La Commanderie de Libdeau est une commanderie hospitalière anciennement templière située dans le département de Meurthe-et-Moselle en région Lorraine, à environ à l'ouest de Nancy sur la commune de Toul.
Premières maisons du Temple en Lorraine La Lorraine compte six fondations intervenues entre la deuxième et la troisième croisade, Xugney, sur des terres relevant du comté de Vaudémont, Marbotte, sur des possessions de l'abbaye de Saint-Mihiel, Libdeau, dans le Toulois, Dagonville, dans le Barrois, Pierrevillers, fief des comtes de Bar, Couvertpuis, probablement du ressort des sires de Joinville.
Origine du nom Vient de la contraction de deux mots en latin : liberum, libre ; donum, cadeau, don, présent, offrande.
Historique La présence des Templiers à Libdeau est attestée par plusieurs documents dès la fin du . Une charte non datée attribue à l'évêque de Toul, Pierre de Brixey, la confirmation du droit d'usage et de paison d'un bois proche de Libdeau, que son prédécesseur Henri de Lorraine avait accordé aux frères du Temple : . Le document mentionne les frères du Temple impliquant une installation des Templiers à Libdeau au moment où a été établie la donation par Henri de Lorraine. L'établissement a donc probablement été fondé au cours du deuxième tiers du à l'instigation de Henri de Lorraine, évêque de Toul de 1128 à 1165. En 1312, la suppression de l'ordre du Temple par le pape Clément V conduisit à la dévolution de ses biens au profit de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem.
Amédée de Genève, évêque de Toul (1320-1330), fit don de de terre aux Hospitaliers de LibdeauA. D. Thiéry, Histoire de la ville de Toul et de ses évêques, tome 1, 1841, p. 269..
À la suite de la Révolution française entraînant la dissolution de tous les ordres religieux, la commanderie fut vendue le 6 Thermidor de l'An II () comme propriété nationale pour la somme de .
Un chemin de Saint-Jacques de Compostelle passe à proximité de la chapelle.https://www.routeyou.com/fr-fr/route/view/4384762.
Commandeurs templiers et hospitaliers Pour la période templière, seul un nom nous est parvenu.
Frère Renaud ↔ 1271-1272 ; , Bertrand de Burey, premier commandeur hospitalier de Libdeau ✝ 1326, Ferry de Lunéville↔ 1459 Frère Jean Baxart, commandeur de Libdeau et de Jaillon↔ 1467, Pierre du Châtelet, commandeur de Libdeau et de NorroyChevalier de Saint-Jean de Rhodes ↔ 1491-1498 , ; , François de Haraucourt, Commandeur de Robécourt, Libdeau et Norroy ↔ 1528, , , Lebeuf de Guyonville av. 1534, lire en ligne. Jean de Choiseul du Plessis-PraslinCommandeur de Robécourt, Norroy, St Jean-devant-Nancy et Xugney (1534)↔ 1534 ✝ 1565 Guy de Mandres, commandeur de Xugney et Libdeau↔ 1607 ; Charles de Lorraine↔ 1630 Gabriel de Ligniville-Tantonville↔ 1649Pierre Pons de Rennepont, commandeur de Xugney et LibdeauReceveur-général de l'ordre au grand prieuré de Champagne↔ 1656 ; , Charles Descrots-Duchon, commandeur de Thors, Corgebin, Xugney et Libdeau↔ 1670Gaspard de Pernes, commandeur de Xugney et Libdeau ☩ 1675 ✝ 1690 Charles de Certaines de Villemolin↔ 1694 Louis Descrots-Duchon, chef d'escadre des galères du Roi↔ 1711-1714 Bailli Claude de Thiard de Bissy, Grand-Croix↔ 1722-1736 Bailli Blaise-Léopold le Prudhomme de Fontenoy, Grand-Croix, Grand-Prieur de Champagne↔ 1739 M. de Vagny↔ 1740 Bailly de Bissy↔ 1740-1746 Louis-Robert de Bermondes✝ à Toul, le 13 décembre 1774 (Inventaire-sommaire des Archives départementales de Meurthe-et-Moselle, par Henri Lepage, 1881, H. 3287. Il est mentionné en H. 3054, 3156-3158, 3164, 3171, 3278, 3280-3285, 3289. ↔ 1754-1763 Charles-Louis le Prudhomme de Fontenoy.↔ 1776
✝: date de décès. ☩ : date de nomination. ↔ : fonction en cours.
Possessions
Les archives départementales de Meurthe-et-Moselle conservent mentionnant des dons accordés aux frères du Temple de Libdeau. Hormis la charte de Pierre de Brixey, tous sont datés entre 1214 et 1272. Ces documents livrent des informations relatives aux possessions de la commanderie qui reflètent un établissement de bonne importance principalement consacré à l'exploitation céréalière. La lecture des manuscrits montre l'attachement des frères du Temple à acquérir la totalité d'un bois nommé « Les Trois Chênes » et de plusieurs champs et prés. Une grange et le moulin de Boyer, situés à proximité, comptent également parmi les biens.
Des terres et biens de toute nature ayant appartenu à la Commanderie de Libdeau ont été identifiés dans une trentaine de communes du Toulois, il est cependant probable qu'une partie importante des donations a été réalisée à partir du à l'époque des Hospitaliers.
La chapelle
Après la suppression de l'ordre du Temple en 1312 et la dévolution de ses biens au bénéfice des Hospitaliers de Saint-Jean, la pérennité de la plupart des commanderies fut assurée jusqu'en 1790. Après cette date, l'abolition de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem et de tous les ordres religieux en France entraîna la dégradation puis la ruine de nombreux édifices. Aujourd'hui seules quatre commanderies sont attestées en Lorraine par la subsistance d'une chapelle, Xugney et Norroy dans les Vosges, Marbotte dans la Meuse et Libdeau en Meurthe-et-Moselle. La chapelle de Libdeau peut être considérée comme intacte, malgré de nombreuses altérations, elle est la seule à conserver ses voûtes d'ogives.
Le bâtiment de plan rectangulaire mesure intérieurement dix-huit mètres trente de longueur et huit mètres soixante de largeur. Il comporte trois travées, deux pour la nef et une pour le chœur fermé par un chevet droit percé d'une fenêtre gothique à trois baies aux arcs en lancette avec grand oculus. Les travées ont reçu des voûtes sur croisées d'ogives avec nervures toriques retombant sur des chapiteaux à corbeille nue avec astragale rehaussant des colonnes engagées. La nef était éclairée par de hautes fenêtres gothiques à deux baies jumelées et à oculus, trois s'ouvrent sur le côté de droite et une seule du côté opposé, elles sont actuellement murées. Les extérieurs sont épaulés par huit contreforts à ressaut terminés en bâtière, quatre sont angulaires dont deux encadrant fortement la façade qui s'ouvrit jusqu'en 1963 par un élégant portail déposé au Musée Lorrain. Façade et chevet se terminent par un pignon insérant une haute toiture de tuiles plates. La corniche de la façade est décorée de modillons. Le portail en plein cintre est constitué de deux colonnettes aux chapiteaux à décor végétal portant un arc trilobé. Le tympan est décoré de figures en bas-relief représentant une Vierge à l'Enfant et deux anges thuriféraires, cette composition est classique vers la fin du à l'image de celle représentée sur le tympan du portail nord de la cathédrale de Chartres. Quatre corbeaux alignés dans la paroi au-dessus du portail de Libdeau suggèrent qu'une large toiture en appentis l'abritait. Les rampants du pignon de la façade sont ponctués par une corniche bourguignonne remplacée sur les côtés et le pignon du chevet par une corniche plus discrète en simple pierre de taille. Au-dessus du portail enlevé, une élégante rose en pierre composée de douze compartiments à tête trilobée rayonnant d'un anneau central surprend par son important diamètre, l'ensemble est actuellement muré. Cette rose est surmontée d'une petite fenêtre en plein cintre de style roman.
vignette|État de la chapelle en 2019, avec pose d'une toiture provisoire.
Il est attesté que jusqu'à la Révolution, la messe était dite et l'entretien assuré, expliquant l'état relativement satisfaisant dans lequel la chapelle est parvenue jusqu'au milieu du . Après la Révolution et la mutation des bâtiments de la commanderie en exploitation agricole, la chapelle a subi de multiples altérations dont l'une des dernières fut à l'issue d'un don en 1963ROGER Jean-Marc, Le prieuré de Champagne des « Chevaliers de Rhodes », 1317-1522, Thèse de doctorat d'État 2001, Lille, 2003, ., le démontage puis le transfert, pierres à pierres, de son intéressant portail qui constitue l'un des éléments majeurs de l'édifice. Trois pierres tombales situées dans la nef ont également été démontées puis transférées, l'une datée de 1588 mentionne une épidémie de peste. L'ensemble des éléments démontés ont été transférés au palais ducal, l'actuel Musée lorrainMusée Lorrain, Nancy, n° d'inventaire 62.2.4 (portail), 62.2.5, 62.2.6 et 62.2.7 (pierres tombales) à Nancy.
L'intérieur de la chapelle était orné de décors peints dont il ne subsiste presque rien dans les deux premières travées de la nef. L'occupation humaine au cours des guerres successives depuis 1814 suivi d'un abandon définitif ont altéré les enduits en profondeur. Néanmoins dans cette partie il subsiste trois croix cerclées polychromes très altérées qui peuvent être assimilées à des croix de consécration de la chapelle. Les nervures toriques des croisées d'ogives conservent quelques décors diffus. La troisième travée correspondante au chœur a partiellement conservé les enduits successifs en relativement bon état. Des indices probants permettent d'espérer la conservation de peintures murales ou de fresques masquées par les badigeons au niveau du chevet.
Depuis le , la chapelle de Libdeau est juridiquement protégée puisqu'elle bénéficie d'une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments historiques. interdisant désormais son démantèlement. Le Préfet de la Région Lorraine motiva sa décision en invoquant ceci : « […] Considérant que l'ancienne chapelle de la commanderie de Libdeau, unique vestige de l'architecture templière en Lorraine à l'aube de la suppression de l'ordre, présente un intérêt public pour l'histoire et en raison de la qualité de son architecture […] ». La chapelle a subi les méfaits du temps amplifiés par l'absence d'entretien et un abandon total depuis 1938. Depuis 2009 un projet de sauvetage était à l'étude relayé depuis par une association spécifique.
La restauration de la chapelle progresse, au fur et à mesure des financements publics et privés reçus.
La ferme de Libdeau La ferme de Libdeau sur le territoire de Toul appartenait en bien propre à Alexis Chauxcouillon ( Amodiateur ou admoniateur de la Cense du Libdo sur l'acte de mariage avec Catherine Cabaret à Pont à Mousson le )Recherches de Robert Depardieu aux Archives départementales de Meurthe-et-Moselle - Registres paroissiaux et d'état civil Francheville B., M., S. 1674-1725, 1727-1729, 1731-1792 vue 594 ET 595 et registre des mariages de Pont à Mousson Paroisse Sainte-Croix B.M.S 5Mi 430/R 3 Pages 186,187/553 et resta dans la famille jusqu'à sa vente en 1938. La présence dans la chapelle d'une pierre tombale évoquant une épidémie de peste de 1588 et mentionnant le nom de Chauxcouillon suggère la présence de cette famille dans cette ferme au moins depuis le . D'autres archives attestent la présence de cette famille à la ferme de Libdeau au comme on le constate sur l'acte de décès de Dominique Chauxcouillon (né à Gondreville le ) décédé le à l'âge de Recherches de Robert Depardieu, membre de l'UCGL. Un jugement relatif à la régularisation du droit de mutation rendu le par le tribunal de Toul confirme la propriété du corps de ferme à Claude Chauxcouillon avant son décès le .
La plupart des constructions actuelles datent du , en effet les bâtiments de ferme furent incendiés pendant la Guerre de Trente Ans et seule la chapelle échappa à la destruction. La disposition actuelle des constructions reflète très probablement, au moins partiellement, l’organisation spatiale du bâti conventuel et utilitaire précédant les destructions.
Références
Bibliographie Art., « Un trésor des Templiers », in Est Républicain, Éditions de Toul, dimanche .
, .
« Les Commanderies de Xugney et de Libdeau, près de Toul », H. 3155 à 3171.