur du Gabon, à Donghila puis à la Lagune Fernan VazCongrégation Immaculée Conception de Castres, Hyacinthe Antini ((lire en ligne).
Honneurs Le , il est nommé lieutenant de vaisseau et commissaire général de la République dans l'Ouest-Africain.
En 1888, il est initié en franc-maçonnerie. dans la Loge « Alsace-Lorraine » du Grand Orient de France à Paris.. Mais, en 1904, il donne sa démission en invoquant les responsabilités de la franc-maçonnerie dans la gestion de la colonie de l'Afrique-Équatoriale française.
Missions exploratrices
Première expédition 1875-1878 Avec l’avènement de la République, sa deuxième affectation dans la marine française est la frégate Vénus, qui faisait régulièrement escale au Gabon. En 1874, Brazza remonte deux fois le fleuve Ogooué. Il propose ensuite au gouvernement d’explorer l’Ogooué jusqu’à sa source, afin de démontrer que ce fleuve et le Congo ne font qu’un. Avec l’aide de relations bien placées, comme Jules Ferry et Léon Gambetta, il obtient des subsides, qu’il n’hésite pas à compléter avec ses propres ressources (selon les documents, la famille de Brazza a contribué aux deux premières expéditions de l'explorateur avec une somme d'un million de francs, et le gouvernement français n'a donné que francsFrançois Angelier, Dictionnaire des Voyageurs et Explorateurs occidentaux, Pygmalion, 2011, 139.). À la même époque, sa demande de naturalisationLettre du 2 mars 1873 adressée au Garde des Sceaux, série BB/11, Archives nationales (avec en annexe un curriculum vitae de Pierre Savorgnan de Brazza). aboutit enfin et il adopte la francisation de son nom. Il doit cependant revenir quelques mois à Paris pour passer son diplôme de capitaine, ses grades acquis en tant qu'étranger ne comptant plus, afin de demeurer dans la Marine nationale et y poursuivre son dessein.
Pour cette expédition, qui dure de 1875 à 1878, il se munit de toiles de coton et d’outils pour le troc. Il est seulement accompagné d’un médecin, Noel Ballay, d’un naturaliste, Alfred Marche, son assistant, Victor Hamon, et d’une douzaine de fantassins sénégalais. Brazza s’enfonce dans l’intérieur des terres et réussit à nouer de bonnes relations avec la population locale, grâce à son charme et son bagout. Ayant atteint les rives de l'Alima, en pays Téké, il subit l'attaque des Bafourou et doit faire demi-tour. Son expédition n'est toutefois qu'un échec relatif du point de vue de son but d'origine, mais une réussite d'exploration, car il a démontré que les deux fleuves sont différents. En tout état de cause, le , Brazza et ses compagnons d’exploration, fatigués et malades, décident de faire demi-tour.
Deuxième expédition 1879-1882, fondation de Brazzaville vignette|redresse|Brazza dans les années 1870, photographié par Fratelli Vianelli à Venise. Sous l’impulsion du ministre de l’Instruction publique, Jules Ferry, le gouvernement français autorise alors une deuxième mission (1879-1882) en collaboration avec Antoine Mizon, pour faire pièce aux visées coloniales belges sur le continent africain. Financée par la Société française de géographie ainsi que par les ministères de la Marine, des Affaires étrangères et de l’Instruction publique représentés par François Paul de Dufourcq, officier de marine et délégué du ministère de l'Instruction publique, la deuxième mission est nettement plus fructueuse. Parti le , en compagnie notamment de Jean-Noël Savelli, Brazza atteint le fleuve Congo en 1880. Il propose à Illoy , Makoko de Mbé, chef des Téké de Mbé, de placer « son pays » sous la protection de la France. Ce chef, poussé par des intérêts commerciaux et par la possibilité d’affaiblir ses rivaux, signe le traité à Nkuna. Brazza obtint ainsi la concession d'un territoire à M'foa sur la rive droite du fleuve Congo ; site qui sera appelé Brazzaville en 1911. En tentant de rallier l’océan depuis Franceville, Brazza tombe par hasard sur le but premier de ses recherches : les sources de l'Ogooué.
Protectorat français au Congo De retour en France, il popularise ses découvertes grâce à de multiples réunions publiques et articles de presse. Le , la loi ratifiant le traité d’amitié, signé entre Illoy et Brazza, est promulguée. Les régions découvertes sont de fait placées sous protectorat français. Un mois plus tard, de nouveaux crédits sont votés pour une troisième expédition. La publication du compte-rendu des « Voyages dans l'Ouest Africain, 1875-1887 » (Le Tour du monde de 1887 et 1888) est accompagnée de nombreuses gravures réalisées d'après des dessins fondés sur les photographies prises par son frère, Jacques de Brazza, qui avait effectué une mission jusqu'en pays Téké, sur les rives de la Likouala en 1885Pierre Savorgnan de Brazza, « Au cœur de l'Afrique 1875-1887 », récit paru dans Le Tour du monde, 1888, lire en ligne : , sur le site de l'Institut Français : Fond Gabon.. En , il est nommé commissaire général du Congo français. Des journalistes font état des salaires décents et des conditions humaines qui contrastaient avec le régime personnel de Léopold II sur l’autre rive du Congo. Mais son succès lui procure aussi des inimitiés et il est soumis à une intense campagne de dénigrement.
Oppositions rencontrées par Brazza
En France vignette|redresse|Pierre Savorgnan de Brazza en indigène, photographié par Paul Nadar en 1882.
En 1897, Brazza s’oppose à la décision du ministre des Colonies, André Lebon, de soumettre les territoires qu’il a gagnés à la France au régime de la concession, déjà en vigueur au Congo belge, et qui livrerait les populations à la cupidité des sociétés capitalistes privées chargées de « mettre en valeur » ce territoire de km² composé du Gabon, du Congo et de l’Oubangui-Chari.
En , touché par un « dégagement des cadres », Brazza est écarté de la marine nationale et placé à la retraite d'office. Marchand et ses officiers (Baratier, Mangin, Largeau fils, futur fondateur du Tchad, etc.) l’ont déclaré responsable du retard de la mission Congo-Nil. Marchand décrit la colonie du Congo français géré par Brazza comme un dirigé par des . Selon les documents, Brazza s’oppose à l’expédition Marchand à cause de la présence d’un grand nombre de soldats, ce qui témoignait de l’esprit de soumission des populations qui inspirait cette entreprise. Brazza proposait depuis six ans d’organiser une expédition avec le même parcours, pour ouvrir une voie de connexion entre le Congo et l’Afrique du nord. L’expédition Marchand ne s’arrêta pas devant l’opposition de Brazza, et termina avec le honteux épisode de Fachoda, qui a sérieusement affaibli la réputation internationale de la France et sa position en Afrique.
Victor Largeau, explorateur du Sahara et du Congo, administrateur de Loango et de ses dépendances sous les ordres de Brazza, fit dans ses correspondances un portrait peu flatteur de Brazza, le surnommant compte tenu de sa propension à circuler en hamac porté par des Noirs et de son absence de décision. (lettre du à son fils). De l’autre côté, Brazza accuse Largeau d’être corrompu par les agents commerciaux désireux de mettre en place un régime d’exploitation sans se préoccuper des droits des indigènes. Selon les documents, le manque d’organisation de la colonie était dû en partie au budget très limité.
Contre Stanley et Léopold II vignette|redresse|Henry Morton Stanley, alias « Mbula Matari » (« Briseur de roches »).