Louvrage de Sainte-Agnès est une fortification faisant partie de la ligne Maginot, située sur la commune de Sainte-Agnès dans le département des Alpes-Maritimes.
Constitué de six blocs perchés sur un sommet au-dessus de Menton, cet ouvrage devait interdire par les feux de son artillerie le passage par le littoral méditerranéen. Pendant les combats de contre l'armée italienne, son équipage effectua des tirs pendant quelques jours.
Description thumb|Le village perché de Sainte-Agnès (à gauche) et les ruines de son château (sur le sommet), vus depuis la route de Gorbio. Les galeries de l'ouvrage sont taillées dans la roche, ne laissant en surface que des blocs assez discrets (le bloc 2 est visible juste en dessous du château). L'ouvrage a été construit en bordure du village de Sainte-Agnès, une petite agglomération perchée sur le versant occidental de la cote 766. Cet emplacement domine le littoral méditerranéen, juste au-dessus de Menton (cette dernière est à seulement quatre kilomètres au sud-est).
Position sur la ligne L'ouvrage a but de défendre le territoire français contre l'armée italienne, débouchant des sentiers muletiers ou de la route côtière traversant la frontière franco-italienne. L'ouvrage faisait partie de la ligne Maginot, dans le secteur fortifié des Alpes-Maritimes. Ce secteur était subdivisé en cinq sous-secteurs : Sainte-Agnès se trouve dans celui le plus au sud, le « sous-secteur des Corniches », qui comprenait deux lignes successives de fortifications.
La plus puissante est appelée la « ligne principale de résistance ». Dans le sous-secteur des Corniches, elle se situe en retrait à cinq kilomètres de la frontière franco-italienne, le long des hauteurs bordant à l'ouest de la vallée du Careï, avec un succession d'ouvrages bétonnés, s'appuyant mutuellement avec des mitrailleuses et de l'artillerie sous casemates : les ouvrages du Col-des-Banquettes (EO 7), de Castillon (EO 8), de Sainte-Agnès (EO 9), du Col-de-Garde (EO 10), du Mont-Agel (EO 11), de Roquebrune (EO 13), de la Croupe-du-Réservoir (EO 14) et de Cap-Martin (EO 15). L'ouvrage de Sainte-Agnès croise ses feux d'artillerie avec l'ouvrage de Castillon à de distance au nord et avec celui de Roquebrune, à au sud. La continuité des tirs de mitrailleuses est assurée entre Castillon et Sainte-Agnès par le petit ouvrage du Col-des-Banquettes et entre Sainte-Agnès et Roquebrune par le petit ouvrage de Col-de-Garde, ainsi que par une série de blockhaus d'infanterie.
En avant de cette ligne principale, une seconde ligne a été construite pour donner l'alerte, retarder au maximum une attaque brusquée et couvrir un peu les trois communes se trouvant à l'est des ouvrages (du nord au sud Castillon, Castellar et Menton). Cette ligne est composée d'« avant-postes », qui sont beaucoup plus petits (et beaucoup moins chers) que les ouvrages de la ligne principale ; sur les 29 avant-postes alpins (AP), sept ont été construits dans le sous-secteur des Corniches. Six de ces avant-postes barrent les différents chemins descendant de la ligne de crêtes marquant la frontière : du nord au sud l'AP de la Baisse-de-Scuvion (à d'altitude, sous le mont Roulabre), l'AP de Pierre-Pointue (à ), l'AP de Fascia-Founda (dans la Baisse de Faïche-Fonda, à environ d'altitude), l'AP de la Péna (sur le rocher de la Penna, à ), l'AP de La Colletta (sur le chemin de l'Orméa, à ), l'AP du Collet-du-Pillon (sur le chemin des Granges de Saint-Paul, à , aujourd'hui sous les remblais d'un terrain de sport) et l'AP de Pont-Saint-Louis (barrant la route littorale).
Souterrains
Comme tous les autres ouvrages de la ligne Maginot, celui de Sainte-Agnès est conçu pour résister à un bombardement d'obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrain, creusés au minimum sous douze mètres de roche, tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d'épais cuirassements en acier et des couches de béton armé.
La caserne de temps de guerre (avec ), la salle des filtres à air, les PC, le central téléphonique, les magasins à munitions, les réservoirs d'eau, de gazole (, de quoi tenir trois mois) et de nourriture sont tous en souterrain, reliés entre eux par des galeries équipées d'une voie ferrée étroite de où roulent des wagonnets poussés à bras (les caisses d'obus font de ). L'entrée est de plain-pied, comme l'accès au bloc 2, tandis que pour les blocs 3 et 4 il se fait par des puits avec escaliers et monte-charge.
En cas de coupure de l'alimentation électrique (du alternatif, fourni par le réseau civil) nécessaire à l'éclairage et aux monte-charges, l'usine disposait de trois groupes électrogènes (un seul suffisait en régime normal), composés chacun d'un moteur Diesel 4 SR 19 (quatre cylindres, fournissant une puissance de . à )La SMIM, Société des moteurs pour l'industrie et la marine, est basée à Paris, construisant des moteurs sous licence Körting. Les SMIM 4 SR 19 ont quatre cylindres, chacun avec de cylindrée (alésage de , pour de course). couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur 1 PJ 65, de à )Le nom du petit moteur Diesel CLM 1 PJ 65 correspond au fabricant (la Compagnie lilloise de moteurs, installée à Fives-Lille), au nombre de cylindres (un seul fonctionnant en deux temps, mais avec deux pistons en opposition), au modèle (PJ pour « type Peugeot fabriqué sous licence Junkers ») et à son alésage ( de diamètre, soit de cylindrée). servant à l'éclairage d'urgence de l'usine et au démarrage pneumatique des gros moteurs. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d'eau, fournie par une réserve de , tandis que l'eau destinée à l'équipage est stockée dans trois grandes citernes, chacune de , l'approvisionnement se faisant par une source captée..
Blocs
En surface, les sept blocs sont dispersés à l'est et au sud du village de Sainte-Agnès. Chaque bloc de combat dispose d'une certaine autonomie, avec ses propres magasins à munitions (le M 3 à côté de la chambre de tir et le M 2 en bas du bloc), sa salle de repos, ses , ainsi que son système de ventilation et de filtration de l'air. L'ensemble des blocs est ceinturé par un réseau de fils de fer barbelés, toute la zone est battue par les fusils mitrailleurs (des MAC 24/29 tirant 140 balles à la minute) installés dans les différents créneaux et cloches, se soutenant mutuellement. L'accès à chaque façade est bloqué par un fossé diamant, qui sert aussi à recevoir les débris de béton lors des bombardements. Étant donné que les positions de mise en batterie pour de l'artillerie lourde sont rares en montagne, le niveau de protection est moins important que dans le Nord-Est (les ouvrages construits en Alsace, en Lorraine et dans le Nord). Dans le Sud-Est (les Alpes), les dalles des blocs font d'épaisseur (théoriquement à l'épreuve de deux coups d'obus de ), les murs exposés , les autres murs, les radiers et les planchers un mètre. L'intérieur des dalles et murs exposés est en plus recouvert de de tôle pour protéger le personnel de la formation de (projection de béton à l'intérieur, aussi dangereux qu'un obus).
Le bloc 1 se situe à la sortie sud du village, à d'altitude. C'est l'entrée de l'ouvrage, devant laquelle se termine la route d'accès. Il s'agit d'une entrée mixte, regroupant l'entrée du matériel, qui se fait par un pont-levis ajouré (où peut entrer un petit camion) et l'entrée du personnel, par une porte blindée. La façade est défendue par trois créneaux pour fusil mitrailleur (une MAC 1924/1929, pouvant tirer de à la minute, l'alimentation se faisant par chargeurs droits de ) et une cloche LG (lance-grenades). Une fois passé le pont-levis, le début de la galerie sert de zone de déchargement pour un camion ou un convoi de mulets (en cas de fort enneigement), fermé par une porte blindée du côté du casernement et défendu par deux autres créneaux pour fusil mitrailleur. Les fusils mitrailleurs (FM) de l'ouvrage étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tirent la cartouche de à balle lourde (modèle 1933 D de au lieu de pour la modèle 1929 C).. Ces FM étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de , avec une portée pratique de l'ordre de .. L'alimentation du FM se fait par chargeurs droits de , avec un stock de par cloche GFM, par FM de casemate et pour un FM de porte ou de défense intérieure. La cadence de tir maximale est de par minute, mais elle est normalement de 200 à par minute...
Le bloc 2 est juste à côté du bloc d'entrée, quelques mètres plus au sud. C'est une casemate d'artillerie flanquant vers le sud, concentrant une grande partie de la puissance de feu de l'ouvrage (c'est le bloc le mieux armé de toute la ligne Maginot). Par manque de place, les armes sont étagées sur trois niveaux, avec au niveau du sol quatre créneaux blindés pour deux canons-mortiers de modèle 1931 (chacun capable de tirer 12 à 13 coups par minute à une distance maximale de ) ainsi que deux lance-bombes de (six coups par minute à maximum ), au sous-sol deux créneaux pour mortier de (cadence de 12 à 15 coups par minute à une portée maximale de ), et à l'étage un créneau pour un jumelage de mitrailleuses (450 coups par minute chacune). La protection rapprochée du bloc est confiée à deux créneaux pour fusil mitrailleur, une cloche GFM (pour guetteur et fusil mitrailleur) et une cloche LG. Le bloc comporte aussi une cloche observatoire VDP (« vue directe et périscopique » ; indicatif ), avec en prime un poste optique à l'étage, avec deux créneaux orientés vers les ouvrages du Mont-Agel et de Roquebrune. Les embrasures des canons sont protégées par un cadre en acier serti dans le béton, avec blindage de dix centimètres d'épaisseur, avec au milieu un volet obturateur coulissant en guillotine, le tout surmonté par une visière en béton. Les mitrailleuses étaient des MAC modèle 1931 F, montées en jumelage (JM) pour pouvoir tirer alternativement, permettant le refroidissement des tubes. La portée maximale avec cette balle (Vo = 694 m/s) est théoriquement de (sous un angle de 45°, mais la trémie limite le pointage en élévation à 15° en casemate), la hausse est graduée jusqu'à et la portée utile est plutôt de . Les chargeurs circulaires pour cette mitrailleuse sont de chacun, avec un stock de pour chaque jumelage.. La cadence de tir théorique est de par minute., mais elle est limitée à 450 (tir de barrage, avec trois chargeurs en une minute), 150 (tir de neutralisation et d'interdiction, un chargeur par minute) ou par minute (tir de harcèlement, le tiers d'un chargeur).. Le refroidissement des tubes est accéléré par un pulvérisateur à eau ou par immersion dans un bac.
Le bloc 3 se trouve au nord, sous les ruines du château. C'est une casemate d'artillerie flanquant vers le nord, avec au niveau du sol trois créneau pour deux canons-mortiers de modèle 1931 et un jumelage de mitrailleuses, ainsi qu'en sous-sol deux mortiers de . S'y rajoutent une cloche GFM, une cloche VDP (indicatif ) et un poste optique orienté vers l'ouvrage de Castillon.
Le bloc 4 est en contrebas sur le versant oriental, équipé de deux créneaux pour fusil mitrailleur et d'une cloche VDP (indicatif ).
Les blocs 5 et 6 sont des petits blockhaus non reliés au reste de l'ouvrage, avec une protection moindre, chacun avec seulement un créneau pour fusil mitrailleur. Le bloc 5 est juste en dessous du bloc 2 et tire vers l'est, tandis que le bloc 6 est à l'extrémité nord, tirant vers le sud. Les deux améliorent la couverture du versant..
Les petits ouvrages d'infanterie du Col-de-Garde et du Col-des-Banquettes protègent respectivement les flancs sud et nord de Sainte-Agnès.