thumb|Besançon, la vieille ville. L'immigration à Besançon est l'installation à Besançon de personnes appelées « immigrés », n'étant pas né dans la ville ou ses environs (Franche-Comté/ Comté de Bourgogne, Séquanie). Aujourd'hui, cela fait référence aux individus n'ayant pas — le plus souvent — la nationalité française et venant d'un autre pays que la France. Les premiers immigrants furent les Séquanes, suivis des Romains qui envahirent la région avant que la ville ne soit rattachée au royaume franc. Cependant, les premiers vrais migrants furent les Juifs, qui s'installèrent dans la capitale comtoise à partir du Moyen Âge et jusqu'au .

La ville fut de nouveau fortement influencée par la population italienne à la Renaissance, puis les Suisses s'installèrent dans la cité à partir du et y fondèrent l'essentiel de l'activité horlogère. À partir des années 1870, des soldats coloniaux originaires des colonies de l'Empire — essentiellement des Maghrébins et quelques Asiatiques — débarquèrent en métropole pour soutenir l'armée française. À la suite de la Première Guerre mondiale et surtout dans les années 1920 et 1930 commença l'immigration italienne, espagnole, portugaise et d'Europe de l'Est afin de répondre à la demande de main-d'œuvre dans les usines. Une immigration massive est intervenue à la suite de la Seconde Guerre mondiale de la part de populations originaires du Maghreb, de la péninsule Ibérique et d'Italie jusque dans les années 1980 pour ces mêmes besoins de main-d'œuvre et notamment pour la construction de nouveaux grands ensembles.

Enfin, les dernières vagues d'immigration concernent des migrants originaires d'Europe de l'Est — notamment des Balkans et de l'ex-Yougoslavie —, d'Afrique subsaharienne et aussi — mais dans une moindre mesure — d'Asie du Sud-Est. L'installation depuis des siècles de ces nouvelles populations a modifié significativement la ville et lui a donné un visage cosmopolite et pluri-identitaire. De nouvelles cultures et religions sont apparues avec ces flux de populations, dont la plus ancienne est incontestablement le judaïsme, suivie plus récemment de l'islam et du bouddhisme.

Histoire

Cette rubrique traite de l'histoire de l'immigration à Besançon en général ; concernant l'impact de ces nouvelles populations dans la ville, se reporter à la rubrique impact de l'immigration à Besançon.

L'histoire de l'immigration à Besançon se déroule sur plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires si l'on prend en compte les diverses invasions auxquelles la capitale comtoise fut confrontée. Les immigrés proprement dits se sont installés dans la ville le plus souvent pour deux raisons : les problèmes socio-économiques (recherche de travail, d'un meilleur cadre de vie, etc.) et la fuite de leurs pays d'origine à cause de conflits politiques (guerres, persécution, etc.) ; on note également, dans une moindre mesure, la présence de soldats étrangers de 1870 à 1945 dont la plupart s'établiront à Besançon. De nombreuses nationalités sont représentées dans la ville, presque autant qu'il y a de pays dans le monde ; cependant toutes ces populations immigrées ont un point commun : elles ont, à travers les âges, laissé des traces visibles dans la cité.

Vesontio, ville gauloise puis romaine

La ville de Besançon fut jadis de nombreuses fois sous domination de peuples et d'empires. Bien que l'on ne puisse pas parler d'immigration proprement dite mais plutôt d'invasions, il faut souligner l'importance de ces populations non autochtones qui eurent un impact décisif sur la cité et sa région, au niveau démographique, historique, culturel et architectural.

Au avant notre ère, l'oppidum est la possession des Séquanes, peuple gaulois (voir Celtes) qui contrôle un vaste territoire s'étendant entre le Rhône, la Saône, le Jura et les VosgesLa Séquanie sur Identitecomtoise.net (consulté le 3 septembre 2010).. La présence d'aménagements publics à cette époque est attestée par des campagnes de fouillesPlan de Vesontio durant l'époque Romaine sur le site officiel de l'Académie de Besançon (consulté le 3 septembre 2010). ; les plus anciens ont été découverts lors des fouilles préventives réalisées sur le site des remparts dérasés en 2001. La ville était ceinturée par un mur de berge (murus gallicus) dont des vestiges ont été mis au jour sur ce même site. L'oppidum, du nom de Vesontio (en latin), était alors le centre économique de la SéquanieJules César, De bello gallico, livre I, section 38. et c'est à ce titre qu'il est convoité par les Germains puis par les Éduens avant que Jules César n'en fasse la conquête en 58 avant notre ère. La cité passe totalement sous domination romaine à la suite de la bataille de Vesontio ; commence alors un contact avec la péninsule italienne dont le témoignage le plus fort et sans conteste l'ouvrage de ce même Jules César, la Guerre des Gaules, qui constitue l’une des premières traces écrites de la cité« De Vesontio à Besançon », sur le site officiel de la ville (consulté le 3 septembre 2010).Histoire des Italiens à Besançon de l'Antiquité à 1850, sur Migrations.Besançon.fr (consulté le 3 septembre 2010). (voir la Guerre des Gaules de Jules César à propos de Besançon sur Wikiquote). La ville connaît sous la domination romaine une période de splendeur, attestée par les nombreuses ruines encore présentes de nos jours, telles que la porte noireLa porte noire de Besançon sur le site officiel de la ville (consulté le 3 septembre 2010)., l'aqueduc de Besançon-ArcierRobert Bedon, Les aqueducs de la Gaule romaine et des régions voisines, 399-404. passant par la porte tailléeMémoires de Bregille, 38. et aboutissant au square CastanLe square Castan à Besançon sur Cestenfrance.net (consulté le 3 septembre 2010)., ou encore les ruines des arènes de BesançonLes ruines des arènes de Besançon sur Cestenfrance.net (consulté le 3 septembre 2010)..

L'établissement de Juifs dans la ville

thumb|left|La construction de la synagogue de Besançon en 1869 symbolise l'importance historique de la communauté juive de la ville.

Les premiers véritables migrants venus s'établir dans l'actuelle capitale comtoise sont les Juifs. En effet, la ville de Besançon étant une place commerciale privilégiée en raison de sa proximité avec l'Allemagne et l'Italie, de nombreux commerçants juifs passent régulièrement au sein de la citéMagazine Tribune juive, numéro 91, 22.. Une lettre du pape Innocent IV envoyée en 1245 à l'archevêque de Besançon lui demandant de faire respecter le port de la rouelle par les Juifs confirme leur présence dans la région dès cette époque.. Au , le gouvernement communal de Besançon décide d'accorder aux Juifs des autorisations de séjour sur le territoire, moyennant un droit « d’entrage » ainsi qu'un « cens annuel ». En 1393, des documents attestent que douze familles juives sont installées dans la ville, et que celles-ci « entretiennent Joseph de Trèves pour maistre de leur escole ». L'année qui suit, un citoyen bisontin est condamné à 60 sous d'amende pour avoir battu l'un des Juifs qui étaient « en la garde de la ville ». Il semble que certains Juifs de France se réfugient à Besançon au milieu du pour échapper à l'amende ordonnée contre les Juifs pour participation au complot des lépreux, une théorie du complot juif voulant qu'ils se soient alliés avec les lépreux et le royaume de Grenade musulman pour empoisonner les puits.. En 1394, le roi de France Charles VI expulse les Juifs de ses États, et le duc Philippe le Hardi en fait de même dans le duché de Bourgogne. Mais la ville de Besançon est une cité impériale, et n’est donc pas touchée par ces mesures restrictives. Elle devient alors un refuge pour les Juifs expulsés des États voisins, ce qui alimente la croissance démographique de la communauté bisontine.

La Renaissance italienne et l'arrivée de Suisses

thumb|La cour du palais Granvelle.

Les relations entre Besançon et la péninsule italienne reprennent au durant la Renaissance, les territoires transalpins ayant à cette époque une influence et une splendeur sans égales. La trace de marchands originaires de Gênes à partir de 1535 est attestée, notamment parce que ces derniers furent chassés de Lyon et de Chambéry. Ces Génois installent alors une foire dans la ville qui attire pendant quelque temps un certain nombre de commerçants et de changeurs. Cependant l'arrivée d'Italiens s'estompe peu à peu, la ville se révélant peu rentable et plutôt difficile d’accès. Une trace visible de la grandeur de cette époque subsiste néanmoins dans la ville : il s'agit du palais Granvelle, véritable chef-d'œuvre architectural issu de la Renaissance (consulté le 4 septembre 2010)..

thumb|left|Le temple protestant du Saint-Esprit.

À partir du , le protestantisme semble être apparu dans l'actuelle capitale comtoiseBrochure éditée par la ville de Besançon, service de l'action culturelle et des communications, 2003. apparemment avec l'immigration d'une population originaire de Suisse et de la principauté de Montbéliard. La ville de Besançon s'était montrée particulièrement hostile face au culte réformé (consulté le 7 septembre 2010)., mais cette hostilité est peu à peu oubliée quand les horlogers suisses, qui étaient pour la plupart calvinistes, introduisirent l'industrie horlogère en Franche-Comté. C'est ainsi que les protestants de la ville se voient attribuer la chapelle du Refuge, puis l'ancienne chapelle des capucins (qui s'appelle par la suite temple de Chamars) et enfin l'église du Saint-EspritLe temple du Saint-Esprit de Besançon sur le site des Huguenots de France (consulté le 7 septembre 2010).. C'est en 1793 que le Genevois Laurent Mégevand (1754-1814) accompagné de 80 confrères s'installe à Besançon, et fonde le pôle industriel horloger historique de la villeLaurent Megevand sur Racinescomtoises.net (consulté le 7 septembre 2010).Bibliographie franc-comtoise 1980-1990, 52. ; ils parviendront à faire venir par la suite dans la cité 22 familles d'horlogers, soit entre 400 et 700 personnesLaurent Megevand sur le site officiel de la ville du Locle (consulté le 7 septembre 2010).. À la fin de l'Empire, on compte environ 1500 Suisses dans la ville dont 500 travaillant exclusivement dans l'activité horlogère, avant que cette communauté ne soit peu à peu remplacée par de la main d'œuvre locale.

Des années 1850 à la Première Guerre mondiale La ville de Besançon connaît à partir des années 1850 un développement économique engendrant la première immigration de masse dans la ville« Italiens : Développement de l’immigration de masse à partir de 1850 » sur Migrations.Besançon.fr (consulté le 7 septembre 2010).. À cette époque, les Suisses sont majoritaires mais les Italiens deviennent peu à peu la première communauté d'étrangers de la ville. Grâce aux chiffres du recensement de 1846, on s'aperçoit que les étrangers de la ville sont principalement d'origine italienne, allemande et suisse (et notamment de Neuchâtel), et que les relations entre ces populations avec les autochtones ne sont ni très hostiles ni très cordiales. Dans le livre Histoire de Besançon de Claude Fohlen, un passage évoque une « batailleuse main d’œuvre piémontaise » durant la construction en 1850 du canal souterrain d’alimentation en eau, reliant les sources d’Arcier à Besançon. D’après les chiffres du recensement de 1851, on compte environ 300 Savoyards et 96 Italiens dans la ville, et 335 dans le département. La communauté italienne de la capitale comtoise ne fait que croître à partir de cette époque, et accueille une population originaire du Nord-Ouest de l’Italie, du Piémont, de Lombardie ainsi que, mais dans une moindre mesure, de Ligurie ; cette population est mouvante, nomade, ouvrière, essentiellement masculine et jeune. Parallèlement, les Italiens marchands, colporteurs, artistes caractéristiques des migrations d’Ancien Régime s'installent encore dans la ville, comme le souligne Gaston Coindre dans son livre Mon vieux Besançon.