L'église Saint-Sulpice de Fougères est une des églises paroissiales de Fougères, située au pied du château de Fougères, à l'extérieur des remparts de la ville. Le culte catholique y a lieu tous les samedi dans cette église, la messe à 11h00 et les confessions de 10h00 à 11h00.

Élevée entre les douves du château et l'ancien cours du Nançon, dans le quartier médiéval des tanneurs, elle constitue le cœur du bourg-vieil (ville-basse), par opposition à l'église Saint-Léonard, sise dans le bourg-neuf (ville-haute) qui se développa à partir du Philippe Bonnet et Jean-Jacques Rioult, Dictionnaire guide du patrimoine. Bretagne, Éditions du patrimoine, Paris, 2002, 531 p., , .. Élément majeur du patrimoine fougerais, l'église Saint-Sulpice a fait l'objet d'une mesure de classement au titre des monuments historiques le .

Histoire Des débuts incertains vignette|redresse|Saint Sulpice Sévère, statue ornant le maître-autel de l'église. La fondation de la paroisse Saint-Sulpice est intimement liée à la naissance de la ville de Fougères, autour de son château, lequel est attesté dès le . Édifié sans doute sur le territoire de la paroisse de Saint-Martin-des-Champs (Lécousse), ce dernier comportait une chapelle castrale, placée sous l'invocation de Sainte-Marie, qui ne tarda pas à s'avérer insuffisante pour les besoins de la communauté naissante qui se regroupait alors au pied du rocher de la couarde. Aussi, les barons de Fougères favorisèrent-ils la construction de la première église paroissiale de Fougères, placée sous le patronage de Sulpice Sévère, biographe de l'apôtre des Gaules Saint-MartinBernard Heudré, Saint-Sulpice de Fougères, Imprimerie IM'AT, Fougères, 1991, 32p., p.5..

Les seigneurs de Fougères permirent également l'établissement d'un prieuré bénédictin à proximité de la place du Marchix, le prieuré de la Trinité, lequel dépendait de l'abbaye tourangelle de Marmoutiers qui se vit confier de surcroît l'administration de la paroisse vers 1075. L'évêque de Rennes, ordinaire des lieux, ayant autorisé la translation du culte paroissial dans l'église conventuelle en 1155, plus de trois siècles de difficultés devaient s'élever entre paroissiens et religieux quant au maintien de la paroissiale originelle. Finalement, la cure resta à la présentation de l'abbé de Marmoutiers pendant tout l'ancien régime et l'église actuelle remplaça à partir du l'édifice antiqueChanoine Amédée Guillotin de Corson, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Rennes, Fougeray et Paris, René Haton, 1880-1886, 6 vol. in-8° br., couv. impr. (disponible sur Gallica)..

Un chantier laborieux La construction de l'actuelle église Saint-Sulpice s'est étalée sur près de quatre siècles, de 1380 à 1760. Les travaux ont consisté en une suite d'agrandissements de l'église vers l'ouest (collatéraux et façade occidentale), puis dans le remplacement des parties orientales par un chœur, beaucoup plus vaste, les englobant. La nef présente ainsi certaines irrégularités de plan et d'élévation induites par la conservation temporaire de dispositions antérieures, et le style gothique flamboyant originel s'est quelque peu simplifié et affadi avec le temps. vignette|redresse|Façade septentrionale de l'église. Les décrochements des toitures des nefs et les gabarits différents des chapelles attestent de la lenteur des travaux et du défaut d'un projet directeur. L'édifice qui a été remplacé occupait le chœur actuel. Simple nef accostée d'un clocher et d'une sacristie formant transept, il avait été probablement été allongé vers l'ouest d'une simple nef au cours du Chanoine Turmel, Église Saint-Sulpice, Bulletins et mémoires de la société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, Imprimeries de la Chronique, Fougères, Tome II, 1958, p.41-48, p.41.. Celle-ci fut progressivement entourée par une couronne de chapelles en partant du transept, vers l'ouest : édification de la chapelle des tanneurs, au sud, vers 1380 ; construction de la grande-chapelle Notre-Dame, au nord, consacrée le ; prolongement du chœur, en 1412, dont l'abside fut remplacée par un chevet plat ; érection de la chapelle Paël, au nord, initialement séparée de la grande-chapelle mais qui y fut jointe entre 1450 et 1462 ; réalisation au sud des chapelles Saint-Sébastien (v.1420, mais relevée en 1516), Sainte-Hélène et du clocher (de 1469 à 1490) ; établissement au nord de la petite-chapelle Notre-Dame et de la chapelle Saint-Damyn (de 1495 à 1503), puis du pignon occidental.

Les travaux de la nef ne furent véritablement terminés qu'en 1546 et le chœur fut alors entrepris sous la houlette de Michel Thouroude, maître-d'œuvre. Interrompus par la peste qui sévît dans la région fougeraise à partir de 1562, ils ne devaient être repris et conduits à terme qu'au , de 1747 à 1760Bernard Heudré, Saint-Sulpice de Fougères, Imprimerie IM'AT, Fougères, 1991, 32p., p.11..

Le culte de Notre-Dame-des-Marais vignette|redresse|Invention de la statue de Notre-Dame-de-Marais, détail du vitrail de la légende de Notre-Dame-des-Marais. Saint-Sulpice, outre qu'elle fut avec Saint-Léonard et Saint-Pierre de Rillé l'une des trois églises paroissiales de Fougères sous l'ancien régime, abrita le culte de Notre-Dame-des-Marais, lequel perdure encore de nos jours. La tradition veut que la statue de Notre-Dame-des-Marais ait-été vénérée dès le dans la chapelle castrale Sainte-Marie et qu'elle ait disparu après la prise du château de Fougères par Henri II Plantagenêt en 1166. Elle aurait été exhumée à l'occasion de la reconstruction de l'église Saint-Sulpice, au tournant des . Un vitrail du chœur relate cette légende.

La statue actuelle, en pierre de Caen, paraît remonter au , mais une restauration du rend incertaine sa datation. Objet de la dévotion des fidèles fougerais, elle fut installée dans un premier temps dans la grande-chapelle Notre-Dame construite afin de l'accueillir. Cependant, désireux de l'apercevoir en permanence, les fougerais la placèrent dans un édicule de bois, à l'extérieur de Saint-Sulpice, en avant de la petite-chapelle Notre-Dame. Cachée à la Révolution, la statue rejoignit ce chapitret jusqu'à la construction d'une chapelle néogothique au même emplacement en 1872Chanoine Amédée Guillotin de Corson, Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, Rennes, Fougeray et Paris, René Haton, 1880-1886, 6 vol. in-8° br., couv. impr... Cette annexe fut détruite après la seconde guerre et Notre-Dame-des-Marais a rejoint depuis le retable de granite de la grande-chapelle qui avait été édifiée à son intention.

La statue est entourée d'une vénération particulière de la part des Fougerais. Portée en procession en 1855 après la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception ou lors de la mission de 1900, Notre-Dame-des-Marais a été couronnée le par le cardinal Charost. Le pardon se tient chaque année le premier dimanche d'octobreHistoire et pardon de Notre-Dame-des-Marais sur le site des Sœurs de Rillé.

Le dimanche , cette statue classée est détruite par un individu filmant son acte de vandalisme avant de le poster sur youtubeArticle paru dans Chronique républicaine le 2 mars 2021..

L'édifice Extérieurs Au cœur de l'enclos Étienne de Fougères, ancien cimetière, Saint-Sulpice dresse sa masse irrégulière et singulière, fruit d'une construction quelque peu chaotique et laborieuse. L'utilisation continue de matériaux de construction d'extraction locale (granite et ardoise), la qualité de la stéréotomie, l'abondance de la décoration sculptée, ont permis de tempérer cette première impression de manque d'homogénéité.

La partie occidentale procède du modèle d'église en vogue en Haute-Bretagne aux : large vaisseau principal aveugle accosté de collatéraux à pignons multiples. Contreforts sommés de pinacles, gargouilles, toitures indépendantes et gabarits différents des chapelles animent les trois façades tandis qu'un clocher d'angle, de section carrée, présente un étage des cloches achevé par quatre pignons et coiffé d'une flèche en ardoises effilée que cantonnent quatre clochetons.

Par opposition, le chœur de trois travées, terminé par une abside à pans coupés renfermant la sacristie, abandonne cette disposition. Chœur et chapelles sont alors regroupés sous un toit unique et un petit campanile de section hexagonale orne la croupe de l'édifice. Nonobstant son achèvement au , le chœur offre de nombreux éléments sculptés attestant d'un projet entrepris dès le mais terminé tant bien que mal 150 ans plus tard avec force simplifications et économies. Ainsi des représentations des sept péchés capitaux (orgueil, avarice, luxure, gourmandise, envie, paresse et colère) sont sculptées sur les contreforts extérieurs, la fée Mélusine figure au droit de la porte sud, et une gargouille dite "le satyre" occupe l'un des angles du chevet.

Intérieur vignette|redresse|Voûtement de la nef, en douvis puis octopartite, avec ogives, liernes et blochets. L'église est composée d'une nef de quatre travées, accostée de collatéraux, et d'un chœur à chevet plat présentant trois travées bordées de chapelles latérales, lesquelles communiquent entre elles par des portes à arc surbaissé. La séparation entre l'espace sacré et celui dévolu aux laïcs est profondément marquée. Un arc triomphal souligne l'entrée du chœur, lui-même surélevé d'une marche par rapport à la nef. Le développement des collatéraux est stoppé net au niveau de la quatrième travée par de monumentaux retables en granite datant du . Les styles architecturaux différents de la nef et du chœur, le mobilier abondant et les riches lambris du chœur, la table de communion, concourent à singulariser l'espace oriental, témoignage certain de la revalorisation de la fonction sacerdotale et de la promotion du culte eucharistique après le concile de Trente.

Le vaisseau central de la nef présente une élévation à un étage. De grandes arcades ogivales pénétrant directement dans des piliers octogonaux portent sur les trois premières travées un douvis maintenu par des tirants et arbalétriers. La quatrième travée, formant pseudo-transept avec la grande-chapelle Notre-Dame et celle des tanneurs, est coiffée d'une voûte en bois octopartite présentant ogives, liernes et blochets sculptés d'anges. L'éclairage est assuré indirectement par les collatéraux issus de la fusion de chapelles aux gabarits différents, ce qui a induit le désaxement des piliers rythmant la nef principale.

Le chœur présente une structure plus classique. Six arcs plein cintre portent une voûte de bois, en berceau, ornée de peintures ainsi que les écoinçons des arcades. Les chapelles, coiffées de demi-berceaux, sont séparées par des murs de refend percés de petites portes surbaissées. Seules les fenêtres ogivales attestent de l'origine gothique de cette partie de l'édifice terminée au .

Vitraux L'ensemble de la vitrerie de Saint-Sulpice a été réalisé entre 1885 et 1926 à l'exception de cinq fragments de vitraux datant de 1558, attribués au maître-verrier fougerais Pierre Symon et ayant trait à la crucifixion du ChristFrançoise Gatouillat et Michel Hérold, Les vitraux de Bretagne, Collection "Corpus Vitrearum", Vol. VII, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2005, 367p., .. Pour autant, sans être classées, les baies de l'église présentent un intérêt certain tant du point de vue de l'art que des dévotions auxquelles elles se rapportent. S'y sont essentiellement illustrés des ateliers parisiens (Lavergne et fils, Henri-Charles et Emmanuel Tournel, Leon Payan et J. Guyonnet (1902)), ou encore les Lavallois Ludovic Alleaume et Auguste Alleaume.

L'église possède des vitraux du début du , notamment le vitrail patriotique de Jeanne d'Arc, vaste composition qui intègre à la foule du cortège trois poilus : ce vitrail fut offert à la paroisse par des familles fougeraies qui avaient perdu leurs fils pendant la Première Guerre mondiale.

Mobilier vignette|redresse|Aménagement liturgique du chœur, de style rocaille, exécuté de 1757 à 1774.