thumb|right|upright=2.0|Localisation de l'Élam (limites approximatives).

L'histoire de l'Élam, région antique située dans le sud-ouest de l'actuel Iran, couvre environ trois millénaires, d'environ 3000 av. J.-C. à 200 ap. J.-C. Il s'agit donc d'une civilisation historique majeure du Proche-Orient ancien, voisine directe de la Mésopotamie avec qui elle a entretenu durant ces dizaines de siècles des rapports tantôt pacifiques, tantôt violents. L'Élam était peuplé par un groupe dit « élamite », parlant une langue connue par des textes en cunéiforme qui est un isolat linguistique, mais comprenait également dans sa partie occidentale des éléments parlant l'akkadien de Mésopotamie. Durant son histoire, cette région a été dominée par plusieurs royaumes, certains réussissant à établir une hégémonie sur tout l'Élam voire à dominer des régions voisines, tandis que d'autres périodes sont marquées par une fragmentation politique. On ne peut donc pas parler d'un royaume élamite en continu, même s'il y a des transmissions entre les différents royaumes élamites.

La reconstitution de l'histoire élamite pose un problème car il y a peu de sources provenant de régions élamites. De plus, ces dernières ont essentiellement été exhumées sur le site de Suse, qui est l'une des anciennes capitales élamites mais a la particularité de se trouver dans une région en contact direct avec la Mésopotamie et donc très influencée par cette dernière (ainsi la documentation écrite y est surtout en akkadien), tandis que les régions qui semblent être le plus « élamitisées » sont situées plus à l'est vers le pays montagnard d'Anshan (qui correspond en gros à l'actuel Fars), moins bien documenté. Du reste, la majorité de nos sources écrites sur des événements militaires relatifs à l'Élam viennent de royaumes mésopotamiens et ne nous documentent que les conflits entre ces deux régions, ce qui fait qu'on ignore tout des conquêtes que des rois élamites ont pu effectuer vers des régions du plateau iranien. La documentation susienne, constituée de beaucoup d'inscriptions royales commémorant surtout des constructions de bâtiments religieux, ainsi que de tablettes d'actes de la pratique mal datées que quelques périodes isolées, est l'objet de nombreuses discussions, et des incertitudes pèsent sur certaines successions dynastiques. La civilisation élamite émerge vers 2500 avant notre ère, ce qui la classe parmi les plus anciennes civilisations humaines, aux côtés de la Mésopotamie, de l'Égypte antique et de la civilisation de la vallée de l'Indus. Elle inaugure l'histoire de l'Iran.

L'histoire de l'Élam est couramment divisée en trois phases de durées variables, elles-mêmes divisées en plusieurs parties : la période paléo-élamite, d'environ 2500 à 1500 av. J.-C. ; la période médio-élamite, d'environ 1500 à 1100 av. J.-C. ; la période néo-élamite, d'environ 1100 à 539 av. J.-C. Un aperçu de l'histoire élamite serait cependant incomplet si on omettait les antécédents proto-historiques des royaumes élamites connus par l'archéologie, notamment le phénomène dit « proto-élamite », ainsi que les continuités possibles de l'entité politique élamite dans la seconde moitié du millénaire av. J.-C.

Comme souvent pour les civilisations de la Haute Antiquité, la chronologie est mal établie. Avant le , les dates ne sont pas assurées, notamment pour les dates précédant 1500 av. J.-C. Pour les dates antérieures à ce moment, on suit ici la chronologie dite « moyenne », la plus couramment rencontrée, en sachant que l'alternative est la chronologie « basse » qui abaisse les dates d'environ soixante ans à un siècle.

Les antécédents

Bien que le terme « Élam » n'apparaisse dans notre documentation écrite qu'à partir du millénaire av. J.-C., les découvertes archéologiques effectuées sur différents sites du sud-ouest iranien pour la fin de la période protohistorique (du début du millénaire au début du millénaire) ont montré que l'on peut dater de cette époque l'apparition des premiers États dans la région. L'influence de la Mésopotamie voisine joue un rôle dans ces évolutions, mais il reste à en déterminer la nature et l'intensité exactes, qui varient selon les siècles. En l'état actuel des choses il reste impossible de dire si ces premières expériences étatiques ont impliqué des Élamites, et ce même si on parle d'une phase « proto-élamite ». Beaucoup de chercheurs ont néanmoins été tentés de mettre en avant les ressemblances entre cette période et celle de l'Élam historique.

Les origines de l'État dans le sud-ouest iranien

Le millénaire est une période marquée par de grands changements sociaux perceptibles dans plusieurs régions du sud-ouest iranien, avant tout la Susiane. On remarque un processus de complexification de la société parallèle à celui que l'on observe en Basse Mésopotamie durant les mêmes siècles, qui constituent la période d'Uruk, mais en moins spectaculaire. La première période d'occupation de Suse, dite « Suse I » (c. 4000-3700), est marquée par l'apparition d'une architecture monumentale avec une « haute terrasse » située sur l'acropole de ce site, col. 403-409. Certaines des empreintes de sceaux de cette période représentent un personnage que P. Amiet a qualifié de « proto-royal »P. Amiet, « Glyptique susienne archaïque », dans Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale 51, 1957, p. 127.

La période suivante, « Suse II » (c. 3700-3300), col. 409-413, voit la Susiane s'ouvrir à l'influence de la Basse Mésopotamie « urukéenne », qui se repère dans l'adoption du sceau-cylindre et de systèmes de comptabilité (bulles à jetons) puis finalement des premiers exemples de tablettes portant des signes de l'écriture originaire de Basse Mésopotamie, qui sont de nature comptableA. Le Brun et F. Vallat, « Les débuts de l’écriture à Suse », dans Cahiers de la DAFI 8, 1978, p. 11-59. On est donc en présence d'une société disposant de structures économiques et politiques plus complexes, nécessitant des outils administratifs plus élaborés. De tels phénomène s'observent sur l'autre site majeur de la région, Chogha Mish. Sur la période, l'habitat de la Susiane devient plus dense G. Johnson et H. Wright, « Regional Perspectives on Southwest Iranian State development », dans Paléorient 11/2, 1985, p. 25-30, la statuaire et la métallurgie du cuivre se développent. La glyptique de cette période est notamment marquée par la figure que P. Amiet appelle « roi-prêtre », qui représenterait un personnage royal. On peut considérer qu'à cette période la Susiane est dominée par un État. Reste à savoir quelle est la nature de l'influence mésopotamienne : une émulation culturelle progressive, ou bien une domination politique directe comme on en connaît pour le millénaire suivant, col. 412-413.?

Plus loin à l'est dans les régions montagnardes du Fars, les évolutions sont bien moins marquées et l'influence mésopotamienne est très limitée voire absente, même si on repère des changements à Tell-i Bakun où on a retrouvé les traces d'une métallurgie du cuivre et des impressions de sceaux attestant de la présence d'un embryon d'administration locale.

La période proto-élamite

Le déclin de la civilisation d'Uruk dans le Moyen-Orient des derniers siècles du millénaire est caractérisé par l'émergence de plusieurs cultures régionales qui se construisent en partie à partir de ses héritages. Dans le sud-ouest iranien, c'est la culture dite « proto-élamite », à cause du nom donné par J.-V. Scheil à l'écriture de cette période. Ce choix est motivé par le fait que cette période est couramment vue comme présentant déjà de nombreux traits qui caractérisent l'Élam historique. Mais dans les faits, la documentation disponible ne permet par de déterminer si on peut déjà parler d'un Élam ou d'Élamites. L'écriture proto-élamite, qui se construit sur l'héritage du système d'écriture de la période urukéenne mais avec des signes différents, n'a en effet été que très partiellement déchiffrée R. K. Englund, « iii. Proto-elamite », dans Encyclopædia Iranica Online, 1998 (accessible sur http://www.iranicaonline.org/). Elle est attestée uniquement par des tablettes comptables et administratives, et on ne sait rien de la langue de ceux qui l'utilisaient.

La période proto-élamite, datée approximativement de 3100 à 2900, est attestée par l'archéologie sur plusieurs sites iraniens, à commencer par les niveaux 16 à 10 de Suse (Période Suse III), col. 413-417, Banesh moyen à Tell-e Malyan (Anshan), IV à Tepe Sialk et IV C à Tepe Yahya E. Carter, « ii. The archaeology of Elam », dans Encyclopædia Iranica Online, 1998 (accessible sur http://www.iranicaonline.org/). Ils présentent un contexte archéologique très proche, qui montre qu'ils formaient à cette période un ensemble culturel relativement homogène. Un autre phénomène notable de cette période est l'expansion de certains marqueurs de la culture proto-élamite en direction du Plateau iranien, en premier lieu des tablettes portant l'écriture proto-élamite que l'on retrouve jusqu'à Shahr-i Sokhteh dans le Seistan. Cela pourrait refléter une expansion commerciale de marchands proto-élamites. Cette culture est en effet généralement considérée comme provenant du pays montagneux d'Anshan, du fait de la croissance du site de Tell-e Malyan à cette période et car la culture matérielle dominante à cette période semble être originaire de cette régionPar exemple : J. R. Alden, « Trade and politics in Proto-Elamite Iran », dans Current Anthropology 23, 1982, p. 613–640 ; P. Amiet, « Sur l'histoire Elamite », dans Iranica Antiqua 27, 1992, p. 81. Les régions voisines, notamment la plaine de Suse où les prospections ont mis en évidence un déclin de l'habitat, tomberaient alors sous l'influence ou même la domination des montagnards d'Anshan. Mais cette idée a pu être contestée par D. Potts selon qui Suse reste une cité puissante et prospère à cette période, et est le lieu où l'écriture proto-élamite a été mise au point.

Les rois d'Awan et leurs voisins

La documentation écrite en provenance de Basse Mésopotamie nous donne des informations sur la situation politique du sud-ouest iranien à partir du milieu du millénaire, et nous rapporte quelques conflits entre des royaumes mésopotamiens et iraniens. Cela marque le début de la période dite « paléo-élamite » (c. 2500-1500). C'est alors qu'apparaissent alors la dénomination géographique Élam, et des entités politiques mieux déterminées, comme les royaumes d'Awan et de Marhashi, qui sont les principaux royaumes du sud-ouest iranien à cette période. Awan est d'une importance particulière, puisqu'il est considéré aux époques suivantes comme un royaume élamite. Cela se voit dans une tablette retrouvée à Suse contenant sur une face une liste de douze rois formant la dynastie d'Awan, et sur l'autre côté douze rois de la dynastie de Simashki qui lui succèdeDescription sur le site du musée du Louvre.. Cette tablette, sans doute rédigée au début du millénaire sous la dynastie des SUKKAL.MAH (qui succède à son tour à celle de Simashki), cherche à établir la légitimité des souverains d'alors en les plaçant dans la succession de ces prédécesseurs que l'on peut donc considérer comme les deux dynasties fondatrices de la puissance élamite. Les rois d'Awan de la liste royale étant pour la plupart inconnus par ailleurs, et la fiabilité historique de ce texte étant peu assurée, il faut se reporter aux sources mésopotamiennes pour établir une trame de l'évolution politique de l'Élam au millénaire.

L'Élam et Awan dans la documentation mésopotamienne archaïque