Le transfert (Übertragung en allemand, transference en anglais) en psychanalyse désigne un processus au cours duquel des sentiments ou des désirs inconscients envers les premiers objets investis dans l'histoire d'un sujet — le plus souvent les parents —, se trouvent reportés sur une autre personne. La cure psychanalytique est le lieu privilégié de l’émergence et de l'analyse du transfert sur l'analyste.
Historique et définition Le mot « transfert » (Übertragung en allemand, transference en anglais) ne relève pas au premier abord du vocabulaire psychanalytique. Son sens général est voisin de celui de . Il sous-entend toutefois l'idée d'un . Un exemple pourrait être celui du « transfert de fonds », entrée: « Transfert »..
Lorsque Sigmund Freud, dans L'Interprétation du rêve, Laplanche et Pontalis, ..
Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis désignent le transfert en psychanalyse comme un , ce qui est le cas . On assiste dans le transfert à Laplanche et Pontalis, ..
Dans l'histoire de la psychanalyse, Freud est amené à observer le phénomène du transfert , ce qui va le faire renoncer à l'hypnoseDictionnaire de la psychanalyse (dir. Roland Chemama), entrée : « transfert », Paris, Références Larousse, 1993, ..
L'une des difficultés de la définition du transfert en psychanalyse tient à l'extension de la notion chez de nombreux auteurs : selon Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, la notion va jusqu'à englober , si bien qu'elle :
• D'après Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, c'est à partir de sa mise en évidence, des problèmes qu'il a posés dans le déroulement de la cure et des théorisations qui en ont découlé, que la psychanalyse s'est distinguée des autres formes de psychothérapies, . Toujours chez ces auteurs, le terme désigne, à la suite de Sigmund Freud et Sándor Ferenczi, .
• Selon Daniel Lagache, Daniel Lagache, 1949 .
• Francis Pasche définit ainsi le transfert au sens large : Francis Pasche : À partir de Freud(épuisé).
• Selon Horacio Etchegoyen : Horacio Etchegoyen" : Fondements de la technique psychanalytique, Préface de Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller, Ed. : Hermann, 2005, .
Le transfert dans l'œuvre de Freud
Avant Freud : magnétiseurs et hypnotiseurs Selon le psychologue clinicien Jean-Yves Flament :
L’amour de transfert, une des premières découvertes de la psychanalyse Freud traite du transfert dès 1895dès Les Études sur l’hystérie, PUF, qu'il considère alors comme un obstacle au travail de l’analyse, avant de considérer qu’il est en fait aussi, de façon paradoxale, à proprement parler, la cheville ouvrière de l’analyse. C’est ce paradoxe qui fait la difficulté de l’approche de ce concept. Dans les Études sur l’hystérie, le premier ouvrage de Freud écrit en collaboration avec Breuer, on voit apparaître ce transfert pour la première foisIbid (), sous la forme d’une résistance à l’analyse : « Il me reste enfin à traiter un sujet auquel incombe, dans la réalisation de cette analyse cathartique, un rôle important et gênant. » « J’ai déjà fait allusion au rôle considérable que joue la personne du médecin dans la création des motifs servant à surmonter la puissance psychique des résistances. » Freud appelle résistance tout ce qui fait obstacle à la reconnaissance du désir inconscient et aux souvenirs d’enfance qui ont conditionné l’inscription de ce désir dans son lien au désir des parents. « Dans bien des cas, poursuit-il, et principalement chez les femmes, et lorsqu’il s’agit d’expliquer des associations de pensées érotiques, la collaboration des patients devient un sacrifice personnel qu’il faut compenser par quelques succédanés d’amour. Les efforts du médecin, son attitude de bienveillante patience doivent constituer des succédanés suffisants. » Dans cette formulation de Freud, certains trouvent déjà, entre l’amour de transfert et ce « succédané d’amour » que l’analyste devrait être en mesure de donner à son analysant, les prémices de ce que Lacan appellera plus tard « le désir du psychanalyste » ainsi d’ailleurs que la définition qu’il a donnée du transfert comme étant « la mise en acte de la réalité sexuelle de l’inconscient » dans son lien au désir du psychanalyste. Cette réalité étant posée comme sexuelleibid. De ce point de vue, c'est à partir de cette définition lacanienne du transfert comme mise en acte de la réalité de l'inconscient que ce concept d'abord découvert comme obstacle devient la cheville ouvrière du processus analytique, garant de son efficacité. Freud reprendra quelques années plus tard la bi-valence du transfert dans son texte intitulé « Observations sur l'amour de transfert » et il met en garde les analystes des dangers qu'il y aurait à céder aux amours de contre-transfert(S. Freud, Technique analytique, PUF).
« Le maniement du transfert » Dans son texte « Observations sur l’amour de transfert », écrit en 1915, Freud décrit les mésaventures qui peuvent arriver à un jeune analyste inexpérimenté lorsqu’il se trouve aux prises avec les flambées de l’amour de transfert, amour qui est provoqué par la situation analytique elle-même. Il indique donc comment s’y prendre avec cet événement inévitable mais pourtant difficile à gérer. « Parmi toutes les situations qui se présentent, je n’en citerai qu’une particulièrement bien circonscrite, tant à cause de sa fréquence et de son importance réelle que par l’intérêt théorique qu’elle offre. Je veux parler du cas où une patiente, soit par de transparentes allusions, soit ouvertement fait comprendre au médecin que, comme toute simple mortelle, elle s’est éprise de son analyste. Cette situation comporte des côtés pénibles et comiques et des côtés sérieux… elle est si complexe, si inévitable, si difficile à liquider que son étude est depuis longtemps devenue une nécessité vitale pour la technique psychanalytique. »« observations sur l’amour de transfert », 1915, Freud
Le concept de transfert possède une certaine polyvalence dans le texte même de Freud : il est d’abord transport amoureux de l’analysant pour l’analyste, c’est l’amour de transfert, dans son usage le plus courant. Il est aussi, dans la métapsychologie freudienne, qui concerne les mécanismes de formation des symptômes, le mécanisme même de cette formation : il y a « transfert », par déplacement de l’affect d’une représentation refoulée sur une représentation substitutive - (Les psychonévroses de défense in Névrose, psychose et perversion, PUF). Mais c’est aussi, et c’est le sens premier que Freud lui donne dans l’« Interprétation des rêves », la « transcription d’une langue dans une autre »L'Interprétation des rêves, chapitre VI, « le travail du rêve » ). Quand cette transcription se fait dans le sens du contenu latent du rêve à son contenu manifeste, le transfert rend compte de la fabrication d’un rêve. Dans l’autre sens, du contenu manifeste à son contenu latent, ce même transfert, toujours pris dans le sens de traduction d’une langue dans une autre, livre le secret de ce qu’est « l’interprétation » du rêve.
Ce que Freud appelle « maniement du transfert », c’est donc, pour l’analyste, l’art de manier ces trois sens du mot, ce transfert d’amour pour l’analyste, ce transfert des affects qui provoquent les manifestations des symptômes pour arriver enfin à cette traduction d’une langue dans une autre qui consiste à retrouver la langue du désir inconscient. Manier le transfert, pour l’analyste, c’est donc savoir interpréter les rêves, les symptômes mais aussi les actes de ses analysants malgré et grâce à cet amour de l’analysant éprouvé pour l’analyste. À noter, que sous ces amours de transferts ainsi mises en avant, se cachent aussi de vigoureuses haines de transfert, non moins encombrantes pour le travail analytique.
Un processus habituel dans les relations humaines En transposant la notion de transfert dans la cure psychanalytique, Freud cherche d'abord dans les Études sur l'hystérie à comprendre ce qui résiste chez les patients dans la cure analytique, c’est-à-dire ce qui empêche le patient d'atteindre le but qu'il s'était fixé en venant consulter.
Freud rappelle d'abord que le transfert qu'il décèle dans la cure psychanalytique n'est qu'une exacerbation de phénomènes que l'on rencontre souvent dans la vie courante : « La faculté de concentrer l'énergie libidinale sur des personnes doit être reconnue à tout homme normal. La tendance au transfert que nous avons rencontré dans les névroses (…) ne constitue qu'une exagération extraordinaire de cette faculté générale. »Introduction à la psychanalyse. Mais dans le dispositif établi entre le psychanalyste et le patient, cette capacité générale au transfert prend un tour particulier : elle tend à se focaliser sur la personne du psychanalyste. Ceci s'explique notamment par l'attente de guérison qui a motivé la cure. Le patient plaçant ses espoirs dans le psychanalyste se trouve placé comme en position infantile à l'égard de celui-ci. Cette analogie avec la situation première du sujet, quand celui-ci dépendait de l'amour de ses parents pour survivre va déclencher une série d'associations, de résistances tout en constituant un moteur qui va faciliter le dénouement des symptômes.
Transfert et répétition Le transfert n'est pourtant pas une pure répétition de la situation parentale. Au contraire, la demande de cure est, déjà, une prise de conscience explicite ou implicite, que quelque chose se répète dans la vie du sujet. La demande de cure est donc un premier coup d'arrêt à cette répétition vécue comme subie jusqu'alors. À partir de l'entrée en cure, les symptômes, même répétés, sont interrogés et examinés d'une autre façon, ils ne sont plus seulement pures répétitions mais aussi variations autour d'un même problème, d'une même matrice intervenant dans la vie du sujet. En effet, dans la cure, les symptômes sont parlés, racontés, ils sont l'objet d'un effort d'élucidation qui leur donne un autre statut, ils sont représentés, élaborés et perlaborés.
Transfert et amour Il en est de même de l'amour de transfert. Ce qui motive le patient c'est "l'amour de la vérité" nous dit Freud. Le transfert n'est qu'un moyen d'y parvenir — et parfois un obstacle. C'est en effet dans le cadre de ce transfert que vont se réveiller chez le névrosé les dimensions non résolues de la situation œdipienne. Mais là encore, il ne saurait s'agir d'une pure répétition car c'est au psychanalyste qu'a affaire le patient. Dans la mesure où le désir de l'analyste reste énigmatique, le rapport identificatoire qui avait été d'abord établi peut se dissoudre et le risque de dépendance qu'a pu craindre (et parfois désirer) le sujet peut être dépassé Muriel Drazien « L’amour de transfert. La formation d’une analyste », in C. Fanelli-J. Jerkov, Mes soirées chez Lacan, Rome, Editori Internazionali Riuniti, 2011, ..
Le transfert chez Lacan Jacques Lacan transforme à sa manière la conception freudienne du transfert, en y rajoutant quelques pointsRésumé in : . Lacan oppose le « transfert symbolique » au « transfert imaginaire » : le transfert est d’ordre symbolique, car sa force se trouve dans la fonction où l’analysant pose l’analyste, qu’il l’aime ou le déteste est secondaire. Le transfert est fondamentalement en lien avec un autre connaissant. Sachant que l’analyste est un « sujet supposé savoir », pour Lacan le transfert n’est autre que de « l’amour qui s’adresse à du savoir ». le transfert dit imaginaire est un obstacle, dans le sens où ce n’est qu’immobilisme du sujet. En effet, le sujet agit dans l’analyse pour ne pas avoir à dire, et plus le sujet résiste, et plus la répétition s'oblige à lui.
Évolutions récentes du concept en psychanalyse Le contre-transfert précède le transfert Michel Neyraut dans son livre Le Transfert (1974) propose la précession du contre-transfert, précédant la situation analytique et « prenant sa vraie dimension que d'être confronté aux sollicitations internes nées de la situation analytiqueNeyraut M., Le transfert, PUF, 1974. ».
Séduction et transfert