Jean-Baptiste Isabey né à Nancy le et mort à Paris le est un peintre, miniaturiste, aquarelliste, dessinateur, lithographe, décorateur d'opéra et costumier français.
À l'époque de la grande peinture historique, Isabey pratique l’art de la miniature. Il connaît le succès, aussi bien sous le Premier Empire qu'auprès des diplomates du congrès de Vienne. Il est le père d'Eugène Isabey, peintre, dessinateur et graveur romantique tout aussi célèbre du Second Empire.
Biographie
Né à Nancy dans une famille modeste d'un marchand épicier, Jacques Isabey son père, et Marie Poirel sa mère« Jean-Baptiste Isabey » sur geneat.org., Jean-Baptiste Isabey a un frère ainé Louis (1766-1813) violoniste, qui est premier violon du tsar de Russie. Jean-Baptiste Isabey devient élève du paysagiste Jean-Baptiste Claudot et du fresquiste Jean Girardet. En 1783, il supplée à ses maîtres dans la surveillance de travaux à Nancy, mais en 1785, il doit quitter Nancy pour Paris et gagner sa vie comme peintre de dessus de boîtes et de boutons historiés. En 1787, après quelques leçons prises auprès de son compatriote François Dumont, peintre miniaturiste de Marie-Antoinette, il est présenté à la reine habillé et maquillé en jeune femme par la comtesse de Calignac lors d'un bal masquéSelon ses propres souvenirs in : Auguste Lacaussade, « J-B Isabey, sa vie et ses œuvres », Revue européenne : lettres, sciences, arts, voyages, politique, 1859, .. Admis à la cour, il est employé à Versailles pour peindre des portraits des ducs d'Angoulême et de Berry. La reine lui passe une commande de portraits-miniatures qui est, à partir de ce moment, suivie de nombreuses autres par les cours de France successives et ce jusqu'à sa mort. Il rencontre Hubert Robert et travaille sous sa direction pour le château de Beauregard du comte d'Artois, le futur Charles X.
La Révolution et l'Empire
En 1788, il devient l'un des élèves de Jacques-Louis David, avec qui le lie une profonde amitié et il l'assiste dans la réalisation du tableau Les Amours de Pâris et d'Hélène, dont il peint les détails et l'architecture du fond.
En 1789, il devient membre de la loge maçonnique Les Amis réunis. Il réalise alors des portraits de consolation, miniatures que les émigrants partageaient en famille entre parents et enfants se quittant, puis il réalise 228 portraits des députés de l'Assemblée nationale payés chacun . Ce serait à la suite de son portrait de Mirabeau que ce dernier lui conseille de renoncer à la peinture d'histoire pour se consacrer aux portraits, à la miniature et à l'aquarelleGustave Labat, Étude sur quelques miniaturistes de 1750 à 1815. Exposition Bibliothèque nationale, mai-octobre 1906 (Éd. 1907), Hachette, 2021, ..
En 1791, Isabey expose pour la première fois au Salon ; il y expose régulièrement jusqu'en 1841 in : .. En 1791 naît sa fille Alexandrine, dont le baron Gérard peint en 1795 le portrait avec son père, Isabey et sa fille (Paris, musée du Louvre). Le , il épouse Justine Laurisse de Salienne, issue d'une famille noble désargentée et mère de l'enfant. Celle-ci figure, entourée de leurs trois premiers enfants dans son dessin au sépia présenté au Salon de 1797 et intitulé La Barque. En 1792, il est nommé capitaine chargé de la garde du Louvre avec la troupe des élèves des artsMarc Allégret, « Jean-Baptiste Isabey », Revue du Souvenir Napoléonien, , octobre-, (en ligne sur napoleon.org).. Sous le Directoire, il fait un voyage en Normandie qu'il lithographie en un album.
En 1796, il rencontre Madame Campan et devient professeur de dessin à l’Institution nationale de Saint-Germain qu'elle a fondée. Là, il rencontre la famille Bonaparte. Il devient un intime du château de la Malmaison, où il dessine le portrait de Bonaparte.
En 1794 naît sa seconde fille Louise-Simone , puis son fils Hector en 1797, et en 1803 naît son fils le peintre Eugène Isabey.
En 1799, comme d'autres artistes peintres, il obtient un atelier dans les galeries du palais du LouvrePierre Rosenberg, « Boilly, l'atelier d'Isabey », in : Dictionnaire amoureux du Louvre, Plon, 2007. au N°23. Il est entouré de nombreux élèves.
Le Sacre
En 1804, il est nommé . En 1805, il est nommé par l'impératrice Joséphine de Beauharnais, puis dessinateur du cabinet de l'empereur ; à ce titre, il participe à la mise en scène de leurs sacres à Notre-Dame, il crée les costumes et robes de tous les participants. Les estampes qu'il exécute pour la commémoration s'ajoutèrent au célèbre tableau de Jacques-Louis David, travail pour lequel il est payé par Louis XVIII en 1814. Un logement lui est attribué à la manufacture de Sèvres en 1809 ; il y dessine des modèles de tasses et d'assiettes à l'effigie de l'Empereur. En 1810, il dessine les miniatures de la Table des Maréchaux, un guéridon réalisé à la manufacture de Sèvres aujourd'hui conservé au château de Malmaison qui représente Napoléon assis sur un trône d'airain entouré de ses maréchaux. Il livre des dizaines de portraits en miniature de l'Empereur, que celui fait monter en boîte pour ses présents.
En 1805, il devient peintre-décorateur des théâtres de Saint-Cloud et des Tuileries. Il devient dessinateur en chef à l'opéra de Paris à partir de 1810Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français : publication trimestrielle, Paris, Société de l'histoire de l'art français, , .. Il est le dernier peintre académique à diriger l'atelier des décors de l'opéra de Paris jusqu'en 1815Nicole Wild, Théâtre et décorateurs, Décorateurs et Costumiers, Paris, BnF, 1993, (en ligne). ou 1828Florence Gétreau, « Peindre les lieux, le public et les chanteurs du spectacle lyrique. Évoquer le spectacle... », in: Hervé Lacombe, Histoire de l’opéra français, du Consulat aux débuts de la République, Fayard, ; , 2020 (en ligne sur halshs.archives-ouvertes.fr).. Il a dans son équipe son gendre Pierre-Luc-Charles Ciceri et Louis Daguerre John Hannavy, Encyclopedia of Nineteenth-Century Photography, New York, Taylor and Francis Group, 2008, .. On lui doit les décors des opéras : Les amours d'Antoine et Cléopâtre (1808), Armide (1811), L'enfant prodige (1812), Les Abencérages ou L'étendard de Grenade (1812-1813) et un Oreste (1815). Il dessine des robes, costumes, châles et cachemires pour les manufactures de Lyon et de Jouy. Il organise avec l'architecte Fontaine le mariage de et de Marie-Louise d'Autriche au palais du Louvre. En 1811, Isabey devient professeur d'aquarelle de l'impératrice Marie-Louise. En 1812, elle lui commande les portraits de sa famille à Vienne. En 1814, Louis XVIII lui commande son portrait, puis de partir à Vienne pour suivre le congrès et y peindre les portraits des participants. Il y organise une fête grandiose pour l'impératrice Beatrix. Il y peint aussi le portrait du roi de Rome qu'il remet à Napoléon à Paris à son retour.
La Restauration
Son fils Hector meurt à la bataille d'Arcis-sur-Aube le .
Bien qu'ayant été fidèle à Napoléon lors de son retour d'Elbe, il n'en est pas moins partie prenante à la Restauration. Il s'exile cependant en Angleterre au printemps 1816. Louis XVIII lui accorde le droit de publier ses lithographies du congrès de Vienne, et dans son petit hôtel particulier de la rue des Trois-Frères, il tient salon et donne des concerts de Cherubini, Boieldieu avec la chanteuse Sophie Gail. Il fait l'acteur et le clown ; la comtesse d'Abrantès témoigne : . En 1820, il voyage en Angleterre, puis en 1822 en Italie dont il tire des lithographiesDivers Essais Lithographiques de J.B. Isabey, Publiés a Paris en 1818 et Voyage en Italie par J.B Isabey en 1822 recueil de 30 lithographies.. En 1823, Louis XVIII le nomme dessinateur et ordonnateur des fêtes et spectacles de la Cour. En 1824, il agence le décor de la chapelle ardente pour les funérailles de Louis XVIII. Il est nommé par Charles X, dessinateur du cabinet du roi et organise, assisté de son gendre Cicéri, le couronnement de Reims. Il est promu officier de la Légion d'honneur.
Après la mort de sa femme en 1829, il épouse en secondes noces une élève, Eugénie Rose Maystre (1794-1857), avec qui il a deux enfants, Henri (1832-1835) et Henriette Augustine Eugénie (1837-1881).
En 1829, à la suite de la mort de sa première épouse, il quitte son hôtel particulier et s'installe rue Cadet chez sa nouvelle épouse puis, en 1834, s'installe au 25, quai de Conti dans un appartement de l'Académie, qui ne l'élit pas malgré trois tentatives. On lui attribue également un appartement au château de Versailles pour la belle saison, appartement qu'il conserve jusqu'à la fin de ses jours. La monarchie de Juillet lui confère le titre de conservateur adjoint des musées royaux auprès de François Marius Granet. Il pratique assidûment la lithographie et l'héliogravure en reproduisant ses modèles et dessinsBonaparte, , d'après Jean-Baptiste Isabey, Auxonne, musée Bonaparte (cf. .).. Il apparaît sous le nom de « Isabey, père » dans le catalogue du Salon de 1841Explication des ouvrages de peinture, sculpture, architecture, gravure, et […] au Musée Royal De Société des artistes français. Salon de 1841, Paris, ., où il présente un Saint Jean en section peinture.
Lors de la Deuxième République, il signe . Sous le Second Empire en 1852, le musée du Louvre lui consacre une salle pour ses dessins de costumes de l'EmpireLe Nouvelliste : quotidien politique, littéraire, industriel et commercial, ([ark:/12148/bpt6k62622902 en ligne sur Gallica]).. Ces miniatures de Napoléon, Joséphine et de la cour sont largement reproduites en illustration de livresAlexandre Dumas, Napoléon avec douze portraits en pied gravés sur acier… d'après les peintures et les dessins de Horace Vernet, Tony Johannot, Isabey, Jules Boilly Paris, 1840..
Napoléon III lui accorde une pension de pour celui qui fut le professeur de dessin de sa mère Hortense de Beauharnais, et lui remet la cravate de commandeur de la Légion d'honneur en 1854Edmond Taigny, « J-B Isabey, sa vie et ses œuvres », Revue européenne : lettres, sciences, arts, voyages, politique, Auguste Lacaussade éd., 1859, .. Il fréquente le salon de la princesse Mathilde.
S'il peint jusqu'à ses 70 ans, il écrit sa biographie abrégée en 1843Jean Baptiste Isabey, Abrégé de ma biographie, manuscrit, Paris, BnF. puis renonce à peindre dans les dernières années.
Famille Il est le père d'Eugène Isabey, peintre de marine de l'école romantique. Sa fille aînée, Alexandrine, épouse le le peintre décorateur d'opéra et de théâtre Pierre-Luc-Charles Ciceri,
Jean-Baptiste Isabey est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (). aux côtés de sa première épouse Justine Laurisse de Salienne (1765-1829), ainsi que de sa seconde épouse Eugénie Rose Maystre (morte en 1857), de son fils Eugène (1803-1886) son fils et élève, et de son frère Louis Isabey (mort en 1813), musicien de la Chapelle du roi et premier violon de l'empereur de Russie.
Élèves Son atelier est représenté dans le célèbre tableau Réunion d'artistes dans l'atelier d'Isabey peint vers 1798 par Louis Léopold Boilly (Paris, musée du Louvre).
Certains de ses élèves deviennent des pionniers de la photographie après 1840.
Louis-François Aubry (1757-1851). Rodolph Bell (né en 1825), miniaturiste. Henri Benner (1776-1818), miniaturiste. Joseph Bordes (né en 1773), miniaturiste. Jules Dubois (1804-1879). Auguste Garneray (1785-1824). Marie Élénore Godefroy (née en 1820). Henri-George Hesse (1781-1849). Jean-François Hollier (1772-1845). Nicolas Jacques (1780-1844), miniaturiste. Marie-Marguerite-Françoise Jaser (1782-1873), miniaturiste. André-Léon Larue dit Mansion (1785- après 1834), auteur de Lettres sur les Miniatures en 1822. Adolphe Delattre (né en 1805), miniaturiste. Jacques-Marie Legros (né en 1805). Édouard Liénard (1779-1848). Eugénie Rose Maystre-IsabeyDeux de ses œuvres sont conservées à Paris au département des arts graphiques du musée du Louvre.. Frédéric Millet (1786-1859), miniaturiste. Jean-Claude Rumeau (1806-1822). Charles Tournemine (1814-1872).