thumb|Territoire de la république de Guinée. thumb|200px|Pierre perforée de la région de Feredou (Musée d'Art africain de Dakar).
L'histoire de la Guinée (parfois encore appelée Guinée Conakry), pays ouest-africain, est marquée par l'essor, le rayonnement et le déclin de royaumes et de grands empires successifs. Les frontières géographiques actuelles du territoire de la république de Guinée ont été tracées par les puissances coloniales à la fin du et au .
Le pays actuel, sur ses , est d'abord riche de ses habitants (en 2023) (pour 3 millions en 1950).
Préhistoire et protohistoire
La Guinée des grands empires
Au , les santos (nalu) et les siba (baga) peuplent la région. santos (nalu), siba (baga) Royaume malinké sous influence de l'empire du Ghana (850c-1250c) Du au , le royaume mandingue, vassal de l'empire du Ghana, s'établit du Haut-Sénégal au Haut-Niger. L'empire du Ghana s'étendit en Afrique de l'Ouest du au .
Au , les populations sont rejointes par les Dialonkés (ou Jalonkés).
Empire du Mali (1250c-1600c) Au : le légendaire Soundiata Keïta (1190-1255) forme un immense empire ayant pour capitale Niani (aujourd'hui un petit village guinéen). L'empire du Mali connaît son apogée au , s'étendant du nord et de l'est de la Guinée à Tombouctou. Il commence à décliner au .
Premiers contacts avec les Européens (1500c-1900c) thumb|Carte de la Haute et de la Basse Guinée au . Les Européens arrivent sur les côtes et pratiquent le commerce des esclaves mais aussi de l´ivoire et des épices (huile de palme, malaguette).(Joao Pires). Les Européens utiliseront des relais africains pour capturer des esclaves à l´intérieur des terres. Mais ils arrivèrent vers le côté Atlantique de l'ocean d'où se trouvait la communauté Bagas de l'empire de Sosso qui ne connaissait pas la monnaie ni les armes à feu, et échangeaient leurs captifs contre toute sorte d'objets utilisés pour faire du troc. La concurrence entre négriers européens est parfois sévère et déclenche des batailles navales. du au : arrivée des Peuls et des Mandingues apportant l'islam. De nombreux empires et royaumes, encore très présents dans la mémoire collective, se succèdent dans la région. Les classes gouvernantes mandingues se convertirent très tôt à l'islam. L'expansion de la religion musulmane dans toute la Guinée fut cependant due au prosélytisme du clan des Torobdes, des pasteurs peuls installés dans le Fouta-Djalon. Ils instaurent un État théocratique sur les hauteurs du plateau au début du : imamat du Fouta-Djalon (1725-1896). Milieu du : la plupart de la population est islamisée, à l'exception des habitants du royaume Mossi, qui résistent et conservent leurs croyances traditionnelles. Dans les années 1880 : le Mandingue Samory Touré, équipé d'armes modernes et à la tête d'une armée efficacement organisée, prend le contrôle de l'intérieur du pays : Empire wassoulou (1878-1898). Il est l'un des derniers héros de l'histoire pré-coloniale du pays.
Naissance de la Guinée moderne (1895-1911) Résistances et conquête coloniale Dans la seconde moitié du , la France, employant alternativement la force et la diplomatie, s'empare non sans difficulté de la plus grande partie de l'ouest du Soudan (actuel Mali). Elle prend Tombouctou, pousse jusqu'au lac Tchad et occupe la côte guinéenne. La Guinée actuelle vidée par la traite atlantique est alors quasiment dépeuplée. Cependant le climat tropical va décourager de nombreux Français de s'installer, à cause des maladies qui les déciment
En 1891, la Guinée est proclamée colonie française, indépendamment du Sénégal, auquel elle était précédemment rattachée. Cependant, cette conquête ne s'opère pas sans résistance. Samory Touré, relayé ensuite par les peuples de la forêt, mène une guerre organisée contre l'occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est. En 1898, Samory Touré est vaincu. En 1899, les régions du haut Niger sont annexées au territoire.
En 1904, la Guinée devient une partie intégrante de l'Afrique-Occidentale française (AOF), administrée par un gouvernorat général. Les industriels français y développent plantations de café, de banane et d´huile de palme ainsi que l´activité minière (bauxite) grâce aux travailleurs forcés.
Période coloniale française (1885-1958) vignette|Afrique-Occidentale française en 1914. La France impose un système d'administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Sous l'autorité d'un gouverneur général, le pays est divisé en vingt-neuf cercles, chacun dirigé par un commandant de cercle. Les chefferies traditionnelles sont souvent transformées et leurs systèmes de transmissions bouleversés : elles constituent progressivement un instrument efficace de la domination coloniale française. Ce système joue un rôle important dans l'unification d'un pays artificiellement créé par les puissances coloniales au cours des conquêtes.
L'exploitation des ressources s'oriente vers la satisfaction des besoins de la métropole. Au détriment des cultures vivrières, les cultures d'exportation, monopolisées par des sociétés françaises, se multiplient. La monnaie et l'impôt se généralisent également durant cette période. vignette|Jardin du 2-Octobre à Conakry. Cependant, une conscience politique anticoloniale se développe peu à peu, pour s'affirmer après la Seconde Guerre mondiale. En effet, Conakry devenant un port important, beaucoup de Guinéens y sont employés. Ils ont alors la possibilité de former leurs propres syndicats, d'où émergent des mouvements contestataires. À la tête de la puissante Union générale des travailleurs d'Afrique noire (UGTAN), Ahmed Sékou Touré, arrière-petit-fils de Samory Touré, mène une action pour obtenir davantage de représentants africains dans le gouvernement local. La constitution française d', plus libérale à l'égard des pays colonisés, permet la création de partis politiques, dont Sékou Touré devient la personnalité la plus importante. Lors du référendum de , la Guinée est le seul pays de l'Afrique francophone à rejeter la proposition du général de Gaulle concernant l'intégration des colonies de l'A.O.F. au sein d'une Communauté française.
Le , la Guinée accède à l'indépendance. Sékou Touré, alors très populaire dans son pays comme dans tous les pays d'Afrique, en devient le président ; il prône le panafricanisme, « La décolonisation intégrale de toutes les structures du pays » et la mise en place d'une « société socialiste ». Administrateurs coloniaux en Guinée française (1891-1958)
Indépendance en 1958 Dictature Sékou Touré (1958-1984) vignette|Ahmed Sékou Touré, 1962 vignette|Visite officielle chinoise, 1964 En , dans les jours qui suivent l'indépendance de la Guinée à la suite du « non » au référendum, De Gaulle décide de punir les Guinéens en raison du mauvais exemple qu'ils donnent aux autres peuples africains qui ont accepté une coopération comme continuité de la colonisation. Si certains hauts fonctionnaires français plaident en faveur de négociations avec le nouvel État, de Gaulle refuse toute conciliation.
L’administrateur colonial Paul Masson se souviendra lors de l'écriture de ses mémoires avoir été vertement accueilli par le général : « Mais laissez-le donc, Sékou Touré, bouffer ses bananes et ses cacahuètes. » Le jour même du vote, un commando de parachutistes est déployé pour récupérer les billets émis par la Banque de France, plusieurs milliards de francs CFA. Les financements à destination de la Guinée sont immédiatement annulés et les fonctionnaires français, ingénieurs et cadres français qui gèrent alors l'économie et l'administration civile sont tous rappelés, plongeant intentionnellement la Guinée dans le chaos. L'objectif du gouvernement français, tel que mentionné dans des télégrammes diplomatiques secrets est de « placer la Guinée en situation de demanderesse » et de « se servir de cette arme très réelle pour amener autant que possible la Guinée à la résipiscence. » Le haut commissaire colonial Pierre Messmer fait intercepter à Abidjan quatre mille tonnes de riz destinées à réapprovisionner les stocks guinéens, quasiment vides. La France tente également, mais sans succès, de retarder l'admission de la Guinée aux Nations uniesL'Empire qui ne veut pas mourir: Une histoire de la Françafrique, Seuil, 2021, p. 142-143 et 245-255. Sékou Touré cherche alors de l'aide auprès des pays d'Europe de l'Est et de l'Union soviétique et met en place un régime de parti unique et un système socialiste inspiré de celui de son nouvel ami soviétique.
En 1961, la Guinée adhère, avec le Mali et le Ghana, à une Union des États africains, tentant ainsi de matérialiser un idéal panafricain. Ce projet de fédération ne vit que deux ans, les autres dirigeants africains privilégiant une «Afrique des patries».
Au cours des deux premières années qui ont suivi l'indépendance, Sekou Touré tolère une certaine opposition à son régime. Un complot visant à le renverser, découvert en 1960, marque le début d'une longue période de répression. Au moins 10 000 personnes ont été arrêtées entre 1970 et 1982, dont 2 800 ont « disparu », vraisemblablement assassinées au cours de leur détention, selon Amnesty International.
Sékou Touré échappe à plusieurs attentats destinés à le remplacer par un président choisi par De Gaulle. En , le gouvernement français rappelle son ambassadeur en Guinée.
Le colonel puis ambassadeur Maurice Robert, qui a été chef du secteur Afrique au service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) de 1958 à 1968, explique :
Parallèlement, les rapports de la Guinée avec ses voisins, Côte d'Ivoire, Niger, Sénégal et Haute-Volta, se tendent.
Le Portugal, enlisé dans des guerres coloniales, organise en 1970 un débarquement militaire et une tentative de coup d’État contre le régime de Sékou Touré qui soutenait le PAIGC mouvement indépendantiste de la Guinée portugaise voisine et du Cap-Vert. Mais l'opération aboutit à un fiasco.
Le régime commence à s’assouplir dans la deuxième moitié des années 1970.. En effet, l'isolement diplomatique du pays, conjugué à une économie mal planifiée, mènent la Guinée à la faillite et contraignent son président à assouplir le régime. Il entreprend alors de nombreux voyages diplomatiques dans le but d'établir des relations avec d'autres pays et de trouver des investisseurs pour exploiter les richesses minérales considérables de la Guinée :
Les rapports de la Guinée avec ses voisins, Côte d'Ivoire, Niger, Sénégal et Haute-Volta, se normalisent à partir de 1978.
Les échanges avec la France reprennent également : en , Guy Penne, conseiller du président François Mitterrand, se rend en Guinée. En juin de la même année, Sekou Touré est reçu par le président Reagan à Washington, puis en septembre par Mitterrand à Paris. En , il participe pour la première fois au sommet des chefs d'État francophones à Vittel.
Coup d'État de 1984 http://www.kremlin.ru/eng/text/images/144456.shtml Coup d'État de 1984 en Guinée