Le panceltisme (parfois abrégé en celtisme et évoluant vers l'interceltisme) est un ensemble d'idées qui postulent des intérêts communs entre les populations qui parlent des langues celtiques ou partagent des éléments de culture pouvant être caractérisés comme relevant de coutumes ou de récits mythologiques celtiques (Grande Celtie).

Les références aux anciennes civilisations celtiques ont parfois été appliquées à des territoires où ne subsiste pas de langue celtique, comme l'ancienne Gaule (hors la Bretagne) — qui incluait la France actuelle, la Belgique, une part de la Suisse et la partie nord de l'Italie — ou l'Espagne.

Contrairement aux autres tentatives d'additions de territoires partageant un héritage linguistique, comme le pangermanisme, le panslavisme, le panhellénisme ou le pantouranisme, le panceltisme n'a généralement pas eu pour but de réunir politiquement les territoires ayant des langues celtiques vivantes, probablement du fait que ceux-ci sont morcelés dans des îles, des presqu'îles et des péninsules à l'extrémité nord-ouest de l'Europe et qu'ils sont ou ont été rattachés à des ensembles politiques puissants (France et Royaume-Uni). Les visées politiques se sont limitées à des espoirs d'obtenir des autonomies politiques locales de la part des États respectifs et surtout à des fraternisations et des échanges culturels.

Un héros légendaire, Arthur, présent dans les récits folkloriques des langues anglaise, française et brittoniques, mais absent des cultures gaéliques, apparaît comme le héros symbolique et immortel d'une conception franco-britannique du panceltisme, puisqu'une légende, attestée au Moyen Âge, dit qu'il n'est qu'endormi dans l'île d'Avalon et qu'il reprendra la tête des Bretons insulaires pour abattre la domination anglo-saxonne.

thumb|La Mort du Roi Arthur, par James Archer (1842-1901).

Géographie

Pays celtes

Diaspora des peuples celtes Les populations celtes se déplacent dans le monde pour plusieurs raisons. En Irlande, la grande famine, pousse plus de 2 millions de personnes à partir pour la Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Entre 1815 et 1920, plus d'un million d'Écossais s'installent dans l'empire britannique, avec des visées mercantiles et militaires.

Pour les descendants des Irlandais, la fête de la Saint-Patrick est l'occasion de manifestations publiques et privées. Une des plus connues est le grand défilé des New-Yorkais. Il existe aussi des célébrations en Australie.

Une colonisation par des Gallois a eu lieu en Argentine dans la province du Chubuthttps://theses.hal.science/tel-00575335/file/TheseChartier.pdf.

Le thème principal du Festival Interceltique de Lorient de 2011 était "les diasporas celtiques". Histoire Avant le Les prémices du panceltisme Au début du , la Réforme est un élément majeur de séparation entre les Bretons et les autres locuteurs celtiques insulaires par-delà la Manche qui, depuis la Préhistoire, n'est pas un véritable obstacle aux échanges de tous ordresLéon Fleuriot, dans son Origines de la Bretagne, Payot, 1987, a pointé le fait qu'une mer sépare moins qu'elle ne favorise les échanges..

Les Irlandais et les nobles anglo-irlandais en partie celtisés se soulèvent à partir de 1559, sous le règne d'Élisabeth , pour la « défense de l'Irlande et de la Foi ».

La création du Gorsedd des bardes de l'Île de Bretagne en 1792 et le renouveau des fêtes littéraires, appelées Eisteddfodau ponctuent ce « revivalisme » culturel.

Paul-Yves Pezron fait paraître, à Paris, en 1703, L'Antiquité de la nation et de la langue des Celtes, autrement appelés Gaulois, dans lequel l'auteur soutient que les Celtes sont les pères de tous les peuples et aboutit ainsi à faire du breton, issu de la langue celte ou gauloise, la mère des langues.

Edward Lhuyd, conservateur du musée-bibliothèque d'Oxford, souhaitant comparer le breton et le gallois, commence une enquête linguistique en Bretagne, mais il n'y reste que trois semaines, car il est pris pour un espionDaniel Le Bris, Les études linguistiques d'Edward Lhuyd en Bretagne en 1701. In : La Bretagne linguistique, Université de Brest. et, avec les livres acquis, il en tire profit pour son Archæologia Britannica (1707), ayant réellement fait le tour des pays celtiques, sauf l'Île de ManLe titre complet est Archæologia Britannica : an Account of the Languages, Histories and Customs of Great Britain, from Travels through Wales, Cornwall, Bas-Bretagne, Ireland and Scotland..

Un Anglais, James Parson, élevé en Irlande et ayant fait des études de médecine à Paris, est le premier à qualifier de langue celtique, l'irlandais (ou gaélique irlandais)Dans son livre « Remains of Japhet; being Historical Enquiries into the Affinity and Origin of the European Languages » publié à Londres en 1757..

En Bretagne, Théophile Malo Corret de la Tour d'Auvergne publie en 1796 des recherches sur les origines celtes des populations gauloises. C'est en 1804 qu'est fondé l'Académie celtique par Napoléon , chargée de récolter les vestiges archéologiques en rapport à la culture celtique.

L'époque romantique du celtisme C'est une initiative de jeunes gens pétris de littérature qui marque le début des idées panceltiques avec comme principaux initiateurs Théodore Hersart de La Villemarqué et Alphonse de Lamartine. Tous sont influencés par les poèmes épiques attribuées à Ossian par James Macpherson qui prétendait avoir trouvé les originaux en gaélique écossaisAucun original de ces poèmes n'ayant été produit, de nombreux critiques estiment qu'il s'agit de compositions originales du prétendu « découvreur »..

Auguste Brizeux et Jean-François Le Gonidec ont décliné l'invitation et Alphonse de Lamartine, empêché de venir, envoie, pour qu'il soit lu, un poème où apparaît l'image de l'épée d'Arthur, qu a été brisée et dont chaque morceau serait maintenant de chaque côté de la merFañch Postic, Premiers échanges interceltiques : le voyage de la Villemarqué au pays de Galles. In: Ar Men, n° 125, novembre 2001..

L'idée fondamentale, dénommée néodruidisme, dans une version purement brittonique, excluant l'Écosse et l'Irlande, est que seuls les Gallois ont gardé un lien ininterrompu avec leur antique civilisation, dans laquelle les druides étaient les conseillers religieux et culturels des autorités et les bardes les détenteurs de l'inspiration divine. Cela repose sur les travaux de l'érudit gallois Iolo Morganwg qui, au , prétendait avoir retrouvé des documents "druidiques" ayant traversé les siècles, parmi lesquels les Triades galloisesTraduites en français par Yves Berthou, futur Grand Druide de Bretagne, en 1906.

François Alexis Rio étudie les liens ethniques, linguistiques et traditionnels qui rattachent les habitants de la Bretagne armoricaine à ceux de la principauté de Galles. Il rencontre pendant l'hiver de 1831- 1832, la femme du baron Bunsen, chargé d'affaires de Prusse près du Saint-Siège. Cette Galloise possède une collection de chants nationaux gallois. François Alexis Rio reçoit alors de MMe Bunsen une lettre de recommandation pour sa mère, ce qui lui permet d'étudier le Gallois.

Les français Théodore Hersart de La Villemarqué, Carné, Mauduit, Francheville, Boisrouvray et Marallac'h sont invités par Augusta Hall et la Cymdeithas Cymreigyddion y Fenny (société des galloisants d’Abergavenny) en pour y « étudier à leur source et comparer entre eux l'idiome et les monuments d'origine celtique » au Pays de GallesErnest Émile Antoine Desjardins, Comptes rendus des séances, vol. 1-2, Académie des inscriptions & belles-lettres, Auguste Picard, 1858, .. Il s'agit des premiers échanges panceltiques modernes. Le , Théodore Hersart de La Villemarqué est reçu à Abergavenny comme barde — sous le nom de « Barz Nizon » (le barde de Nizon) — au sein du collège néodruidique gallois, la « Gorsedd des Druides, Bardes et Ovates de Grande-Bretagne ». Avec les Gallois, il jette les bases du Congrès celtique international. À son retour en France, il fonde (en 1843 ou en 1857) une « Fraternité des Bardes de Bretagne » (Breuriez Breiz) approuvée par l’archidruide de Galles, mais n'aboutit pas à la création d'une Gorsedd, et l’association disparaît après la mort de La Villemarqué, en 1895.

En 1854, l'éminent professeur français, Ernest Renan, qui pratique le breton, publie un Essai sur la poésie des races celtiques (deuxième édition en 1859)Renan ne croit pas en la possibilité de survie des langues celtiques et de leurs littératures, mais, il décrit, avec une précision remarquable, leur apport et, par là, leur donne un lustre pouvant susciter l'envie de les sauver..

En 1864, la Revue de Bretagne et de Vendée publie un « Appel aux représentants actuels de la race celtique » rédigé par un écrivain parisien, spécialiste du breton et du gallois, Charles de Gaulle, un oncle du général et qui est le premier manifeste du panceltisme, dans un esprit très conservateur et très chrétien. L'article est repris et augmenté, sous la forme d'un livre, intitulé Les Celtes au ... et paraît en 1865 à Paris et à Nantes. On y trouve une idée qui résume le nationalisme à base linguistique : « La langue du conquérant dans le bouche du conquis est toujours la langue de l'esclavage »Citation : S'il m'est permis d'exprimer un vœu plus ambitieux encore, et sans doute, d'une réalisation plus difficile, ce serait de voir un ordre religieux nouveau, ou du moins, une division spéciale d'un ordre religieux ancien, se consacrer, sous l'invocation des vieux saints savants des deux Bretagne à la prédication et à l'instruction de la jeunesse de toutes les classes dans les pays celtiques et cela principalement par le moyen des langues indigènes..

En 1864, le poète Charles de Gaulle propose une union celtique qui établirait et développerait des liens entre les pays celtiques. Il devrait également y avoir une lingua franca celtique, créée à partir d’éléments communs dans toutes les langues celtiques, et un festival panceltique.

1867-1898 En 1867, un congrès celtique, le premier du genre, est organisé à Saint-Brieuc dans un but avant tout d'échanges littéraires et culturels avec pour but avoué de créer un Eisteddfod à la bretonneC'est à cette occasion que François-Marie Luzel, pourtant admis comme barde par son aîné, met en doute l'authenticité des chants recueillis par La Villemarqué, donnant le départ à la Querelle du Barzaz Breiz.. L'un des initiateurs du congrès, avec La Villemarqué et Henri Martin, est Charles de Gaulle qui s'est chargé des contacts avec les Gallois. C'est la Société d'émulation des Côtes-du-Nord qui invite officiellement et une poignée de Gallois y répond, entre autres le harpiste aveugle du couple aristocrate de Llanover envoyé pour les représenterSociété d'Emulation des Côtes-du-Nord, Congrès celtique international : Saint-Brieuc, Saint-Brieuc, Imprimerie Francisque Guyon, 1868..

Cette réunion n'a pas de suites pratiques pour les relations interceltiques, car la querelle du Barzaz Breiz a créé des inimitiés et le rendez-vous projeté à Brest pour 1868 est annulé. François Luzel et René-François Le Menn mènent ensuite une campagne privée discrète contre la nouvelle idée qu'est le "bardisme" et vont jusqu'à organiser une parodie des cérémonies bardiques galloises à proximité même du château de La VillemarquéFañch Postic. Article cité..

Plusieurs revues consacrée à l'étude de la celtologie apparaissent à cette époque. C'est le cas de la Revue celtique en 1870 d'Henri Gaidoz et le Celtic Magazine (1875-1888).

De 1899 à 1945

L'Union régionaliste bretonne (URB) est fondée le .