Les Triatominae sont une sous-famille d'insectes hétéroptères (punaises) de la famille des Reduviidae. La plupart des 150 espèces ou plus de cette sous-famille sont hématophages (c.-à-d. s'alimentent de sang). Elles parasitent généralement des vertébrés. Quelques espèces (très peu) s'alimentent de l'hémolymphe d'autres insectes. Ces punaises partagent souvent l'abri (terrier, nid) des vertébrés qu'ils parasitent.
Toutes les espèces connues de Triatominae peuvent potentiellement transmettre Trypanosoma cruzi, un protozoaire parasite responsable de la maladie de Chagas. Cependant, dans les régions où cette maladie est endémique (du Sud des États-Unis au Nord de l'Argentine), seules quelques espèces (telles que Triatoma infestans et Rhodnius prolixus) sont bien adaptées à la vie avec les humains et considérées comme vectrices importantes de la maladie de Chagas pour l'Homme.
Morphologie
Adulte Les Triatominae sont des punaises en général de grande taille : plus de 12 mm (l'espèce la plus grande Dipetalogaster maxima pouvant atteindre les 4 cm), mais il existe des espèces de moins de 12 mm (5 mm pour la plus petite du genre Alberprosenia). Ces punaises sont de couleur brune ou noire avec des ornements rouges, jaunes ou orangés. Elles ont une forme longiligne par allongement de la tête et de l'abdomen.
La tête, très allongée, porte latéralement une paire de gros yeux composés, et selon l'espèce une paire supplémentaire d'ocelles beaucoup plus petits. Les deux longues antennes, en avant des yeux, sont formées de 4 segments, mais le premier est très petit et non visible à première vue. Les pièces buccales sont constituées d'un labium enserrant des mandibules et des maxilles et d'un proboscis ou rostrum (trompe vulnérante) à trois segments, replié sous la tête. Cette apparence en trois parties (antenne et trompe) est à l'origine du terme Triatominae.
Le thorax, séparé de la tête par un cou, se compose de trois segments, dont seul le premier est visible dorsalement. Ce premier segment est formé en avant d'un pronotum, en forme de trapèze, et en arrière d'un scutellum, de forme triangulaire.
Les deux autres segments thoraciques sont cachés dorsalement par deux paires d'ailes qui se croisent en ciseaux. La paire antérieure est dite hémélytre (coriace à sa base interne et membraneuse dans sa partie externe), elle sert à protéger la paire postérieure membraneuse (repliée sous elle), non visible et qui se déploie pour le vol.
Le thorax porte aussi trois paires de longues pattes, terminées par deux griffes. Les triatominae sont des insectes coureurs et accessoirement volants.
L'abdomen est allongé et très aplati chez l'individu à jeun. Sa face dorsale est alors visible en débordant les ailes pour constituer le connexivum (repli latéral de la paroi de l'abdomen aplati). Au cours d'un repas, l'abdomen se dilate verticalement et le connexivum disparait chez l'insecte gorgé.
Œufs Les œufs ont une forme ovale de 1,5 à 2,5 mm de long, de couleur variable, blanc au moment de la ponte, puis jaune ou rose foncés selon l'espèce. Ils sont fermés par un opercule formant couvercle à une extrémité.
Le nombre d'œufs déposés par une femelle varie selon l'espèce, et selon le nombre de repas effectués, de 20 à 200. Le plus souvent, ils sont déposés en lots de 10 à 20 (genre Rhodnius) ou isolément (genre Triatoma). L'embryogenèse dure une dizaine de jours en moyenne, jusqu'à deux mois en conditions défavorables.
Larves Les Triatomae se développent en cinq stades larvaires.
Le premier stade est celui qui sort de l'œuf en poussant l'opercule. Il ressemble à l'adulte, mais sans ailes, d'une taille de 2 à 3 mm. Quelques jours après l'éclosion, la larve de premier stade quitte le lieu de ponte pour prendre son premier repas de sang, jusqu'à 8 ou 9 fois son propre poids
Les quatre autres stades larvaires ont tous une morphologie voisine, chaque stade nécessite un repas de sang au moins. Si la quantité de sang est insuffisante, la mue est retardée et la croissance se ralentit. Aux deux derniers stades, les ébauches d'ailes deviennent visibles.
La durée d'un cycle de l'œuf à l'adulte est de quelques mois à deux ans, selon l'espèce et les conditions extérieures (disponibilité en sang, température…).
Répartition
Les 156 espèces inventoriées en 2025 se rencontrent presque exclusivement dans le Nouveau Monde, surtout en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans l'arc antillais.
Les triatominae, dont Triatoma sanguisuga dans les chenils, progressent aux États-Unis, ce qui inquiète de plus en plus les scientifiques en tant que vecteurs potentiels de la maladie de Chagas, ce qui serait en rapport avec un changement climatique.
Quelques espèces sont recensées dans l'Ancien Monde : six ou sept du genre Linshcosteus sont endémiques en Inde, huit autres du genre Triatoma, se rencontrent principalement en Asie orientale, l'espèce T. rubrofasciata est signalée dans les régions côtières tropicales et subtropicales de tous les continents, sauf l'Australie.
Taxonomie La sous-famille des triatominae compte 159 espèces en 2025, dont trois fossiles. Elles sont classées en cinq tribus et 18 genres.
Alberproseniini : Alberprosenia 2 espèces sauvages, l'une au Vénézuela, l'autre au Brésil, parasite les reptiles (lézards et serpents). Bolboderini espèces de petite taille (moins de 12 mm), parasite les animaux domestiques: Belminus 9 Bolbodera 1 Microtriatoma 2 Parabelminus 2 Cavernicolini pas d'importance épidémiologique connue : ::Cavernicola 2 Rhodniini espèces arboricoles: Psammolestes 3 Rhodnius 21 espèces, vecteurs importants, démontrés ou potentiels. Triatomini Ensemble complexe, probablement non monophylétique Dipetalogaster 1 Eratyrus 2 Hermanlentia 1 Linshcosteus 6 Mepraia 2 Nesotriatoma 3 Panstrongylus 15 espèces, vecteurs importants. Paleotriatoma 1 Paratriatoma 2 Triatoma 81 espèces, vecteurs importants. Note: pour la liste complète des espèces, voir. Il existe dans cette classification plus de 190 synonymes. Pour l'histoire de cette classification, voir la dernière section en fin d'article.
Biologie des Triatominae Habitat Les stades larvaires de triatominae et les adultes sont hématophages, à tous les stades. Ils ont besoin d'un environnement stable et protégé où ils ont un comportement grégaire, avec un accès facile à des hôtes pour se nourrir de leur sang.
La plupart des espèces sauvages sont associés à des nids de vertébrés forestiers ; elles sont dites « sylvatiques ». Pour les espèces arboricoles, il s'agit de nids d'oiseaux, d'arbres creux avec les chauves-souris, de plantes aux feuilles engainantes (broméliacées) avec les paresseux et les opposums. Dans d'autres cas, il s'agit d'abris sous pierre, des terriers de petits mammifères, rongeurs et tatous.
Un petit nombre d'espèces (5 % environ du total des espèces connues) vivent dans les habitations humaines, elles sont dites « domestiques ». D'autres vivent à proximité dans les abris d'animaux domestiques (niches, poulaillers...), ces espèces sont dites « péridomestiques ». En Amérique latine, il s'agit surtout d'un habitat rural pauvre : présence humaine permanente (pour accès facile au sang), murs en torchis et toit de chaume (abris faciles pour pondre).
Ces dénominations (espèces sylvatiques, péridomestiques et domestiques) ne reflètent pas forcément une réalité biologique, il s'agit plutôt de caractères écologiques, où une espèce peut franchir ses frontières « naturelles » (celles qui existaient avant anthropisation). De nombreuses espèces « sylvatiques » sont supposées avoir un comportement qui évolue vers une « semi-domestication » lors des modifications de milieu (déforestation, diminution de la biodiversité par disparition des hôtes sauvages…).
Selon Dujardin, cette évolution vers l'habitat humain se ferait en trois étapes : 1) l'intrusion par visite d'individus adultes sauvages attirés par la lumière ou transportés par un animal domestique 2) la domiciliation, présence d'œufs et de larves dans l'habitat humain 3) la domestication : formation de colonies permanentes avec expansion territoriale liée aux activités humaines.
Dans cet exode lié à l'Homme, une espèce domestique peut entrer en compétition avec une autre. Par exemple Triatoma infestans, une fois arrivée au centre du Brésil, a provoqué le déplacement de l'espèce domestique locale Panstrongylus megistus vers son habitat sylvestre d'origine.
Accouplement et ponte La copulation des triatominae n'est pas traumatique comme celle des punaises de lit. Elle se fait en position dorso-latérale du mâle sur la femelle et dure 5 à 15 min.
Les œufs pondus sont collants et adhèrent au substrat (dispersion passive possible). La fertilité des femelles dépend de la densité de la population de triatominae (la femelle pond d'autant plus que la densité de la population est faible) et de la quantité de sang disponible (la femelle pond d'autant moins que cette quantité est faible).
Hématophagie La plupart des espèces de triatominae (tous les stades et les deux sexes) se nourrissent de sang de vertébrés. Quelques espèces de différents genres peuvent se nourrir de l'hémolymphe d'autres insectes (blattes).
Il n'y a pas ou peu de spécificités d'hôtes. Quelques genres peuvent avoir une préférence pour certains oiseaux ou certains rongeurs.
La piqûre n'est pas douloureuse pour l'Homme, elle peut affecter tous les points du corps, mais comme elle s'effectue la nuit chez le dormeur, les parties découvertes (bras, visage…) sont les plus souvent atteintes d'où l'appellation populaire des triatominae en anglais, kissing bugs ou « punaises du baiser ».
Le temps du repas varie selon l'espèce, le stade et l'individu, de 5 min à plus d'une heure. Si l'alimentation manque, les triatominae peuvent résister au jeûne plusieurs mois, les adultes ailés s'envolent à la recherche de nouveaux hôtes et de nouveaux abris.
Rapports avec l'hôte
La plupart des triatomes passent la journée groupées et cachées dans leur refuges (sous-toitures, anfractuosité des murs ou du sol) pendant la journée et la recherche de sang pendant la nuit quand l'hôte est endormi et l'air est plus frais.
Les odeurs et la chaleur guident ces insectes vers leur hôte, de même que le dioxyde de carbone émanant de la respiration, ainsi que l'ammoniac, les amines à chaîne courte et les acides carboxyliques de la peau, les cheveux, et les glandes exocrines des animaux vertébrés, sont parmi les substances volatiles qui attirent les triatomes. La vision est également utilisée pour l'orientation : la nuit, les adultes de diverses espèces volent dans les maisons attirés par l'éclairage artificiel. Il existe aussi une mécanoréception, comme la sensibilité aux vibrations. Tous ces processus sensoriels sont désormais étudiés à l'échelle biomoléculaire.
Comme d'autres groupes de punaises, les adultes de triatomes produisent une odeur piquante et désagréable (acide isobutyrique) quand on les dérange. Elles sont aussi capables de produire un son particulier (stridulation).
Dispersion
Un triatome surpris ne s'envole pas comme une mouche, il se déplace en courant ou il fait le mort. Le vol est le résultat d'une préparation à la suite d'un manque de nourriture (densité de population trop grande par rapport aux hôtes disponibles).
Le vol est aléatoire au début, puis le triatome est attiré par la chaleur et la lumière. C'est le plus souvent un vol nocturne en dehors des pluies. Les mâles seraient mieux adaptés au vol que les femelles. La distance de vol pour T. infestans est de l'ordre de quelques centaines de m à quelques km.
Les grandes conquêtes territoriales se font par dispersion passive, notamment d'œufs gluants. Il semble que les grandes espèces domestiques connues (celles qui transmettent la maladie de Chagas) se soient étendues par transport passif au cours des activités humaines, plutôt que par oiseaux migrateurs.
Infestation