Le collège de Léon était l'un des collèges de l'université de Paris, celui qui accueillait dans la capitale du Royaume les étudiants, étrangers jusqu'au 13 août 1532, du diocèse de Léon. En 1610, il est remplacé ainsi que son jumeau, le Collège de Tréguier, par le Collège royal, au sein duquel il continue toutefois d'exceller dans ses filières de prédilection, le droit et la théologie, jusqu'en 1763.

Dès 1580, le chapitre cathédral de Saint-Pol-de-Léon a ouvert une école, qui prépare les meilleurs élèves aux études supérieures, en particulier pour son collège parisien. Elle est doublée en 1680 d'un grand séminaire. C'est dans les murs de celui ci qu'en 1784 est institué un nouveau collège de Léon, qui en 1911, à la suite de la crise des congrégations, renonce à tout enseignement universitaire et est transformé en lycée privé, lInstitution Notre-Dame du Kreisker, aujourd'hui lycée Notre-Dame du Kreisker. L'usage conserve à celui ci son nom initial de Collège de Léon.

Le collège parisien Fondation (1322-1325) Le collège de Léon est fondé en 1325 durant le pontificat de Jean XII, pape en Avignon, par l'archidiacre de Léon, Even de KerobertL. Kerbiriou, « La cité de Léon », in Revue diocésaine, hors série n° 54, , Imprimerie cornouaillaise, Quimper, 1947, 125 p.. L'archidiacre du Léon est le prélat qui dirige l'archidiaconé de Saint-Pol-de-Léon, un des trois archidiaconés de l'évêché de Léon. Nommé comme son évêque par le pape seul, et donc choisi par la curie romaine ou avignonnaise, il est un des soutiens directs de la politique catholique en France.

La fondation fait suite au testament laissé par le chantre en titre de la cathédrale de Tréguier et prieur de Houdan, Guillaume de Coëtmohan, docteur régent (docteur chargé de la définition du programme d'enseignement) du Décret de Paris par lequel celui-ci fonde le collège de Tréguier. Even de Kerobert est l'un des trois exécuteurs testamentaires, celui qui est désigné par le testament étant le propre neveu du défunt, homonyme, à défaut une personne désignée par celui-ci. Le testament, daté du Dom Morice, Histoire ecclesiastique et civile de Bretagne composée sur les auteurs et les titres originaux, ornée de divers monumens, , , François Delaguette, Paris, 1750., prévoit une bourse d'études pour huit étudiants choisis dans la famille du défunt, à défaut dans le diocèse de Tréguier. Ce nombre sera considérablement augmenté le par Olivier Doniou ou Droniou, un des successeurs de Guillaume de Coëtmohan au poste de docteur régent du Décret après avoir lui-même bénéficier de la bourse du collègeL. Moréri, Le Grand Dictionnaire historique ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, qui contient en abrégé l'histoire fabuleuse des dieux & des héros de l'antiquité païenne, , , Les libraires associés, Paris, 1759.. Dès le , le chanoine de Kerobert ajoute une bourse pour des étudiants de son propre diocèse et lui affecte l'un des deux bâtiments que possédait le défunt en face du collège du Plessis, sur ce qui deviendra la place de Cambrai. En 1348, s'installera dans son voisinage immédiat le collège de Cambrai.

Avant la fondation du collège de Léon, l'évêché envoyait, comme la Cornouaille le faisait depuis 1317, ses meilleurs prêtres au collège du Plessis qui accueillait les clercs de l'évêché de Saint-Malo, un des neuf diocèses bretons, et pour lequel Monseigneur Geoffroy du Plessis Balisson avait ouvert un bâtiment propre en 1322, rue Saint Jacques (ce qui est aujourd'hui le sud du Collège de France et le nord du lycée Louis-le-GrandO. Truchet & G. Hoyau, Plan La Ville cité université de Paris, Au chef Saint Denis, Paris, 1550., avec des bâtiments annexes dans l'actuelle Sorbonne, à peu près en face de l'actuel Collège de France où se trouve l'observatoire). Quelques places leur étaient réservées.

Ainsi la fondation du collège de Léon remonte en fait au moins à 1322. Cette fondation donne un prolongement dans l'université à l'école cathédrale, futur Grand séminaire et héritière de la filiale du de Lanildut Meur établie à Batz en 525 par Paul Aurélien.

La fondation se situe en pleine construction de la nouvelle cathédrale gothique de Saint-Pol-de-Léon, qui ne sera inaugurée qu'en 1334. Elle s'inscrit précisément dans la mise en œuvre du projet du Saint-Siège d'une société cléricale dominée par les institutions religieuses qui voit effectivement le jour à cette époqueG. Minois, Nouvelle histoire de la Bretagne, page 289, Fayard, 1992..

Notoriété (1326-1452) Le collège du Léon, comme le collège du Trégor, accueille des jeunes prêtres latinistes et francophones mais néanmoins de langue maternelle bretonne, avec un très fort accent et issus d'une culture qui passera encore au aux yeux des Français pour plus barbare que celles des HuronsG. Flaubert, Par les champs et par les grèves.. Ainsi le collège est-il renommé plaisamment en déformant le nom de son fondateur « collège de Caribert » puis « collège de Karembert ». Une institution spécifique, aussi modeste soit elle, est donc bienvenue pour ces séminaristes trégorrois et léonards plus proches de Rome que de Paris.

Dès 1330, le recteur de Lannilis Even Bohic, fils du carme et poète Hervé Bohic, lui-même citoyen de Plourin, devient professeur de droit à l’université de Paris et doyen du chapitre cathédral de ParisG. Minois, Nouvelle histoire de la Bretagne, page 252, Fayard, 1992..

Dès 1335, Henri Bohic enseigne le droit canon à la faculté Decret. En 1349, il publie le célèbre In quinque decretalium libros commentaria, commentaire des décrétales de Grégoire IX qui servira de référence dans l'enseignement universitaire jusqu’à la fin du .

Cette même année 1349, Guillaume Bohic devient régent de l’université de Paris.

À la génération suivante, en 1385, Guillaume Bohic junior accède au poste de procureur de l’officialité et Even Bohic junior parvient au diplôme de bachelier en théologie, c'est-à-dire le cursus le plus difficileG. Minois, Nouvelle histoire de la Bretagne, page 253, Fayard, 1992..

Les Bohic illustrent donc parfaitement l'insigne clérical qu'est l'hermine bretonne. Ils inaugurent une tradition légale commune à toute la Bretagne, symbolisée par la canonisation en 1347 de l'avocat Yves Hélory. Les juristes formés au collège du Léon ont naturellement une certaine influence sur le cours politique de l'histoire de Bretagne. Ainsi voit-on Henri Bohic soutenir la cause montfortiste d'Hervé VII de Léon au cours de la guerre de succession de Bretagne.

Ultérieurement et plus généralement, le Parlement de Bretagne, où siégeront les soutiens de Nicolas Fouquet, fera trembler le centralisme de Louis XIV puis donnera ses premiers fondements juridiques à la Révolution française par l'institution du Club breton fondé par l'avocat rennais Isaac Le Chapelier sur le modèle de fonctionnement des parlementaires bretons, lequel club devint par le ralliement des parlementaires de Bordeaux, héritiers de Montesquieu, le Parti Girondin.

Postérité (1453-1573) vignette|Statue du début du de saint Yves, patron des étudiants bretons exilés à Paris. Le collège, qui partage à Paris avec les collèges du Plessis, de Tréguier et de Cornouaille, une chapelle propre, Saint-Yves-des-BretonsM. Debary, « Le culte de saint Yves à Paris », in J. Ch. Cassard & G. Provost, Saint Yves et les Bretons. Culte, images, mémoire (1303-2003), , PUR, Rennes, 2004 ., aujourd'hui détruite et antérieure d'un siècle (1355) à l'église Saint-Yves-des-Bretons de Rome, bénéficie de l'appui des Rohan. Ces seigneurs de Léon prennent en 1491, date du mariage forcé d'Anne de Bretagne avec Charles VIII de France, le titre de princes de Léon. Princes d'Empire, ils deviendront la première fortune du Royaume.

Le collège restera un collège mineur par le nombre d'élèves comparé aux nombres de prêtres du diocèse (mil deux centsL. Kerbiriou, « La cité de Léon », in Revue diocésaine, hors série n° 54, , Imprimerie cornouaillaise, Quimper, 1947, 125 p. en 1630, trois cent quatre-vingt-quinze en 1790, soit la plus forte densité après le Vatican), en quelque sorte une représentation symbolique dans la capitale des universités. L'éloignement géographique et idéologique, puis les vicissitudes de l'université de Paris, font que la formation des clercs est assurée de façon privilégiée dans le diocèse lui-même, sur lequel la Curie a un contrôle direct.

Cette tendance à la formation locale des Bretons, plutôt qu'à Paris, est renforcée par une bulle papale de 1453 réservant les offices de Bretagne aux Bretons, notamment pour résoudre une difficulté de cumuls des bénéfices, et corollairement de langue, soulevée par le duc. La Contre-Réforme fait ainsi du Grand Séminaire de Saint-Pol-de-Léon lui-même, fondé en 1630, et non de la faculté de théologie de Paris le premier centre de formation de prêtres missionnaires, plus de trois cents durant les cinq dernières décennies du . Il deviendra au une pépinière de Pères Blancs.

Pendant tout le , le collège de Léon compte quarante et quatre clercs, hormis les ecclésiastiques ayant accédé à des postes supérieurs, soit un nombre d'étudiants quasiment identique à celui qu'il a compté sur la durée du , quarante et un. Les excellents deviennent évêques ou abbés. Les bons deviennent recteurs de paroisses. L'inscription au collège assure en tout cas un bénéfice. Ainsi en est-il pour Hervé de Kerlech, docteur in utroque jure et recteur de Plouider, Maurice de Pencalet, docteur en décret et recteur de Milizac, Yves Guidomar, licencié in utroque et recteur de Plounévez, Thomas Migam, licencié in utroque et vicaire de Lesneven. Grâce au collège de Léon et à la bulle de 1453, les paroisses du diocèse bénéficient d'un fort taux de doctorats et des hommes de condition modeste d'un formidable ascenseur social.

Fusion (1574-1763) Deux siècles après la fondation du collège de Léon, son bâtiment menace ruine. En 1574Ex cote 336, , Fonds breton, Bibliothèque, Brest, cité in dom Morice, p. citée., Laurent de Kergroadès est mandaté pour régler la situation. Le L. Am. Sédillot, Les professeurs de mathématiques et de physique générale au Collège de France, , Imprimerie des sciences mathématiques et physiques, Rome, 1869., il fait don des matériaux et du terrain au collège de Tréguier voisin, à charge pour celui-ci de le reconstruire et de conserver dans le nouvel ensemble deux bourses qui resteront attribuées par le diocèse de LéonP. Hurtau, Dictionnaire historique de la Ville de Paris et de ses environs, , , Moutard, Paris, 1779.. En 1577, un arrêt du Parlement entérine la fusion du collège de Léon avec le collège de TréguierColl., dir. A. Guilbert, Histoire des villes de France avec une introduction générale pour chaque province, , , Furne & cie., H. Fournier impr., Paris, 1844..

En 1610, dans le but de les réunir au collège de Cambrai attenant, nombril de l'UniversitéÉ. Pasquier, Les recherches de la France, , IX, 18, , Compagnie des libraires associés, Amsterdam, 1723., et les transformer en Collège Royal, Henri IV, qui sera assassiné le , confie statutairement l'administration des Collèges de Léon et Tréguier à celle-ci et fait commencer les travauxA. Poirson, Histoire du règne de Henri IV, , , Librairie académique Didier & cie., Paris, 1866.. Par un accord passé le de cette année avec l'administration de la Régente, le bâtiment est évacué et les boursiers reçoivent chacun une indemnité de logement de quatre cents livres. Les logements définitifs promis dans cette attente ne viendront jamais. La reconstruction, grandiose, commencée dès le , est abandonnée trois ans plus tardA. Poirson, Histoire du règne de Henri IV, , , Librairie académique Didier & cie., Paris, 1866.. Les pensions ne sont plus versées après 1646.