Annie Ernaux, née Duchesne le à Lillebonne (Seine-Inférieure), est une professeure de lettres et écrivaine française, lauréate du prix Nobel de littérature, qui lui est décerné en 2022 pour .
Née dans un milieu modeste, elle passe son enfance et son adolescence à Yvetot, en Haute-Normandie, avant de faire ses études à l’université de Rouen, puis à celle de Bordeaux. Elle devient successivement professeure certifiée, puis agrégée de lettres modernes en 1971. Elle enseigne jusqu'à la retraite, qu'elle prend en 2000, afin de préserver son activité d'écriture des impératifs économiques..
Annie Ernaux fait son entrée en littérature en 1974 avec Les Armoires vides, un roman autobiographique. Elle obtient en 1984 le prix Renaudot pour La Place, également autobiographique.
Son œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique, entretient des liens étroits avec la sociologie ; elle est traduite dans une cinquantaine de languesIn « Annie Ernaux, traduite en créole », libération.fr, le 17 avril 2023..
Prenant des engagements sociaux et politiques à gauche, elle soutient régulièrement Jean-Luc Mélenchon.
Biographie Enfance, études et vie familiale Annie Thérèse Blanche Duchesne« Mon nom de jeune fille, Duchesne » (L'Autre Fille, Paris, NiL, 2011, ). naît le . à Lillebonne (Seine-Inférieure) de parents cauchois dans un milieu social modeste. Son père, Alphonse Léon Duchesne (1899-1967), est né à Autretot, et sa mère, Blanche Madeleine Dumenil (1906-1986)., à Yvetot ; ils sont ouvriers, puis exploitants, avant de devenir propriétaires d'un café-épicerie à Yvetot. Leurs généalogies respectives remontent au avec des familles de paysans, cultivateurs et tisserands issues de Hautot-Saint-Sulpice, Étoutteville, Ouville-l'Abbaye, villages tous situés à moins de au nord d'Yvetot.
En 1950, en écoutant une conversation de sa mère, elle apprend l'existence d'une sœur aînée, Ginette (1932-1938), morte de diphtérie.
Elle passe son enfance et son adolescence à Yvetot, où ses parents l'inscrivent dans un établissement d'enseignement privé catholique pour jeunes filles., puis au lycée Jeanne-d'Arc à Rouen., et obtient le baccalauréat en 1959 à Caen. Elle poursuit ses études à l’université de Rouen et à celle de Bordeaux à partir de 1964. Elle obtient successivement le CAPES de lettres modernes en 1966, puis l'agrégation en 1971.. Elle travaille un temps à un projet de thèse, inabouti, sur Marivaux..
Au début des années 1970, elle enseigne au lycée de Bonneville lire en ligne (version du 4 mai 2015 sur l’Archive.today) (consulté le )., au collège Évire à Annecy-le-Vieux puis en 1977 à Pontoise avant d'intégrer le Centre national d'enseignement à distance (CNED)..
En 1964, elle épouse Philippe Ernaux, étudiant à Sciences Po qui deviendra haut fonctionnaire territorial... Ils ont deux fils : Éric (né en 1964) et David (né en 1968.). Le couple divorce en 1981 après de vie commune...
De 1994 à 1997, elle a une relation amoureuse avec Philippe Vilain, alors étudiant à Rouen, de son cadet.. Il a pour elle une ferveur dont, dit-elle, elle
Entre et , atteinte d'un cancer du sein, elle partage la vie du photographe Marc Marie...
Avec son fils David Ernaux-Briot, elle présente le film Les Années Super 8 (en compétition pour la Caméra d'or) à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2022, le film sort en salles le ..
Elle réside à Cergy (Val-d'Oise) depuis 1975..
Carrière littéraire Annie Ernaux publie son premier roman, à caractère autobiographique, Les Armoires vides aux éditions Gallimard en 1974. Puis, chez le même éditeur, Ce qu'ils disent ou rien en 1977, La Femme gelée en 1981 et La Place en 1983, autre de ses ouvrages à caractère autobiographique qui obtient le prix Renaudot en 1984.
Suivent une dizaine d'ouvrages publiés, dont Une femme en 1988, Passion simple en 1992, La Honte en 1997, L'Événement (2000) et L'Occupation en 2002.
Les Années, vaste fresque qui court de l'après-guerre à nos jours, publiée en 2008, est récompensé en 2008 et 2009 par plusieurs prix. Cette même année 2008, elle reçoit le prix de la langue française pour l'ensemble de son œuvre (consulté le ).. vignette|Annie Ernaux en 2011 En 2011, Annie Ernaux publie L'Autre Fille, une lettre adressée à sa sœur Ginette, décédée en 1938Bernard Desportes, « Annie Ernaux et l'autre fille », Le Nouvel Observateur, 3 mars 2011., ainsi que L'Atelier noir, qui rassemble différents carnets d'écriture constitués de notes, de plans et de réflexions liés à la rédaction de ses ouvrages. La même année, une anthologie intitulée Écrire la vie paraît dans la collection « Quarto ». Elle rassemble la plupart de ses écrits autobiographiques et propose un cahier d'une centaine de pages, composé de photos et d'extraits de son journal intime inédit.
En , elle publie à nouveau un récit autobiographique, Mémoire de fille, dans lequel, près de soixante ans plus tard, elle se penche sur l'année de ses , l'été 1958., lorsqu'elle a ses premières relations sexuelles et sa première expérience de la vie en collectivité pendant une colonie de vacances dans l'Orne — expérience qui restera pour elle, comme elle l'écrit dans l'ouvrage, . Dans ce livre, elle évoque aussi son séjour à Finchley, dans la banlieue de Londres, comme fille au pair en 1960, avant qu’elle ne décide d’étudier les lettres à l'université de Rouen, abandonnant la formation entamée pour devenir institutrice..
Son œuvre aborde fréquemment des thèmes du féminisme et de l'engagement politique.
En 2017, elle reçoit le prix Marguerite-Yourcenar, décerné par la Société civile des auteurs multimédia, pour l'ensemble de son œuvre.
Ses livres sont de plus en plus traduits et diffusés en langue anglaise, notamment Les Années et L'Événement.. Ce dernier est aussi adapté au cinéma en long métrage, en 2021, par Audrey Diwan..
Le , l'Académie suédoise annonce que le prix Nobel de littérature est décerné à Annie Ernaux . Elle est la femme à se voir décerner ce prix prestigieux... Ce choix suscite les éloges de la presse internationale qui salue les combats politiques et sociétaux de l’écrivaine normande, et souligne l’originalité de son écriture.. Le journal régional Paris-Normandie parle d', ..
Dans son discours à l'Académie suédoise, elle indique avoir placé dès 1974 son œuvre littéraire, pour l'essentiel autobiographique et entretenant des liens étroits avec la sociologie, dans une aire sociale et féministe, constatant que son but affiché de .Annie Ernaux : « J’écrirai pour venger ma race », le discours de la Prix Nobel de littérature, le 7 décembre 2022.
Impliquée dans les luttes sociales et politiques, engagée politiquement à gauche, la féministe Annie Ernaux ne confond pas , comme le faisaient les écrivains et intellectuels français des années 1950. La littérature est le lieu d’émancipation où elle inscrit sa voix de femme et de transfuge social.
Analyse de l'œuvre Thèmes L'œuvre d'Annie Ernaux est tirée de son expérience personnelle, qu'elle relate tout d'abord, dans ses trois premiers romans, sous l'angle du récit, certes autobiographique, mais néanmoins modifié par rapport au vécu réel. À partir de 1982, Annie Ernaux rejette totalement la forme romanesque pour se concentrer sur le matériau autobiographique que constitue son enfance dans le café-épicerie parental d’Yvetot, en Normandie. Mêlant expérience historique et expérience individuelle, ses ouvrages dissèquent l’ascension sociale de ses parents (La Place, La Honte), son mariage (La Femme gelée), sa sexualité et ses relations amoureuses (Passion simple, Se perdre, L'Occupation, Le Jeune Homme), son environnement (Journal du dehors, La Vie extérieure), son avortement (L'Événement), la maladie d'Alzheimer de sa mère (« Je ne suis pas sortie de ma nuit »)Ce titre est entre guillemets, car comme le mentionne Annie Ernaux dans cet ouvrage : Éditions Gallimard, collection Folio, 1999, ., la mort de sa mère (Une femme) ou encore son cancer du sein (L'Usage de la photo, en collaboration avec le photographe Marc Marie).
Style Annie Ernaux revendique une écriture neutre, , et évoque un style , cherchant ainsi à . La parution de La Place en 1983 constitue un tournant dans son écriture, puisqu'elle adopte alors un style plus froid, factuel et minimaliste, qu'elle qualifie d'« écriture plate » et que certains ont rapproché de l'« écriture blanche » de Roland Barthes, parallèle qu'elle réfute.
Pour Annie Ernaux, il n'existe , et l'écriture est motivée par un L'Écriture comme un couteau, entretiens avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003, ..
Elle déclare par ailleurs tenter d'écrire sur la langue du monde ouvrier et paysan normand qui a été le sien jusqu'à ses dix-huit ans : Annie Ernaux, La Honte (1997), Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2008, ..
La dernière phrase de Les Années propose une synthèse de son œuvre, de ses ambitions, mais surtout de son style : , sauver .
Influence de la sociologie L'œuvre d'Annie Ernaux est très fortement marquée par une démarche sociologiqueChristian Baudelot, « Briser des solitudes… Les dimensions psychologiques, morales et corporelles des rapports de classe chez Pierre Bourdieu et Annie Ernaux », Annie Ernaux : une œuvre de l'entre-deux, études réunies par Fabrice Thumerel, Arras, Artois Presse Université, 2004, . qui tente de Annie Ernaux, Les Années, Paris, Gallimard, 2008, .. En tentant d'échapper au , l'œuvre d'Ernaux esquisse une redéfinition de l'autobiographie, selon laquelle Annie Ernaux, L'Écriture comme un couteau, op. cit. ..
Dès lors, Annie Ernaux adopte une démarche objectivante empruntée au sociologue, et se considère avant tout comme la somme d'un vécu nourri de références et de caractéristiques collectives :
Selon elle, cette démarche sociologisante permet d'élargir le « je » autobiographique traditionnel : Annie Ernaux, « Vers un Je transpersonnel », RITM, université Paris X, , 1994..
En 2003, elle crée le terme d'« autosociobiographie » (ou « auto-socio-biographie ») pour désigner le genre littéraire de son œuvre.
Ainsi, ses ouvrages traitent du « métissage social », de sa trajectoire (fille de petits commerçants devenue étudiante, professeure puis écrivaine) et des mécanismes sociologiques qui l'accompagnent.
À la mort du sociologue Pierre Bourdieu en 2002, Annie Ernaux signe un texte-hommage publié dans Le Monde., dans lequel elle revient sur les liens ténus qui unissent son œuvre à la démarche sociologique, les textes de Bourdieu ayant été pour elle « synonymes de libération et de « raisons d'agir » dans le monde ». En 2013, elle participe à l'ouvrage collectif Pierre Bourdieu. L'insoumission en héritage, dans lequel elle écrit l'article « La Distinction, œuvre totale et révolutionnaire »Ernaux, 2010: La preuve par corps. Dans Jean-Pierre Martin (dir.), Bourdieu et la littérature. Éd. Cécile Defaut, . Et: "La Distinction", œuvre totale et révolutionnaire. Dans Édouard Louis, dir.: Pierre Bourdieu. L’insoumission en héritage. Paris, PUF 2013, [Le texte correspond à une conférence prononcée à l’Institut de Tokyo en mai 2004]. Cf. Annie Ernaux : stratégies discursives pour une écriture politique du dévoilement, série: Les Discours politiques. Regards croisés. Par ..
Engagements politiques et prises de position Politique