Le secteur de l'électricité au Canada a joué un rôle significatif dans la vie économique et politique du pays depuis la fin du . Le secteur est organisé sur une base provinciale et territoriale. Dans la majorité des provinces, de grandes entreprises publiques intégrées jouent un rôle déterminant dans la production, le transport et la distribution de l'électricité. L'Ontario et l'Alberta ont créé des marchés de l'électricité au cours de la dernière décennie, afin de stimuler les investissements et la compétition dans ce secteur de l'économie.
Le Canada occupe le troisième rang mondial dans le domaine de la production d'hydroélectricité., qui constituait 60 % de toute l'électricité produite au Canada en 2020 Canada : Electricity 2020, Agence internationale de l’énergie, octobre 2020.. Depuis 1960, d'importants aménagements hydroélectriques, en particulier au Québec, en Colombie-Britannique, au Manitoba et à Terre-Neuve-et-Labrador, ont accru de manière significative la puissance installée. En Ontario, des réacteurs nucléaires CANDU, de conception canadienne, ont fourni plus de la moitié de la demande provinciale en 2007.
Les résidences, bureaux et usines canadiennes sont de grands utilisateurs d'électricité, qu'on appelle souvent hydro au Canada.. En 2019, la consommation annuelle moyenne d'énergie électrique des Canadiens figurait parmi les plus élevées au monde avec une moyenne de par habitant, soit 4,6 fois la moyenne mondiale et 18 % au-dessus de la consommation aux États-Unis.
Historique
Le développement de l'hydroélectricité au début du a eu une profonde influence sur la vie économique et politique au Canada et en est venue à symboliser la transition entre la « vieille » industrialisation du et une « nouvelle » économie canadienne, moderne et diversifiée.
Dans les années 1890, trois entreprises concurrentes en Ontario s'engagent dans une course pour développer la partie canadienne des chutes du Niagara. Après plusieurs années de délais, la construction débute sur deux des sites en 1902 et sur le troisième en 1904. Au même moment, un groupe de municipalités du sud de l'Ontario organise des entreprises de service électrique et s'unit pour obtenir un fournisseur d'hydroélectricité fiable. Malgré quelques hésitations, le premier ministre de l'Ontario, George William Ross, met en place l'Ontario Power Commission en 1903 pour coordonner les initiatives.
Après avoir tenté de négocier des contrats d'approvisionnement avec les entreprises productrices, le gouvernement met sur pied une commission d'enquête dirigée par Adam Beck, qui recommande la création d'un système public de distribution. La province met sur pied la Commission hydroélectrique de l'Ontario et les électeurs approuvent la municipalisation de la distribution électrique l'année suivante. La Commission commence ses livraisons d'électricité aux villes et villages en octobre 1910. Au début de la Première Guerre mondiale, clients sont branchés au réseau électrique ontarien.
À Winnipeg et Vancouver, des entreprises privées se mettent rapidement en place afin de développer l'énergie hydroélectrique dans les grands centres. La est la première entreprise à construire une centrale hydroélectrique en Colombie-Britannique. La compagnie reste sous contrôle privé jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans la capitale manitobaine, le magnat du chemin de fer William Mackenzie construit la première centrale sur la rivière Winnipeg pour alimenter le moulin à farine Ogilvie. Mackenzie doit cependant affronter la concurrence de la ville de Winnipeg, après que les électeurs ont appuyé la construction d'un barrage de 3,25 millions de dollars sur la rivière Winnipeg en 1906.
Propriété publique et électrification rurale
Le développement de l'industrie électrique s'accélère après la fin de la Première Guerre mondiale avec la création de compagnies d'électricité gérées par les provinces en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, dans les années 1920. Les entreprises provinciales priorisent l'électrification rurale et le développement hydroélectrique.
Pour sa part, le gouvernement du Québec tarde à intervenir dans le secteur de l'électricité. Après une période anarchique au début du siècle, l'industrie québécoise se consolide autour d'un duopole de sociétés privées. Dans la métropole, la Montreal Light, Heat and Power (MLH&P) devient l'acteur dominant par le biais de fusions et d'acquisitions; voir aussi .
Dans le reste du Québec, la Shawinigan Water and Power Company (SW&P) attire d'importants utilisateurs industriels — aluminium, carbure, pâtes et papiers — en construisant un complexe hydroélectrique sur la rivière Saint-Maurice. En 1930, la SW&P était devenue la plus importante compagnie d'électricité au Québec et l'une des plus grandes sociétés hydroélectriques au monde.
Des appels en faveur de la nationalisation de l'industrie se font plus insistants à compter de la Grande Dépression, après qu'un scandale politique entoure la construction de la centrale de Beauharnois, sur le fleuve Saint-Laurent en amont de Montréal. Les critiques attaquent le « trust de l'électricité » pour leurs tarifs abusifs et leurs profits excessifs. La campagne, orchestrée par Philippe Hamel et Télesphore-Damien Bouchard mène à la nationalisation de la MLH&P et à la création d'Hydro-Québec par le gouvernement d'Adélard Godbout en 1944. Les autres compagnies d'électricité ont été fusionnées à Hydro-Québec en 1963, après une campagne électorale sur la question de l'électricité, menée par René Lévesque, à l'époque ministre des Richesses naturelles dans le gouvernement libéral de Jean Lesage.
Grands projets hydroélectriques
Énergie nucléaire
L'énergie nucléaire au Canada a une longue histoire. La région du Grand lac de l'Ours a ainsi fourni l'uranium utilisé pour le Projet Manhattan et le premier réacteur nucléaire canadien, le ZEEP a été construit dès 1945. Deux ans plus tard, le Conseil national de recherches Canada commençait l'exploitation d'un réacteur à l'eau lourde, le NRX (National Research Experimental) aux laboratoires nucléaires de Chalk River, au nord d'Ottawa. Il a été suivi en 1957 par le NRU (National Research Universal).
Entretemps, Ontario Hydro, Canadian General Electric et Énergie atomique du Canada Limitée entreprennent la construction d'un réacteur nucléaire expérimental, le NPD (Nuclear Power Demonstration), à Rolphton, situé près de Chalk River. Le réacteur de livre ses premiers kilowatts-heures au réseau électrique ontarien, le 4 juin 1962.
La première centrale nucléaire canadienne, la centrale nucléaire de Douglas Point est mise en service le . D'une puissance de , elle est construite au coût de 91 millions de dollars. Des réacteurs nucléaires CANDU seront ensuite construits sur trois sites en Ontario au cours des 25 années suivantes, à Pickering, dans le comté de Bruce et à Clarington.
Sur les 20 réacteurs nucléaires en service au Canada, seulement deux ont été construits à l'extérieur de l'Ontario : Gentilly-2, près de Trois-Rivières et Point Lepreau, à l'ouest de Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Ces deux réacteurs sont entrés en service en 1983. En , le Gouvernement du Québec annonce la fermeture et le démantèlement du réacteur de Gentilly..
Organisation L'industrie de l'électricité au Canada est organisée sur une base provinciale et territoriale, en vertu de la compétence constitutionnelle des provinces en matière de ressources naturelles. Le processus de libéralisation des marchés des années 1990 a modifié certains paramètres du système, par exemple la séparation fonctionnelle entre les activités de production, de transport et de distribution de l'électricité, afin de favoriser la concurrence sur les marchés ou, dans le cas des provinces exportatrices comme le Québec et la Colombie-Britannique, de répondre aux exigences de l'ordonnance 888 de la Federal Energy Regulatory Commission et des autres règles du marché américain. La plupart des gouvernements provinciaux sont toujours directement impliqués dans le marché de l'électricité en tant qu'exploitants d'une partie plus ou moins importante du réseau électrique.
Dans une majorité de provinces et de territoires, les compagnies d'électricité sont des sociétés de la Couronne intégrées verticalement qui exploitent un monopole légal. C'est grosso modo le cas au Nouveau-Brunswick, au Québec, au Manitoba, en Saskatchewan, en Colombie-Britannique et au Nunavut. Un deuxième modèle met en scène une société de la Couronne qui occupe une place plus ou moins grande dans les secteurs de la production et du transport de l'électricité, alors que l'exploitation du réseau de distribution est laissée aux mains de l'entreprise privée, comme c'est le cas à Terre-Neuve-et-Labrador, au Yukon, aux Territoires du Nord-Ouest, et dans une moindre mesure, à l'Île-du-Prince-Édouard. La Nouvelle-Écosse a confié son monopole légal à Nova Scotia Power, lors de la privatisation de 1992.
Deux provinces — l'Ontario et l'Alberta — ont déréglementé leurs industries de l'électricité à des degrés différents au cours de la dernière décennie. Les deux provinces ont ouvert des marchés de l'électricité, mais il existe des différences significatives entre les deux systèmes. Le marché de l'Ontario est un hybride, avec l'Ontario Power Authority est responsable des contrats d'approvisionnement, de la planification intégrée du système et l'administration de prix réglementés pour la plus grande partie de la production et de la charge. En Alberta, les activités de production sont compétitives alors que le transport et la distribution sont réglementés.
Un certain nombre de municipalités exploitent des réseaux de distribution locaux sur leurs territoires. Certaines entreprises municipales, comme EPCOR à Edmonton, sont d'importants acteurs dans la production d'électricité, sous leur raison sociale ou par leur contrôle de compagnies cotées en bourse.
Le gouvernement fédéral, par le biais de l'Office national de l'énergie, émet des permis d'exploitation pour des lignes de transport d'électricité interprovinciales ou internationales. La Commission canadienne de sûreté nucléaire exerce sa compétence sur l'exploitation des centrales nucléaires. Ottawa et les provinces partagent la réglementation environnementale, par exemple la pollution de l'air ou les émissions de gaz à effet de serre. Par ailleurs, les projets hydroélectriques majeurs déclenchent le processus fédéral d'évaluations environnementales, puisque le gouvernement du Canada a juridiction sur les voies navigables et les pêcheries.
Des entreprises industrielles grandes consommatrices d'électricité — transformation de l'aluminium, pâtes et papier — ont investi de manière substantielle dans des installations de production électrique. À titre d'exemple, Rio Tinto Alcan est propriétaire de sept centrales hydroélectriques au Québec et en Colombie-Britannique pour une puissance installée de près de .
Au cours des dernières années, la déréglementation partielle ou complète des ventes de gros d'électricité a créé un certain nombre de producteurs indépendants, qui construisent et exploitent des centrales électriques et qui vendent leur production à long terme — par le biais d'ententes pouvant durer jusqu'à 35 ans — ou dans les marchés horaires ou du lendemain, lorsque de tels marchés existent.
Production
En 2007, le Canada a produit 617,5 térawatts-heures (TWh) d'électricité, ce qui place le pays au mondial. Environ 822 centrales sont réparties à travers le territoire, de l'Atlantique au Pacifique. Elles ont une puissance installée totale de (MW). Les 100 plus grandes centrales électriques au Canada ont une puissance installée de .