Le Rassemblement - Les Républicains, ou plus généralement Le Rassemblement, est un parti politique français de Nouvelle-Calédonie fondé en par Jacques Lafleur.
D'abord appelé Rassemblement pour la Calédonie, c'est sous l'influence de Jacques Chirac qu'un nom plus ouvertement revendicatif est adopté en 1978 à l'occasion de la fusion avec le RPR-NC de Dick Ukeiwé, devenant alors le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR).
Conçu pour rassembler les forces anti-indépendantistes, le parti s'oppose à l'indépendance du « Caillou ». Avec la signature de l'Accord de Nouméa, qui prévoit une série de référendums sur l'indépendance entre 2014 et 2022, le RPCR a accepté l'idée que ce territoire français puisse devenir indépendant, mais milite fermement pour que les résultats de ces référendums soient le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française.
Apparenté au Rassemblement pour la République (RPR) de 1978 à 2002 tout en continuant à avoir des représentants en son sein de l'Union pour la démocratie française (UDF), notamment Jean Lèques ou Pierre Maresca, le RPCR s'est ensuite officiellement associé à l'Union pour un mouvement populaire (UMP) et a pris en 2004 le nom de Rassemblement-UMP jusqu'en . Le mouvement participe au vote qui amène le changement de statuts, de direction et de nom de l'UMP pour devenir Les Républicains le .
Après avoir dominé les principales institutions de la Nouvelle-Calédonie de 1979 à 1982 et de 1984 à 2004, il a perdu les élections provinciales du et celles du mais a remporté celles du et, dans le cadre d'une coalition électorale avec d'autres partis non-indépendantistes baptisée L'Avenir en confiance, celles du , sans obtenir toutefois de majorité absolue.
Plusieurs tendances de la droite traditionnelle sont représentées au sein du parti : gaullistes chiraquiens (Jacques Lafleur, Simon Loueckhote, Dick Ukeiwé, essentiellement des personnalités ne faisant plus partie de la vie politique ou ayant quitté le RPCR pour le nouveau parti de Jacques Lafleur, le RPC), gaullistes sociaux ou « de gauche » (Bernard Deladrière, Maurice Ponga, Léontine Ponga, Hilarion Vendégou, Alcide Ponga), sarkozystes ou libéraux-conservateurs (Pierre Frogier, Thierry Santa, Éric Gay, Georges Naturel, Gaël Yanno qui a quitté le parti en , Yoann Lecourieux), démocrates chrétiens (Jean Lèques), libéraux (Pierre Maresca, Sonia Backès qui a quitté le parti en , Pierre Bretegnier qui a fait de même en , Grégoire Bernut qui a été militant du Rassemblement de 2014 à 2017, Virginie Ruffenach, Cynthia Ligeard).
Histoire Le parti se nommait jusqu'en 1978 Rassemblement pour la Calédonie (abrégé en RPC), puis Rassemblement pour la Calédonie dans la République (abrégé en RPCR) de 1978 à 2004, puis Le Rassemblement-UMP (abrégé en R-UMP) de 2004 à 2014. vignette|Ancien Logo
RPC (1977-1978) Les élections municipales de mars 1977 mettent en évidence deux évolutions majeures dans la vie politique néo-calédonienne. Tout d'abord, l'Union calédonienne (UC), grand parti centriste (voire de centre gauche) et autonomiste qui a dominé sans partage de sa création en 1953 à 1971, n'est plus la première force du Territoire. Ensuite, le vote indépendantiste commence à émerger. Ainsi, lors des municipales, 52,6 % des suffrages exprimés se portent sur la droite (Entente démocratique et sociale, Union démocratique et Mouvement libéral calédonien essentiellement) contre 36 % sur les partis autonomistes (UC, UPM, PSC) et 11,5 % sur les indépendantistes (Palika et FULK), tandis que Jean-Marie Tjibaou se fait élire maire de Hienghène avec un programme clairement indépendantiste.
vignette|droite|Statue de Roger Laroque devant l'Hôtel de ville de Nouméa : il a été le premier président du RPC. En réaction à cette double tendance, le , le conseiller de gouvernement EDS et fils de l'ancien sénateur RI Henri Lafleur, Jacques Lafleur, organise à Nouméa un grand congrès « à l'américaine » afin de fédérer les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France. Le nouveau parti ainsi créé prend le nom de Rassemblement pour la Calédonie (RPC). Il ne met pas totalement fin à l'éclatement politique local puisqu'il regroupe essentiellement : l'ancienne EDS (et notamment le maire de Nouméa Roger Laroque qui prend la présidence du mouvement, ou encore le sénateur Lionel Cherrier et les Mélanésiens d'inspiration protestante de l'AICLF), des gaullistes et néo-gaullistes ayant quitté l'Union démocratique UD (le maire de Hienghène battu par Jean-Marie Tjibaou en mars 1977 Yves de Villelongue, ou encore Dick Ukeiwé), les jeunes giscardiens qui viennent de fonder en 1975 la section locale de Génération sociale et libérale (nouveau nom depuis 1974 des Jeunes Républicains indépendants : on trouve parmi eux de jeunes diplômés « Caldoches » tels le substitut du procureur Pierre Frogier ou le journaliste Pierre Maresca), des Wallisiens et Futuniens (Petelo Manuofiua) et des autonomistes non-indépendantistes (l'Union Kanak pour une Calédonie multiraciale UK de Willy Némia qui était l'un des membres fondateurs de l'Union multiraciale, dissidence de l'UC en 1970 ayant éclaté ensuite en plusieurs mouvements ayant pour la plupart évolué vers l'indépendantisme).
Il est pluri-ethnique, même si les descendants d'Européens y sont majoritaires, avec : des descendants d'Européens ou Caldoches : Jacques Lafleur, Roger Laroque, Pierre Frogier, Pierre Maresca, Harold Martin, Jean Delouvrier, Jacques Bouttin, Yves de Villelongue, Marie-Paule Serve, Jacques Mouren, Georges Faure, André Caillard, Michel Jaquet, Guy Agniel, Michel Vittori, Guy Limousin. des Kanaks : Dick Ukeiwé, Auguste Parawi-Reybas, Doui Matayo Wetta, Henri Wetta, Joseph Tidjine, Victorin Boewa, Willy Nemia, Robert Naxué Paouta, Marcel Wacapo, Maurice Nénou. des Wallisiens et Futuniens : Petelo Manuofiua.
Aux élections territoriales du , le RPC devient le premier parti du Territoire avec 12 élus sur 35 à l'Assemblée territoriale. Il forme une majorité anti-indépendantiste avec les deux élus du MLC, les deux de l'UNC, et les trois conseillers issus respectivement de l'URC, de l'ETE et de l'UD.
Le RPCR : parti dominant des anti-indépendantistes (1978-2004) Naissance du RPCR et début du bipartisme (1978-1984) Jacques Lafleur est élu député en mars 1978 et siège au groupe du RPR. Cette adhésion au parti chiraquien métropolitain préfigure la transformation du RPC en RPCR, permise par l'adhésion le de pratiquement toutes les formations du centre droit anti-indépendantiste : vignette|gauche|Jean Lèques, dirigeant du MLC qui se fond dans le RPCR en 1978. le Mouvement libéral calédonien (MLC) créé en 1971 par des dissidents « caldoches » de l'UC (Jean Lèques, Max Frouin, Georges Nagle, Armand Ohlen) favorables à une autonomie administrative et de gestion réalisée par une forte décentralisation, mais refuse le projet d'« autonomie interne » qui viserait à créer un statut particulier pour la Nouvelle-Calédonie au sein de la Constitution française et qui est vu comme un premier pas vers l'indépendance. l'Union pour la renaissance de la Calédonie (URC) centriste voire de centre gauche, proche du Parti radical et autonomiste, il est animé depuis sa création en 1977 par le maire de Ponérihouen Théophile Wakolo Pouyé et par la conseillère territoriale Edwige Antier. l'Entente toutes ethnies (ETE) du docteur Raymond Mura et réunissant essentiellement depuis sa création en 1977 des représentants des minorités opposées à l'indépendance. la fédération locale du RPR fondée entretemps par des dissidents temporaires du RPC pour accélérer son rattachement au parti chiraquien, menée par Dick Ukeiwé.
Toutefois, l'alliance avec le RPR ne fait pas l'unanimité, et peu de temps après le changement de nom en RPCR, ses éléments centristes et « giscardiens » le quitte : le sénateur Lionel Cherrier, Georges Nagle (qui a perdu son siège à l'Assemblée territoriale en 1977), tandis que l'URC et l'ETE reprennent leur indépendance. Ils se rapprochent de l'Union de Nouvelle-Calédonie (UNC, dernière dissidence en date de l'UC à la suite de l'évolution de ce dernier vers l'indépendantisme, mené par le maire de Bourail Jean-Pierre Aïfa) et l'UD gaulliste : ensemble, ils forment en 1979 la Fédération pour une nouvelle société calédonienne (FNSC) qui se veut une troisième voie autonomiste entre les anti-indépendantistes du RPCR et les indépendantistes du Front indépendantiste (FI).
Le RPCR consacre sa place de premier parti néo-calédonien aux élections territoriales du avec 40,24 % des suffrages exprimés (dont 50,11 % dans le Sud) et 15 élus sur 36 contre 34,43 % et 14 sièges pour le Front indépendantiste (mais 62,74 % dans l'Est et 64,44 % aux Îles) et 17,82 % et 7 conseillers pour la FNSC. Le RPCR détient la majorité jusqu'en 1982 grâce à une alliance avec la FNSC, mais celle-ci lui retire son soutien et s'allie ensuite au FI de Jean-Marie Tjibaou de 1982 à 1984.
L'un des camps opposés des Évènements (1984-1988) Par la suite, le RPCR, et plus généralement les anti-indépendantistes (les plus radicaux d'entre eux se regroupant au sein du FN local, ou au Front calédonien créé en 1983 par des dissidents du Rassemblement qui lui reprochent sa « mollesse »), s'opposent violemment aux indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS, nouveau nom du Front indépendantiste) de Jean-Marie Tjibaou durant la période dite des Évènements de 1984 à 1988. Il domine les institutions officielles, souvent boycottées par le FLNKS, et critique la gestion de la crise par la majorité socialiste au Parlement national. Elle reproche à cette dernière de vouloir « larguer » la Nouvelle-Calédonie et de favoriser les indépendantistes, tandis qu'elle s'oppose totalement au projet d'« indépendance-association » avancé par le Haut-commissaire puis ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie du gouvernement de Laurent Fabius, Edgard Pisani, en 1985. Il reçoit un soutien actif des instances dirigeantes du RPR, Jacques Chirac, Bernard Pons ou Charles Pasqua se rendant à plusieurs reprises sur le Territoire.
Mais, après l'apogée des violences atteintes lors de la prise d'otages d'Ouvéa et la libération sanglante de ces derniers en 1988, Jacques Lafleur et le RPCR décident de négocier avec Jean-Marie Tjibaou et le FLNKS le rétablissement de la paix et la mise en place d'une période transitoire avant un référendum d'autodétermination prévu pour 1998. Cela aboutit aux accords de Matignon. Les signataires de ces derniers pour le RPCR sont : Jacques Lafleur, l'autre député Maurice Nénou, le sénateur Dick Ukeiwé, le maire de Nouméa Jean Lèques, Henri Wetta, Pierre Frogier, Pierre Bretegnier, Robert Naxué Paouta.
Le parti majoritaire et les dissidences successives (1989-2004) vignette|gauche|320px|L'Hôtel de la Province Sud, surnommé la « Maison bleue », à Nouméa, a été le symbole du pouvoir du RPCR entre 1989 et 2004.