Gontran Boson ou Gontran le Rusé, né vers 545 et mort en 587, est un duc franc au service des rois mérovingiens et .
Proche du pouvoir royal, Gontran Boson est mêlé de près à la guerre civile (568-613) qui oppose les trois parties du royaume des Francs : la partie orientale dirigée par Sigebert puis son fils Childebert, la partie occidentale dirigée par Chilpéric et l'ancien royaume des Burgondes dirigé par le roi Gontran. Il combat dans un premier temps Thibert, le premier fils de Chilpéric, puis devient le compagnon des aventures de Mérovée, le deuxième fils de ce roi. Il introduit ensuite sur le territoire Gondovald, un prétendant au royaume des Francs. Détesté pour cela par le roi Gontran, il finit par être livré à ce dernier lors du rapprochement de ce roi avec son neveu Childebert. Il est alors dépouillé de ses biens et mis à mort.
Les historiens retiennent particulièrement de lui ses capacités militaires et son côté superstitieux. Ils le présentent comme un intrigant versatile particulièrement détesté par la principale source de son histoire, l'évêque Grégoire de Tours.
Contexte
Les sources Gontran Boson (en latin Gunthchramn Boso et en germanique Gounth'khramn Bosso : ) ou Gontran le RuséBoson est peut-être le surnom de Gontran. Le théologien Antoine-François Flobert le traduit en « rusé » ou « méchant ». Le journaliste Roger-Xavier Lantéri le traduit en « redouté ». L'écrivain et biographe Georges Bordonove le traduit en « fourbe ». est essentiellement connu grâce à l’Histoire des Francs de l'évêque Grégoire de Tours (538/539-594) finalisée à l'été 591. L'évêque le mentionne également dans un autre de ses ouvrages, Le Livre des miracles de saint Martin. Gontran apparaît plus marginalement dans une autre source : la deuxième partie de la Chronique burgonde dite « de Frédégaire » (vers 643)Frédégaire est un nom imaginaire forgé à partir des noms des deux premiers éditeurs de la chronique en 1598, Marquard Freher et Joseph Scaliger..
Le royaume des Francs au thumb|droite|upright=1.2|alt=Carte de Gaule de 561.|La Gaule en 561, après le partage du royaume des Francs entre les fils de Clotaire.
Maîtres incontestés de la Gaule depuis la fin du , les Francs sont gouvernés par la dynastie des Mérovingiens. En 511, à la mort du roi Clovis, ses quatre fils survivants, Thierry (ou Théodoric), Clodomir, Childebert et Clotaire (ou Chlothaire) se partagent son royaume. En 558, après la mort de ses frères et de leurs descendants mâles, Clotaire parvient à réunifier le royaume. Cependant, le roi décède quelques années plus tard en 561 et le royaume est partagé par quatre de ses fils : Caribert (ou Charibert), Gontran, Sigebert (ou Sighebert) et Chilpéric (ou Chilpérich). L'ouest est pour le premier, le sud-est pour le deuxième, le nord-est pour le troisième et le nord pour le dernier. Fin 567, Caribert, l'aîné des fils de Clotaire, meurt sans hériter mâle. Ses frères se partagent alors son domaine.
Chilpéric prend pour première reine la franque Audovère dont il a eu trois garçons, Thibert (ou Théodebert), Mérovée (ou Mérowig), Clovis et une fille Basine. Au printemps 566, son frère Sigebert fait un mariage plus prestigieux en obtenant la main de Brunehilde (ou Brunehaut), la fille du roi des Wisigoths d'Espagne. Après avoir délaissé Audovère pour une servante nommée Frédégonde, Chilpéric demande en mariage à l'été 568, la sœur de Brunehilde, Galswinthe. Ce mariage n'est pas heureux et Chilpéric fait égorger Galswinthe par un esclave quelques mois plus tard. Il épouse peu après sa maîtresse, Frédégonde. Brunehilde réclame alors vengeance, ce qui entraine une guerre civile entre les royaumes de Chilpéric et de Sigebert.
Biographie
Les princes Thibert et Mérovée Au printemps 575, Chilpéric I décide d'attaquer pour la deuxième fois le royaume de son frère Sigebert. À la tête d'une armée, il s'empare de Soissons et de Reims. Son fils ainé Thibert, qui commande une seconde force, s'approprie Cahors et Limoges. Tandis que Sigebert se lance contre son frère, il choisit parmi son état-major deux ducs militaires pour s'opposer au prince : Godegisel et Gontran Boson. Les ducs rassemblent une armée et marchent contre le prince. Près d'Angoulême, les deux armées se rencontrent mais la troupe de Thibert se décompose très rapidement. Thibert perd même la vie dans la bataille. Une fois la bataille finie, les deux ducs retournent à Tours, la principale cité sous domination de Sigebert dans la région.
Peu de temps après, à l'automne 575, le roi Sigebert est assassiné alors qu'il assiège Chilpéric dans la ville de Tournai. La reine Brunehilde (ou Brunehaut) est quant à elle capturée à Paris puis exilée à Rouen. Chilpéric ne parvient cependant pas à mettre la main sur son neveu Childebert, cinq ans et demi. Celui-ci est alors proclamé roi par des grands du royaume à Metz pour la Noël 575Brunehilde (ou Brunehaut) n'est pas exilée par Gontran Boson comme l'indique Régine Le Jan dans Les Mérovingiens, 2006, p. 33.. L'un des fidèles de Sigebert, Gogon (ou Gogo) gouverne le pays pour l'enfant avec le titre de « nourricier du roi ».
Au printemps 576, Chilpéric envoie le comte Roccolène du Mans s'emparer des places fortes environnantes dont la ville de Tours. Le duc Godegisel parvient à s'enfuir avant l'arrivée des Manceaux mais Gontran Boson, qui avait fait venir sa famille en ville, n'arrive pas à le faire. Il est contraint de se réfugier dans la basilique de la ville sous la protection de l'évêque Grégoire de Tours. Roccolène veut l'en faire sortir pour qu'il soit jugé pour la mort de Thibert mais Grégoire refuse en vertu du droit d'asile de l'église. Roccolène quitte ensuite la ville pour continuer sa conquête. Il se rend alors à Poitiers mais y décède quelques jours plus tard.
thumb|gauche|alt=Une grande église.|La basilique Saint-Martin de Tours (reconstruite au début du ), lieu de résidence de Gontran Boson en 576.
Chilpéric envoie son fils Mérovée (ou Mérowig) poursuivre la campagne de Roccolène. Arrivé à Tours à la pâques 576, Mérovée quitte son armée pour se rendre à Rouen. Tombé amoureux de la reine Brunehilde, il se rend auprès d'elle et demande à son parrain l'évêque Prétextat de les marier. Le roi Chilpéric est rapidement mis au courant et arrive à Rouen pour séparer les deux amants. Il dépouille ensuite son fils de ses armes puis le fait tonsurer et ordonner prêtre à l'été ou à l'automne 576. La reine est renvoyée auprès de son fils à Metz. Apprenant les mésaventures du prince, Gontran Boson lui envoie le sous-diacre Ricou pour lui dire de venir se réfugier lui aussi dans la basilique Saint-Martin de Tours. Mérovée, trouvant l'idée intéressante, rejoint Tours et la protection de l'évêque Grégoire. Chilpéric mobilise alors une armée et marche vers Tours. Pendant ce temps, Gontran Boson consulte une voyante qui lui prédit pour l'année la mort de Chilpéric, l'accession au trône de Mérovée et pour lui-même un duché puis un évêché. Grégoire se moque de sa croyance en la divination et lui conseille plutôt de diriger ses attentions vers Dieu.
Au début de l'année 577, conscient que son avenir en Touraine est limité, Mérovée décide de rejoindre son épouse à Metz en compagnie de Gontran Boson et de leurs hommes respectifs. Et, pour éviter l'armée paternelle, Mérovée passe par le royaume de son oncle Gontran. À Auxerre, un duc de ce dernier capture le prince mais, celui-ci parvient à s'échapper et rejoint finalement Gontran Boson à Metz. Les autres grands du royaume, craignant une guerre ouverte avec Chilpéric, refusent de le protéger. Brunehilde l'aide cependant à trouver refuge dans une villa en Champagne. Plus tard dans l'année, Mérovée est attiré dans un piège par la reine Frédégonde. Plutôt que d'être capturé, il préfère demander à l’un de ses compagnons de mettre fin à sa vie. Gontran Boson et l'évêque Gilles de Reims sont accusés par certaines personnes d'avoir participé à ce complot avec Frédégonde.
En fin d'année 577, Gontran Boson, accompagné par quelques hommes, revient à Tours pour récupérer ses filles qu'il avait laissées dans la basilique Saint-Martin. Il les met à l'abri à Poitiers, une ville appartenant à Childebert. Malheureusement pour lui, quelques jours plus tard, Chilpéric s’empare de la ville. Gontran a juste le temps de laisser ses filles en sécurité dans la basilique Saint-Hilaire avant de s’enfuir précipitamment. Au début de l'année suivante, Gontran et ses hommes reviennent à Poitiers pour en faire sortir les filles mais sont repérés par le duc Dracolène, le nouveau gouverneur de la ville. Gontran Boson essaye de négocier sans succès. Dracolène sort alors sa lance et son épée mais rate son coup. Boson et ses amis fondent aussitôt sur lui et l'éliminent. Gontran reprend donc ses filles et quitte le Poitou.
Le prétendant Gondovald En 581, Gogon (ou Gogo), le nourricier du roi Childebert, décède. Il est remplacé par Wandelène (ou Wandelin), un proche de l'évêque Gilles de Reims. C'est ce dernier qui gouverne désormais dans l'ombre le royaume de Metz. Très proche du roi Chilpéric (ou Chilpérich), Gilles conclut une alliance entre leurs deux royaumes contre celui de Gontran. Pour conforter sa prise du pouvoir, l'évêque ménage les grands du royaume. Il offre ainsi de hautes responsabilités à Gontran Boson.
Début 582, Gontran Boson est envoyé par Gilles en mission diplomatique à Constantinople au nom des grands du royaume. Il vient chercher dans la capitale de l'Empire romain d'Orient, Gondovald (ou Gondowald), un fils bâtard du roi Clotaire (ou Chlothaire). L'empereur Tibère et les grands de Childebert ont besoin d'un prétendant pour déstabiliser le territoire du roi Gontran. Gontran Boson et Gondovald débarquent à Marseille à l'été 582 avec un riche trésor fourni par l'empereur... La suite du plan est de mettre Gondovald sous la protection de l’ancien patrice Mummol à Avignon. Celui-ci doit ensuite lever une puissante armée et conquérir le royaume de Gontran au nom du prétendant. Cependant, au début de 583, les grands concluent un pacte avec Chilpéric contre Gontran et abandonnent l'option Gondovald. Le prétendant se retire alors dans une île provençale tandis que Gontran Boson et le duc Diname de Marseille se partagent une partie du trésor impérial. Boson quitte ensuite Marseille pour retourner chez lui en AuvergneEn 1998, l'historien Constantin Zuckerman dans son article « Qui a rappelé en Gaule le ballomer Gondovald ? » développe une autre théorie. Il pense que Gondovald est rappelé en Gaule par les grands de Metz pour servir de successeur éventuel à Childebert et de nouvel époux à Brunehilde (ou Brunehaut)..
Au printemps 583, Gontran Boson se rend à Metz pour faire le compte rendu de son ambassade à Constantinople. Une fois cette mission effectuée, il reprend le chemin de l’Auvergne avec sa famille. Alors qu’il traverse le royaume de Gontran, il est arrêté et envoyé devant le roi à Chalon. Le roi lui reproche d’avoir introduit l’usurpateur Gondovald en Gaule. Pour se disculper, Boson accuse Mummol d’être le seul responsable de cette affaire. Il propose même au roi de ramener devant lui le traître. Le roi accepte le marché mais garde un des fils du Boson en otage. Gontran Boson recrute une petite troupe d’Auvergnats et de Vellaves et se rend à Avignon par la route d’Uzès. Boson en entreprend le siège. Mais quand l’affaire arrive aux oreilles des grands de Metz, ils envoient sur-le-champ le duc Gondoulf pour stopper le blocus d'une de leurs villes par un de leurs ducs. Gondoulf force cependant Mummol à suivre Gontran Boson devant le roi de Chalon. Mais, dès son arrivée en Auvergne, l’ancien patrice retourne chez lui.