La , rebaptisée groupe fortifié Driant en 1919, est un fort de la seconde ceinture fortifiée de Metz, en Moselle. La est l’un des groupes fortifiés les plus vastes parmi les forts messins. Situé à l’arrière des lignes pendant la Première Guerre mondiale, il subit les assauts des troupes alliées à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le groupe fortifié Driant fut l’un des derniers forts à se rendre, à la fin de la bataille de Metz.
Contexte historique Pendant l’Annexion, Metz, dont la garnison allemande oscille entre au début de la période. et dépasse avant la Première Guerre mondialeL’Express, , du 18 au , dossier « Metz en 1900 », Philippe Martin., devient progressivement la première place forte du Reich allemand..
La complète la Seconde ceinture fortifiée de Metz composée des Festen Wagner (1904-1912), Kronprinz (1899-1905), Leipzig (1907-1912), Kaiserin (1899-1905), Lothringen (1899-1905), Freiherr von der Goltz (1907-1916), Haeseler (1899-1905), Prinz Regent Luitpold (1907-1914) et Infanterie-Werk Belle-Croix (1908-1914).
Le Groupe fortifié Kronprinz devait contrôler la vallée de la Moselle, donc l’axe de communication routier et ferroviaire entre Metz et Nancy, et la vallée de la Mance. Il faisait partie d’un programme de fortifications plus vaste, appelé « Moselstellung », et englobant des forteresses disséminées entre Thionville et Metz, dans la vallée de la Moselle. L’objectif de l’Allemagne était de se protéger contre une attaque française visant à reprendre l'Alsace et la Moselle à l’Empire allemand.
Conception d'ensemble Le système de fortification fut conçu pour s’adapter aux progrès grandissants de l’artillerie depuis la fin du . Basé sur de nouveaux concepts défensifs, tels que la dispersion et la dissimulation, le groupe fortifié devait constituer, en cas d’attaque, un barrage infranchissable pour les forces françaises. Le périmètre de protection du groupe fortifié est assuré par un ensemble de positions d’infanterie, de casernes fortifiées et de batteries d’artillerie, réparties sur une vaste superficie (134 hectares) et dissimulées par la topographie naturelle.
À partir de 1899, le plan Schlieffen de l’état-major allemand conçut les fortifications de la Moselstellung, entre Metz et Thionville, comme un verrou destiné à bloquer l’avance éventuelle des troupes françaises en cas de conflit. Ce concept de ligne fortifiée sur la Moselle constituait une innovation significative par rapport au système Séré de Rivières développé par les Français. Il inspira plus tard les ingénieurs de la ligne Maginot.
Construction et aménagements La Feste Kronprinz a été construite entre 1899 et 1905 dans le secteur sud des fortifications de Metz. Baptisé « Kronprinz » en l'honneur du prince impérial Guillaume de Prusse, il est inauguré le , par l'empereur Guillaume II en personne. Les ouvrages du groupe fortifié se répartissent sur , le site ayant une superficie totale de . Le fort pouvait abriter une garnison de .
L’ouvrage central, un bâtiment trapézoïdal de de base, abritait un générateur électrique, une infirmerie, des équipements sanitaires et différentes pièces annexes, dont le poste de commandement. Un parapet d’infanterie, avec abris de combat, protégeait les accès au nord. Alignées sur un axe nord-ouest—sud-est, cinq batteries, dont deux équipés d’obusiers de , d’une portée de , et trois de canons de casernement de , d’une portée de , assuraient la défense au sud-ouest de Metz. Ses tirs pouvaient se croiser avec ceux du groupe fortifié Verdun, construit en vis-à-vis sur la rive est de la Moselle. La cinquième batterie, ou « batterie de la Moselle », située à l’extérieur du périmètre protégé, flanquait le flanc sud du site.
Cinq casernes fortifiées, reliées par des souterrains aux différentes batteries, abritaient les troupes. Les soldats dormaient dans des dortoirs chauffés. Chaque caserne disposait de sanitaires et de l'eau courante. Cinq blockhaus en béton édifiés sur des points critiques complétaient ce dispositif. L’ouvrage disposait de seize coupoles d’observation et de de guet. L’ensemble des positions du fort était relié par de galeries souterraines.
Pour son énergie, le groupe fortifié disposait de cinq moteurs diesel de chacun. Un réseau de fils de fer barbelés, protégé par des mitrailleuses lourdes, ceinturait chaque point défensif. Chaque caserne était protégée par une enveloppe de terre à l’arrière, comme c’était déjà le cas à Plappeville ou à Queuleu, mais aussi et surtout par du béton armé, en façade et sur le dessus. Les ouvertures, portes, fenêtres et conduits de ventilation, étaient dotées de lourds panneaux de métal, pouvant être verrouillés. Dans les années 1930, tous ces ouvrages furent adaptés aux nouvelles exigences et réarmés par les Français.
Affectations successives À partir de 1890, la relève dans les forts est assurée par les troupes du XVI Corps d’Armée stationnées à Metz et à Thionville. Durant la Première Guerre mondiale, le fort sert de relais pour les soldats allemands montant au front, notamment à Saint-Mihiel et Verdun. Ses équipements sont alors à la pointe de la technique militaire.
En , le fort est occupé par l’armée française. Les groupes fortifiés du secteur restent actifs et s’intègrent dans le dispositif de fortification français de la Ligne Maginot, non sans avoir été soigneusement étudiés par les ingénieurs français.. C'est d'ailleurs au groupe fortifié Driant que furent tournées des images cinématographiques destinées à montrer aux Français ce qu'était la Ligne Maginot..
Après le départ des troupes françaises en , l’armée allemande réinvestit les lieux. Après 1945, le fort deviendra le polygone de destructionZone sécurisée permettant la destruction des munitions. des engins et munitions trouvés en Moselle. Toujours terrain militaire, son accès est encore formellement interdit. Afin de préserver et faire connaître ce patrimoine militaire, l’amicale du fort Driant présidée par Mr Noel Jacques souhaite néanmoins le rendre accessible au public..
Seconde Guerre mondiale Au cours de la bataille de Metz, le groupe fortifié Driant montrera tout son potentiel militaire et ses réelles qualités défensives. Sous-estimant les forces allemandes du secteur et la puissance de feu des forts de MetzSelon le général Friedrich von Mellenthin, officier à l’état-major du groupe d’armées G, la bataille de Metz « fut une suite d’erreurs provoquées, en grande partie, par un optimisme débordant exprimé par ceux qui dirigèrent les opérations » (« Objectifs atteints mais… », in Les années Liberté, Metz, 1994)., l’armée américaine tente d’établir une tête de pont sur la rive est de la Moselle, à hauteur de Dornot, au sud de Metz. Or le groupe fortifié Driant et le groupe fortifié Verdun dominent la vallée de la Moselle à cet endroit et peuvent couvrir de leurs tirs l’ensemble du secteur. En outre, les troupes de la Infanterie-Division et en particulier les aspirants de l’école d’officiers de Metz« Fahnenjunkerschule VI », puis « Schule VI für Fahnenjunker der Infanterie Metz »: École des officiers de Metz, sous les ordres du colonel Joachim von Siegroth, comptant environ . connaissent bien le terrain. Les combats autour du groupe fortifié Driant se dérouleront du au dans des conditions extrêmes.
Entre septembre et , le fort Driant, qui pouvait contenir une garnison de , accueillit successivement le et le Grenadier-Ersatz-Bataillone, le 1419 Festungs-Infanterie-Bataillon, le Aufklärungs-Abteilung, le Küsten-Artillerie-RegimentArtillerie-Ersatz-Abteilung 256 (Neustadt / Weinstraße)., des éléments de la Volks-Grenadier-Division, et au moins huit compagnies de Fahnenjunkern de l’école d’officiers de Metz. Ces troupes se relevèrent régulièrement entre septembre et . Dès le début de septembre, de nombreuses mines antichars et antipersonnel furent posées autour du groupe fortifié. Certains éléments des troupes qui constitueront la future Volksgrenadier division, et les élèves officiers de la « VI » de Metz, connaissaient bien le terrain pour l’avoir utilisé comme terrain de manœuvre. Cette connaissance du terrain facilitera les contre-attaques sur le secteur. Les troupes du groupe fortifié Driant organisaient en effet régulièrement des contre-attaques nocturnes, en direction du sud, harcelant de leurs tirs précis les troupes américaines, retranchées d'abord à Ancy-sur-Moselle, puis à Dornot. Ancy changera ainsi plusieurs fois de mains entre le 7 et le , avant de former avec Rongueville, un No man's land séparant les lignes ennemies.
thumb|250px|right|Bombardement du fort Driant par des P-47s du Tactical Air Command, le 27 septembre 1944. Pour sécuriser le secteur et contenir les troupes allemandes dans les forts de la ligne fortifiée West-Metz von Gallwitz, une opération militaire est montée dans les jours suivants par l’État-major américain. L’« opération Thunderbolt », coordonnant une attaque combinée au sol et dans les airs, est planifiée le . Grâce aux plans du groupe fortifié et aux conseils d’un officier françaisCapitaine du génie Nicolas, détaché auprès de la Infantry Division. Il commandera après la guerre le génie à Metz., une maquette du groupe fortifié Driant est réalisée pour préparer l’opération. Le , les chasseurs bombardiers du Tactical Air Force effectuent un raid aérien sur les forts de Metz, larguant des bombes au napalm de . Mais les fortifications bétonnées et enterrées résistent bien à cette attaque aérienne surprise. Le lendemain, , les obusiers de du Field Artillery Batallion préparent le terrain à deux compagnies d’assaut du Infantry Regiment de la division d’infanterie américaine, régiment dont les effectifs avaient été renouvelés depuis l’échec de l’attaque de Dornot. Face à des troupes allemandes exploitant au mieux le terrain et les fortifications, les troupes américaines n’arrivent pas à franchir les réseaux de fils de fer barbelés du groupe fortifié et se replient piteusement en fin de journée. Avant le , deux nouveaux raids aériens se montreront inefficaces pour déloger les soldats allemands, qui se terrent pendant les raids, et retrouvent leurs postes de combat aussitôt après.
Le , les troupes américaines arrivent à prendre l’un des cinq casernements du groupe fortifié. Les combats se poursuivent maintenant en surface et dans les tunnels de communication reliant les bunkers les uns aux autres. Grâce aux observatoires cuirassés, les tirs de mortiers et de mitrailleuses lourdes pouvaient être précisLes batteries resteront muettes faute de fusées adaptées aux obus de fabrication française. Ce détail important s’explique par la précipitation dans laquelle les forts ont été réarmés en août 1944., tant à l’extérieur du fort qu’à l’intérieur du périmètre fortifié. Les américains l’apprendront très vite à leurs dépens. Quatre des chars engagés par le Tank Battalion sont déjà hors de combat le premier jour. Cinq autres chars seront touchés par des Panzerfaust, dans la nuit du 3 au . Le jour suivant, les troupes américaines sont immobilisées en surface, incapables de prendre de nouveaux bunkers. Le , les troupes du Infantry regiment sont relevées par la Task Force Warnock, composée d’unités des et Infantry regiment, soutenues par le Tank Battalion et le génie. Face à ces troupes fraîches et bien armées, les soldats allemands, encadrés par des Junkern à la discipline de fer, tiennent tant bien que mal leurs positions. Une contre-attaque de fusiliers de la Grenadier Division, appuyés par deux chars type Jagdpanzer IV, est contrée au nord du site.