La province de Bretagne est une province française intégrée au royaume de France à la suite de l'acte d'union de la Bretagne à la France en 1532 et dissoute à la suite de la Révolution française de 1789.
Elle connaît un âge d'or s'étalant du au favorisé par le retour de la paix et par l'essor économique consécutif. À cette époque apparaissent des signes de sa prospérité comme les enclos paroissiaux.
L'avènement de Louis XIV et le retour des guerres amène sa ruine économique, et des révoltes de populations comme la révolte du Papier timbré en 1675.
La fin de la période est marquée par une usure du pouvoir royal dans la région. C'est dans ce contexte favorable aux idées des lumières que s'illustrent parmi les premières figures de la révolution française, notamment lors des Journées des bricoles en à Rennes, puis par la création du club des jacobins à Paris.
Âge d'or des Altération du pouvoir local au profit de la royauté À la suite de son union avec la France en 1532, la Bretagne cesse d'avoir des relations politiques directes avec des pays étrangers ; l'économie bretonne devient tributaire des choix royaux. La province dispose cependant de certaines libertés prévues par l'Édit d'Union, et de certaines administrations propres. Les États de Bretagne, états généraux possédant certaines attributions politiques et administratives, ont alors à leur tête un gouverneur choisi par le pouvoir royal, et sont composés de représentants des trois ordres globalement dominés par la noblesse. Ils se basent juridiquement sur la coutume de Bretagne qui leur garantit trois libertés fondamentales : l'absence de levée d'impôt sans accord préalable de la part des États, les Bretons ne sont justiciables que devant les tribunaux bretons et selon la coutume, et les charges ecclésiastiques ne peuvent échoir qu'à des Bretons. À cette première institution s'ajoute le Parlement de Bretagne, cour de justice crée en 1554 et siégeant à partir de 1561 à Rennes. Il est constitué de seize Bretons et de seize non-Bretons auxquels s'ajoute un président non breton. Le Parlement et les États s'opposent régulièrement au pouvoir royal, et ce dernier est souvent amené à jouer sur la rivalité entre ces deux institutions pour affirmer son autorité.
thumb|upright|Le duc de Mercœur tente en 1589 et 1598 de se constituer une principauté autonome en Bretagne. Les premières oppositions entre le pouvoir royal et la Bretagne sont dans un premier temps masquées par des tensions religieuses, prenant pour fond les guerres de religion qui voient l'opposition des Catholiques et des Huguenots. La Réforme a alors peu de prise dans la province en raison de son éloignement et se concentre principalement en Haute-Bretagne dans les principaux centres urbains, concernant presque exclusivement la noblesse. L'opposition au pouvoir royal d'Henri III commence lorsque celui-ci veut imposer la levée de aux villes closes en 1574, puis à créer des offices qui grèvent le budget provincial les années suivantes. L'assassinat du duc de Guise, chef de la Ligue catholique, par Henri III en 1588 cristallise cette résistance. Le duc de Mercœur, beau-frère du roi et gouverneur de Bretagne profite de la situation pour tenter de se tailler un pouvoir propre en BretagneSa femme est l'héritière des Penthièvre et il se présente donc comme l'héritier du pouvoir ducal. et tirant profit de l'opposition locale au pouvoir royal. L'assassinat d'Henri III en 1589 déclenche le début d'une guerre de succession, l'héritier désigné, le duc de Navarre étant protestant. En Bretagne, chaque camp fait appel à des alliés étrangers, espagnols pour les Catholiques qui s'installent à Brest, ou anglais pour les Protestants qui s'installent à Paimpol. La région est divisée. Les brigands et les jacqueries font des ravages et le duc de Mercœur ne parvient pas à assoir son pouvoir sur la Bretagne. La conversion d'Henri IV au catholicisme, puis la signature de l'Édit de Nantes en 1598 permettent de rassoir le pouvoir royal sur la province.
Le premier quart du est marqué par les intrigues du gouverneur suivant, le duc de Vendôme, qui complote contre la régente Marie de Médicis puis contre son beau-frère le roi Louis XIII. Le duc de Vendôme ne parvient cependant pas à obtenir le soutien des notables locaux ou de la population. À la demande des États, il est démis de sa charge et son remplacement est demandé. Richelieu en profite pour se faire nommer à cette fonction, ce qui lui permet les années suivantes de saper le pouvoir provincial, d'obtenir la création de diverses charges et d'augmenter à plusieurs reprises les dons gratuits. Ce processus de centralisation va encore s'accentuer sous la régence d'Anne d'Autriche.
Prospérité économique Dans le domaine maritime, la Bretagne connaît une évolution de ses activités. Le roulage est florissant jusqu'au milieu du avant de connaître un déclin. En effet, pendant la guerre de la Ligue, la plupart des ports bretons à l'exception de Brest prennent parti pour les Catholiques ; leurs convois deviennent la cible des corsaires anglais ou rochelais. Cette activité reprend modérément une fois la paix revenue en 1598, mais doit faire face à de nouvelles limitations. Sur le plan technique, les ports bretons, nombreux mais de tailles modestes, sont handicapés par la hausse du tonnage des navires. Politiquement, la fin de l'indépendance empêche les Bretons d'envoyer des ambassadeurs à l'étranger pour défendre leurs intérêts, et la politique française tournée vers la guerre est un frein au commerce. Enfin humainement, les Bretons se limitent aux métiers de marins peu rémunérateurs sans pour autant devenir des marchands, limitant l'entrée de richesses dans la région. Dans le même temps le cabotage, qui prend le pas sur le roulage, va connaître un pic d'activité vers 1670 avant de subir à son tour le déclin.
La physionomie du littoral se modifie également : alors qu'au milieu du on compte environ 130 ports répartis sur l'ensemble du littoral, le connaît une contraction des activités sur des ports de taille moyenne comme Audierne ou Pénerf et surtout vers les trois grands ports de l'époque que sont Morlaix (et ses avant-ports de Saint-Pol-de-Léon et de Roscoff), Nantes et Saint-Malo.
L'ingérence encore limitée de l'autorité royale, qui permet aux Bretons de gérer au mieux de leurs intérêts leur propre économie, et le commerce maritime florissant permettent à la balance commerciale bretonne d'être largement positive pendant ces deux siècles. Les exportations concernent des produits comme les céréales (notamment le Trégor et la côte sud allant de l'embouchure de la Vilaine à celle de la Laïta) vers la péninsule Ibérique et surtout les toiles de lin et de chanvre dont la valeur à l'exportation va jusqu'à atteindre 9 à de livres dans les années 1690 dans le Trégor, le Léon ou le pays de Saint-Malo). Enfin, la position de la Bretagne à mi-chemin entre le nord et le sud de l'Europe lui permet de facilement redéployer ses activités en fonction de la conjoncture, profitant au de la prospérité espagnole, puis au siècle suivant de celles de la Hollande et de l'Angleterre.
thumb|L'enclos paroissial de Guimiliau, expression artistique permis par l'enrichissement de la province à l'époque. Cette prospérité économique draine une quantité importante de matériaux précieux en Bretagne. Ainsi entre 1581 et 1590 l'hôtel de la Monnaie de Rennes est le premier de France, loin devant celui de Paris. Entre 1551 à 1610 les hôtels de Rennes et de Nantes frappent à eux deux 35 % de l'argent français ; cette proportion tombe cependant à 16 % pour la période 1610-1680, une partie de la production étant centralisée à Paris. Cet enrichissement permet le développement des arts et un accroissement significatif de la construction de châteaux seigneuriaux et de grandes demeures de marchands. L'enrichissement des juloded permet par ailleurs la construction de nombreuses églises richement décorées et d'enclos paroissiaux, particulièrement en basse-Bretagne. Cette prospérité est aussi à l'origine de l'introduction de styles artistiques étrangers dans la région. Les artistes de la marine royale travaillant à l'arsenal de Brest et formés au classicisme sont ainsi amenés à travailler pour des paroisses du Léon et de Cornouaille.
Essor démographique fort et évolutions sociétales Dans le domaine de l'agriculture, peu d'évolutions techniques sont notables à cette époque. En dehors de la ceinture dorée qui bénéficie d'engrais marins comme le maërl, le goémon ou le varech, les terres siliceuses favorisent l'élevage par rapport aux cultures. De plus, des techniques largement répandues comme l'étrépage ou l'écobuage tendent à appauvrir les sols. Le froment est cultivé en majorité dans le long des côtes nord et sud, alors que le seigle, plus adapté aux sols pauvres, est cultivé dans l'intérieur. L'arrivée de la culture du sarrasin au début du va changer la donne, celui-ci s'adaptant très bien aux sols pauvres de l'intérieur tout en présentant des rendements très importants pour l'époque. Cela permet de réserver les sols riches à des céréales plus nobles destinées aux exportations. L'élevage, principalement bovin, est aussi particulièrement développé comparé au reste du royaume, ce qui permet une économie rurale plus diversifiée et permettant de compenser les mauvaises récoltes qui dans d'autres régions causent des crises démographiques.
thumb|Brest s'affirme comme un port majeur à partir de la fin du . Sur le plan démographique, la Bretagne se singularise du reste de la France. Alors qu'au une forte hausse puis un ralentissement démographique sont enregistrés partout ailleurs, la population bretonne connaît une nouvelle dynamique de hausse après la fin de ce siècle, pour atteindre un maximum vers 1670-1680. La région connaît alors une densité de population du même ordre que les régions européennes les plus développées comme l'Italie du nord ou les Pays-Bas. Cette croissance touche cependant différemment les zones rurales et urbaines : dans ces dernières la hausse est plus forte, surtout dans les zones côtières. Entre la fin du et la fin du , Nantes passe ainsi de à et Saint-Malo de - à -. D'autres villes comme Vannes, Quimper, Morlaix ou Saint-Brieuc connaissent elles aussi une progression démographique sans pour autant atteindre le seuil des . Les campagnes doivent, elles, compter avec un exode rural dû à l'attractivité des villes, mais aussi avec des crises comme la guerre de la Ligue à la fin du qui y réduit fortement le nombre de baptêmes. Vers la fin du , la population de la province atteint les d'habitants, contre 1,3 à à la fin du , soit 10 % de la population du royaume. À la même époque Nantes compte , Saint-Malo , et Rennes entre 15 et . La fin du roulage pénalise de petits ports comme Le Croisic, Le Conquet, ou Roscoff, alors que d'autres ports bénéficient d'importants développement guidés par des investissements extérieurs : Brest sous l'action de Colbert, qui décide d'en faire un port militaire de premier ordre, passe de en 1661 à au début du ; Lorient créée ex nihilo en 1666 par la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales compte en 1702. L'évolution de la population rurale est plus irrégulière et les dynamiques varient d'un pays à l'autre.