L’argusDepuis le premier numéro, le titre mis en avant en Une est L’argus, écrit en italique et sans majuscule. est un magazine français consacré à l’automobile, à destination des particuliers et des professionnels. Il est notamment renommé pour sa cote des véhicules d’occasion, publiée sous la marque cote Argus. Historiquement hebdomadaire, il devient bimensuel en .
Le journal est fondé en 1927 par Paul RousseauN°4000, supplément 1927-2005. sous le titre L’argus de l’automobile et des locomotions. Bien que la voiture de tourisme constitue déjà son principal sujet, l’hebdomadaire couvre alors l’actualité d’une variété d’engins roulants, volants et navigants. Il se positionne en faveur de l’automobile et milite fermement pour son développement. Son audience, composée dès l’origine d’usagers comme de professionnels, s’élargit considérablement à partir des années 1950 grâce à la généralisation de la voiture particulière et au développement des véhicules motorisés. Pour répondre aux nouvelles attentes du lectorat grand public, L’argus réoriente son contenu à partir du milieu des années 1980 : de journal d’opinion, il se transforme progressivement en revue d’utilité pratique centrée sur le problème de l’achat et de la vente de véhicule. En outre, il déploie une partie de ses services sur le Minitel en 1985 et toute sa gamme de produits et services sur Internet en 2000.
Le journal lance une édition grand public le et opte pour un format magazine. Il distingue alors davantage ses deux types de lectorats : la version éditée pour les particuliers, vendue en kiosque, est aussi disponible accompagnée de suppléments consacrés aux professionnels, sur abonnement. L’argus sur Internet est accessible aux adresses largus.fr (pour le grand public) et pro.largus.fr (pour les professionnels, avec ou sans abonnement), ainsi que sur application mobile.
Depuis 1993, L’argus décerne le Trophée de l’Utilitaire de l’année et depuis 2008, les Trophées du Véhicule Particulier.
Histoire De la création à la Seconde Guerre mondiale L’argus de l’automobile et des locomotions a été fondé en 1927 par Paul Rousseau (1868-1941), une personnalité des mondes de la presse et du sport, également passionné d’automobile. À l’époque, le véhicule motorisé est encore un bien de luxe, ou très utilitaire. Mais Paul Rousseau décide de favoriser son essor par l’intermédiaire d’un journal. Le lancement est financé par Ernest Loste (1874-1944), un ami qui a connu le succès dans le commerce automobile en devenant dès 1904 agent général Fiat pour la France et premier importateur français de la marque.
Comme son nom l’indique, le journal s'intéresse à l’origine à tous les types de locomotions, même si son contenu se concentre sur la voiture particulière. Son titre révèle par ailleurs son ambition d’être le rigoureux « rapporteur » de leurs actualités : le terme « argus » renvoie au géant de la mythologie grecque Argos Panoptès qui avait cent yeux. Destiné aux usagers comme aux professionnels, l’hebdomadaire entend demeurer impartial entre ses différents lectorats, ainsi qu’il l’indique dès le premier numéro : « Notre ambition, c’est de réaliser l’accord parmi les consommateurs, les industriels et les commerçants ». Afin de défendre leurs intérêts, il livre bataille pour l’adoption de politiques favorisant le développement de l'automobile, prenant pour principale cible les pouvoirs publics. En outre, il estime qu’ « il faut de l’auto à tous les prix »N°95 du 04/07/1929. (1929) et milite dès ses débuts pour en faire un bien accessible à toutes les catégories sociales.
Dès le premier numéro est posé le canevas de L’argus qui demeurera au fil des décennies, par-delà les évolutions. L’hebdomadaire s’intéresse principalement à l’actualité économique et aux sports mécaniques, mais un éventail d’articles couvre toutes les autres informations de l’automobile et des locomotions (progrès techniques, nouveautés, équipements, métiers, circulation, sécurité routière, salons et foires, statistiquesÀ partir de 1932, L’argus édite chaque année un numéro spécial statistiques.) - certains sujets s’adressant spécifiquement aux professionnelsÀ cette époque, L’argus publie d’ailleurs à leur intention un numéro spécial annuel sur l’activité de service et les stations-service.. Des rubriques pratiques complètent les articles : les petites annonces, les adresses de L’argus, les prix des véhicules neufs (véhicules industriels et agricoles, bicyclettes, bateaux à moteur, avions de tourisme, deux-roues…) et les cours du « Marché des voitures d’occasion », ancêtres de la fameuse cote Argus, marque sous laquelle l’entreprise vend désormais son service de cotation. Ces cours-moyens (automobiles de tourisme, véhicules industriels et deux-roues) sont d’abord fournis par l’organisme Bureau Veritas jusqu’en 1931, avant d’être élaborés en interne et de prendre le nom de « cote officielle de L’Argus ».
Le texte occupe l’essentiel des 8 pages noir et blanc au format 360 x 530 mm. Les colonnes sont étroites, les articles concis, accompagnés de petites illustrations. Tiré à quelques milliers d’exemplaires, le titre s’établit peu à peu au cours des années 1930 en conservant fond et forme, jusqu’à ce que la Seconde Guerre mondiale perturbe la vie du journal. En effet, outre une réduction du volume le plus souvent à quatre pages, la parution est parfois interrompue et le contenu bouleversé. Beaucoup d’articles se préoccupent de la (sur)vie économique de l’automobile, alors que l’absence de production et d’importations met en suspens le marché du neuf, ce qui a par ailleurs pour effet de gonfler les cours du marché d’occasion. La rareté des automobiles, aggravée par les réquisitions notamment, contraint L’argus à ajuster ses cotes tant bien que mal. Il doit également tenir compte de certaines évolutions de la demande, tels que la valorisation des véhicules à gazogènes, recherchés en raison de la pénurie d’essence, ou l’impact des réglementations des autorités. Avec la Libération, quand il devient question de restituer ou indemniser les véhicules réquisitionnés, un arrêtéArticle 1 b de l’arrêté du 26 octobre 1944, publié dans le Journal Officiel du 09/11/1944. intitulé « Prix des véhicules automobiles réquisitionnés par l’autorité militaire » stipule que « les prix de base des véhicules automobiles requis sont déterminés […] pour les véhicules de tourisme, d’après les données du tableau paru le , sous le n°847 de L’Argus de l’automobile et des locomotions, sous la rubrique : Marché des voitures d’occasion, cote officielle de L’Argus »L’arrêté prend pour base les cotes du 6 juillet qui sont les dernières à avoir été publiées, la parution du journal ayant été interrompue entre le 20 juillet 1944 et le 29 mars 1945..
En 1941, Paul Rousseau disparaît. S’agissant de sa succession, la rédaction indique dans le numéro du (n°692) qu’elle revient à ceux qu’il « avait lui-même choisis et formés ». C’est ainsi Jacques Loste (1905-2001), fils d’Ernest LosteQuelque temps après le décès de Paul Rousseau, Ernest Loste disparaît à son tour. Maire de Soisy-sur-École, il est tué par les Allemands le 22 août 1944., qui prend les rênes du journal, qu’il a intégré en 1930 et dont il est rédacteur en chef depuis 1938.
Les Trente Glorieuses et les crises pétrolières Après le conflit mondial, le contenu et le ton d’avant-guerre reprennent rapidement mais on trouve encore jusqu’à la fin des années 1950 des articles rappelant les conséquences de la guerre sur l’automobile. De plus, le journal ne retrouve ses 8 pages habituelles qu’en 1947. La reconstruction permet alors de faire entrer la France dans une période de grande croissance économique, les Trente GlorieusesLa célèbre expression est de Jean Fourastié : Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975, Fayard, Paris, 1979. (1945-1973), durant laquelle le pays découvre la consommation de masse. Grâce à l’essor de l’industrie durant les années 1950 et 1960, décennies qui constituent les « vingt glorieuses de l’automobile »Jean-Louis Loubet, Histoire de l’automobile française, Seuil, Collection L’Univers historique, Paris, 2001., la voiture particulière se démocratise. En toute logique, sa popularisation profite au journal, dont l’audience s’élargit et le contenu se développe, le nombre de pages augmentant en conséquence - 10 pages en 1948 ; 48 pages au début des années 1980.
Au cours de la période, L’argus change à peine de physionomie, sauf pour la notable adoption en 1955N°1391 du 06/10/1955. du fameux rouge pour le nom L’argus dans le logo-titre. Le contenu se maintient, tout comme la ligne éditoriale. Toutefois, l’hebdomadaire se met au diapason des nouvelles préoccupations de la société de consommation et s’intéresse de plus en plus au véhicule comme un produit courant. Dès le début des années 1960, il introduit une rubrique d’essais où tous les types de locomotions se retrouvent « face aux épreuves de L’argus ». À partir de la fin des années 1970, la présentation des produits automobiles, principalement les nouveautés, gagne de l’importance. En outre, le journal accorde de plus en plus de place aux petites annonces - autour de 10 % de la surface du journal en 1952 ; 40 % en 1972.
Par ailleurs, dans un contexte marqué par l’essor généralisé de la motorisation, les articles consacrés aux diverses catégories de locomotions s’enrichissent également. Surtout, L’argus étend sa rubrique de cote de l’occasion à de nombreux engins : les tracteurs agricoles (1950), les moissonneuses-batteuses (1955), les tracteurs routiers (1959), les caravanes et les autocars (1967), les avions (1968), les semi-remorques et remorques (1970) ; la cote des deux-roues, arrêtée au début des années 1930, réintègre le journal (1981). En parallèle, L'argus affine la méthode d’utilisation de ses cours-moyens. À partir de 1963 par exemple, ils peuvent désormais être ajustés avec une plus grande précision en fonction du nombre de kilomètres parcourus.
Enfin, l’essor de l’automobile ayant transformé ses enjeux, L’argus redouble de vigueur lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de ses lecteurs. Sous la plume de son directeur-rédacteur en chef, le ton se durcit. Jacques Loste se préoccupe principalement de fiscalité et part notamment en campagne contre la vignette instaurée en 1956 et l’augmentation de la TVA sur l’automobile, en 1969L’augmentation est prévue par la loi du 29 novembre 1968..
Les nouvelles technologies À partir des années 1980, sur un marché automobile arrivé à maturité et marqué par des gammes de plus en plus complexes, L’argus s’adapte à un lectorat toujours plus demandeur d’informations et de conseil. Ainsi, les rubriques présentant les modèles, notamment par le biais des essais, deviennent essentielles et des numéros spéciaux consacrés apparaissent. Bien que le contenu se maintienne dans ses grandes lignes, l’hebdomadaire se positionne en véritable guide d’achat, et ce pour toutes les catégories de locomotions. Une cote est disponible pour presque chaque type de véhicules, que rejoignent les minicars (1998), les véhicules de collection (1999), les camping-cars (2001) et les automoteurs de manutention agricole (2004).
La plume de L’argus change de main au milieu des années 1980, lorsque Florence Loste, la fille de Jacques, prend la tête de la rédaction. Elle réoriente la ligne éditoriale, atténuant fortement l’engagement politique du journal en ayant recours à un militantisme modéré, qui s’exprime notamment au sein des éditoriaux, comme le veut l’usage.
La forme évolue également. Jusqu’au milieu des années 2000, le journal modernise son apparence régulièrement. En 1984, 1996 et 2004, il réorganise son contenu en rubriques pleine page et éclaircit sa présentation en adoptant de plus en plus de couleur et d’illustrations, le journal ayant également changé de format pour la première fois en 1984 (285 x 410 mm). Désormais, l’hebdomadaire s’apparente davantage à une revue qu’à un journal.