vignette|Vignette de l'« entraide légionnaire » d'un Leu. thumb|Drapeau de la Garde de fer.

La Garde de fer () est un mouvement et un parti nationaliste révolutionnaire et fasciste qui existait dans le royaume de Roumanie entre 1927 et le début de la Seconde Guerre mondiale.

Nom Le nom officiel du mouvement était « Légion de l'Archange Michel » (), d'où le nom de « Légionnaires » et de « Mouvement légionnaire » () adopté par ses Dont 10 % de femmes selon Maria Bucur, article Roumanie, dans Women, Gender and Fascism in Europe, 1919–1945, éd. Kevin Passmore, Rutgers University Press, New Brunswick 2003 quels que soient les changements de nom de l'organisation. Son emblème à six faisceaux noirs (trois verticaux et trois horizontaux) fut appelé par dérision « la grille de fer » (). Son fondateur, Corneliu Codreanu, sut récupérer ce sobriquet en le transformant en « Garde de fer » () qui finit par désigner le mouvement. Plus tard, en , la Légion forma un parti politique dénommé « Tout pour le pays » ().

Historique Des débuts difficiles Fondé le à Iași par l'instituteur d'origine polonaise Kornelius Zieliński qui se faisait appeler Corneliu Codreanu, le mouvement fut dirigé par lui jusqu'à son exécution par la police en 1938. Dans la première partie de son histoire, la Garde de fer est un mouvement très minoritaire, souvent pris en dérision et persécuté par la monarchie parlementaire roumaine, pro-alliée et membre de la Petite Entente. Il séduisit surtout des étudiants et des jeunes d'origine modeste, révulsés par la corruption. La crise de 1929, en accentuant les inégalités, profita au mouvement, qui se développait dans une Roumanie qui avait réalisé son unité politique à l'issue de la Première Guerre mondiale, mais où les minorités (dominantes avant 1918 dans les territoires ayant appartenu aux empires austro-hongrois et russe) avaient globalement un meilleur niveau d'éducation et de vie que la majorité roumaine rurale, et accédaient plus facilement à l'Université et aux hautes sphères économiques et culturellesUne particularité importante de l'histoire de la Roumanie, sans laquelle le nationalisme roumain reste inexplicable, est que la majorité roumaine a été, durant de longues périodes, en position d'asservissement et de soumission politique à des pouvoirs qui lui étaient étrangers (selon les territoires : Empire grec, Empire bulgare, Empire mongol, Royaume de Hongrie, Empire turc, Empire autrichien, Empire russe…).Même dans les principautés roumaines de Moldavie et de Valachie, où la monarchie était élective, le souverain (voïvode, hospodar ou domnitor selon les époques et les sources) était élu par (et souvent parmi) les boyards, puis agréé par les Ottomans, car jusqu'en 1878 les deux principautés (unies en 1859) étaient vassales et tributaires de la « Sublime Porte ». Outre le tribut à verser aux Ottomans et à leurs alliés tatars, outre la dîme versée par les églises et monastères moldaves et valaques aux monastères byzantins de l'Athos et au patriarche de Constantinople, le souverain, pour être nommé, régner et se maintenir, devait acheter l'appui des partis de boyards et des puissances voisines, hongroise, habsbourgeoise, russe et surtout turque de sorte que, pour rembourser ses dettes, il devait affermer des offices moldaves et valaques à des « arendaches », pour la plupart d'origine arménienne, juive, levantine ou phanariote, qui exploitaient durement les masses paysannes : Constantin C. Giurescu & Dinu C. Giurescu, Istoria Românilor Volume II (1352-1606), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucureşti, 1976 ; Gilles Veinstein et Mihnea Berindei : L'Empire ottoman et les pays roumains, EHESS, Paris, 1987 ; Jean Nouzille La Moldavie, Histoire tragique d'une région européenne, Ed. Bieler ; Joëlle Dalegre Grecs et Ottomans 1453-1923. De la chute de Constantinople à la fin de l’Empire Ottoman L’Harmattan Paris (2002) . La seule minorité encore moins favorisée que la majorité roumaine, était celle des Roms.

Tant que la renaissance culturelle roumaine, avant 1918, n'avait pas encore accompli son idéal (l'émancipation de tous les Roumains) le nationalisme roumain n'était pas particulièrement xénophobe, mais il l'est devenu avec la grande Dépression, la corruption endémique et la violence du régime carliste pro-occidental, et c'est ce qui a favorisé l'antisémitisme et la Garde de fer : Ioan Scurtu (coord.), Istoria Românilor Volume VIII (România Intregită 1918-1940), Editura Ştiinţifică şi Enciclopedică, Bucarest, 2016, 1008 p. .. Dans ce contexte, les « Légionnaires », souvent de jeunes paysans ou ouvriers, se voyaient eux-mêmes comme « l'essence de la nation » alors que les citadins occidentalisés les percevaient comme frustes et ignaresAlthough he was well aware of the disastrous condition of the Romanian peasantry, he refused to examine its causes. He wrote: There is no doubt that our peasantry is the most backward in all of Europe; in no other country, not even in Turkey has the peasantry been left so far behind as the peasantry in the Romanian kingdom. - Radu Ioanid, „Nicolae Iorga and Fascism”, Journal of Contemporary History, Vol. 27, (juillet 1992), , Sage Publications, Ltd.. La monarchie carliste en emprisonna beaucoup et en abattit quelques-uns lors de plusieurs incidents. Cela radicalisa les « Légionnaires » qui basculèrent dans la violence politique et raciste : en , Codreanu forma la branche paramilitaire et politique de la « Légion »D. Deletant, Springer, 2006, Hitler's Forgotten Ally: Ion Antonescu and his Regime, Romania 1940-1944, ..

Le , le Premier ministre libéral roumain Ion Duca interdit la Garde de fer. Ses membres se vengent en assassinant Duca le dans la gare de Sinaia.

Profitant de la crise économique et de l'ascension des fascismes dans toute l'Europe, la Garde de fer acquiert une aura de « martyre de la nation » ployant sous la corruption des élites internationalistes, et commence à séduire des électeurs (d'autant que n'étant pas athée, mais au contraire chrétienne affichée, elle ne choque pas les anciennes générations et notamment les anciens combattants). En 1937, elle devient le au Parlement, et le Premier ministre Octavian Goga accède à certaines revendications des « Légionnaires », formulées par d'autres électeurs aussi, en instituant un numerus clausus dans les universités, l'administration et l'armée, pour en limiter l'accès des minorités et favoriser celui des « roumains de souche ». Cette politique discriminatoire fut reprochée à la Roumanie par les Alliés bien qu'elle soit alors appliquée dans d'autres pays européens (Allemagne, Hongrie, Pologne, Italie, mais aussi Grande-Bretagne et France à leurs « indigènes » d'outre-mer) et dans plusieurs États des États-Unis. D'un autre côté, le gouvernement roumain continua à combattre la Garde de fer et en , le roi Carol II dissout le parlement où les députés « Légionnaires » formaient une minorité de blocage..

left|thumb|« Légionnaires » abattus, le lendemain de l'assassinat d'Armand Călinescu, sur ordre de la dictature carliste : la banderole proclame « ainsi finissent les assassins traîtres à leur pays », les fascistes étant considérés comme des « agents de l'Allemagne », tout comme les communistes étaient traités en « agents de l'URSS ».

Codreanu est arrêté et emprisonné en . Avec d'autres « Légionnaires », il est tué durant la nuit du 29 au , officiellement en tentant de s'échapper, en fait en représailles pour le meurtre d'un ami du ministre de l'intérieur Armand Călinescu.

Le , Călinescu devient le Premier ministre d'un nouveau gouvernement carliste. Il est assassiné le par des « Légionnaires » qui veulent « venger Codreanu »La Garde de fer, Synthèse nationale, coll. Samizdat, Paris 2005 [rééd. de Éditions Prométhée, Paris, 1938, éd. or. 1935], 458 p. Des représailles mutuelles s'ensuivent, une ambiance de violence et de guerre civile s'installe dans le pays. Des intellectuels prennent position, certains approuvant la répression contre la Garde de fer (Tudor Arghezi, Nicolae Iorga, Mihail Sadoveanu), d'autres défendant le mouvement même s'ils n'approuvent pas sa violence (Emil Cioran, Neagu Djuvara, Mircea Eliade).

Brève ascension

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Roumanie est officiellement neutre jusqu'en , mais conformément à son traité avec la Pologne, elle accueille le gouvernement, le Trésor et les troupes rescapées des invasions allemande et soviétique de ce pays, que les navires du Service maritime roumain amènent à Alexandrie, où elles rejoignirent les forces britanniques. Le pacte germano-soviétique du laissait aux Soviétiques le champ libre en Bessarabie et avec l'effondrement de la France, les garanties des Alliés signées le valaient encore moins que pour Varsovie. Aussi, malgré l'assassinat de Călinescu, le roi Carol II tente un rapprochement avec l'Axe.

Ce changement politique est perçu favorablement par les « Légionnaires » survivants. Le gouvernement d'Ion Gigurtu formé le est le premier à inclure un membre de la Légion. Mais au moment où le mouvement obtenait une part du pouvoir, la plupart de ses dirigeants avaient déjà été tués, à l'exception de Horia Sima qui succède à Codreanu.

Le , la « Légion » s'allia avec le général (futur maréchal) Ion Antonescu afin de former le gouvernement de l'« État national-légionnaire », qui força Carol II à abdiquer en faveur de son fils Mihai, et se rapprocha encore plus de l'Axe. La Roumanie rejoignit officiellement l'Axe en . Horia Sima devint le vice-président du conseil des ministres.

Une fois au pouvoir, la Légion augmenta la dureté de la législation discriminatoire instituée par le gouvernement Goga, en y introduisant de nouvelles mesures antisémites (entre-autres, la nationalité roumaine fut retirée à naturalisés après 1918).

gauche|vignette|Pogromistes fascistes roumains, membres de la Garde de fer, arrêtés par l'armée après le pogrom de Bucarest et la rébellion anti-gouvernementale, 1941

Elle lança en toute impunité une campagne de pogroms (118 juifs tués à Bucarest en .) et d'assassinats politiques. De plus, elle pratiqua le clientélisme, l'extorsion et le chantage dans de nombreux secteurs commerciaux et financiers, et imposa par la violence son contrôle sur les médias et dans le monde de la culture. Plus de soixante intellectuels, anciens dignitaires ou officiels sont exécutés à la prison Jilava sans être jugés. L'historien et ancien Premier ministre Nicolae Iorga ainsi que l'économiste Virgil Madgearu, également un ancien ministre, sont assassinés sans même le prétexte d'une arrestation.

Cependant, la Légion surestime sa puissance. Le elle tente un coup d'État militaire pour écarter Antonescu, jugé trop tiède, mais l'armée reste fidèle à ce dernier et la légion perd son rôle au sein du gouvernement, ainsi que sa protection. Horia Sima et de nombreux autres légionnaires se réfugient dans l'Espagne franquiste ou la France vichysteAprès que Sima ait d'abord été assigné à domicile en Allemagne, à Berkenbrück, près de Berlin.. D'autres sont accueillis en Allemagne nazie où la plupart sont assignés à résidence, mais quelques-uns, nazis convaincus ou ayant des origines allemandes s'engagent dans la Waffen-SSNorbert Spannenberger : Der Volksbund der Deutschen in Ungarn 1938–1945 unter Horthy und Hitler, Oldenburg 2005, (Seite 309), Mariana Hausleitner : Die Rumänisierung der Bukowina, Oldenbourg 2001, et Die Heranziehung der Rumänien-Deutschen zum Dienst in der Waffen-SS: von der ersten „1000-Mann-Aktion” bis zum SS-Abkommen des Jahres 1943.. Ceux restés en Roumanie sont emprisonnés.

Les militants de base de la Garde de fer sont amnistiés par le nouveau régime communiste après la Seconde guerre mondiale. La dirigeante communiste Ana Pauker doit reconnaitre qu'ils étaient « plus nombreux [qu’elle ne l’avait] imaginé, en particulier chez les ouvriers »..

Un mouvement fasciste ?