alt=|vignette|Esclaves dans une plantation de café, vers 1882, quelques années avant son abolition en 1888. L'esclavage au Brésil est l'asservissement de populations humaines, dans la région qui correspond à l'actuel Brésil. Il désigne autant les situations précolombiennes, le système mis en place pendant la période coloniale dès le et les premières décennies de l'indépendance au , et enfin l'esclavage contemporain.

L'abolition de l'esclavage au Brésil est quant à lui un processus qui remonte à la première tentative concernant l'esclavage des Amérindiens (controverse de Valladolid), ainsi qu'aux mouvements abolitionnistes au cours de la période coloniale, particulièrement la conjuration bahianaise de 1798, qui avait parmi ses projets l'éradication de l'esclavage. Après l'Indépendance du Brésil en 1824, les discussions sur ce sujet se sont prolongées pendant toute la période impériale, devenant vraiment importantes à partir de 1850 et acquérant un caractère vraiment populaire à partir de 1870. Elles aboutissent à la signature de la Loi d'or du , qui a mis fin à l'esclavage au Brésil, faisant du pays l'un des derniers au monde à abolir l'esclavage, tout en étant la région qui a le plus importé de captifs africains entre le (plus de cinq millions).

Histoire

L'esclavage portugais

La « guerre juste » que mène la couronne portugaise dans la péninsule Ibérique permet de justifier l'intégration des populations serviles sur les territoires nouvellement conquis. Depuis le , le principal motif de la Reconquista est l'intégration aux marchés économiques méditerranéens et l'accès aux réseaux esclavagistes subsahariens. En 1419, Henri le Navigateur occupe l'île de Madère, inhabitée. Il accorde des chartes à des colons flamands, qui peuplent également l'archipel des Açores conquis en 1427. En plus de vouloir contourner les Berbères pour accéder directement aux marchés orientaux, Henri du Portugal ambitionne également de produire ce qui s'achète si cher aux orientaux : le sucre.

Alors qu'en 1453, la bulle pontificale Sicut dudum condamne l'esclavage sur les Îles Canaries, achetés au Sénégal et en Mauritanie débarquent en 1444 dans un port du sud du Portugal, à Lagos. Il faut attendre 1466 pour que les premiers esclaves achetés par des Portugais soient employés comme main-d'œuvre dans une plantation de canne à sucre à Madère. Ce modèle préfigure celui de la plantation atlantique, qui sera jusqu'au début du le principal lieu d'asservissement au Brésil.

C'est à São Tomé que les Portugais lancent une production de sucre à grande échelle, qui s'appuie sur les indigènes asservis du Gabon et de l'Angola. Le système de plantation atlantique est en place, affranchi des distances, grâce aux caravelles et réseaux marchands, du temps, grâce au caractère inépuisable de la main-d'œuvre servile, et des structures de pouvoir, grâce à l'esclavage qui résout la plupart des conflits sociaux qui pourraient éclater entre exploitants et exploités.

L'esclavage avant la colonisation

Les Tupinamba pratiquent alors une forme classique d'esclavage, sur des membres de tribus ennemies capturés, sans valeur économique, avec valeur symbolique de trophée, avec intégration relative en travail forcé (plusieurs mois ou années), puis dévoration en rituels anthropophagiques. Aucune libération n'est envisageable, et encore moins une réintégration dans la tribu d'origine. Les témoignages occidentaux du sont concordants.

L'esclavage colonial L'esclavage des Amérindiens Quand les Portugais commencèrent à coloniser le Brésil, ils eurent d'abord recours à la main-d'œuvre indigène pour s'occuper des travaux manuels. La très grande chute démographique des populations locales, due notamment aux épidémies apportées par les Européens, ainsi qu'un mouvant d'émancipation religieux (missionnaires jésuites, controverse de Valladolid, bulle Sublimus Dei), forcèrent les colons portugais à aller puiser la main d'œuvre nécessaire en Afrique, dans leurs colonies ou par le commerce avec des chefs locaux. Les premiers esclaves africains sont déportés au Brésil en 1532.

L'esclavage des Africains

Traite négrière

gauche|vignette|Le fort de traite portugais d'Elmina entre 1610 et 1624. vignette|Un marché d'esclaves à Rio de Janeiro en 1824. Au Brésil, l'esclavage des Noirs a commencé dans la première moitié du , avec la production de sucre. Les trafiquants portugais amenaient les captifs de leurs colonies d'Afrique, puis les vendaient comme des marchandises pour être utilisés comme esclaves dans les exploitations sucrières du Nord-Est. Les plus robustes arrivaient à valoir le double de ceux qui étaient plus faibles ou plus âgés. De la même façon, les Noirs venus d'Angola et du Mozambique, les Bantous, avaient plus de valeur pour le travail de la terre, et ceux qui venaient du comptoir de « São Jorge de Mina », dans l'actuel Ghana, étaient plus appréciés dans l'exploitation des mines d'or du Minas Gerais. Les Noirs « miniers », très communs dans la Bahia, travaillaient déjà dans l'exploitation de l'or en Afrique occidentale.

Les Néerlandais aussi avaient colonisé une partie du Brésil à partir de 1630, et importé de nombreux esclaves africains pour leurs plantations. Toutefois, en 1654, ils sont définitivement chassés du continent par les Portugais.vignette|Captifs africains dans la cale d'un navire négrier, par Rugendas (1830).De l'Afrique vers le Brésil, le transport des esclaves se faisait dans les cales des navires négriers. Entassés, dans des conditions inhumaines, beaucoup mouraient avant d'arriver au Brésil, et leurs corps étaient jetés à la mer.

À São Paulo, appelé à l'époque capitainerie de São Vicente, l'extrême pauvreté des habitants ne leur permettait pas d'acquérir des esclaves africains qui coûtaient très cher, c'est pourquoi les bandeirantes faisaient appel à la main-d'œuvre indigène.

Mines et économie de plantation

gauche|vignette|Surveillance d'esclaves africains travaillant au nettoyage des diamants à la rivière Jigitonhonha à Cerro de Frio (1815) Dans les plantations de canne à sucre ou dans les mines d'or, à partir du , les esclaves étaient traités de la pire façon possible. Ils travaillaient énormément (du lever au coucher du soleil), vêtus de haillons et mal nourris. À Minas Gerais, au début de l'exploitation minière, le prix des esclaves, ainsi que celui des autres marchandises, était extrêmement élevé, en raison de la grande cherté de la vie qui y sévissait, comme le dit le missionnaire jésuite André João Antonil dans son livre .

vignette|Punition par le fouet, avant 1830, par Debret. vignette|Esclaves mis aux ceps, par Debret. Ils passaient la nuit dans les senzalas indigènes, sortes de hangars sombres, humides et aussi peu hygiéniques que possible, enchaînés pour éviter les évasions. Ils subissaient constamment des châtiments corporels et le fouet était la punition la plus répandue dans le Brésil colonial. Cette peine du fouet ne devait être abolie que par une loi impériale de 1885, et sa suppression encouragea les esclaves à s'enfuir, puisqu'ils n'avaient plus à redouter ce type de châtiment au cas où ils seraient repris, ce qui fit se multiplier leurs évasions pendant les dernières années de l'esclavage au Brésil. gauche|vignette|« Esclaves allant recevoir le baptême », Jacques Etienne Arago (1822) Ils n'avaient pas le droit de pratiquer leurs religions d'origine africaine ni de célébrer leurs fêtes et leurs cérémonials africains. Ils devaient suivre la religion catholique, imposée par les propriétaires des plantations qui se targuaient d'obéir au commandement chrétien de baptiser toutes les créatures, raison pour laquelle nombre de Noirs devinrent chrétiens, surtout les « Bantous », alors que la majorité des Noirs « miniers », plus nombreux dans la Bahia, restèrent au contraire en majorité plus fidèles à la religiosité africaine. Voici comment, le , le député général José de Alencar, dans la section de la Chambre Générale, actuelle Chambre des députés, expliquait l'importance de la religion chrétienne selon la conception des propriétaires d'esclaves :

vignette|Le dîner, un couple blanc brésilien se fait servir par leur esclaves, par Debret (1839).Les esclaves étaient obligés d'adopter la langue portugaise pour communiquer. Toutes ces obligations et ces interdictions n'empêchèrent pas un grand nombre d'entre eux de ne pas se laisser priver de leur culture africaine. En cachette, ils procédaient à leurs cérémonies, pratiquaient leurs fêtes, maintenaient leurs représentations artistiques et ils sont allés jusqu'à créer une forme de lutte dansée: la capoeira.vignette|Une famille et ses servantes esclaves au Brésil, vers 1860.Les femmes noires, elles aussi, ont beaucoup souffert de l'esclavage, même si les planteurs utilisaient cette main-d'œuvre surtout pour les travaux domestiques. Il était courant qu'elles soient cuisinières, concierges et même nourrices dans le Brésil colonial de l'époque. Beaucoup de femmes esclaves étaient obligées d'avoir des rapports sexuels avec leurs maîtres, ce qui est à l'origine d'une nombreuse population mulâtre au Brésil.

Au , quelques esclaves réussissaient à acheter leur liberté après avoir acquis la lettre d'affranchissement. Certains maîtres libéraient leurs esclaves dans leurs testaments. Ou alors ceux-ci pouvaient accéder à la liberté en payant une petite rente toute leur vie. Cependant, le peu d'occasions et les préjugés de la société finissaient par fermer toutes les portes aux esclaves affranchis.

En 1761, le marquis de Pombal interdit l'importation d'esclaves vers le Portugal continental et les colonies d'Inde, non pas pour des raisons humanitaires, mais afin que les trafics soient orientés en priorité vers sa colonie du Brésil qui nécessitait beaucoup de main-d'œuvre..

Résistances

alt=Zumbi dos Palmares fut l'un des chefs de guerre les plus importants du royaume de Palmares.|vignette|redresse|Zumbi dos Palmares, chef de guerre du quilombo de Palmares. Les Noirs ne restaient pas non plus sans réagir contre l'esclavage : les émeutes étaient monnaie courante dans les plantations ; des groupes d'esclaves s'enfuyaient et formaient dans les forêts les fameux quilombos, des communautés dont les membres vivaient dans une organisation communautaire et où ils pouvaient pratiquer leur culture, parler leur langue et exercer leurs cérémonies religieuses. Le plus célèbre fut le Quilombo de Palmares, commandé par Zumbi. Dans le Minas Gerais, le quilombo le plus célèbre fut celui d'Ambrósio. Dans plusieurs d'entre eux, paradoxalement, on faisait travailler souvent des esclaves Douglas Cole Libby et Júnia Ferreira Furtado, Trabalho livre, trabalho escravo : Brasil e Europa, séculos XVIII e XIX, Annablume, 2006, , ..

En ce qui concerne les attaques des quilombos et des nègres marrons, Luiz Gonzaga da Fonseca, dans son livre História de Oliveira à la page 37, décrit les désordres provoqués sur la grande route de Goiás, par les nègres marrons du Quilombo d'Ambrósio du Minas Gerais :

La question de l'abolition après l'Indépendance du Brésil vignette|Punition par le fouet vers 1830, par Rugendas. Image extraite de . Dans son célèbre discours à l'Assemblée constituante de 1823, José Bonifácio de Andrada e Silva avait déjà traité l'esclavage de .

Pendant la Régence, qui commença le , la Chambre des députés vota une loi qui interdisait l'introduction d'esclaves africains dans le pays, que la Régence promulgua. Cette loi ne fut cependant pas appliquée.

vignette|Jeunes enfants noirs captifs (futurs esclaves) rescapés d'un navire négrier arabe par le HMS Daphne de la Royal Navy sur les côtes d'Afrique de l'Est (1868)