Le siège d’Orléans est un épisode majeur de la guerre de Cent Ans. Les Anglais sont près de prendre Orléans, verrou sur la Loire protégeant le sud de la France. La ville, défendue par Jean d'Orléans, est sauvée dans les premiers jours de par l'intervention de Jeanne d'Arc, qui renverse le cours de la guerre.
Contexte Alors que les Anglais tiennent la moitié nord du royaume de France, le roi garde le sud qui lui est resté fidèle. La Loire marque la frontière entre les zones françaises et anglaises. De rares ponts subsistent : Angers (défendu par son château et appartenant à René d'Anjou et servant de place stratégique à Yolande d'Aragon), et Orléans (comptant La guerre de Cent Ans, Georges Minois, Perrin 2008, . et puissamment fortifiée). Pour étendre leur contrôle au Sud de la Loire, les Anglais sont obligés d'attaquer ces deux villes.
Déroulement du siège vignette|gauche|La blessure mortelle de Thomas Montagu, comte de Salisbury, lors du siège d'Orléans. Enluminure du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de , vers 1484, BnF. Le siège proprement dit est précédé, au cours de , de la prise par les Anglais de nombreux bourgs beaucerons entre Orléans et Paris, comme Angerville, Toury, Artenay ou Patay. L'encerclement progressif se poursuit en septembre et octobre par la prise de places fortes commandant la traversée de la Loire telles que Meung, Jargeau, Châteauneuf et Sully. Le village d'Olivet, au sud d'Orléans sur la route de Bourges, tombe le . Le , les Orléanais peuvent encore sortir de la ville et assurer sa mise en défense par la démolition d'une arche du pont des Tourelles et du couvent des capucins situé à proximité de son extrémité sud. Le véritable siège commence les 23 et après la prise par les Anglais du « boulevard » et du fort des Tourelles commandant l'accès sud du pont et leur installation dans les ruines du couvent des capucins..
Le soir du , le comte de Salisbury, Thomas Montaigu, vient inspecter la forteresse conquise par ses troupes. En montant à l'une des tours, il reçoit un boulet de canon tiré par les Orléanais depuis la tour Notre-Dame. Touché à la tête, il meurt quelques jours après.
Entre le et le , les Orléanais commandés par le bailli Raoul de Gaucourt, achèvent la mise en défense de la ville par la démolition de l'ensemble des faubourgs et édifices non protégés par l'enceinte et pouvant servir d'abris aux Anglais. La collégiale Saint-Aignan est ainsi de nouveau abattue, 70 ans après sa première destruction préventive lors des raids anglais de 1358, et seulement huit après sa reconstruction en 1420.
gauche|vignette|Les forts anglais pendant le siège d'Orléans. En réponse, les Anglais encerclent la ville d'une série de neuf bastilles. Construites en , les fortifications sont denses au nord-ouest, entre la Loire et la route de Paris (sept bastilles), mais quasiment absentes à l'est où l'on ne trouve que deux bastilles situées à plusieurs kilomètres de la ville, à Saint-Loup et à Saint-Jean-le-Blanc. Cette négligence du côté oriental peut être attribué au manque d'effectifs des troupes anglaises.
Le comte de Suffolk, William de la Pole, remplace Salisbury dans ses fonctions, avant d'être lui même remplacé par John Talbot, comte de Shrewsbury. La garnison anglaise qui occupe les TourellesReconstitution d'une tourelle par M. Colin, . est elle-même assiégée par des soldats français. Les Bourguignons qui participaient au siège se retirent à la suite d'une mésentente sur le sort de la ville. Néanmoins à la suite de la désastreuse « journée des Harengs », où les troupes franco-écossaises manquent lamentablement leur offensive sur un convoi de ravitaillement, les troupes françaises sont démoralisées et perdent toute initiative.
L'arrivée de Jeanne Pendant des années, de vagues prophéties avaient circulé en France au sujet d'une jeune fille qui sauverait la France. Beaucoup de ces prophéties prédisaient qu'une jeune fille en armure viendrait des frontières de la Lorraine, où est situé Domrémy, lieu de naissance de JeanneDomrémy était dans le duché de Bar, juste à la frontière du duché de Lorraine.. En conséquence, quand la nouvelle atteignit les habitants d'Orléans assiégés à propos du voyage de Jeanne pour voir le roi, les attentes et les espoirs étaient grandsValérie Toureille, Jeanne d'Arc,Paris, Perrin, 2020.
Accompagnée d'une escorte fournie par Robert de Baudricourt, Jeanne arrive à Chinon vraisemblablement le afin d'y rencontrer le roi. Après l'avis positif des clercs de Poitiers à la suite de l'examen théologique de Jeanne, le dauphin accepta ses services le . On lui donna une armure, une bannière, un page, et des hérauts.
La première mission de Jeanne était de rejoindre un convoi de ravitaillement qui se rassemblait au château de Blois, sous le commandement de Jean de Brosse, maréchal de Boussac, et de Gilles de Rais, ravitaillant Orléans. C'est de Blois que Jeanne envoya ses missives célèbres aux commandants anglais qui dirigeaient le siège. Dans ces textes, elle se désigne elle-même comme « La Pucelle ». Elle donnait cet ordre aux Anglais : « Au nom de Dieu : Retirez-vous, ou je vous ferai partir »Pour les lettres, voir Chronique de la Pucelle de Cousinot (p. 281).. alt=|gauche|vignette|Jeanne d'Arc faisant bénir son étendard à Blois. Charles-Henri Michel, 1901, chapelle Saint-Calais du château de Blois. Après que Jeanne a fait bénir son étendard au sein de la collégiale Saint-Sauveur, le convoi de ravitaillement, escorté par environ 500 soldats ressemblant à une procession religieuse, quitta Blois le . Jeanne avait insisté pour que l'approche d'Orléans se fasse par le nord (par conséquent, à travers la Beauce) où les forces anglaises étaient concentrées, dans le but de les attaquer immédiatement. Mais les commandants décidèrent de prendre un détour par le sud (à travers la Sologne) sans en faire part à Jeanne. Le convoi atteignit la rive sud de la Loire à Reuilly (près de Chécy), environ 7 km à l'est de la ville. vignette|Jean de Dunois en prière devant la Vierge, Heures de Dunois, vers 1440-1450 (détail). Le commandant d'Orléans, Jean dit « le bâtard d'Orléans » (futur comte de Dunois), vint à leur rencontre après avoir traversé la rivière. Jeanne fut indignée par cette dissimulation et cette perte de temps, et ordonna une attaque immédiate sur Saint-Jean-le-Blanc, le fort anglais le plus proche sur la rive sud. Mais Jean d'Orléans, soutenu par les autres commandants, protesta. Avec difficulté, son avis prévalut sur celui de Jeanne. La ville devait être ravitaillée avant tout assaut. Le convoi approcha des rives de Port Saint-Loup, en face du fort anglais de Saint-Loup, situé sur la rive nord. Pendant que des unités françaises empêchaient la garnison anglaise de Saint-Loup d'intervenir, une flotte de bateaux venue d'Orléans approcha du convoi pour ramener dans la ville le ravitaillement, Jeanne elle-même et 200 soldats.
L'un des miracles les plus connus de Jeanne fut rapporté comme ayant eu lieu à cet endroit : le vent qui avait amené les bateaux en amont s'inversa brutalement (il s'agit d'un phénomène connu sous le nom de vent de galerne), ce qui leur permit de retourner à Orléans sans dommage sous le couvert de l'obscurité. Jeanne entra triomphalement dans la ville, le , autour de 20 heures, ravivant tous les espoirs.
La levée du siège thumb|upright=0.9|Entrée de Jeanne d'Arc à Orléans par Jean-Jacques Scherrer (1887). Durant les deux jours qui suivirent, pour galvaniser les habitants d'Orléans, Jeanne défila périodiquement dans les rues de la ville, distribuant de la nourriture aux gens et leur solde aux soldats de la garnison. Jeanne envoya également des messagers aux garnisons anglaises, exigeant leur départ. Les commandants anglais accueillirent les envoyés de Jeanne par des huées et des injures. Certains menacèrent même de tuer les messagers comme « émissaires d'une sorcière ».
Jeanne participa aux conseils de guerre avec Jean d'Orléans et les autres commandants français. Le Journal du siège d'Orléans, selon les écrits de Régine Pernoud, rapporte plusieurs discussions enflammées à propos de la semaine à venir, entre Jeanne et le commandant de la ville.
Estimant la garnison trop petite pour toute action, Jean laissa Orléans, le , sous la responsabilité de La Hire et de Jeanne. Il se rendit personnellement à Blois pour rassembler des renforts. Pendant cet intermède, Jeanne sortit des murs de la ville et inspecta toutes les fortifications anglaises personnellement. Elle fut copieusement injuriée par les défenseurs anglais. C'est lors de cette inspection que le commandant anglais des Tourelles, William Glasdale, l'injuria du haut du fort en la traitant de « putain des Armagnacs ».
Le , le convoi de renforts de Jean d'Orléans quitta Blois pour se diriger vers la ville assiégée. Dans le même temps, d'autres convois de troupes partirent de Montargis et de Gien en direction d'Orléans. Le convoi du bâtard d'Orléans arriva, à travers la Beauce, à la rive nord de la rivière, au matin du , parfaitement visible depuis le fort anglais de Saint-Laurent. Les Anglais ne tentèrent rien pour empêcher l'entrée du convoi, le jugeant trop puissant. Jeanne sortit de la ville pour escorter le convoi.
L'assaut sur le fort Saint-Loup
À midi, le même jour (), apparemment pour sécuriser l'entrée de plusieurs autres convois de ravitaillement, qui avaient pris l'habituelle voie détournée, par l'est, Jean d'Orléans lança une attaque sur le fort anglais de Saint-Loup avec les troupes venues de Montargis et de Gien. Jeanne, n'ayant pas été prévenue de l'assaut et faisant une sieste, fut réveillée en sursaut par son page. Elle se précipita avec son étendardChronique de la Pucelle Cousinot (p. 288)..
La garnison anglaise de 400 hommes fut submergée par les 1 500 attaquants français. Espérant créer une diversion, le commandant anglais, lord John Talbot, lança une attaque depuis Saint-Pouair, à l'extrémité nord d'Orléans, mais elle fut stoppée par une sortie française. Après quelques heures de combat, Saint-Loup tomba. Il y eut 140 Anglais tués et 40 prisonniers. Certains défenseurs anglais furent capturés dans les ruines d'une église à proximité. Ils eurent la vie sauve à la demande de Jeanne. Apprenant que Saint-Loup était tombé, Talbot cessa son assaut au nord.
L'assaut sur le fort des Augustins Le jour suivant, le , était le jour de l'Ascension. Jeanne voulait une attaque sur le plus puissant fort anglais, le fort de Saint-Laurent à l'ouest. Mais les commandants français, jugeant que leurs hommes avaient besoin de repos, imposèrent leur point de vue et permirent à leurs troupes d'honorer le jour de fête en paixRamsay (1892, p. 393). Cette version est celle de Cousinot dans Chronique de la Pucelle (p. 289-90). Cependant, Jean Pasquerel (dans Quicherat, 1845, v. 3, p. 107) suggère que la suspension durant le jour de l'Ascension était à l'origine une idée de Jeanne.. Pendant la nuit, au cours d'un conseil de guerre, il fut décidé que la meilleure façon de procéder était de prendre les bastions anglais de la rive sud, là où les Anglais étaient les plus faibles.