Amédée William Gourcy ThayerOn devrait prononcer [tεR], comme on le faisait à cette époque. (né le à Orléans (Loiret) - mort le à Paris), est un homme politique français, d'origine américaine, du .
Biographie
Les années de jeunesse Amédée Gourcy Wiliams Thayer nait à Orléans le 26 thermidor an VII (). Son père, James Williams, est citoyen américain (né lui-même le à Glocester dans ce qui allait être, vingt-cinq ans plus tard, l’état de Rhode Island, décédé à Paris le ) et sa mère Harriett Beck, est d’origine anglaise (née à Needham, Suffolk, le , décédée à Paris le )Archives départementales du Loiret, 4 NUM 234/15, état-civil d’Orléans, an IV, acte de mariage n° 62. Archives de Paris, état civil reconstitué, V3E/D 1400 et V3E/D 80 (documents consultés en ligne le 04/01/2023).
On raconte que James Thayer aurait obtenu du gouvernement français d’être indemnisé en assignats pour la perte d’une cargaison de denrées coloniales, saisie comme anglaise sous le Directoire. Cette somme lui aurait permis d’acquérir en 1800 l’ancien hôtel de Montmorency-Luxembourg, vendu comme bien national et déjà passé entre plusieurs mainsSALIQUET (Chanoine [Antoine]), La famille de M. Thayer, Châteauroux, Mellottée, 1913. On préfèrera la version donnée dans FITZGERALD (Desmond), Family notes, Boston, Merrymount Press, 1911 (lu en ligne sur Internet Archive le 13 mars 2019).. S’étant fait céder par un autre américain de ses amis, le célèbre Robert Fulton, le brevet d’invention qu’il avait déposé « comme importateur des tableaux circulaires appelés panoramas »Bulletin des lois n° 21, arrêté du 14 germinal an VIII (4 avril 1800). , il fait construire, sur les jardins de l’hôtel de Montmorency, côté boulevard Montmartre, deux rotondes où sont installés les panoramas, ainsi qu’un théâtre, le théâtre des Variétés. Il crée ensuite, entre la rue Saint-Marc et le boulevard Montmartre, un passage couvert où se succèdent des boutiques bien achalandées, le passage des Panoramas, qui existe toujours. Amédée et son frère cadet Edouard en héritent à la mort de leurs parents.
De confession protestante à l’origine, Amédée Thayer a pour précepteur le pasteur Jean-Albert Roux (1785-1852)Pasteur de la paroisse Sainte-Marie, dont le lieu de culte était le temple du Marais, 17, rue Saint-Antoine (voir http://base.huguenots-france.org)., puis il fait des études de droit, obtenant en 1822 d’être reçu avocat au barreau de Paris. En contact avec les milieux artistiques de la capitale, il développe toutes sortes de curiosités et de talents. Admis dans l’atelierSon premier portrait, conservé au musée Bertrand de Châteauroux, est un portrait « en costume d’atelier » exécuté par Joseph-Désiré Court, lui-même élève de Gros et Prix de Rome en 1821. du baron Gros (1771-1835), il se révèle un dessinateur habile ; il pratique aussi le chant en amateur. Le salon de sa mère, de tendance libérale sur le plan politique, accueille volontiers des personnalités des mondes littéraire et artistiqueJournal de Viennet, pair de France, témoin de trois règnes, 1817-1848, Paris, Amiot Dumont, 1955, p. 86-87. (dont le musicien Rossini).
Dès l’époque de sa jeunesse, Amédée Thayer s’attache aux grandes causes de son temps : celle des Grecs révoltés contre les TurcsIl participe à l’organisation du concert donné en leur faveur le 28 avril 1826 au Vauxhal, dont les répétitions sont dirigées par Rossini (Le Globe du 2 mai 1826 et Le Constitutionnel des 30 avril et mai 1826)., celle des opposants à la traite négrière (comme membre actif de la Société de la Morale Chrétienne)Lady Morgan, France in 1829-1830, London, Saunders and Otly, 1830..
À vingt-neuf ans, ayant refusé plusieurs beaux partis, il épouse le Hortense Eugénie Bertrand (1810-1889), la fille du général comte Bertrand et de la comtesse Fanny Bertrand, compagnons de Napoléon à Sainte-Hélène.
Sous la monarchie de Juillet et la Seconde République Lors des journées de juillet, Amédée Thayer fait partie de l’état-major de La FayettePETIT, Histoire de la Révolution de 1830, Paris, chez l’auteur, 1831., avec lequel sa famille est liée de longue date. Par la suite il est régulièrement élu officier dans la légion de la garde nationale de banlieue. Il est aussi en relation d’affaires avec le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans qui est le premier actionnaire de la Compagnie algérienne de colonisation, société en commandite créée le et dont la raison sociale est « A. Thayer et Cie »Bulletin des travaux de la Compagnie algérienne de colonisation 1834-1837, n° 1 (consulté en ligne sur Google books le 13 mars 2019). .
Le couple Thayer partage alors son temps entre séjour parisien, exigé par les activités d’Amédée Thayer, et voyages d’agrément en chaise de poste en Suisse (1829), dans le comté de Nice (1830-31 et 1831-1832), à Berlin (1833), Rome (1839-40), à Ems et dans la vallée du Rhin (1842), à Madère (1843-1844), en Italie du Nord (1845), souvent pour soulager la santé très fragile d’HortenseBESSE (Le Père Ludovic de), La fille du général Bertrand, Madame Amédée Thayer, Paris, 5, rue de la Santé, 1896.. Ayant rendu visite chez lui, à Köthen, à Samuel Hahnemann, le fondateur de l’homéopathie, Amédée entreprend de traduire l’Organon du médecin allemand, mais cette traduction ne parait jamaisFOURNIER (Denis), Bibliographie de Samuel Hahnemann, Montréal, 2014. .
En 1838, peut-être sous l’influence de sa femme, Amédée Thayer se convertit au catholicisme et, à compter de cette date, soutient avec ardeur les œuvres catholiques[BESSE (Le Père Ludovic de)], Monsieur Amédée Thayer, Paris, Lethielleux, 1869.. Dans la crise que traverse en 1845-1846 l’ordre bénédictin, restauré en France à Solesmes par Dom Guéranger (1805-1975), il trouve avec l’aide de ses amis une solution financière inespérée.
À cette époque les Thayer entretiennent une amitié très étroite avec Charles de Montalembert (1810-1870)On en trouve de nombreuses traces dans MONTALEMBERT (Charles Forbes, comte de), Journal intime inédit, Paris, CNRS, puis Champion, 1990 – 2009., dont ils partagent les engagements sous la monarchie de Juillet. Ils font en commun plusieurs voyages à l’étranger et l’orateur et homme politique, à l’issue des débats à la Chambre des pairs, passe volontiers ses soirées dans l’hôtel particulier des Thayer au 19, rue Saint-Dominique-Saint-Germain (hôtel de Béthune)LEFEUVE (Charles), Les anciennes maisons de Paris, rue par rue, maison par maison, Paris/Leipzig, 1875, tome 3, p. 431.. Ceux-ci jouent un rôle très actif dans la poursuite du combat que mène leur ami pour la liberté de l’enseignement, puis dans la préparation des élections de 1846. Ils ouvrent leur salon à de nombreuses personnalités catholiques (le père Henri Lacordaire, le père Xavier de Ravignan, l’abbé Charles-Eléonore Dufriche-Desgenettes, l’abbé Félix Dupanloup, Monseigneur Thomas Gousset, Monseigneur Pierre-Louis Parisis, les abbés Henri de Bonnechose, François-Alexandre de la Bouillerie, Emmanuel d’Alzon, Alphonse Ratisbonne, divers laïcs autour de Montalembert et encore le journaliste Louis Veuillot), en essayant de réduire les dissensions au sein du parti catholiqueBESSE (Le Père Ludovic de), La fille du général Bertrand, op.cit. .. En , voit le jour le « Comité électoral pour la défense de la Liberté religieuse », dont Amédée est le trésorier ou, pour mieux dire, le principal bailleur de fonds.
Jusqu’ici Amédée Thayer a exercé des responsabilités politiques comme maire de Drancy de 1836 à 1843Etat des communes à la fin du XIXe siècle – Drancy, Paris, Montévrain, 1898., ainsi qu’au conseil général de la Seine et, à ce titre, au conseil municipal de Paris, dont il reste membre, avec une courte interruption, de 1834 jusqu’à sa mort en 1868Il figure sur l’Album des membres du Conseil Municipal de la ville de Paris et Commission départementale de la Seine en 1864 consultable en ligne (http://parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/). . En 1848 il se présente à Chambre des députés, mais n'est pas éluSa profession de foi nous est parvenue, reproduite dans les colonnes du journal Le Constitutionnel du 30 mai 1848. . Lors des journées de juin il est chef du bataillon de la garde nationale de banlieue, et sa conduite lui vaut le la Légion d’HonneurDécret du 8 février 1850 (base Léonore, LH//2793/165). . Au lendemain de l’émeute, on le retrouveLe Mois, 1er avril 1849. (avec Montalembert et Victor Hugo !) dans le « comité de la rue de Poitiers » où les catholiques firent cause commune avec les conservateurs (légitimistes et orléanistes).
Le sénateur du Second Empire Gendre d’un général du Premier Empire et lié étroitement au parti catholique dont Louis-Napoléon veut conserver l’appui, Amédée Thayer est d’abord compris dans la liste des 80 membres de la « commission consultative » provisoire, censée élaborer la nouvelle constitutionDécret du 14 décembre 1851 publié dans Le Moniteur et cité dans Le Constitutionnel du 15 décembre 1851. . Un mois plus tard, le , en première page, Le Moniteur universel annonce sa nomination parmi les membres nommés à vie composant le Sénat. Le , il est promu officier de la Légion d'Honneur.
Les Thayer ont l’occasion alors de participer à la vie de cour du Second Empire et, dans les premiers temps, sont conviés fréquemment à Saint-Cloud, à Fontainebleau et à CompiègneTASCHER DE LA PAGERIE (Comtesse Stéphanie), Mon séjour aux Tuileries 1852-1858, Paris, Ollendorff, 1893.. Au palais du Luxembourg l’activité d’Amédée Thayer ne se dément jamais, dans le travail préparatoire en commissions et en sa qualité de rapporteur d’enquêtes sur des sujets très variés : son long rapport du , consacré à l’excessive mortalité des enfants placés en nourrice, est cité par les historiens actuels comme un exemple des questions très concrètes examinées par le Sénat impérialFrancis Choisel, « Les nouveaux-nés [sic] devant le Sénat impérial », Nouveaux Cahiers du Second Empire, , année 2008.. Membre du conseil général de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, ami de son fondateur Frédéric Ozanam, Amédée Thayer est le porte-parole d’une de ses très anciennes revendications, la question du repos dominical, intervenant en 1863 sans succès en faveur d’une pétition qui réclame la suspension des travaux le dimanche sur les chantiers de l’État[BESSE (Le Père Ludovic de)], Monsieur Amédée Thayer, annexes, p. 197-220.