La République messine est le nom du gouvernement institué dans la ville de Metz au , lorsqu'elle s'affranchit de la tutelle de son évêque.

Son histoire est celle d’une ville libre d’Empire qui s’affranchit graduellement de la tutelle féodale impériale avant de devenir en 1552 une ville sous protectorat français. Sa position géographique ainsi que son statut particulier en font une ville riche. Son histoire est fortement liée à celles des nombreux villages alentour du pays messin.

Les racines de l'indépendance : la querelle des investitures

La Querelle des investitures (1075-1122) porta un coup fatal au pouvoir épiscopal messin en déclenchant le processus qui devait aboutir à l’indépendance communale.

L’évêque Hériman, appelé aussi Hermann, sera l’un des adversaires de l’empereur qui ouvre cette querelle en s’emparant de Metz avec l’aide du duc de Lorraine et du comte de Metz . L’évêque doit alors quitter la ville, puis y revient ; mais le concile de Mayence le déclare à nouveau déchu, et il doit donc s’exiler auprès de la comtesse Mathilde en Italie, avant de pouvoir, enfin, en 1089, regagner la cité épiscopale et y mourir quelques mois plus tard.

L’évêché était aussi tiraillé entre la papauté de Rome et l’empereur desquels dépendaient sa légitimité et son influence, son gouvernement, contestés jusqu’à cette évidence finale : son rejet par le gouvernement de la cité et son repli sur ses terres « hors des murs ». Car les Messins, qui aspiraient déjà à une certaine indépendance, vis-à-vis de l’évêque et certainement aussi de l’empire, n’entendaient pas lier leur sort à celui des deux évêques successifs nommés par l’empereur. Ils se soulevèrent et, le premier, Walon, pourtant abbé de Saint-Arnould, démissionna. Remplacé par le souabe Brunon de Calw, homme cupide et orgueilleux, ce dernier fut poursuivi jusque dans la cathédrale par les habitants de la ville dont il put, contrairement à ses serviteurs, s’échapper d’extrême justesse alors que ceux-ci furent massacrés au pied de l’autel. L’évêque Poppon succéda donc à Hériman, succession agréée, cette fois, par le pape. Mais, à sa mort, les Messins s’allièrent avec le duc de Lorraine , qui prit le titre de duc de Metz et imposa, au nom de l’empereur, le schismatique , lui-même déposé par le concile de Reims de 1115. Il y eut alors quelques années de vacance épiscopale : certains seigneurs en profitèrent pour récupérer des terres, usurper des domaines appartenant à l’évêché ; les bourgeois messins décidèrent de s’organiser en commune, pour se défendre et, quand l’évêque Théoger, évêque réformiste, se présenta sous les murs, ils lui refusèrent l’entrée dans la ville. L’évêque mourut en 1120, à l’abbaye de Cluny, sans jamais avoir réussi à entrer dans Metz. Son successeur, Étienne de Bar, ne put entrer en possession de son siège qu’à la fin de la querelle des investitures, à la signature du concordat de Worms. Une période troublée s’ensuivit, marquée par la restauration du temporel par cet évêque énergique. Les habitants prirent conscience du rôle important qu’ils avaient à jouer, tant au-dehors qu’au-dedans. Ils avaient déjà démontré leur turbulence vis-à-vis de leurs voisins allant parfois jusqu’à prendre les armes comme à Dieulouard où en 1111, un des leurs ayant été emprisonné, ils s’emparèrent du bourg et le détruisirent. En 1133, l’intervention de saint Bernard fit renoncer à son projet le comte de Salm qui assiégeait la ville.

Vingt ans plus tard, c’est le comte de Bar qui défait les Messins à Pont-à-Mousson, et à nouveau saint Bernard imposa la paix.

Toutes ces querelles opposaient les « citains » de Metz, et non l’évêque, à ces adversaires. Entre-temps, l’évêque avait associé les bourgeois au gouvernement de la cité… Désormais ils figurèrent dans les chartes épiscopales qui traitaient de la ville et du pays messin, comme « témoins ».

Une charte, en date de 1157, indiquait « que les bourgeois avaient dès lors des pouvoirs d’administration sur la ville et les faubourgs ».

La République messine était née.

La République messine Conquête de l’autonomie urbaine

À la mort de l’évêque Étienne de Bar, une nouvelle crise éclate entre l’empire et la papauté, provoquant un nouvel affaiblissement du pouvoir des évêques de Metz qui évitent, à compter de cette date, de se faire consacrer par peur d’être pris pour des « orthodoxes » par l’empereur, pour des « anti-papes » par Rome (et donc d’être excommuniés par Alexandre, le pape en exercice à cette époque). La bourgeoisie en profite pour conforter ses pouvoirs et consolider son autorité, quitte à entrer en conflit avec l’évêque. La multiplicité de ces conflits est assez fréquente pour inciter l’évêque Bertram à inaugurer le début de son épiscopat en instituant de nouvelles règles (), dans une charte appelée Grand Atour. Pierre Mendel. Annuaire de la Société d'Histoire et d'Archéologie de la Lorraine. , Metz, 1934. de Metz dans lequel il reconnaît formellement l’existence du Commun de Metz.

Restaurateur du pouvoir épiscopal, Bertram fut pourtant chassé de son siège par l’Empereur et obligé de se réfugier à Cologne avant de rentrer à Metz à la mort de Frédéric Barberousse. Il fit construire une forteresse à Vic-sur-Seille, laissant « la haute justice » criminelle dans les mains de son « Grand Voué », le comte de Dabo, lequel le délégua à une « assemblée de treize jurés » qui allait devenir la plus haute autorité de l’État et constituer, avec le Maître Échevin, le « Conseil Suprême », dit aussi « Grand Conseil » de la cité messine. À peine institués, ces « treize » entraient en conflit avec l’évêque et le clergé, leur refusant des exemptions de charges financières destinées à la réfection des remparts ; ils soulevèrent une première fois les bourgeois contre eux (1209–1210), mais durent céder, avant de prendre leur revanche en 1215, et l’Empereur lui-même fut obligé d’intervenir pour apaiser un conflit qui reprit onze années plus tard au motif identique de la contribution cléricale à l’entretien des murs. Les intérêts divergents conduisirent de fait à une rupture ; progressivement, l’évêque allait se consacrer à ses terres, les citadins à la ville.

Cela se fit par paliers. Le successeur de Bertram, Conrad de Scharfenberg, également évêque de Spire et chancelier de l’empereur , trop souvent absent, laissa les bourgeois se défendre seuls contre les comtes de Champagne et de Luxembourg qui assiégèrent la cité en 1221.

La mort de Gertrude de Dabo, seule héritière d' et dernière comtesse de Metz, la question de sa succession entraîna la cité dans une guerre appelée « guerre des Amis » (1231–1234). L’évêque doubla ses possessions territoriales en y ajoutant les terres du comté. Une partie de la bourgeoisie messine lui fit la guerre, à lui et à « ceux de Porsaillis » (qui ont pris son parti) : le duc et le comte Henri de Bar. Mais l’argent messin fit son effet et le duc de Bar, acheté par les bourgeois, changea de camp, bientôt imité par le duc de Lorraine. Les bourgeois triomphants purent alors jeter hors des murs ceux de Porsaillis et les corps de métiers qui les soutenaient. Ils les bannirent à vie de la cité après avoir brûlé leurs bannières et les avoir délestés de tous leurs biens et assiégèrent l’évêque réfugié dans sa forteresse de Saint-Germain. Jean d’Apremont, obligé de reconnaître sa défaite, fit la paix et dut reconnaître l’indépendance de la cité.

La ville d'Empire de Metz fut choisie par Charles IV pour la diète de 1356, au cours de laquelle fut achevée la fameuse Bulle d'or, qui fonde les bases juridiques du Saint-Empire.

La société urbaine La classe moyenne

Cette situation avait amené l’émergence d’une classe moyenne, faite « de familles » aux intérêts communs, dont les plus connues avaient un nom en rapport avec leurs activités ou avec le lieu de leur résidence, ou bien encore liés à des caractéristiques physiques, comme les Faucons (éleveurs et vendeurs de ces animaux de chasse), les Malebouche (peut-être les premiers dentistes ?), les Louve (chargés du droit de passage au pont du même nom), les Barbe (aux fonctions de coiffeurs et de barbier), les de la Poterne, les Boucher, les Piedechaux, les Masson, etc.

Les commerçants venus de l’étranger (qu’on appelaient « forains »), sont tenus de faire serment à la « bourgerie » au-delà de cinq années passées intra-muros. Les manants sont les habitants de la ville et le séjour des manants était appelé dans les lois du temps « démourance » ou « ménandie ». Les artisans sont regroupés en corporations, et soumis aux règles de celles-ci.

Les bourgeois

Pour devenir bourgeois, il fallait obtenir « droit de bourgerie ». Un manant devait ainsi, après que sa résidence eut été dûment constatée établir qu’il avait pris femme dans la ville ou qu’il était de la nation de Metz, présenter aux magistrats une demande d’admission, abandonner le vingtième de ses biens pour l’entretien des murs de la cité (si sa requête était admise), prêter, la main tendue sur l’autel, le serment solennel suivant :

Je fais sçavoir et cognissant à tous que, pour le bien et l’honnour dont la cité de Mets est renommée, j’ay délibéré et concluis, en mon plaisir et de mon plain gré et volenté, de demourer et prenre ma résidence en la cité de Mets, et de fait je me y suis venus asseoir ; et m’ont ad ce gracieusement recehu pour leur bourgeois les sieurs Maistre-Eschevin et les Treze Jureis de la dicte Cité, pour et nom d’icelle. Et pour ce ay promis, jure et promet, en bonne foidz et loialment, ma mains touchant sus l’Autel, et sus mon honnour, que je garderais bonnement et loialment la Bourgerie et toutes les ordonnances statuts et coustumes de la dicte Cité et que jamaix contre la dicte Cité ne serais, ne pourchasserais malz, ne dampmaiges, en hault, ne en baix ; et se je sçavoie, neoyie dire mal, ne dapmaige, on prejudice de la dicte Cité, ne des habitans d’icelle, je doie annuncier et annunceroie, au plutost que bonnement polroie, au Treses, ou au Sept de la guerre ; d’icelle et que jamaix contre la dicte Cité, ne les habitants et paiis et signorie appartenant à ycelle, je ne seray, ne ne mefferait, ne me serais au meffaire, en recoy, ne en appert, en queilconquez manière que ce soit, ou puist estre, à nulz jour maix ; tous malengin en yotes ces choses hors mis et exclus.

Un acte de ce serment était alors dressé, et la lettre scellée contenant la promesse de fidélité du nouveau bourgeois était déposée en arche d’Aman, afin que l’on puisse y avoir recours en cas de parjure ou de tout acte de justice susceptible d’être pris à l’encontre du violeur de la loi, qui s’exposait alors à de terribles peines (« éviscération à vif » en place publique, puis de la décapitation, l’écorchement, le démembrement, etc.).

Parfois, le titre de bourgeois était gracieusement offert à des personnages auxquels la ville était redevable de quelques services. Ce fut le cas du seigneur « Ferry de Bitche » en 1398, qui recevait une pension en échange de la promesse de ne rien entreprendre contre la cité messine, mais aussi de l’avertir de tout ce qui la menacerait et qui viendrait à sa connaissance et de pourvoir et fournir en vivres les troupes messines qui stationneraient aux alentours de sa forteresse.

Nobles et roturiers pouvaient donc prétendre à faire partie de la bourgeoisie messine. Mais les roturiers acquéraient par là de véritables titres de noblesse, car ils jouissaient alors de tous les droits attribués à celle-ci. Les bourgeois de Metz pouvaient en effet investir leurs richesses dans l’achat de fiefs et de seigneuries, y juger sans appel, faire grâce, commuer la peine de mort ou toute autre peine encourue dans leurs seigneuries en celle qui leur convenait et, en tant que vassaux, ils ne devaient plus « que la bouche ou les mains », c’est-à-dire qu’ils ne devaient au suzerain aucun paiement pour le rachat du fief.