Le western spaghetti, parfois orthographiée western-spaghetti (consulté le 21 juillet 2016).Entrée ., aussi nommée western italien (Western all'italiana en italien), est un genre de western produit en Italie, bien que principalement tourné en Espagne, dans le désert de Tabernas dans la région d'Almería. Le filon du western italien a été particulièrement exploité entre 1963 et 1978 avec la production de , notamment les mythiques Le Bon, la Brute et le Truand et Il était une fois dans l'Ouest. Certains films sortis depuis les années 1980, peuvent être considérés encore comme des westerns spaghettis, tels que On m'appelle Malabar en 1981 ou Un dollar pour un mort en 1998.
Ces films sont devenus populaires en tant que « westerns à l'italienne », tandis qu'aux États-Unis, on appelle ce type de production Spaghetti Western, une expression au départ utilisée dans un sens sarcastique ou péjoratif.. Encore aujourd'hui en Italie, ce terme est mal perçu. Néanmoins le genre est reconnu et plébiscité grâce à quelques films devenus mythiques, notamment ceux de Sergio Leone qui lui insufflent une nouvelle jeunesse. Au début des années 1960, le genre western était sur son déclin, et Cinecittà devint un lieu de tournage très rentable pour les Américains. Le western à l'italienne, véritable exercice de réappropriation, finit par influencer en retour le Nouvel Hollywood et toute une génération de réalisateurs à partir des années 1970.
Caractéristiques Si les catégories de base du western traditionnel (film d'action, qui se situe au dans l'Ouest américain) se retrouvent bien dans la déclinaison italienne du genre, celle-ci se démarque des productions américaines typiques à plusieurs niveaux. D'abord, c'est un genre cinématographique qui n'a pas pour but de glorifier les valeurs traditionnelles fondatrices de la nation américaine. L'individualisme et l'anomie sont les piliers du monde du western spaghetti : l'ordre est réglé par le revolver, la loi est celle du plus fort. Les règlements de comptes (à cause de dettes dues ou non payées, vengeance personnelle), la violence exercée sur les femmes, le manque d'argent (pauvreté, famine) ou la possibilité de mettre la main sur un magot (vol de diligence, vol de butin à bord d'un train, vol de banque, etc.) et le sexe sont les moteurs omniprésents de l'action.. Mais la plupart de ces histoires totalement dénuées de morale sont empreintes d'un humour qui fait basculer les tueries du côté du grand guignol. Les pulsions sexuelles et les excès de violence des personnages de western spaghetti sont primaires, les propos sont explicites et outranciers, la psychologie sommaire. C'est un cinéma de série B qui se veut clairement populaire, grand public.
Spécificités scénaristiques Tout d'abord, le western spaghetti dépasse le schéma manichéen récurrent pour mettre en scène des personnages bien plus complexes. Il ne s'agit plus d'une lutte unilatérale des gentils cow-boys, blancs, chevaleresques et irréprochables contre les Amérindiens sauvages et primitifs ou les terribles bandits mexicains. Au contraire, les protagonistes des westerns spaghettis ont tout de l'antihéros. Misogynes et mal rasés, cyniques et individualistes, ils sont a priori plus prompts à dégainer pour le bien de leur portefeuille que pour se mettre au service d'une noble cause. Cependant, ces pistoleros crasseux, hirsutes, violents, bagarreurs, ivrognes, vénaux, sadiques, amoraux ont l'avantage d'être beaucoup plus crédibles que les cow-boys qui après avoir chevauché toute la journée conservent des vêtements immaculés et une coiffure impeccable. Les femmes, bien que jouant un rôle secondaire, ne sont pas à négliger. Elles sont bien souvent des prostituées (ou d'ex-prostituées), elles fument le cigare, boivent du whisky et savent généralement se défendre contre les assauts libidineux des aventuriers à l'hygiène corporelle sommaire voire quasiment inexistante. La violence est omniprésente, on trouve des scènes de duels et de rixes mais aussi des scènes de tabassages, de pendaisons et de mutilations. À la différence des westerns traditionnels, le sang coule et la cruauté est généralement bien répartie entre les bons et les méchants. À la palette spatiale traditionnelle le western spaghetti ajoute un nouveau lieu : la maison close, car les pulsions sexuelles des personnages ne sont pas niées. Du point de vue de la physionomie, si les anti-héros ont des têtes abominables, les méchants n'ont rien à leur envier : ils sont plus terrifiants et grotesques que les héros, sont dotés de tares diverses et variées (strabisme divergeant, gibbosité, scarification…).
Il ne faudrait toutefois pas se réduire à ne voir en eux que des opportunistes prêts à tous les coups bas. En fait, en s'éloignant de l'archétype du héros sans peur et sans reproche, le western spaghetti rend ses personnages bien plus humains, et foncièrement sympathiques malgré tous leurs défauts. En alternative à l'opposition blanc/noir traditionnelle, le western spaghetti propose une palette de gris bien plus complexe, et qui laisse une latitude bien plus grande à la psychologie des personnages. Cette tendance avait déjà émergé dans le western traditionnel dans des films tels que Vera Cruz.
L'humour n'est pas étranger au western spaghetti, c'est généralement un humour noir voire macabre. Par exemple, dans Le Bon, la Brute et le Truand, Sentenza, devenu sergent dans un camp de prisonniers, régale Tuco et lui demande s'il aime la musique. Celui-ci répond que ça aide à digérer, alors Sentenza fait jouer l'orchestre puis le fait tabasser par son second, Wallace. Ensuite, Sentenza, allumant calmement sa pipe, demande à Tuco si ça l'aide à digérer.
Certains films spaghetti de série B sont bâtis sur le mode de la comédie de situation. Dans Un génie, deux associés, une cloche, la majorité des scènes sont prétextes à des situations loufoques ; particulièrement le duel entre Terence Hill et Klaus Kinski (qui est en fait une parodie de duel) et la scène du bordel (où les prostituées et les clients chantent un cantique).
Spécificités esthétiques Esthétiquement, le western spaghetti se définit sous l'influence décisive de Sergio Leone par des angles de caméra très largement ouverts sur des paysages imposants, mais aussi par l'utilisation de cadrages originaux et très expressifs (comme des contre-plongées, l'encadrement de la scène dans des fenêtres ou des cordes de potence, etc.) ou des cadrages très serrés (gros plan sur un regard, une main sur la détente d'un revolver…). La musique de film joue également un rôle très important : lente et rythmée, elle s'accélère progressivement pour faire monter l'intensité dramatique lorsque le scénario le réclame. Le western spaghetti a, sans conteste, fourni quelques-unes des plus belles bandes originales du septième art sous la direction d'Ennio Morricone. Parmi les poncifs du genre et sous l'influence une fois de plus de Sergio Leone, il y a encore les longues scènes de duels, lentes et dramatiques, soutenues par une musique lancinante à souhait, avec des successions de gros plans sur les protagonistes. Quelques exemples types : la confrontation du cimetière entre Blondin, Sentenza et Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand ; la marche savamment orchestrée de Frank dans Il était une fois dans l'Ouest ; le duel des barrières dans Le Grand Duel ; le repas dans la diligence au début du film Il était une fois la révolution ; le « faux duel » entre Personne et Jack Beauregard dans Mon nom est Personne.
Dans quelques films, l'usage de flashback permet de mieux cerner les personnages ou de livrer une information capitale sur l'un des héros. Mais Sergio Leone, metteur en scène aussi méticuleux qu'inventif, nous gratifie de flashback dont la construction et la technique viennent rajouter du mystère ou intensifier la dramaturgie.
Dans Et pour quelques dollars de plus, le flashback relate le viol par Indio de la sœur de Mortimer. La scène, totalement muette, est découpée en trois, depuis le moment où Indio aperçoit la sœur de Mortimer et son jeune mari dans leur chambre, jusqu'au moment où elle se donne la mort. Les images sont accompagnées d'une musique déformée pour rendre le caractère confus de ce souvenir qui hante Indio dans ses moments de délire. La scène relate la nuit de noces au cours de laquelle la sœur de Mortimer et son jeune mari s'échangent deux montres dorées, l'intrusion d'Indio dans la chambre nuptiale, l'assassinat du jeune homme, puis le viol. Tout le mystère est dans ces deux montres musicales ce qui donne à la musique d'Ennio Morricone une importance capitale.
Dans Il était une fois dans l'Ouest, le flashback décrit l'assassinat par Franck du frère de l'Harmonica. Sergio Leone choisit de découper à nouveau la scène unique de flashback en quatre temps. Le secret de l'homme à l'harmonica ne sera dévoilé qu'à la fin de longues séquences tournées au ralenti et avec une focale totalement floue qui va s'ajuster progressivement pour nous montrer le visage encore jeune de Franck qui, tout sourire, s'apprête à faire exécuter le frère de l'Harmonica. Elle se termine en apothéose au son de l'harmonica. Le ralenti permet à la musique de rendre toute l'intensité de l'émotion dans une durée supérieure à celle de la réalité.
Dans Il était une fois la révolution, Sergio Leone innove encore. En effet, il livre un flashback morcelé dont les images, nettes de bout en bout cette fois, comportent deux scènes distinctes : la première montre l'amour entre Sean et sa fiancée, et l'amitié de Sean avec son compagnon d'armes dans l'I.R.A. ; la deuxième montre la trahison de cet ami que Sean tue au moment où il est dénoncé et explique les raisons de sa fuite pour l'Amérique. Là encore, le ralenti est choisi pour laisser le thème de Sean, au tempo lent, intensifier la dramaturgie de l'action dans une dilatation du temps habituelle chez Sergio Leone.
Musiques Les western spaghetti s'illustrent aussi par un genre particulier de musiques, qui détonnent beaucoup au regard de celles du western traditionnel. Comme dans le reste de son esthétique, le western spaghetti marque cette différence par des thèmes plus 'clichés' ou plus entraînants, d'autres plus froids et menaçants et certains plus amples et plus lyriques ; le tout faisant preuve d'une étonnante inventivité et d'une fraîcheur encore intacte, quand certains des films se sont démodés. Ennio Morricone culmine dans ce domaine. Il composera toutes les musiques des westerns de Sergio Leone. Avec Ennio Morricone la musique de film prend une dimension insoupçonnée jusqu'alors. On y trouve les composantes habituelles : parties lyriques destinées à magnifier l'action et les images, musique ambientale ou narrative pour accompagner les scènes sans dialogues ou pour renforcer les scènes d'intrigue ou de suspense. Mais il fait deux apports majeurs dans la bande son d'un film : la ponctuation sonore, et l'association des personnages à des thèmes musicaux. Pour la ponctuation Ennio Morricone va utiliser des instruments jusque-là peu usités dans le western traditionnel tels que la guimbarde, les carillons ou la flute de Pan. Un petit jingle au moment où le héros replace son cigare dans la bouche, les chœurs masculins ponctuant un scherzo sur une chevauchée ou à la fin d'une séquence sont autant de broderies musicales qui donnent tantôt du relief, tantôt une pointe d'humour à l'action. L'association thème musical - personnage est criante dans la trilogie des Il était une fois. Le banjo et l'harmonica restent à jamais associés aux personnages de Cheyenne et de l'homme sans nom d'Il était une fois dans l'Ouest ou encore le thème d'Amapola au personnage de Deborah dans Il était une fois en Amérique.
Mais Ennio Morricone est l'arbre qui cache la forêt dans laquelle on trouve des compositeurs parmi lesquels il faut citer Bruno Nicolai, Francesco De Masi, Stelvio Cipriani, Roberto Pregadio, Luis Bacalov, Marcello Giombini.
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