Le Département du renseignement et de la sécurité (DRS) (en arabe : دائرة الاستعلام والأمن) était le service de renseignement algérien dissous en 2015..
Son existence remonte à la guerre d'indépendance, sous l'impulsion d'Abdelhafid Boussouf. Son rôle était alors de gérer les réseaux, tant nationaux qu'internationaux, ce service est du Ministère de l'Armement et des Liaisons générales (MALG).
Après l'indépendance de l'Algérie en 1962 et l'accession de Houari Boumédiène à la tête du pays en 1965, les services de renseignement algériens connurent une grande mutation au niveau de leur organisation interne, s'inspirant grandement du schéma de fonctionnement des services du bloc de l'Est. C'est ainsi qu'il leur a été attribué le nom de Sécurité militaire (SM) département dirigé par le directeur Kasdi Merbah avec comme missions principales, la lutte contre toute forme d'espionnage, la préservation de la sécurité intérieure du pays et la défense des intérêts vitaux de l'Algérie à l'étranger.
Il a été remplacé par le Département de Surveillance et de Sécurité (DSS) fin , département dirigé par le directeur du DRS, Bachir Tartag (jusqu'en "Le Général-major Athmane Tartag démis de ses fonctions", site de l'APS, 5 avril 2019), qui devient aussi ministre conseiller du président chargé des Affaires de sécurité. Un décret présidentiel non publiable a été signé par le président Bouteflika le de la même année. La nouvelle direction comprend trois départements chargés respectivement de la sécurité intérieure, de la sécurité extérieure et une direction technique.
Historique
Ministère de l'Armement et des Liaisons générales
thumb|350px|Les membres du MALG en Wilaya V durant la guerre d'Algérie, le colonel Boussouf est désigné sur la photo sous le et le futur colonel Boumediene sous le .
thumb|300px|Le MALG et son service des transmissions et d'écoutes durant la guerre d'indépendance.
Abdelhafid Boussouf, alias « Si Mabrouk », premier chef de la wilaya V et de l'armée des frontières, a pour conseiller et adjoint, à la fin de 1959, Laroussi Khalifa, alias Abdelhafid, fonctionnaire qui a rejoint le maquis en 1957. Ils mettent en place un système de surveillance et de répression durant la guerre d'indépendance ; ce système s'installe au cœur l'État-FLN et va en infiltrer peu à peu tous les rouages, civils et militaires.
C'est en 1956, à Nador (Protectorat espagnol du Maroc), qu'est créé dans la clandestinité, un premier service de transmissions et d'écoutes dirigé de main de fer par le colonel Boussouf, dont la mission est l’écoute des réseaux radio-électriques de l’ennemi. C’était suffisant pour une bonne informationEntretien avec Dahou Ould Kablia, ancien du MALG. TSA, du 23 septembre 2015.. La mission principale de ce service était alors de protéger les dirigeants nationalistes et les chefs de l'ALN des infiltrations et des manipulations des services français et qui deviendra plus tard le ministère de l'Armement et des Liaisons générales, connu sous le sigle du MALG. Un nombre restreint de cadres du MALG pilotaient à distance des réseaux de renseignement à l'intérieur du territoire national ou à l'extérieur. Puis la mission du MALG s'étend à la surveillance des membres du FLN eux-mêmes et, plus largement, au contrôle et à l'espionnage des populations. Les historiens l'appellent la « Tcheka algérienne ».
Après la création du GPRA (1958), le KGB accepte de recevoir dans ses écoles de formation des collaborateurs de Boussouf. Durant leur séjour à Moscou, ces derniers, pour la plupart des étudiants diplômés issus des classes moyennes et de la bourgeoisie qu'on appellera les « Boussouf boys » ou les « MALGACHES »Dénomination donné aux anciens du MALG, à ne pas confondre avec les Malgaches qui sont les habitants de l’île de Madagascar (membres ayant servi dans les rangs du MALG) apprennent les techniques de la mise en scène et de l'organisation « des provocations et des complots préventifs pour détruire l'adversaire ». Cette première promotion est connue sous le nom de code « Tapis rouge », ses membres vont former le noyau dirigeant de la redoutable future Sécurité militaire qui va devenir plus tard la colonne vertébrale de l'État naissant et ses membres vont reporter leur fidélité sur le colonel Boumediene surtout lors du putsch militaire contre Ben Bella en 1965.
Évolution des services spéciaux algériens
Les services spéciaux algériens disposent de plusieurs bases opérationnelles : au Maroc, en Égypte (jusqu'en 1959), en Tunisie et en Libye - où est installée la fameuse « base Didouche », abritant les archives du MALG. Cette base est composée d'une section « Renseignement, documentation et exploitation », dont la tâche est de recueillir, d'analyser et d'exploiter les rapports adressés par les agents opérant dans les pays étrangers.
Services spéciaux post-indépendance
La DST quittera l'Algérie le . Les services soviétiques s'installent alors pour encadrer ceux de la toute jeune Sécurité militaire algérienne. C'est le général Vadim Kirpitchenko aidé d'Andréï Zelenine, responsables du KGB et spécialistes du Maghreb qui sont alors chargé de former les Algériens aux services spéciaux.
Sécurité militaire (SM)
thumb|200px|Kasdi Merbah, chef de la Sécurité militaire de 1965 à 1978. Après l'indépendance du pays qui commence par la crise de l'été 1962 qui voit s'opposer le pouvoir civil et l'organe qui l'incarne, le GPRA et le pouvoir militaire à travers le « clan d'Oujda » et son État-major général (EMG) sous le commandement du colonel Houari Boumédiène, le transfert des archives du l'EMG et du MALG à Rocher Noir et Alger, et le ralliement des responsables du renseignement à Ben Bella contribuent à l'élimination de Boussouf, à la réorganisation des services confiée à Ben Cherif et à la création de la Sécurité militaire qui plus tard deviendra célèbre sous le fameux sigle SM, la grande majorité des éléments des services de renseignement du MALG a été reprise dès l’indépendance pour constituer le premier noyau de la sécurité militaire et qui sera confiée à Kasdi Merbah, un « Boussouf boys », enfant du MALG et adjoint au renseignement de l'EMG depuis 1960, technicien de la répression auprès de Boussouf, négociateur aux Rousses et à Évian, le commandant Kasdi Merbah est le fidèle soutien de Boumediene contre ses ennemis intérieurs : la protection de l’État naissant dirigé par un pouvoir issu d’un affrontement violent entre les ex-dirigeants du FLN lors de la crise de l'été 1962, Boumediene était beaucoup plus préoccupé par la menace intérieure. Jusqu'en , Kasdi Merbah est à la tête de la direction centrale de la sécurité militaire (DCSM), véritable police politique, qui contrôle la gendarmerie, la police et même l'économie par le canal du service PE de « prévention économique ». Soutien de Chadli en 1979, il est promu colonel, puis lui succède pour une courte durée le colonel Yazid Zerhouni dit Yazid, ancien ministre de l'intérieur et des collectivités locales (1999-2010).
Les BSP
Après le coup d'État, la SM deviendra la principale force d'intervention. Par ses fameuses cellules BSP, les (Bureaux de sécurité et de prévoyance (BSP) qui deviendront l'œil de l'État-FLN avec ces agents, elle pénètre alors l'administration, la police, le FLN, les médias, les entreprises d'État, tout en assurant l'organisation de l'espionnage et du contre-espionnage et la supervision d'un réseau d'indicateurs pour tester la population à l'égard du régime. La SM s'attache aussi à lutter contre les communistes et la gauche du FLN-pour contrôler les syndicats dont l'UGTA, le mouvement étudiant et l'Union des femmes (1965-1967), puis contre les partisans du colonel Tahar Zbiri (chef d'État-major de l'ANP qui tenta un putsch en 1967) et de Krim Belkacem (l'un des dirigeants historiques de l'insurrection). L'épuration de la résistance intérieure, jusqu'alors limitée, s'amplifia. La SM en profitera pour récupérer d'anciens cadres des wilayas, comme elle l'avait fait avec le FFS et le PRS, et en fit des agents, ce qui décupla son efficacité. Mais il faut souligner que cela concerne essentiellement les anciens maquisards qui persistaient à croire, malgré leurs déconvenues, qu'il n'y aurait de changement possible qu'avec le soutien des appareils et de l'arméeHistoire secrète de l'Algérie indépendante - L’État DRS, Mohamed Sifaoui, Nouveau monde éditions, 2012, .
Liquidation des opposants par la Sécurité militaire
Réorganisation de la SM et la création du DRS
Le , à l'occasion des commémorations de l'indépendance du pays, Khaled Nezzar, un ancien « DAF », est promu général-major et devient ministre de la Défense. La sécurité militaire après avoir été fractionnée et fragilisée durant la décennie 1980 sera réunifiée juste après la démission du général Betchine. Le , ses différentes branches sont réunies et centralisées au sein d'un organisme unique baptisé Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). La présidence de la république sous Chadli Bendjedid perd tout contrôle sur la branche civile de la SM, elle sera placée sous la seule responsabilité du ministre de la défense, le général major Khaled Nezzar qui confiera le DRS au colonel Mohamed Mediène dit « Toufik » (promu général peu après) et qui sera le nouveau patron du Département du renseignement et de la sécurité .
Les trois grands services suivants sont désormais dirigés par Mohamed Mediène :
La Direction du contre-espionnage (DCE), dispose d'un service action, le centre de recherche et d'investigation (CRI) à Ben Aknoun, intitulé ANTAR, dirigé par le colonel Farid Ghobrini. La mission première de la DCE, contrairement à son intitulé officiel, est de surveiller et d’infiltrer la société. Elle comporte plusieurs services et sous-directions La Direction centrale de la sécurité de l'armée (DCSA ) a été assurée par le général Betchine, puis par Kamel Abderahmane jusqu'en 1995. Cette direction est en principe spécifiquement militaire et est chargée de la protection des forces armées contre les menées subversives. La Direction de la documentation et de la sécurité extérieure (DDSE) a été dirigée par le général Saïdi Fodhil, avant qu'il ne soit assassiné en 1996.
Le DRS gère aussi un grand nombre d'organismes subordonnés :
La Direction de la sécurité intérieure (DSI), chargée des écoutes téléphoniques, des volets contre-espionnage et de la lutte contre la subversion, considérée comme la colonne vertébrale du DRS. C'est le général Bachir Tartag, surnommé « le bombardier » et ex-patron du CPMI, qui a été désigné le pour diriger cette importante structure de renseignement en remplacement du général Abdelkader Kherfi, alias « général Ahmed ». Le Centre territorial de recherche et d'investigation (CTRI), situé à Blida, sa mission était l'espionnage et l’infiltration des maquis islamistes durant la décennie noire. L'un de ses membres les plus célèbres est l'adjudant Adelkader TighaAbdelkader Tigha & Philippe Lobjois : Contre-espionnage algérien : Notre guerre contre les islamistes, Ed : Nouveau Monde, 2008, qui est chargé dès 1996 de la lutte contre les terroristes islamistes. Réfugié actuellement aux Pays-Bas. Le Groupement d'intervention spécial (GIS), fut dirigé par le colonel Abdelkader Khemane puis par le commandant Hamou, après la mort du commandant Abdelrahmane. Le GIS a été créé en 1987, avec un encadrement militaire et un personnel de police. Sa mission était plutôt offensive. À partir de , il sera engagé dans la lutte antiterroriste et ses effectifs seront renforcés (environ 300 hommes). Des brigades d’intervention du GIS seront installées près de certains points névralgiques du pays, à Boufarik, près de la base aérienne, à Alger, à Blida. Lambarek Boumaarafi, l'assassin du président Mohamed Boudiaf, en faisait partie. Le Service de coordination opérationnel et de renseignement antiterroriste (SCORAT) La Direction générale de la Sécurité et de la Protection présidentielle (DGSPP) est dirigé par le commandant Hadjres.