Le pont de Chatou est un ouvrage d'art qui permet à une voie routière de franchir la Seine entre Rueil-Malmaison et Chatou dans le département des Yvelines, en région Île-de-France.

L'ouvrage actuel, datant de 1966, est le dernier d'une lignée de ponts qui se sont succédé, depuis 1626, au rythme des destructions dues à l'usure du temps et aux crues et glaces de la Seine mais aussi, et principalement, aux épisodes guerriers, notamment : la Fronde, la période napoléonienne des Cent-Jours, la Guerre franco-allemande de 1870 et la Seconde Guerre mondiale.

Situation

Pont actuel Le pont de Chatou, ouvert en 1966, est un ouvrage d'art, long de , qui permet à la route départementale 186 de franchir en deux fois deux voies, la Seine, qui dispose sur ce site de deux bras séparés par l'Île des Impressionnistes, entre Rueil-Malmaison et Chatou, dans le département des Yvelines.

Ponts historiques De 1626 à 1966, des ponts se sont succédé sur un emplacement situé à environ en amont, ils étaient traversés par la route royale entre Paris et le château de Saint-Germain-en-Laye.

Historique Bac Au Moyen Âge, les territoires de Croissy-sur-Seine et de Chatou appartiennent à des abbayes, dont celle où résident les religieuses de l'abbaye de Malnoue à Émerainville en Seine-et-Marne qui, dès 1246, possèdent notamment . Elles gèrent le bac qui est alors le seul moyen pour traverser la Seine et permet également d'écouler la production des vignobles qui, à cette époque, prospèrent à Croissy et Chatou. Ce monopole va entrainer de nombreux conflits entre l'abbaye et ses voisins. Vers 1300, les droits d'imposition et de haute et basse-justice ne sont plus exercés par les abbés mais par les seigneurs laïcs ; un conseiller du roi, Gilles Mallet (ou Malet), devient seigneur de Chatou. Lors de la guerre de Cent Ans, la boucle de la Seine subit le passage des troupes à tel point qu'en 1470 il ne reste plus que à Chatou et deux à Croissy.

Cent ans plus tard, le , les religieuses de Malnoue vendent l'ensemble de leurs biens et droits à Chatou, dont les droits sur le port et le bac, à Thomas le Pileur, seigneur de Chatou, contre une rente annuelle de plus pour les besoins de l'abbaye.

Pour faciliter les déplacements entre Paris et les propriétés royales, les descendants de Thomas le Pileur, sa fille et ses fils, sont autorisés, par un arrêt du Conseil d'État du ., à construire un pont pour remplacer le bac en 1625..

Ponts en bois

Premier type (1626) L'emplacement de ce premier pont est âprement débattu par la population et les . Le Conseil d'État nomme une commission pour statuer. Après une visite des sites le , la commission décide que cet ouvrage doit être construit sur le même site que le bac, du fait du passage de la voie routière par le centre de Chatou. Le pont est construit en bois, cette même année 1626 ; il comprend le de Rueil à l'île et le de l'île à Chatou. Pour utiliser le pont, il faut s'acquitter d'un droit de péage.

Lors de la Fronde, le , Chatou est pillé et le pont est incendié. Il est rapidement remis en état, notamment pour faciliter les voyages de Louis XIV et sa Cour, allant de Paris au château de Saint-Germain-en-Laye. En 1709, ce sont les glaces d'un hiver particulièrement rigoureux qui rendent le pont impraticable, nécessitant d'importantes réparations.

vignette|gauche|Pont en bois de Chatou, du premier type, vers 1753, par Pierre-Jean Mariette (1674-1794). Le pont est cédé, en 1723, à Louis XV, moyennant une rente annuelle. Pour cette cession, une estimation de la valeur du pont est faite par le frère François Romain, architecte mandaté par le Conseil d'État. Il constate que le pont est constitué de deux parties et d'un passage sur une île. La première partie comporte huit travées pour , le passage sur l'île comporte trois arches en maçonnerie pour une longueur de et la seconde partie du pont compte quinze travées pour une longueur de . Le pont est en bon état et nécessite seulement quelques petites réparations dans la charpente. Il estime qu'il faut prévoir quinze cent livres par an pour son entretien, non compris les deux culées du petit pont, côté Paris et sur l'île, et les deux culées du grand pont, sur l'île et sur Chatou, ainsi que les arches en maçonnerie de l'île, ces éléments étant déjà à la charge du Roi et gérés par les Ponts et chaussées..

vignette|Extrait de la carte de Cassini de 1756, avec le pont et la route royale. Le pont est situé ; il est étroit et long puisqu'il permet le franchissement des deux bras de la Seine. De 1770 à 1790, la commune payait et pour péage du pontMonographie communale de Chatou. Lors de la Révolution, le péage du pont est supprimé par un décret du du fait que les ponts sont maintenant entrés dans le domaine national.

En 1815, le grand pont est détruit par le feu, à l'initiative du maréchal Davout, pour arrêter l'avancée des troupes ennemies. Le , le général Beker se rend à Chatou accompagné d'un détachement de dragons et fantassins d'infanterie de la Garde impériale avec ordre d'incendier le pont de Chatou afin d'arrêter la marche des troupes alliées. L'embrasement dura . Le , les pontonniers prussiens établirent un pont en planches. Mais ce pont n'ayant pas été prêt assez tôt, les colonnes prussiennes du maréchal Blucher traversèrent le territoire et se rendirent au pont du Pecq qui fut attaqué et pris. Un bac est mis en service, par l'ingénieur d'Astier de la Vigerie, pour suppléer le pont détruit jusqu'à sa reconstruction.

Second type provisoire (1818) vignette|gauche|Dessin des ponts provisoires en bois (1820, auteur inconnu - mairie de Chatou). vignette|upright|droite|Détail plan du cadastre napoléonien de la commune de Chatou en 1820. La reconstruction provisoire des deux ponts a lieu en 1817-1818. Le choix se porte sur des ponts en bois, en charpente sur palées.. Ils sont légèrement déplacés et présentent un type de charpente différent de celui des ponts d'origine. Celle du grand pont est adjugée à Liebault et Guyard.. Elle est complétée par une concession de péage de neuf ans et trois mois. Le pont, baptisé est inauguré par la duchesse d'Angoulême le .

En 1825, les habitants se plaignent officiellement du droit de péage. En 1831, le maintien en état de l'ouvrage continuant à poser problème, un projet prévoit sa reconstruction avec des piles en maçonnerie dans la Seine. Mais en 1832, la ville est touchée par l'épidémie de choléra. Néanmoins, cette même année, des protestations vigoureuses s'élèvent de nouveau contre le péage. Ce pont a couté et le péage rapporte de à de revenus annuels au propriétaire. C'est seulement en 1834 que le maire Camille Perier .

Ponts en arc avec piles en maçonnerie

Ponts avec arcs en charpente (1836 et 1838) Le chantier de reconstruction débute par le petit , situé sur la rive gauche (bras navigable de la Seine), de 1834 à 1836. Le type retenu est celui d'un pont en arc avec culées et piles en maçonnerie. Les travées sont en charpente ; les fondations sont faites de grillage sur pilotis avec une ceinture en enrochements. Il dispose de trois arches en arc de cercle de d'ouverture. Sa longueur entre les culées est de pour une largeur entre les têtes de . Sa hauteur est de au-dessus de l'étiage. Son coût est de . Il est mis en service le .

Le deuxième pont, ou grand pont, un , est reconstruit, de 1836 à 1838, suivant le même type, mais avec des mensurations supérieures. Il dispose de cinq arches en arc de cercle de d'ouverture. Sa longueur entre les culées est de pour une largeur entre les têtes de . Sa hauteur est de au-dessus de l'étiage. Son coût est de . Durant la construction de ce dernier, la culée située sur l'île commença à se tasser ; ce n'est qu'après avoir stabilisé le tassement à , , qu'il fut possible de poser les arcs en charpente. Il est mis en service le .

vignette|gauche|La prise du grand pont lors des grandes manœuvres militaires de 1852. De grandes manœuvres militaires se déroulent du 9 au sur les territoires de Chatou et Saint-Germain. Le maréchal Magnan en a prévu le scénario : une armée ennemie ayant débarqué en Normandie a conquis Saint-Germain. Les troupes françaises cantonnées au camp de Satory, à Versailles, doivent vaincre et chasser l'envahisseur. Le pont de Chatou, tenu par l'ennemi, est le premier objectif de l'armée française qui arrive par la route venant de Paris. Aussitôt la brigade d'Alphonse, avec sa batterie d'artillerie, sort de Rueil, suit le chemin qui conduit de ce village à Chatou, passe sous le chemin de fer, et va s'établir devant le pont, qu'elle fait battre par son artillerie. Les brigades Carbuccia et Répond, avec la batterie qui les accompagnent, suivent afin d'appuyer le mouvement de la brigade d'Alphonse. Réunies, ces trois brigades enlèvent le pont de Chatou énergiquement défendu par les troupes ennemies, échelonnées entre Chatou et Saint-Germain. Les troupes du pont, placées en avant, résistent quelques instants, protégées par leur artillerie, et s'opposent, par des feux nourris, au mouvement de la brigade d'Alphonse. Cependant, forcé de céder, l'ennemi passe le pont, qu'il s'efforce de défendre. Mais les feux croisés de l'artillerie française et les deux pièces qui sont dans l'enfilade des deux ponts portent le désordre dans ses rangs. À ce moment-là, un régiment est porté en avant ; il enlève le pont. Le journal est impressionné par le nombre de Parisiens qui ont quitté leur ville pour suivre les péripéties de ces deux journées. Le dessin ci-contre montre les spectateurs, au plus près du combat..

Le bois étant un matériau sensible à l'humidité, il faut dès 1860 remplacer le tablier qui est pourri. Lors de ce chantier d'autres problèmes apparaissent, notamment la détérioration de la charpente des arcs au point de devoir renforcer l'un de ceux-ci.

Destructions dues à la guerre de 1870 Lors de la Guerre franco-allemande de 1870, les nouvelles du , sur la défaite de Sedan, sèment le trouble dans la population, notamment chez les familles en villégiature dont certaines décident de rentrer plus rapidement à Paris. La Troisième République est proclamée le et l'ordre de détruire tous les ponts sur la Seine est donné par le préfet, le lendemain.. Les deux ponts sont coupés le par l'incendie des arches en bois ; les trois arches du petit pont biais sont détruites ainsi que les deux premières du grand pont.

Ponts provisoires (1871) Au début de l'année 1871, le service des ponts et chaussées charge l'ingénieur ordinaire Demouy d'étudier la meilleure solution pour la réouverture des ponts. Il présente son rapport le . Il argumente sur l'urgence d'une réouverture du fait de l'importance de la circulation, avant leurs destructions. Il propose une reconstruction provisoire économique, pour un montant de , et rapide car une construction pérenne de qualité avec arches métalliques demande un délai trop long. Son projet prévoit que les deux ponts ne disposent que d'une largeur de entre les trottoirs, permettant le passage d'un seul véhicule. Le croisement s'effectue sur l'ouvrage d'origine en maçonnerie qui, long de et reposant sur l'île, relie les deux ponts. Pour la construction le choix se porte sur deux entrepreneurs charpentiers locaux, Laubeuf et Gosselin. Pour limiter la charge des transports, la traversée est autorisée uniquement aux voitures attelées de trois chevaux et moins, par un arrêté de police du . Le chantier est mené rapidement, la mise en service des deux ponts ayant lieu en fin d'après-midi le .