Les punaises de lit, appelées aussi punaises des lits, sont des espèces d'insectes hétéroptères de la famille des Cimicidae, présentes dans diverses régions du monde.

Exclusivement hématophages, les adultes, mâles et femelles, piquent et sucent (durant dix à vingt minutes) le sang de leur hôte, mais peuvent survivre sans manger jusqu’à un an et demi, voire deux ans dans de bonnes conditions. Elles sont sources de fortes démangeaisons et de dermatites. Leur taille varie entre cinq et huit millimètres. Ces insectes sont exclusivement nocturnes ; néanmoins, lorsque leur population augmente, ils peuvent se déplacer également le jour.

Depuis les années 2000, il existe une résurgence mondiale des punaises de lit sur tous les continents. Ce phénomène est principalement lié à une résistance aux insecticides et à la mondialisation (migrations, voyages internationaux et échanges commerciaux).

Histoire Selon une hypothèse classique, les ancêtres des punaises de lit auraient eu comme premiers hôtes des chauves-souris, il y a environ . Un exemple actuel serait , une espèce de punaises de grande taille () considérée comme l'une des plus primitives.

Ces punaises primitives seraient passées sur l'homme, lors d'installations à l'entrée de grottes ou d'abris sous roches. Avec les débuts du néolithique et de la sédentarisation, les punaises de lits seraient devenues commensales de l'homme en s'installant dans les premières habitations permanentes..

Phylogénétique En 2019, une étude de phylogénétique moléculaire montre que les punaises de lit (plus généralement les Cimicidae) étaient déjà présentes bien avant l'apparition des premières chauves-souris. et qu'elles côtoyaient les dinosaures.. Bien que l'identité de l'hôte ancestral exact reste inconnue, un groupe d'hôtes possible pourrait être les enantiornithes, il y a environ 140 à d'années..

Les punaises auraient survécu à l'extinction du Crétacé et poursuivi leur évolution en parasitant les premiers oiseaux et les premiers mammifères placentaires dont les chauves-souris. L'idée que les punaises de lits spécifiques des hommes auraient co-évolué avec le genre Homo n'est pas confirmée par la phylogénétique : la divergence des espèces parasites de l'être humain remonte au moins à 5 ou d'années, avant l'apparition du genre Homo.

Il semble que l'évolution des punaises soit un phénomène d'oscillation entre deux processus : celui de spécialisation (s'adapter à un hôte particulier) et celui de généralisation (trouver des hôtes différents de l'hôte habituel), ce phénomène variant selon l'espèce et les conditions écologiques, mais ces données restent spéculatives.

Antiquité Les punaises passent très peu de temps sur leur hôte (le temps de piquer), et il y a peu de chances d'en trouver sur des restes humains. Cependant, l'archéoentomologie peut les retrouver dans des sédiments récoltés sur les sites archéologiques.. En 2017, des fossiles de punaises ont été trouvés sur le site des grottes de Paisley, datées de à av. J.-C...

La présence de punaises (C. lecturalius) est attestée en Égypte, sur le site du « village des ouvriers » d'Amarna (vers -1360). La punaise est mentionnée dans un papyrus du .

La punaise est commune dans tout le monde antique, au moins dans les textes, car les traces archéologique sont rares. Chez les Grecs, elle est appelée ., de la racine *ker- qui signifie « couper ». Aristote, dans son Histoire des animaux (V, 31), la place parmi les insectes (, « animaux à entailles » ou « sécables ».) et considère qu'elles « viennent de la sécrétion humide des animaux qui se condense à l'extérieur du corps ».. Chez les Romains, elle est dite cimex.. vignette|upright=1.5|Fougère scolopendre poussant sur une paroi rocheuse. Selon Pline, elle tue les punaises en fumigation. La punaise est mentionnée par de nombreux auteurs, comme les gréco-romains Dioscoride et Pline l'Ancien qui insistent sur son caractère nocturne et malodorant pour la distinguer des autres bestioles nuisibles, alors que dans les textes grecs classiques, on se plaint de sa morsure mais pas de son odeur..

Les méthodes les plus fréquentes contre les punaises sont l'aspersion et la fumigation de l'habitat. L'aspersion peut se faire par macération de concombre sauvage (Ecbalium elaterium), la fumigation en brûlant des feuilles de scolopendre ou des sangsues..

La punaise a aussi des vertus médicinales en jouant un rôle de contre-poison et d'anti-venin. Selon Pline l'Ancien, écrasée avec du sel et du lait de femme, elle guérit les maux d'oreilles, et selon Dioscoride broyée et placée dans la verge, elle débloque les urines lors de rétention aigüe.

Malgré cette utilisation médicinale, la punaise est mise au ban de la société. Comme l'ensemble des bestioles nuisibles ou « vermine », elle est indice de souillure et d'impureté. Surtout mentionnée chez les autres, elle appartient aux pauvres, aux exclus, aux barbares, elle peut être punition divine chez les tyrans et les impies..

Moyen Âge Orient Dans l'Empire byzantin, les punaises font l'objet d'un chapitre dans les Géoponiques, une encyclopédie rédigée au . La lutte contre les punaises s'inscrit dans une hygiène de la maison. Les moyens sont inspirés de ceux de l'antiquité gréco-romaine : il faut frotter le lit et asperger les murs avec de la scille broyée dans du vinaigre, des feuilles de lierre dans de l'huile Les pieds de lit sont enduits de colle de poisson ou de bile de taureau. La fumigation repose aussi sur la scolopendre et la sangsue (la sangsue et la punaise sont considérées comme antipathiques, se neutralisant l'une l'autre)..

Ces moyens « naturels » se combinent avec des procédés magiques : il faut attacher des pattes de lièvre aux pieds du lit, utiliser des amulettes, prononcer des formules magiques qui éloignent les punaises.. Cette magie pourrait se référer aux Actes de Jean, un texte apocryphe chrétien du , où l'apôtre Jean et ses compagnons font halte dans une auberge infestée de punaises, qu'il chasse par sa seule parole de commandement.. vignette|Fruits et graines de nigella damascena. Selon Avicenne, la fumigation de nigelle chasse les punaises de l'intérieur des maisons. En pays d'Islam, la punaise est al-fusayfisa ou baqq ou al-baq en arabe, et sas en persan.. Selon de nombreux textes médicaux, la punaise, comme les autres bestioles nuisibles, est favorisée par un climat chaud et humide et repoussée par une consommation alimentaire d'ail. La lutte contre les punaises à l'intérieur des maisons se fait surtout par fumigations. Avicenne propose de les faire avec . La literie est enfumée et bassinée par un mélange à base de myrte, de soufre et de bdellium..

Avicenne, comme Ibn Al Jazzar, insistent sur l'importance des bains, du hammam et de ses eaux, accompagnés de frictions à effets répulsifs. Parmi les composants les plus souvent mentionnés, on trouve les aiguilles de pin, les fleurs de cyprès, les graines de genévrier ainsi que la décoction de lupin.

Occident En Occident latin, Isidore de Séville dans son Etymologiae, encyclopédie rédigée au , fait de la punaise, ou cimex, un animalcule provenant de l'humidité, à partir de la cime des frênes. Il donne comme étymologie la plante homonyme cimex, malodorante comme les punaises. (correspondant à l'appellation moderne cimicifuga ou Actaea).

Les naturalistes du restent dépendants des auteurs précédents, gréco-latins (Aristote, Pline) et arabes. Les punaises sont considérées comme des bestioles nuisibles minuta animalibus ou vermes (vermine) qui sont classées selon leur habitat ou leur origine. Pour Albert le Grand, la punaise est Cimex vermis ou selon le vulgaire « pou du mur » pediculus parietis. Il ébauche une première idée de parasitisme. : Le ver punaise est répandu dans les fissures des parois près des lits des hommes, elle prend des forces en piquant les hommes. (De Animalibus, XXVI.)

Vincent de Beauvais explique leur place dans la Création où chaque créature a son utilité, il s'appuie sur saint Jérôme pour réaffirmer que les moustiques, punaises et poux ont été créés pour montrer à l'homme sa fragilité. Les recettes contre les punaises, reprises des Anciens, sont les plus documentées chez Vincent de Beauvais, qui préconise pour les repousser le marc d'olive, le fiel de bœuf, les feuilles de lierre macérées dans l'huile, la cendre de sangsues ou la décoction d'absinthe..

Le premier ouvrage à traiter de façon approfondie le contrôle des puces et punaises dans la chambre à coucher est le Ménagier de Paris, publié en 1392. On y trouve la première recherche des points noirs de défécation des punaises.

Les plus anciennes illustrations imprimées de punaises de lit, plutôt grossières et de grandeur démesurée, se trouvent dans les premières éditions incunables du Hortus sanitatis. Dans les éditions plus tardives, les punaises sont réduites à des dimensions plus réalistes..

Au , le médecin italien résume dans son Liber venenis le savoir de son temps. :La punaise est un ver connu pour être large et nauséabond en particulier quand il est tué, elle naît dans les parois de lit et principalement dans leurs petites fissures et anfractuosités […]. Les marques des atteintes causées par sa morsure sont un prurit et une rougeur. […] on se préserve des punaises en prenant garde de ne pas se trouver là où se trouve un tel animal pénible et en faisant en sorte que les parois de lit soient toujours bien propres et lisses, sans fissures ni anfractuosités, et en utilisant de quoi empêcher la génération des punaises ou de quoi les mettre en fuite ou à mort.

Période classique En 1603, Ulisse Aldrovandi précise :

En France, les dictionnaires des caractérisent la punaise comme un insecte plat qui ne vole pas, qui sent mauvais et qui naît à partir des bois de lit (noyer, sapin).. vignette|Carte de commerce pour la destructions de punaises (1730). Les punaises sont signalées en Angleterre à partir de 1583, et deviennent très répandues aux , à tel point que la destruction des punaises devient un service commercial. L'un des plus célèbres est celui de Tiffin and Son de Londres qui propose ses services aux nobles dès 1690.. Il s'agit de et de son fils Benjamin Tiffin qui prend la succession. Tiffin est considérée comme la fondatrice de la première entreprise de désinsectisation au monde. En tant que femme, elle avait accès à la chambre de la reine d'Angleterre Marie II. L'entreprise s'est perpétuée jusqu'au début du .

La première monographie sur les punaises est publiée en 1730 sous le titre ; elle est rédigée par John Southall, lui aussi entrepreneur de destruction de punaises. Ce traité tient tout à la fois de l'œuvre entomologique et de la publicité commerciale.. Il donne le dessin relativement précis de la punaise de lit, et il distingue deux espèces d'origine « européenne » et « américaine » (distinction par le texte, mais pas dans le dessin).

Southall insiste sur la prévention : lorsqu'on engage de nouveaux domestiques, il faut examiner soigneusement leurs bagages et effets personnels. Southall connaît la notoriété avec un produit secret obtenu lors d'un voyage en Jamaïque, la Nonpareil Liquor, un produit probablement dérivé de la plante Quassia amara, dont il vendait le flacon au prix d'un souper fin.

En 1750, dans un ouvrage posthume. (1634-1703) met en cause les matelas de plumes et conseille plutôt les sacs de toile emplis de paille. Vers la fin du , la tendance est aux lits en fer et à une literie en coton, plus faciles à nettoyer ou à laver. Les punaises ont influencé l'évolution historique du design des lits.