Une progression d'accords ou progression harmonique est une série d'accords musicaux (en anglais chord progression ou chord changes) qui vise à établir (ou contredire) une tonalité fondée sur une tonique et son accordArnold Schoenberg, Structural Functions of Harmony, Faber & Faber, 1983, .. Les accords et la théorie des accords sont connus sous le nom d'harmonie.
Notions élémentaires
Un accord peut être construit à partir de n'importe quelle note d'une gamme. Donc une gamme de sept notes permet sept accords de base, chaque degré de la gamme devenant la fondamentale de son propre accordGeorge Whitefield Chadwick, Harmony: A Course of Study, 72nd Ed. B.F.Wood Music Co., 1922, Introduction p. xv. Un accord fondé sur la note la (ou A) est un accord de la : cependant, étant donné que toute progression peut être jouée dans n'importe quel ton, les fondements de l'harmonie sont mieux compris en numérotant les accords selon le degré de la gamme sur laquelle ils sont construits, de façon ascendante, à partir de la tonique. Le sens structurel d'une harmonie dépend exclusivement du degré de la gamme. (voir aussi Échelle diatonique)
Toutes les gammes majeures donnent trois triades majeures qui, ensemble, comprennent toutes les notes de la gamme. Elles sont basées sur le premier, le quatrième et le cinquième degré de la gamme (la tonique, la sous-dominante et la dominante) et peuvent donc harmoniser toutes les notes de la gammeGeorge Whitefield Chadwick,l'harmonie: un programme d'études, éd. BFWood Music Co., 1922, .
La même gamme offre également trois accords mineurs relatifs, chacun étant relatif à un des accords majeurs. Ces accords mineurs se fondent sur le deuxième, troisième et sixième degré de la gamme majeure et se présentent dans la même relation de l'un à l'autre que les trois accords majeurs, de sorte qu'ils peuvent être considérés comme le premier, quatrième et cinquième degrés de la tonalité mineure relative (e.g. la mineur pour do majeur). À part ces six accords communs, le septième accord de la gamme donnera un accord diminuéC.H. Kitson, Elementary Harmony, Part One, O.U.P., 1920, Chapters 3-4..
En outre, des notes supplémentaires peuvent être ajoutées à ces accords de trois notes (ou triades), notamment par l'ajout d'une septième pour former un accord de quatre notes, et/ou d'une neuvième, voire treizième (cf. accord de cinq notes). Tant que ces notes sont sélectionnées dans la gamme originale, l'harmonie reste diatonique. Si de nouveaux intervalles chromatiques sont introduits, alors un changement de tonique (ou modulation) se produit, ce qui peut donner l'impression que le centre tonal se déplace. Si cet écart est temporaire, il peut conduire à un retour à la tonalité d'origine, de sorte que toute la séquence d'accords aboutit à une forme musicale plus étendue (qu'une progression sans modulation).
Bien qu'il soit possible d'imaginer un nombre indéfini de progressions d'accords, en pratique (surtout dans le contexte des musiques dites "légères") les progressions sont souvent limitées à quelques mesures, et certaines progressions caractéristiques apparaissent de façon particulièrement récurrente, selon des phénomènes de mode, ou d'identité/tradition musicale (folklorique notamment). Une progression d'accords peut même caractériser une forme musicale tout entière (cf. notamment les fameux « trois accords » du blues, c'est-à-dire I/IV/V).
Dans la notation classique occidentale, les accords construits sur la gamme sont numérotés en chiffres romains. Un accord de ré (ou D) sera numéroté I dans le ton de ré, par exemple, mais IV en la (ou A). Les accords mineurs se sont signifiés par les chiffres romains en minuscules, de sorte que ré mineur, dans le ton de do (ou C) serait écrit ii.
D'autres formes de notation d'accord ont été conçues, de la basse chiffrée en passant par la tablature et les diagramme d'accords. Ces procédés permettent généralement, voire exigent un certain degré d' improvisation.
Dans le jazz par exemple, la notation des progressions harmoniques se fait le plus souvent au moyen d'une "grille harmonique", et il fait généralement référence aux degrés d'une tonalité sous la forme de chiffres romains toujours en majuscule, e.g. III/VI/II/V/I pour faire référence à un "turnaround" (ou cadence) qu'on retrouve dans de nombreux standards, comme « Les feuilles mortes » (ou « Autumn leaves »), « All the things you are », « All of me », etc.
Progression simple Les gammes diatoniques, comme les gammes majeures et mineures se prêtent particulièrement bien à la construction des accords communs, car ils contiennent un grand nombre de quintes justes (trois tons et un demi-ton diatonique)École de musique Vincent-d'Indy, Théorie de la musique, éd., 1982, .. Ces gammes dominent dans les périodes où l'harmonie est une partie essentielle de la musique, comme durant la période baroque, classique et romantique de la musique classique occidentale. D'autre part, les musiques arabe et indienne, même si elles utilisent des gammes diatoniques, ont également un certain nombre de gammes non-diatoniques disponibles parce que la musique n'a pas de modulation: elle demeure toujours autour du même centre tonal, comme le fait une certaine quantité de hard rock, hip-hop, funk, disco, jazzMusique indienne sur Larousse.fr <http://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/indienne/168415> Page consultée le 2010-09-09..
L'alternance de deux accords peut être considérée comme la progression la plus élémentaire et de nombreux morceaux très connus sont construits harmonieusement sur la simple répétition de deux accords de la même gamme. Par exemple, la première Gymnopédie pour piano d'Erik Satie et la pièce Heroin de Velvet Underground sont toutes deux construites sur une répétition I - IV, tandis que Shout des Isley Brothers et Buffalo Soldier de Bob Marley et King Sporty utilisent tous les deux I - vi. Beaucoup de ragtime et les mélodies plus simples de la musique classique (par exemple, Trumpet Voluntary) sont construits, principalement ou entièrement, sur les accords I et V.
Progressions de trois accords
Les airs à trois accords, cependant, sont plus fréquents, car une mélodie peut alors insister sur n'importe quelle note de la gamme. Souvent, les accords peuvent être sélectionnés pour s'adapter à une mélodie préconçue, mais il arrive souvent que ce soit la progression elle-même qui donne lieu à la mélodie.
La progression en cercle à trois accords I - IV - V est une sorte de progression particulièrement populaire (voir ci-dessous). Elle peut être placée dans une phrase de quatre mesures de plusieurs façons qui ont été mises à profit sans fin. OttmanOttman, R. W. (1997) Elementary Harmony: Theory and Practice. Prentice Hall. . en donne des exemples : I - IV - V - V (à la base de nombreuses chansons mexicaines comme La Bamba, cette progression est également utilisée dans Like a Rolling Stone de Bob Dylan, et dans Twist and Shout des Isley Brothers et encore dans Lucy in the Sky with Diamonds des Beatles). I - I - IV - V. (My Boy Lollipop de Millie Small (habituellement attribuée à Robert Spencer, Morris Levy, et Johnny Roberts), Heartbeat (écrit par Bob Montgomery et Norman Petty pour Buddy Holly), le refrain de Get Off of My Cloud des Rolling Stones, Diamonds on the Soles of Her Shoes de Paul Simon, Madame George de Van Morrison...). I - IV - I - V. (commun dans la musique élisabéthaine (Scholes, 1977), cette progression sous-tend également la chanson de collège américain Goodnight Ladies et "Mbube" de Solomon Linda / Wimoweh / The Lion Sleeps Tonight parmi beaucoup d'autres.) I - IV - V - IV. (Chip Taylor / The Troggs Wild Thing, etc.).
Ce modèle harmonique de base apparaît dans de nombreuses autres chansons pop — la production de Phil Spector pourrait également être citée à ce sujet. Des progressions semblables abondent dans la musique populaire africaine. Elles peuvent être modifiées par l'ajout de septièmes (ou d'autres degrés de la gamme) à tout accord ou par la substitution de l'accord relatif mineur de l'accord IV pour donner, par exemple, I - ii - V. Cette dernière se fait entendre, par exemple, dans Good Vibrations des Beach Boys (Got to keep those...). Cette séquence, qui utilise les accords basés sur le second degré de la gamme, est également utilisée en cadence dans une progression d'accords communs de l'harmonie jazz, le turn around en anglais, que l'on appelle ii - V - I, sur lesquels sont fondés les progressions d'accords les plus décorés de John Coltrane.
Ces progressions harmoniques sont à la base de l'ensemble d'une grande partie de la musique populaire africaine et américaine, et elles se produisent par section, en de nombreux morceaux de musique classique (comme les premières mesures de la Symphonie Pastorale de Ludwig van Beethoven). Chacune de ces progressions peut être transposée dans n'importe quel ton de telle sorte que, par exemple, la progression I - IV - V dans la tonalité de la (ou A) sera jouée A - D - E, tandis que dans la tonalité de do (ou C), les accords seront C - F - G.
De simples séquences telles que celles présentées ci-dessus ne représentent pas toute la structure harmonique d'un morceau; elles peuvent être facilement étendues pour ajouter une plus grande variété. Souvent une phrase d'ouverture de type I - IV - V - V, qui s'achève sur une dominante non résolue, peut recevoir une « réponse » consistant en une version similaire qui se résout dans l'accord de base ou la tonique, doublant la longueur de la structure de base:
I - IV - V - V I - IV - V - I
En outre, un tel passage peut être alterné avec une progression différente pour donner une forme binaire ou ternaire simple, telle que la forme populaire de trente-deux mesures.
Progressions blues
Le blues à douze mesures et ses nombreuses variantes qui utilisent une forme allongée des trois accords I - IV - V ont engendré d'innombrables albums à succès, y compris la production la plus importante du rock 'n' roll comprenant la discographie de Chuck Berry et Little Richard.
Dans sa forme la plus élémentaire, (il existe de nombreuses variantes) les accords progressent comme suit:
I - I - I - I IV - IV - I - I V - IV - I - I
Les progressions harmoniques blues de base peuvent aussi se limiter à une seule section d'une forme musicale plus élaborée, comme souvent avec les Beatles dans des chansons comme You Can't Do That, I Feel Fine et She's a Woman. Elles ont également été soumises à une élaboration densément chromatique, comme dans le travail de Charlie Parker.
Steedman (1984) a proposé qu'un ensemble de règles de réécriture récursive génèrent toutes les altérations bien formées du jazz, ainsi que des accords du blues de base et de ses variations mineures.
Parmi ces règles importantes, citons:
le remplacement d'un accord par sa dominante relative (ou son ajout), sa sous-dominante ou par la substitution du triton; l'utilisation des accords chromatiques passants (passing tone); l'utilisation extensive des turnaround II-V-I; l'altération des accords tels que les accords mineurs, septièmes diminuésSteedman M.J., "A Generative Grammar for Jazz Chord Sequences", Music Perception 2 (1) (1984) 52-77..
Progressions des années 1950
Une autre façon de prolonger la séquence I - IV - V commune est d'ajouter l'accord du de la gamme, ce qui donne une séquence I - vi - IV - V ou I - vi - ii - V, parfois appelé « anatole ».