Les institutions de l'Empire byzantin sont les différentes institutions par lesquelles fut gouverné cet empire durant son existence, qu'elles soient centrales ou provinciales. Certaines d'entre elles durèrent aussi longtemps que l'empire, d'autres connurent des fortunes diverses.

L’Empire byzantin ne peut en rien se comparer aux autres États médiévaux, sur le plan institutionnel. Au cours de ses mille ans d’existence, il n’a pas connu de grignotage de ses prérogatives ou de système analogue à la féodalité, qui assurait le maintien de l’État par des fidélités personnelles. Au contraire, il a su maintenir, avec d’importantes évolutions, l’idée d’une structure étatique idéologiquement forte, fondée en grande partie sur le charisme de l’empereur puis de la dynastie impériale. Ces évolutions sont la double conséquence de la vocation de ces institutions et du contexte international : Byzance est un empire qui connaît en permanence la guerre sur deux voire trois fronts, tout l’appareil d’État a donc pour principale mission d’assurer le train et la fidélité des armées.

Les institutions pérennes

Bien que l’empire, en mille ans d’existence, ait connu bien des changements et des réorganisations, on peut identifier plusieurs institutions qui se sont maintenues en permanence.

L’empereur

L'empereur ou basileus est le centre de l’empire, la loi incarnée. Il doit défendre les lois de l’empire et celles de Dieu. C’est en théorie de lui qu’émane toute décision. Dans cette mission, il est assisté par une chancellerie importante, qui le conseille et exécute ses décisions. Il pourvoit à tous les postes, aussi bien dans la chancellerie que dans les armées. Sur le plan militaire, il est l’héritier des imperatores romains, c’est donc le commandant suprême de l’armée, dont il nomme les officiers généraux. Dans la tradition romaine, il est le défenseur de la paix et règne sur l’ensemble du monde connu. Par conséquent, il est aussi personnellement responsable des succès ou des échecs des armées de l’Empire.

On considère d’ailleurs que l’empereur est personnellement choisi par Dieu, qui en fait l’égal des apôtres et une personne sacrée. Il ne dépend que de lui-même, par son titre d'autokrator, ce qui en fait un monarque absolu. Si néanmoins cet élu devait faillir, Dieu peut le remplacer dans ces fonctions. Dans l’Empire byzantin, une usurpation qui aboutit est donc considérée comme une manifestation de la grâce de Dieu. Cette idéologie est à la fois une force, car elle assure la cohésion de tout l’empire autour d’un Empereur heureux à la guerre, et une faiblesse, car elle expose en permanence la tête de l’empire, qui concentre tous les pouvoirs, aux usurpations.

La conception d'un empereur choisi par Dieu écarte en principe toute règle de succession définie, Byzance ignore donc jusqu’au le principe dynastique. Malgré l'établissement de plusieurs familles (de Théodose , de Justin , d'Héraclius et des Isauriens), c’est avec la dynastie macédonienne que ce principe va s’affirmer, malgré de nombreux ratés quand l’Empereur est faible ou en bas âge, avant d’être consacré au sous les Comnènes et à la période tardive. Néanmoins, l'ordre de succession est instable, et l'héritier quoique légitime doit fréquemment conquérir son trône en négociant avec le sénat, la garde ou le patriarche de Constantinople.

Le rituel d’intronisation d’un empereur reprend des éléments de la tradition romaine : l’empereur est acclamé par l'armée sur le champ de manœuvre de l'Hebdomon, élevé sur le pavois (signe de son pouvoir militaire d’imperator) puis coiffé de la couronne par le patriarche à la Grande Église (Sainte-Sophie).

Le patriarche

Il est l’évêque de Constantinople et se trouve à la tête d’une province de l’Église byzantine. Avec la perte des provinces orientales au , il devient (jusqu’à la reconquête d’Antioche) le seul patriarche de l’Église byzantine. S’il est le chef de l’Église, il est aussi un personnage de l’État, choisi par l’empereur sur proposition du synode, aumônier du palais, souvent rival, parfois conseiller de l’empereur. Par sa position, il dispose d’un poids politique et moral suffisant pour infléchir la politique d’un empereur et ouvrir un véritable conflit à la tête de l’État byzantin. C’est lui qui procède à l’onction et au sacre du Basileus, qui le marie, qui baptise ses enfants. Il est à la tête de sa propre administration, qui possède son chancelier (le syneculla), son archiviste en chef (le chartophylaxe), etc.

L’éparque

L’Empire byzantin est caractérisé par une mégacéphalie (centralisation) à tous les niveaux : politique, économique et démographique. Celui qui contrôle la capitale est donc un personnage clé. Cet homme c’est l’éparque, héritier du préfet de la Ville de l’époque romaine. C’est une sorte de maire qui dispose d’une administration étoffée et organisée en plusieurs services : il est assisté par un second (le symponos), par plusieurs chefs de services portant les titres de domestique ou de logothète du prétoire, et par une armée de fonctionnaires. Il dispose de sa police et de ses tribunaux. Il prélève pour le compte de l’empereur les taxes sur les marchandises et les hommes qui vivent ou passent par Constantinople. Il a aussi la charge des entrepôts impériaux situés dans la capitale. Son sceau est un laissez-passer nécessaire pour toute marchandise mise en vente à Byzance.

Les institutions sociales vignette|Réplique d'une miniature représentant l'empereur Basile II en tenue de triomphe, illustrant la couronne impériale remise par des anges. Réplique du psautier de Basile II (psautier de Venise), BNM, Ms. gr. 17, fol. 3r. On peut considérer un certain nombre de structures sociales de l'empire comme des institutions, bien qu'elles n'en soient pas stricto-sensu. Elles forment une sorte d'establishment institutionnalisé en ceci qu'il est intégré au fonctionnement de l'État. Ce système est décrit par les taktika (listes de dignités).

Le système des fonctions et des dignités

La société byzantine est, à son sommet, fortement informée par l'État. Il organise la hiérarchisation sociale par une double échelle de fonctions et de dignités. Ignorer la distinction fondamentale entre ces deux échelles peut amener à de graves anachronismes, puisque seule une partie des noms d'offices correspond à des offices effectifs. Fonctions et dignités sont différentes pour les eunuques et les « hommes barbus » : chaque groupe possède des fonctions et des dignités propres. Les femmes ne semblent pas avoir pu revêtir quelque fonction que ce fût; une dignité leur était en revanche réservée, celle de patricienne à ceinture (zoste patrikia).

Les fonctions

Les fonctions correspondent à un emploi dans l'administration ou l'armée. Elles correspondent à un travail réellement effectué pour le service de l'État. Elles sont données par décret de l'empereur lui-même ou en son nom par un de ses subordonnés. Elles sont révocables et gratuites. L'ensemble des postes présentés dans cet article sont des fonctions, car nous décrivons ici le fonctionnement effectif des institutions et donc le rôle concret des différents hommes d'État.

Les dignités

Les dignités correspondent à un statut social. Elles caractérisent l'homme et donnent son rang dans la société byzantine. Elles ne donnent aucun pouvoir et n'imposent aucun devoir vis-à-vis de l'État. Elles sont données par "insigne" de l'empereur et donnent lieu, à titre viager, au paiement d'une roga (rémunération), en or et en vêtements précieux. Elles assurent aussi une place dans l'ordre des préséances. Les dignités sont librement données par l'empereur pour donner un statut à ses proches ou à ses fonctionnaires. S'il n'existe aucun texte la réglementant on note néanmoins une certaine concordance entre le rôle d'un fonctionnaire et son rang en dignité. Les dignités peuvent également être achetées. Elles constituent alors un placement, une sorte de rente d'État viagère.

Un certain nombre de dignités donnent accès au Sénat byzantin, qui perd son rôle d'institution impériale dans l'Antiquité tardive et de curie urbaine sous Léon VI le Sage. Les noms des dignités sont souvent des noms d'anciennes fonctions romaines comme l'hypatos (consul) ou le magistros (magister officiorum). Au , sous l'effet de la dévaluation monétaire, le nombre de dignités augmente au sommet de la hiérarchie et déclasse les plus basses. Très vite, le fisc n'arrive plus à fournir les sommes nécessaires au paiement des rogai. Le système est remis en ordre sous les Comnènes autour de deux axes. Les rémunérations sont supprimées au profit de systèmes d'exemption fiscales, tandis que l'inflation des dignités est provisoirement stoppée par l'instauration d'un ensemble de dignités réservées à la famille impériale et déclinant la qualité de sébaste (Auguste) : protosébaste, sebastocrator, etc.

La cour

La cour joue un rôle important à Byzance. L’empereur étant le centre du pouvoir, son entourage direct influe sur ses décisions. La cour byzantine se conçoit comme un mystère de tous les jours : elle est une évocation de la cour céleste où l’empereur tiendrait le rôle de Dieu. Elle est un objet de fascinations pour les visiteurs et son seul spectacle suffit parfois à influencer la diplomatie de l’empire.

Plus pratiquement, la famille de l’empereur et ses proches ont un pouvoir réel quoique parfaitement officieux. Celui-ci se trouve en effet souvent soumis aux pressions des membres de sa famille, surtout quand ceux-ci appartiennent aux grands clans de l’aristocratie. C’est ainsi qu’on explique souvent la décision de Basile II de ne pas se marier comme une volonté de ne pas se trouver soumis aux pressions de sa belle-famille. Quoi qu’il en soit, la famille impériale était investie d’une véritable autorité morale au sein de l’empire. Métaphoriquement, l’empereur appelait les souverains étrangers ses frères ou ses fils. De même, c’est en sa seule qualité de père de l’empereur (basileopator) que Romain Lécapène régna au nom de Constantin porphyrogénète.

Comme toutes les cours, celle de Byzance est avant tout la maison de son prince. Les domestiques y sont en grande partie des eunuques. Ils ont connu une ascension fulgurante au , et dominent une partie de l’histoire politique du . Parmi leurs rangs, certains postes ont un poids particulier. Les fonctions de parakoimomène (celui qui dort au pied du lit de l’empereur) ou de protostrator (chef des écuries et de la logistique d’une partie de l’armée) assuraient en effet à leurs titulaires une attention particulière de la part de l’empereur. Avec les Comnènes, le rôle des eunuques décline et c’est la famille qui assure les fonctions palatines les plus influentes. C’est souvent dans cet entourage familial ou domestique que se recrutent ceux qui sont qualifiés du titre tout officieux d’entremetteur (mesazôn), sorte de favori avant l’heure.

Les régiments (tagmata) de la garde palatine, leurs officiers généraux (appelés drongaires ou domestiques) ainsi que les concierges du palais (les pappias), enfin, jouent un rôle clé dans la plupart des usurpations pour des raisons assez évidentes.

Ces institutions ont la particularité d’avoir peu changé sur les mille ans d’existence de l’Empire byzantin. Les autres institutions n’ont pas connu cette stabilité et bien que les changements aient été lents, sur la durée, il faut constater que l’empire n’a jamais cessé de se réformer.

Les institutions centrales : la chancellerie impériale