thumb|alt=Carte géographique montrant l'emplacement approximatif de l'épicentre du tremblement de terre|Localisation approximative de l’épicentre). thumb|alt=Photographie prise depuis un satellite, montrant la région du détroit de Douvres.| Vue satellitale du pas de Calais.
Le séisme de 1580 dans le pas de Calais (parfois nommé « tremblement de terre de Londres » par les Britanniques, bien que Londres n'est pas la ville qui a été la plus touchée), a eu lieu le à 16 h et a été ressenti en France jusqu'en Normandie, en Belgique actuelle et en Angleterre. On situe aujourd’hui l'épicentre de ce séisme dans le pas de Calais, près de Douvres. C'est l'évènement sismique ancien qui a le plus marqué les chroniqueurs, le plus destructeur et important probablement pour l'Angleterre, l'Ouest de la Belgique et le Nord de la France (pour la période « historique »).
Bien que les séismes sévères soient rares dans le Nord de la France, en Belgique et au Sud du Royaume-Uni, les secousses légères sont relativement fréquentes, avec un événement de magnitude 5 ou plus tous les huit ans environ. Il n'y a pas de corrélation entre la géologie de surface et la position et l'intensité des tremblements de terre répertoriés au Royaume-Uni, en Belgique et dans le Nord de la France. En moyenne, au Royaume-Uni survient un séisme de magnitude 3,7 ou plus par an, de magnitude 4,7 ou plus tous les dix ans et de magnitude 5,6 ou plus tous les cent ans.
Enjeux historiques et contemporains Ce type d’évènement intéresse les géologues et les historiens, mais également les prospectivistes et les aménageurs.
Le séisme du a par exemple été réétudié lors de la construction de la centrale nucléaire de Gravelines, puis du tunnel sous la Manche.
À l'occasion d'études récentes, son épicentre a été localisé près du prolongement de l'extension en mer de la « zone de cisaillement de l'Artois », une importante structure tectonique ancienne (varisque) qui traverse le pas de Calais. Ceci suggère que cette structure est peut-être encore active (ou certains de ses segments de faille), et qu'elle est donc une source potentiellement sismogénique pour l'avenir proche, de même que dans la zone terrestre des collines de l'ArtoisBruno Minguely, Olivier Averbuch, Marie Patin, David Rolin, Franck Hanot, Françoise Bergerat (2010), Inversion tectonics at the Northern Margin of the Paris Basin (northern France): new evidence from seismic profiles and boreholes interpolation in the Artois Area ; Bulletin de la Société Géologique de France 181, 5 (2010) 429-442 ; HAL : hal-00537837, version 1 (résumé/archives ouvertes) ou susceptible de se réactiverJ.L. Mansy, L. Csontos, D. Rolin, F. Hanot, Françoise Bergerat 1, D. Vachard (2003), Variscan structures and their reactivation in Artois (NE France) ; AGU-EUG-EGS Joint Assembly (EAE03, Nice, 6-11 avril 2003 : France (2003) (Lien sur « Archives ouvertes ».
Plus au nord, en avril 2010, sur une zone d'environ centrée au large face à la commune de Sangatte, une campagne d'acquisition de données bathymétriques (par « sismique de réflexion multifaisceaux ») a été conduite. Elle visait notamment à affiner l'évaluation de l'activité tectonique récente dans la zone supposée « épicentrale » du tremblement de terre de 1580.
Elle a mis en évidence une importante structure monoclinale orientée du sud-est (où elle est plus large) vers le nord-ouest (où elle évoque sur la grille sismique une ligne de failleDavid Garcia Moreno, Koen Verbeeck, Kris Vanneste, Rindert Janssens, Willem Versteeg, Hervé Jomard & Matthias Baeye (2011), “Seeking the source of the 1580 dover-strait / pas-de-calais earthquake” Forum GeoReg 23-27 Oct. 2011, Villeneuve d'Ascq voir page 33/154 du résumé du Forum GeoReg 23-27 Oct. 2011, Villeneuve dʼAscq).
Sur le plancher océanique, la crête de ce monoclinal se superpose avec une crête NW-SE recoupant la zone d'étude entière. Cette crête correspond à une unité sismique remontante et affleurante caractérisée par une réflectivité supérieure à celle des couches qui lui sont sous-jacentes ou qui la recouvrent. Elle résulte probablement d'une érosion différentielle. Les caractéristiques et la continuité de ce monocline suggèrent qu'il pourrait être l'expression en surface d'une faille aveugle profonde, mais cette hypothèse n'a pas pu être confirmée ou infirmée raison de la trop faible pénétration de la sismique. Les auteurs n'ont pas trouvé de preuve claire d'une déformation récente enregistrée par la morphologie des fonds marins ou les dépôts quaternaires, mais dans cette région exposée à de forts courants et une eau très turbide les observations sont difficiles.
Situation et ampleur Le British Geological Survey a estimé l'ampleur de cet évènement à 5,7 à 5,8 (en magnitude). Les estimations vont de 5,3 à 6,9 sur l'échelle ouverte de Richter et de VII à IX sur l'échelle de Mercalli. Il pourrait être expliqué par la présence d'une faille qui coupe l'Angleterre et le détroit jusqu'en FranceSeismicity and earthquake hazard in the UK.
Le séisme, relativement profond est survenu sans signes annonciateurs et a été ressenti sur un vaste territoire (jusqu'à York, Paris et Cologne), et on n'est pas certain de la position de son épicentre. La mer a été très agitée secouant les navires et provoquant des inondations.
Une étude menée dans le cadre de la conception du tunnel sous la Manche a estimé l'ampleur (magnitude) du tremblement de terre de 1580 comprise entre 5,3 et 5,9. Son hypocentre aurait été situé à environ 25 (entre 20 et 30) km de profondeur dans la croûte terrestreP.M. Varley ; Seismic risk assessment and analysis contribution ; Ed : Colin S. ; Engineering geology of the Channel Tunnel ; 1996 ; Ed : Thomas Telford pages=195–8 ; .
Cette étude a proposé trois emplacements possibles : deux au sud de Calais et un localisé sous l'eau dans le Nord de la Manche : le barycentre de la carte isosismique a été situé dans le Boulonnais (à à l'est de Desvres) ; pour les intensités IV à VII, il a été situé à environ au nord d’Ardres dans l’actuel département du Pas-de-Calais ; l'intensité VII il est placé sous la mer, dans la partie anglaise du pas de Calais, non loin de Douvres.
Origine géotectonique L'étude des témoignages concernant les dégâts a permis de reconstituer grossièrement des lignes isoséistes dont l’intensité maximale est de VIII à IX, situant l’épicentre dans le pas de Calais. La ligne isoséiste d'intensité maximale forme un ovale très aplati, qui laisse penser que la faille qui a joué lors de ce séisme était orientée perpendiculairement au détroit, ce qui correspond à la direction des failles hercyniennesLe séisme du Pas-de-Calais du 6 avril 1580 (CRDP, Académie d'Amiens) avec carte des isoséistes du séisme du 6 avril 1580 extraite de la revue La Recherche, , septembre 1995..
Témoignages Bien que les archives régionales aient beaucoup souffert des guerres et vicissitudes de l’Histoire, ce tremblement de terre est assez bien documenté car cité par plusieurs chroniqueurs connus de l’époque, après un autre tremblement de terre destructeur, celui de 1382, également situé dans le Sud de l'Angleterre et en FlandreTremblements de terre au Royaume-Uni. Un des documents connus est la « lettre du séisme » écrite par Gabriel Harvey au poète Edmund Spenser, se moquant des méthodes populaires et académiques de la comptabilité des séismes. Ce tremblement de terre s'étant produit lors de la semaine de Pâques, il a été perçu par certains comme de mauvais augure, ce qui n'a pas échappé au poète James Yates, qui a écrit dix strophes sur le sujet (poème imprimé en 1582 dans un ouvrage intitulé The Castell of CourtesyYates James, « Les versets écrits pour un souvenir de la suffisance de tremblement de terre qui a eu lieu le mercredi 6 avril 1580 entre 5 et 6 heures de la nuit du même jour ».
Oh sudden motion, and shaking of the earth, No blustering blastes, the weather calme and milde: Good Lord the sudden rarenesse of the thing A sudden feare did bring, to man and childe, They verely thought, as well in field as Towne, The earth should sinke, and the houses all fall downe. Well let vs print this present in our heartes, And call to God, for neuer neede we more: Crauing of him mercy for our misdeedes, Our sinfull liues from heart for to deplore, For let vs thinke this token doth portend, If scourge nere hand, if we do still offend. L’écrivain anglais Thomas Churchyard, alors âgé de 60 ans, était à Londres lors du tremblement de terre. Il en a rédigé un compte-rendu immédiat, publié deux jours plus tard, malgré le fait que ce soit un « vendredi saint ».
Dans sa biographie de 2007 relative à Richard Hakluyt, l'historien Peter C. Mancall cite de longs extraits d'un pamphlet de Churchyard publié le , extraits d’une brochure, A Warning to the Wyse, a Feare to the Fond, a Bridle to the Lewde, and a Glasse to the Good; written of the late Earthquake chanced in London and other places, du , pour la Gloire de Dieu et au profit des hommes, en vers et prose, par monsieur Thomas ChurchyardMancall, Peter C. Hakluyt's Promise: An Elizabethan's Obsession for an English America (Yale University Press: 2007) .A Warning to the Wyse cite dans Google Books: Journal of the Royal Statistical Society, volume 41 (Londres, mars 1878), ; consulté le ;]
Mancall note que le pamphlet de Churchyard traduit l’impression d'urgence qui fait souvent défaut dans l'écriture rétrospective. Le tremblement de terre a pu être très bien perçu partout à travers la ville de Londres et dans les banlieues, comme « un mouvement merveilleux et tremblement de la terre » qui a secoué tout Londres, ses églises, palais, maisons. Les bâtiments ont tremblé et étaient secoués de telle sorte que ceux qui étaient alors présents et debout vacillaient et que ceux qui étaient assis étaient précipités hors de leur siège. Plusieurs auteurs contemporains évoquent une annonce de fin du monde.
Le public anglais était impatient de lire des choses sur le tremblement de terre ; quelques mois après l’évènement, Abraham Fleming publiait une série de comptes-rendus sur le « tremblement de terre de Pâques », incluant les notes écrites par Thomas Churchyard, ou celles de Richard Tarlton (décrit comme le clown de l’écriture de l'époque de Shakespeare), Francis Schackleton, Arthur Golding, Thomas Twine, John Philippes, Robert Gittins, et John Grafton, en plus du propre compte-rendu de Fleming lui-même. Le travail de Flemming, publié par Henry Denham le était intitulé : cité dans : Richard Tarlton and the Earthquake of 1580, par Lily B. Campbell ; The Huntington Library Quarterly, vol. 4, , avril 1941, ; consulté le .
En Écosse, les documents relatifs au tremblement de terre ont troublé l’adolescent Jacques VI, à qui l’on a fait croire que c'était l'œuvre du Diable« It being reported to the King that the Master of Gray his house did shake and rock in the night as with an earthquake, and the King (then 14 years old) interrogated David Ferguson, Minister of Dunfermline, what he thought it could mean, that the house alone should shake and totter, he answered, 'Sir, why should not the Devil rock his awn bairns? » (John Row, History of the Ki09-ouprk of Scotland (Édimbourg, 1840), cittaion extraite de Ebenezer Henderson, The Annals of Dumferline (En ligne).
Impacts thumb|Château de Saltwood, rendu inhabitable par le tremblement de terre, jusqu'à ce qu'il soit réparé au (ici dessiné en 1830). thumb|L'église Saint-Pierre de la ville de Sandwich, endommagée par le tremblement de terre, puis restaurée. thumb|upright|Actuelle falaise de craie de Douvres (White Cliffs), qui a aussi subi un effondrement en 1580.
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