Un fixeur (francisation du substantif anglais , de , « arranger »), ou accompagnateur, est une personne faisant office à la fois d'interprète, de guide, d'éclaireur et d'aide de camp. Il facilite la pénétration dans une région étrangère et l'approche des populations, cela dans des contextes variés. Il peut remplir sa mission soit dans des régions en paix, où les coutumes sont inusuelles pour les personnes qu'il accompagne, soit, au contraire dans des situations tendues (crise politique, sociale, humanitaire), voire dangereuses (lors d'un conflit armé de haute ou de basse intensité). Le fixeur accompagne presque systématiquement le travail de journalistes ou de réalisateurs et parfois de militaires et de diplomates.
Rôle Le terme fixeur est apparu dans un contexte journalistique dans les années 1970 au moment de la guerre du Viêt Nam. Il est devenu courant pendant les guerres en Afghanistan et en Irak..
La profession n’est pas un métier normalisé, elle s'apparente à une activité secondaire, n’a pas de formation et n'est régie par aucun cadre juridique, rendant difficile sa définition. Sa pratique varie en fonction des difficultés du lieu de reportage et des personnalités à aborder. Le fixeur est considéré comme un « homme ou une femme à tout faire », : il doit bien connaitre le milieu dans lequel il évolue. Il est choisi parfois pour son « carnet d'adresses », il facilite les choses aux plans relationnel (comme interprète, guide, aide de camp, psychologue), logistique (comme éclaireur, chauffeur, agent de sécurité) et administratif (obtention d'autorisations, vigilance sur le droit à l'image)..., voire financier (dans la réalisation des estimations des budgets de tournage et de la maitrise des coûts). Son rôle peut donc s'étendre à la pré-production dans la phase d'écriture d'un documentaire ou d'un reportage, à la production exécutive lors du tournage. Il peut également amener les sujets à traiter ou surveiller les réseaux sociaux. Le fixeur peut être de n'importe quelle origine sociale ou professionnelle, le plus fréquemment d'ailleurs éloignée du journalisme : le métier est souvent improvisé.
Le fixeur est cité dans les médias dès lors qu'il intervient dans une secteur en guerre, sinon il reste invisible. Le terme moderne en anglais est issu du journalisme, employé par les correspondants de presse à l'étranger et par les reporters de guerre.. Le fixeur est effacé en tant que personne : c'est une interface, un dispositif. Chacune de ses fonctions est essentielle pour la survie du commanditaire. Sa position est aussi ancienne que le besoin de communication et la pluralité des langues. Selon Zrinka Stahuljak, si le terme est moderne, l'activité se retrouve au Moyen Âge : les croisés, comme aujourd'hui les armées occidentales, devaient passer par des « fixeurs » pour réussir leur mission de conquête ou de colonisation. Un exemple féminin éloquent est la Malinche, qui a joué un rôle clef dans la conquête du Mexique par Hernán Cortés. Les modalités de l'intervention peuvent varier selon le contexte et l'époque ; en général, les clients cachent les interventions des fixeurs pour mieux montrer leur propre valeur et pour faire croire que leur mission a été réussie par eux-mêmes, sans intermédiaire..
Le fixeur peut travailler pour un journaliste., pour une société de production audiovisuelle, pour une armée. ou un diplomate. Sa connaissance du terrain et des administrations locales fait de lui un intermédiaire indispensable auprès de la population et des autorités. Les fixeurs expérimentés restent ..
Mise en relation
Luc Mathieu, grand reporter français, explique que pour trouver un fixeur il téléphone à des gens qu'il connait sur place, cherchant par effet de par réseau. Souvent, le journaliste part sur place alors qu'il a seulement eu un contact téléphonique avec son futur soutien. Si ce soutien le lâche, il doit en trouver un autre. Sur place il y a beaucoup d'entraide entre journalistes et cela les aide pour trouver des fixeuses, par exemple.
Depuis les années 2010, se mettent en place, grâce à internet, des réseaux de fixeurs pour faciliter le travail des reporters et des réalisateurs de documentaires, tel Brama Production qui réunit des fixeurs spécifiquement francophones depuis 2014, ou Emerge Film Solutions, base de données anglophones de solutions audiovisuelles génériques qui contient des coordonnées de fixeurs. Des groupes Facebook, comme , se sont également créés depuis 2018, réunissant des milliers de membres, devenant des moyens de recherche de fixeurs à l'échelle mondiale.
L'attitude des belligérants occidentaux à l'égard des fixeurs à l'occasion de la guerre d'Afghanistan (2001-2021) et particulièrement celle de Français, permet de mieux comprendre les difficultés de rapports entre les États, ou les organisations, et les fixeurs. Alors que la France, initialement acceptait de les protéger selon des critères restreints, la justice française a imposé qu'ils soient considérés plus largement au titre de la protection fonctionnelle (voir Fonction publique française). Cela a effectivement amélioré leur protection, en reconnaissant leur fonction, non leurs personnes.
Cette difficulté de reconnaître leur existence est partagée par tous les pays de l'Otan. Des organisations d'aide, comme l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) ou Red T, voudraient donner aux interprètes exerçant en terrains de guerres un statut équivalent à celui des journalistes ou des humanitaires, qui imposerait que les fixeurs bénéficiant de ce statut restent civils ; or, certains interprètes au service de la France en Afghanistan portaient des armes et les ont effectivement utilisées pour se défendre. Le travail du fixeur ne se limite pas à la traduction : ils peuvent contribuer à l'action sur place, selon leurs connaissances et leurs aptitudes, mettant en risque leur statut international.
Ainsi, une autre possible définition du fixeur : , car il agit et ne reste pas neutre, comme un interprète dans une salle de conférences internationales..
Conditions de travail Dans un contexte de guerre, ses activités peuvent être risquées et le mener à l'exil, à la prison, voire à la torture et à la mort...
Un fixeur peut devenir la cible des belligérants qui peuvent le considérer comme un traître, un espion, un saboteur. Dans un contexte de paix, son influence sur le tournage, parfois importante, reste généralement invisible. Il arrive parfois que des sociétés de production sans scrupule ne les citent même pas dans les génériques de leurs films.
Il s'agit souvent d'une activité de l’ombre, sans assurance, ni rémunération fixe. L'activité repose surtout sur un contrat moral, sans lien de subordination, que sur un contrat de travail. Pour les équipes importantes de journalistes dans les conflits armés (surtout des chaînes nationales), le budget des fixeurs et chauffeurs peut atteindre un millier d'euros par jour. Dans un contexte normal, sa rémunération par jour plein se situe entre cent à six cent cinquante euros par jour (en fonction des pays et des missions). Il est également intégralement « nourri, blanchi, logé », lors de ses missions. Il ne perçoit aucune rémunération lors de la rediffusion ou de la revente de documentaires ou reportages auquel il a contribué, contrairement aux réalisateurs ou même aux cameramans si ceux-ci sont liés par un contrat d'auteur avec la production. En ce cas, les droits sont protégés par la Société civile des auteurs multimédia (SCAM). Trop dispersés, exerçant une activité parfois secondaire, c'est un secteur professionnel qui peine à s'organiser. Aucune organisation internationale du travail ne semble avoir porté d'intérêts à répertorier cette activité comme un métier, même si elle est perçue comme primordiale et parfois de haute compétence humaine et technique et qu'elle a toujours participé à la mondialisation des échanges.
Seul Reporters sans frontières, en France, se charge depuis 2017, de répertorier et de recenser ces « acteurs de l'information ».. Cette activité occupe une zone d'ombre du droit international.
Selon les opinions de Zrinka Stahuljak, en recrutant un fixeur ou une fixeuse pour travailler dans un endroit risque, un employeur, pour se protéger, le soumet tacitement au devoir de donner sa vie, ou plutôt, suivant les conceptions de Jacques Derrida au sujet du don, au devoir de donner sa mort. Ce serait un don absolu, comme y ressemble le don contraignant. Comme l'employé survit en général au contrat, l'économie, la responsabilité envers les autres, la relation humaine, reprennent leurs droits, dans un processus similaire à celui qui découle de la ligature d'Isaac : la conscience du don redonne ce qui a été donné de plus précieux. Le fixeur, par sa survie, force le don à rejoindre l'économie.Cet enjeu économique transforme le don de la mort en un don de la vie.
La demande du client envers le fixeur impose à toutes les parties honneur et confiance ; toute armée, toute investigation journalistique, pour fonctionner, s'appuie sur l'honneur et sur la confiance. Les Occidentaux sont ambivalents sur cette réciprocité dans la vie. Ils préfèrent affirmer qu'ils ont accès à la victoire ou à la réalité objective sans intermédiaire, de leur propre intégrité. La nécessité vitale du fixeur remet en cause l'intégrité des États occidentaux. L'État-nation est construit sur l'idée qu'il n'a pas besoin d'intermédiaire, qu'il est complet par lui-même et ne peut endosser une dette de vie auprès d'un individu particulier..
Depuis l'époque médiévale, s'appuyant sur l'adage Traduttore, traditore (Traduire c'est trahir), les sociétés occidentales soupçonnent les interprètes d'infidélité. Et cela arrive quelques fois : le journal Libération (journal), à l'occasion de la libération d'Olivier Dubois (journaliste), dénonce le fixeur qui aurait déclenché la capture du journaliste comme , puisqu'il travaillait pour toutes les parties en cause.. Pourtant, au retour d'Olivier Dubois en France, ce fixeur était toujours dans une prison malienne et peu de gens se préoccupaient de son sort. Le fixeur se situe toujours dans un rapport de pouvoir, il n'exerce ni une médiation, ni une traduction transparente..
Exemples Cambodge
En 1975, lors du siège de Phnom Penh par les Khmers rouges, le reporter-photographe cambodgien Dith Pran est le fixeur du journaliste américain Sydney Schanberg. Pris par les Khmers rouges au lendemain de la chute de la ville, il parvint à fuir le pays après quatre années de calvaire. Il inspire le film de Roland Joffé, La Déchirure (). Au moins deux fixeurs cambodgiens ont disparu pendant ces événements : Sou Vichith de l'agence Associated Press et le journaliste Tea Kim Heang ; surnommé « Moonface », ce dernier est notamment l'un des fixeurs du photographe français Jean-Christian Tirat.
La Cité du mâle Pour le tournage de La Cité du mâle, documentaire sur la domination masculine dans une banlieue française, produit par Daniel Leconte pour Arte, la boîte de production Doc en stock fait appel aux services d'une fixeuse. En , le documentaire est déprogrammé à la dernière minute, sur une demande de la fixeuse qui affirme .. La fixeuse, en désaccord éditorial, dénonce par la suite .. Le film suscite une polémique sur le traitement des banlieues par la télévision publique..... Le , la fixeuse est condamnée à huit mois de prison, dont quatre mois assortis d'un sursis, mise à l'épreuve durant dix-huit mois, pour avoir menacé de mort la réalisatrice Cathy Sanchez.
Guerre en Irak Hussein Hanoun al-Saadi est le fixeur de Florence Aubenas en Irak....
En 2016, Véronique Robert, spécialiste des terrains de guerre qui effectue avec le journaliste reporter d'images Stéphan Villeneuve un reportage en Irak sur la bataille de Mossoul, destiné au magazine Envoyé spécial, a pour fixeur le Kurde Bakhtiyar Haddad..
Guerre en Ukraine