Marten Melsen, né à Bruxelles le et mort à Stabroek en 1947, est un artiste peintre flamand.
Biographie 1870 – 1895 : jeunesse et formation Martin Melsen naît à Bruxelles le de nationalité hollandaise. La famille Melsen, originaire des Pays-BasIl existe également une branche danoise des Melsen. La branche belge est très limitée par rapport à la hollandaise., est indissociablement liée aux polders de l'Escaut, où on retrouve dès le — tout près de Beveren — un village Melsen et un polder de Melsen. Au , on retrouve des familles Melsen à Kalmthout faisant fonction d'échevins. Les Melsen déménagent au vers le Brabant-Septentrional (Pays-Bas). Le grand-père de Martin, Martinus Melsen (1808-1883) a, tout comme plusieurs de ses ancêtres, été bourgmestre de la commune frontalière Ossendrecht. De nombreux descendants dirigeront un commerce de gros ou de détail dans la viande. Certains travaillent dans l’import-export de la viande.
Il naît au moment des turbulences de la guerre franco-prussienne de 1870. Les années qui suivirent furent un âge d’or sur le plan économique. Il est le fils aîné de Adrien Melsen (1841-1913), Hollandais, et de Julie Cleiren (1841-1877), de nationalité belge. Les deux parents provenaient (selon certains auteurs) d’une longue lignée de cultivateurs vivant près de la frontière belgo-hollandaise. Ils étaient tous deux issus de familles nombreuses de douze enfants, ce qui fait que Martin avait des dizaines de cousins et cousines de part et d’autre des polders belges et hollandais, ainsi qu’à Bruxelles, où plusieurs de ses oncles et tantes s’établirent vers les années 1860-1870.
Son père, Adrien, avait ouvert une boucherie au Marché au Charbon, au sud de la Grand-Place de Bruxelles, et importait entre autres de la viande de mouton (gigot et côtelettes de bélier). Ses cinq oncles maternels, quant à eux, obtiennent le monopole de l’importation des fromages d’Edam et de Gouda et s'enrichissent Emmanuel De Bom, Marten Melsen, oolijk schilder der boeren uit het polderland, Uitg. H. Melsen, Bruxelles, 1942, 10..
À peine âgé de 7 ans, il perd sa mère, ce qui a sans doute profondément marqué le jeune Martin ainsi que son frère, Louis. Bien plus tard, à l’âge de 70 ans, Martin réalisera le portrait posthume de sa mère à partir d’une photo.
D’après Emmanuel De Bom, l’intérêt pour l’art a peut-être germé dans l’esprit de Martin en observant dans son quartier une des plus belles églises de Bruxelles, Notre-Dame du Bon Secours, située rue du Marché au Charbon, où son frère et lui ont été baptisés et ont fait leur communion. Cette petite église baroque nichée dans un pâté de maisons recèle de superbes œuvres d’art, peintures et sculptures du .
Peu de temps après le décès de sa mère, son père se remarie avec la fille de son beau-frère. La belle-mère de Martin, Cécile Cleiren, mettra au monde un demi-frère, Mathieu Alphonse (1880-1920). Un an plus tard, en 1878, la famille déménage à la rue de la Croix de Fer, où ils ouvrent un second magasin, quelques maisons au-delà du magasin d’un des oncles, importateur de fromage.
Il s’agit du quartier élégant du Palais royal et du Parlement, du Parc Royal et du Cercle artistique et littéraire (Waux-Hall) où se déroulaient les expositions de presque tous les artistes qui s’étaient fait un nom dans la capitale. Près de la rue aux magnifiques maisons de maître où habitait Martin, le Cirque Royal venait d’emménager peu de temps auparavant. Il avait une capacité de milliers de places, abritait 110 chevaux et comptait parmi ses visiteurs le roi Léopold IIJacques Dubreucq, Bruxelles 1000, une histoire capitale. Volume 6, Impr. Weissenbruch, 350-360. : « on dit qu’il a émis les compliments les plus flatteurs pour le nouveau cirque, peut-être unique en Europe. » En 1880, le roi inaugurait également, au milieu d’une grande foule, un nouveau théâtre rue de la Croix de Fer : le théâtre Eden, d’une capacité de places. Dans ce superbe édifice Belle Époque, parfois appelé Folies Bergère de Bruxelles, se tenaient également des bals populaires. La visite en 1888 de la troupe parisienne du Moulin Rouge au grand complet, fut un moment mémorable. La célèbre danseuse La Goulue, immortalisée par Henri de Toulouse-Lautrec, était du spectacle et le peintre lui-même était d’ailleurs présent lors de cette visite. Il n’est pas exclu que Melsen, en tant que jeune étudiant de l’Académie, ait assisté à cet événement exceptionnel qui se déroulait dans sa rue.
Martin Melsen habite donc au cœur de Bruxelles, témoin attentif de sa production artistique et musicale. En 1887 se tient, toujours dans la même rue, le premier salon du Voorwaarts, groupement artistique auquel participèrent des artistes tels que Franz Meerts et Jan Stobbaerts.
Le deuxième magasin de ses parents semble, lui aussi, avoir connu de beaux jours. Entre-temps, Martin continue de dessiner. Une série d’aquarelles datant de sa période d’écolier a été conservée et datée plus tard par l’artiste, preuve de son jugement perspicace quant à l’importance de son travail (même de jeunesse).
Vers 1885, en plein hiver, un incendie détruit le bâtiment du Parlement. L’incendie dure trois jours et trois nuits, une scène sous la neige qui ne manquera pas de laisser un souvenir persistant au collégien. Les archives de l’État sont temporairement mises à l’abri dans les appartements situés à l’étage du magasin et loués aux ministères touchés.
Dans les années 1880, il fréquente le collège de maître Stobbaerts à Bruxelles où il côtoie notamment des enfants issus des milieux bourgeois. Le collégien travaille quelque temps chez lui dans un des magasins appartenant à la famille Emmanuel De Bom, op. cit., 10-12. Herman Baccaert, « Marten Melsen, schilder », in Elseviers Geïllustreerd Maandschrift 1915, année XXV, juillet-décembre 1915, 160-176.. Ses parents cultivent l’espoir qu’il entrera en faculté de médecine, mais Martin préfère le dessin qu'il pratique avec assiduité lors de ses vacances passées à Hildernisse, ferme située le long de la Oosterschelde, sur les prés salés des Pays-Bas et qui faisait partie du marquisat de Bergen op Zoom G. De Bruijn et F. van den Hoven, Op ontdekkingstocht door West-Brabant: Baronie en Markiezaat, Maison d’éd. Filatop, Leerdam, 2001, 127.. On retrouve d’ailleurs ces fermes monumentales de la famille dans plusieurs de ses tableaux ou dessinsUne version unique à l’encre se trouve dans une lettre de Melsen adressée à De Bom, 1942, AMVC, dossier Melsen..
Sa nationalité hollandaise le dispense du service militaireVoir document officiel qui dispense du service militaire, coll. Fondation Martin-Melsen.. Il reçoit la permission de suivre les cours du soir de l'Académie de Bruxelles, puis ceux du jour. Durant sept années, il fréquente ainsi l'Académie et reçoit l'enseignement de Stallaert, qui assure la classe de peinture figurative à destination décorative Herman Baccaert, « Marten Melsen, schilder », in Elseviers Geïllustreerd Maandschrift 1915, année XXV, juillet-décembre 1915, 163.. Sa formation est conservatrice, ses professeurs se rangeant quasiment tous parmi les néoclassicistes. En 1893-1894, il reçoit un premier prix pour Printemps, élégante figure décorative présentant un garçon tenant une pousse de châtaignier. Si ses compagnons l'appellent le Stallaertiste, il s'éloigne rapidement du classicisme et s'en va habiter chez les paysans.
1895 – 1902 : le perfectionnement À l'Académie, Martin Melsen se lie d'amitié avec Firmin BaesIl se distinguera comme un des meilleurs dessinateurs au pastel en Belgique., Louis HouwaertL’artiste peintre Louis Houwaert est le meilleur ami de Melsen et peint dans le même style. En 1920, il entre dans les ordres à l’abbaye de Maredsous, y devient professeur de dessin. Il peint entre autres pour l’église de Sosoye. et le fils du graveur Demannez. Ils assistent notamment aux réunions tumultueuses de La Patte de dindonDe Bom, op. cit., 14., cercle artistique qui fut aussi longuement fréquenté par Eugène Laermans. Martin se lie d’amitié — amitié qu’il entretiendra toute sa vie — avec Louis-Gustave Cambier (1874-1949), qui plus tard sera portraitiste. En 1902-1903, il écrit régulièrement à Martin les récits de son long voyage autour du monde entamé pour peindre à la mer Méditerranée, notamment sur les côtes anatoliennes et palestiniennes de l'empire ottoman.
Dès ces années, Martin reçoit des propositions de travaux de décoration : ainsi, il peint pour quelques membres de la famille des comptoirs de magasin et de bar, entre autres à Ossendrecht et RoosendaalCafé au Kade, NL-Roosendaal, alors exploité par des proches parents. L’artiste réalisa également des peintures décoratives sur le comptoir d’un autre proche parent, boucher à Ossendrecht. Les deux comptoirs ont été démolis et détruits ; d’un troisième comptoir ont subsisté jusqu’à aujourd’hui quelques fragments (coll. J. Schuerweghs, Kalmthout).. La presse est enthousiaste : dès 1896, son travail fait pour la première fois l’objet d’éloges, notamment à l’occasion d’un concours d’art dans la rue organisé par la commune d’Ixelles, où l’artiste réalise une peinture décorative sur la devanture appartenant à son cousin : « Pas mal du tout, la façade de M. Laeremans, marchand de fromages, chaussée d’Ixelles : il y a un certain cachet dans l’exécution du paysage. Les médaillons représentant deux types hollandais sont très bien rendus. Ce travail fait honneur à M. Martin Melsen, artiste-peintreLéo, « Le concours d’art appliqué à la rue », Ixelles-Canton, 5 juillet 1896, 1. Voir également L'Éveil. Journal du canton d'Ixelles, 29, 18 juillet 1896. Cette maison appartient toujours aux héritiers directs de la famille, mais la peinture de Melsen a disparu.. »
L’année suivante, en 1897, le magazine La Ligue artistique reproduit un dessin de Melsen, Aux bords de l’Escaut (1896) sur double pageLa Ligue artistique, revue bimensuelle, , 22, 15 novembre 1897, supplément illustré.. Il s’agit de la confirmation du grand talent du dessinateur Melsen et on peut le comparer au Portrait de Rodenbach réalisé par Lucien Lévy-Dhurmer, datant de la même période. D’autres confirmations suivront : des reproductions dans les journaux bruxellois La RéformeJules Du Jardin L’exposition du Cercle Labeur, La Réforme, 22 mai 1899 (« Un coin de kermesse, fragment, croquis de Martin Melsen d’après son tableau »). et Le Petit Bleu du MatinLe Petit Bleu du Matin, 19 mai 1899 (dessin Jakob & Benjamin, étude pour la toile). (1899), une grande motivation pour le jeune et ambitieux artiste de 28 ans.
À cette époque, Melsen peint aussi des portraits de membres de sa famille et d’amis, tant pour s’exercer que pour gagner son premier salaire, même s’il ne souhaite pas tout vendre. Ainsi, il dessine ses grands-parents Melsen (1889 et 1893) et il peint des portraits entre autres de son confrère BrassineArtiste peintre Brassine, peint vers 1892-1894, dédié « À l’ami Brassine », coll. Campo., un Autoportrait (1893) comparable à celui de Evenepoel (1897), le paysan Ko van Beek (Rikus, 1895)Rikus, une vue frontale de paysan, 1895, vente aux enchères Campo dans les années 1970, à présent Fondation Melsen. Représentée sur la couverture de la monographie de G. Marlier, Marten Melsen, Standaard Boekhandel, 1943., la paysanne Colletta van Santvliet (1898) et le remarquable portrait de Jakob & Benjamin (ca. 1899) pour lequel il s’est plus que probablement laissé inspirer par Rembrandt.