La Lola T97/30 est une monoplace de Formule 1, conçue par Eric Broadley, fondateur de l'officine de construction de voitures de courses Lola Cars et engagée en championnat du monde de Formule 1 en . Elle est pilotée par l'Italien Vincenzo Sospiri, champion 1995 de Formule 3000 qui fait ses débuts dans la catégorie-reine du sport automobile, et par le Brésilien Ricardo Rosset, qui a débuté l'année précédente chez Arrows où il a disputé seize Grands Prix. La T97/30 est équipée d'un moteur V8 Ford Cosworth ED4 et de pneumatiques Bridgestone.
La T97/30 est imaginée par le personnel de Lola, constitué de trente-cinq employés, à partir de . Elle reprend des solutions techniques de la T93/30, développée l'aide de la technique de conception assistée par ordinateur et engagée par la Scuderia Italia en 1993, et de la T95/30, une monoplace d'essais conçue en .
Alors que Lola prévoit de s'engager en championnat du monde de Formule 1 en , le principal sponsor de l'écurie, MasterCard, fait pression pour s'engager dès . Cette société émétrice de cartes bancaires finance le budget de l'écurie en sollicitant une cotisation auprès de ses clients, en échange d'avantages liés à l'écurie de Formule 1.
La T97/30 est présentée dans la salle de bal de l'hôtel Hilton de Londres le , après un développement précipité, si bien que la monoplace n'est testée ni sur circuit ni en soufflerie. Lors de son essai de déverminage effectué deux jours plus tard sur le circuit de Santa Pod, de nombreux soucis de conception sont décelés. La voiture ne génère pas suffisamment d'appui : le train avant est ainsi totalement inefficace, les pneumatiques ne peuvent pas monter en température pour déployer leur pleine efficacité en termes d'adhérence, ce qui nuit à la tenue de route ; la voiture se montre donc particulièrement instable, même en ligne droite. De plus, bien que la voiture manque d'appui, elle génère une traînée excessive en ligne droite qui nuit à la vitesse maximale.
Après un premier Grand Prix décevant en Australie où aucune des deux monoplaces engagées ne se qualifie, MasterCard rompt son contrat avec Lola Cars, arguant que l'écurie a été incapable de trouver d'autres sources de financement. Eric Broadley, dont l'écurie a contracté plus de six millions de livres sterling de dettes en une seule course, annonce le retrait de Lola du championnat.
Contexte et développement Lola, fournisseur historique de châssis en Formule 1 Lola Cars a une longue tradition de fournisseur de châssis de course automobile depuis sa création en . Dès 1962, les modèles Mk4 sont alignés en championnat du monde de Formule 1 par le pour John Surtees et Roy Salvadori.. Les débuts sont très satisfaisants puisque Surtees décroche la pole position au Grand Prix des Pays-Bas, première épreuve où une Lola est engagée.. L'année suivante, Lola fournit les châssis du mais les résultats ne sont pas au rendez-vous et le constructeur britannique n'apparaît plus qu'épisodiquement en championnat du monde de Formule 1 (un seul engagement en 1967 et un autre en 1968...).
Toutefois, en 1967, Honda confie en sous-traitance à Lola la conception d'un châssis de Formule 1. Honda souhaite en effet remplacer son « châssis maison » RA273, beaucoup trop lourd avec par un châssis plus léger.. À partir d'une monoplace destinée à courir en championnat USAC, Lola développe la Honda RA300, de seulement.. La monoplace, surnommée « Hondola » par la presse spécialisée de l'époque, fait forte impression dès sa première apparition en course à Monza lors du Grand Prix d'Italie puisque John Surtees remporte la victoire, la seconde de Honda en Formule 1.. En 1968, Honda développe en interne (avec les concepteurs Yoshio Nakamura et Shoichi Sano) sa monoplace RA301 et Lola quitte la Formule 1..
Il faut attendre 1974 pour que Lola fasse son retour en fournissant des châssis T370 à l'écurie Embassy-Hill de Graham Hill.. L'année suivante, Lola quitte la Formule 1 après quatre épreuves lorsque, faute de résultats, Hill décide de concevoir en interne son châssis de course..
En 1984 et 1985, le nom de Lola réapparaît en Formule 1 mais uniquement pour des raisons publicitaires. Carl Haas, entrepreneur américain et importateur officiel des voitures Lola Cars en Amérique du Nord, monte son écurie de Formule 1, installée à Colnbrook en Angleterre. Il la baptise car il souhaite que les retombées publicitaires liées au nom prestigieux de Lola profitent à son entreprise d'importation. La firme d'Eric Broadley n'est toutefois pas impliquée dans la conception des monoplaces..
De 1987 à 1991, Lola conçoit et construit les monoplaces de l'équipe française Larrousse.. La dernière collaboration entre Lola et une écurie de Formule 1 est la réalisation de la Lola T93/30 préparée pour la BMS Scuderia Italia pour la saison 1993..
Malgré une implication en Formule 1 s'étendant sur plus de trente-cinq ans, le palmarès de Lola n'est riche que d'une pole position (John Surtees au Grand Prix des Pays-Bas en 1962.) et trois podiums (Surtees aux Grand Prix d'Allemagne 1962 et Grand Prix de Grande-Bretagne 1962 et Aguri Suzuki au Grand Prix du Japon 1990...).
Première tentative d'engagement avortée L'ingénieur britannique et fondateur de Lola, Eric Broadley, décide courant , de créer une nouvelle monoplace de Formule 1 qu'il engagera sous ses propres couleurs pour la première fois depuis la création de sa firme. En effet, l'écurie BMS-Scuderia Italia, à laquelle il fournissait le châssis Lola T93/30 en 1993, a fusionné avec la Scuderia Minardi et comme la nouvelle structure conçoit ses châssis en interne, Lola n'a plus de client en Formule 1..
thumb|alt=Silhouette d'une monoplace à la livrée rouge, blanche et grise.|La Lola T95/30 n'a jamais été engagée en Formule 1.
La Lola T95/30, conçue par Broadley, l'ingénieur Julian Cooper (ex-Benetton Formula) et l'ingénieur-aérodynamicien Chris Saunders (ex-Williams) est d'abord réalisée sous la forme d'une maquette à l'échelle testée en soufflerie à Cranfield. Un prototype propulsé par un moteur Ford-Cosworth ED3 est mis en chantier et confié au pilote de développement Allan McNish. La monoplace est exposée au Salon de l'automobile de Paris mais le programme de développement est contrarié lorsque McNish démontre en piste que la monoplace réalise de maigres performances et que son potentiel de développement est limité. Le changement de réglementation du championnat du monde qui réduit la cylindrée des moteurs à et impose de nouvelles dimensions de châssis et de carrosserie pour la saison 1995, ainsi que le manque de fonds de Lola pour entreprendre ces modifications finit d'enterrer le projet ..
Un nouvel engagement dans la précipitation En , un an après l'abandon du prototype T95/30, un nouveau projet de construction de monoplace de Formule 1 est dévoilé. Pourtant, Lola n'est pas au mieux financièrement, marquée par la rude concurrence que lui livre Reynard Motorsport en Formule 3000 .. Le , Lola dévoile un plan financier ambitieux et inédit de partenariat pour quatre ans avec MasterCard, une entreprise américaine de système de paiement et envisage donc de s'engager sous la dénomination en 1998..
Le partenariat financier de MasterCard ne consiste pas sur un simple soutien financier en échange d'un affichage publicitaire sur les monoplaces de l'écurie, comme il est pratiqué habituellement en sport automobile. En effet, ce partenariat repose sur la création d'un « Club MasterCard » dont les membres, à la suite du versement d'une cotisation comprise entre , ou même , bénéficieront de divers avantages liés à l'équipe de Formule 1 (événements VIP, invitations sur les circuits, stages de pilotage, dîners avec les membres de l'écurie…).. MasterCard démarche dans ce sens trente millions de ses détenteurs de cartes de paiement sur les de clients qu'elle compte dans le monde. En tablant sur un nombre de à adhérents, l'entreprise espère lever sur les de dollars qui composent le budget total de l'écurie. Lola, dont le financement dépend essentiellement de ce sponsor, prévoit de faire ses débuts en Formule 1 en 1998 mais MasterCard insiste pour que l'écurie s'engage un an plus tôt, dès 1997. En conséquence, Lola doit débuter au plus tôt la conception de sa nouvelle monoplace..
La T97/30, dont l'étude débute en , devient la première monoplace de Formule 1 de Lola Cars depuis le prototype T95/30. La mise en œuvre de sa conception se fait de manière précipitée et Broadley a du mal à faire face aux délais imposés par son partenaire financier, d'autant plus que son officine ne compte que , effectif porté peu à peu à cent alors que l'autre écurie novice Stewart Grand Prix compte un peu plus d'une centaine d'employés dès sa créationLola débute avec seulement trente-cinq employés, dans L'Automobile magazine HS, mars 1997, p. 44.Lola doit recruter du personnel, dans L'Automobile magazine HS, mars 1997, p. 44.Stewart Grand Prix compte plus de cent employés, dans L'Automobile magazine, HS, mars 1997, p. 43. et que les écuries de pointe tournent avec plus de deux cents employés (210 pour Williams, 205 chez McLaren ou encore 330 chez Ferrari210 employés chez Williams, dans Sport Auto , mars 1997, p. 116.205 employés chez McLaren, dans Sport Auto , mars 1997, p. 122.330 employés chez Ferrari, dans Sport Auto , mars 1997, p. 118.).
Une autre preuve de la précipitation du projet Lola est que Stewart Grand Prix, écurie qui débute elle aussi en Formule 1, a annoncé son engagement dès et a commencé à faire les premiers essais de sa monoplace SF01 en : à ce moment-là, Lola entame seulement la conception de la T97/30.
Création de la monoplace Moteur et boîte de vitesses La Lola T97/30 est propulsée par un moteur V8 Ford ED4 conçu par Cosworth et d'une cylindrée de La Lola T97/30 est propulsée par un V8 Ford-Cosworth ED4, dans L'Automobile magazine HS, mars 1997, p. 44.. Conçu en , il développait à l'origine mais la puissance a été portée à à en .. Ce bloc, qui s'adresse spécifiquement aux écuries à budget limité car ses performances sont dépassées, n'est qu'un moteur « compétition-client » fourni à Lola ainsi qu'à Tyrrell RacingLe V8 Ford-Cosworth ED4 est un moteur dépassé en 1997, dans L'Automobile magazine HS, mars 1997, p. 41.La Tyrrell 025 est propulsée par le même moteurFord ED4 que celui fourni à Lola, dans Sport Auto , mars 1997, p. 130.. Le moteur « officiel », le Ford Cosworth JD Zetec-R, est en effet un V10 réservé à l'écurie Stewart Grand Prix, tête-de-pont de Ford en Formule 1Le bloc Ford Zetec V10 est réservé à Stewart Grand Prix, dans Sport Auto , mars 1997, p. 134..
Lola envisage dans un premier temps d'acheter quinze blocs à Ford avant de fabriquer ses propres moteurs V10 à partir de mars ou avril, avec l'aide de , dirigée par Al MellingLola envisage de produire son propre moteur, dans L'Automobile magazine HS, mars 1997, p. 44.. Le manque de moyens financiers se fait déjà sentir lorsque Broadley renonce à acheter les moteurs et préfère se contenter d'un prenant en compte les frais de révision et de maintenanceLola loue ses moteurs à Ford Cosworth, dans Sport Auto , mars 1997, p. 130.. Les moteurs fournis à Lola sont des blocs d'occasion utilisés par Forti Corse la saison précédente et le contrat de maintenance prévoit cinq révisions par moteur au cours de la saison.
Alors que Lola prévoit d'utiliser au maximum une trentaine de moteurs par an (quinze par demi-saison), Jordan Grand Prix et Stewart Grand Prix disposent de onze moteurs pour le seul Grand Prix d'Australie, Williams, Benetton, McLaren et Ferrari disposent eux de dix blocs, Prost Grand Prix, Sauber de neuf et Minardi de septLola manque de moteurs, dans Sport Auto , avril 1997, p. 125.. L'écart de moyens financiers entre Lola et le reste du plateau est flagrant dès le début de la saison.