Émile Littré, né le () à Paris et mort le à Paris , est un médecin, lexicographe, écrivain, essayiste, philosophe traducteur et homme politique français.

Il est connu et est passé à la postérité pour son Dictionnaire de la langue française, communément appelé, par éponymie, « le Littré ».

Biographie Enfance Issu d’une lignée d’orfèvres établie depuis sept générations à Avranches., le père d'Émile, Michel-François, avait reçu une certaine éducation et était déjà en mesure d’en profiter, mais, s’ennuyant de la maison paternelle où il avait une belle-mère avec laquelle il ne s’entendait pas, il monte chercher fortune à Paris où, apprenant que son père est dans la gêne, il s’engage dans l'artillerie de marine, et envoie à Avranches le prix de son engagement. Il est canonnier pendant plusieurs années et parvient au grade de sergent-major. Lorsqu’il revient à terre, à la veille du 18 Brumaire, il soutient fermement les idées révolutionnaires de l'époque.

Devenu, après quelques emplois en province, chef de bureau à la direction générale des Contributions indirectes à Paris, cet incrédule notoire épouse la fille de Jean-Baptiste Johannot, Sophie Johannot, fervente protestante., dont il aura deux fils, Émile et Barthélémy, qui naissent au 21, rue des Grands-Augustins, à Paris, mais sa petite enfance s’est déroulée à Angoulême et à Cognac jusqu’en 1811. Possédant le goût de l'étude, Michel-François assemble une bibliothèque fournie, et mettant en œuvre ses idées philosophiques, il se consacre à l'éducation de ses deux fils. Pour cela, il apprend le grec et, plus tard, le sanskrit. Émile accomplit ses études secondaire au lycée Louis-le-Grand. Le dimanche son père réunit chez lui, rue des Maçons-Sorbonne, ses condisciples Louis Hachette et Eugène Burnouf..

À la fin de ses études secondaires, en 1819, il collabore pendant deux ans à l’Histoire de la république de Venise du comte Daru, et profite de cette période pour se perfectionner en anglais, en allemand, en italien, en latin et en grec, langues dans lesquelles il parvient à écrire et même à composer des vers.

Quelques années plus tard, en 1823, il est proposé par l'Académie des inscriptions et belles-lettres comme élève de l'École royale des chartes, mais n'est pas nommé.. La même année, Eugène Burnouf lui donne des leçons de sanskrit, en même temps qu'à Barthélemy-Saint-Hilaire, renforçant ainsi ses bases philologiques.

Études médicales et premiers engagements politiques Il décide finalement en 1822 d'étudier la médecine. Pendant huit ans, il se consacre presque sans partage à ses études, passe tous les degrés de l'externat et de l'internat, et a pour condisciples et collègues Louis-Marie Michon, et Natalis Guillot. Il n'a plus que sa thèse à préparer pour obtenir le diplôme qui lui aurait permis d'exercer quand, en 1827, son père meurt, laissant sa mère sans ressources. Il renonce alors à passer son doctorat et, tout en conservant un vif intérêt pour la médecine, donne des cours de latin et de grec pour subvenir aux besoins de sa famille. En 1828, il collabore au Journal hebdomadaire de médecine.

Pendant la Révolution de juillet 1830, fervent républicain, il fait le coup de feu, le long du quai Napoléon, aux côtés des insurgés, qui chassent Charles X de Rambouillet. Il a endossé pour l'occasion un uniforme de garde national, geste séditieux, puisque cette milice a été dissoute en 1827, et il s'est coiffé d'un chapeau rond. Son ami Jean-Georges Farcy est abattu à ses côtés, et son corps est ramené à son propre domicile, sur une civière improvisé avec le pan de volet d’un marchand de vin.

Journalisme et travaux littéraires vignette|Plaque (avec une erreur de date) sur la façade de l'immeuble où il est né. En 1831, il est recommandé à Armand Carrel, rédacteur en chef du National, où il traduit les journaux anglais et allemands. Carrel ne le remarque qu’en 1835, à la suite d'un article au sujet de l’astronome William Herschel. Dès lors, le polémiste a eu pour lui la plus grande estime, et en fit un rédacteur régulier et un ami Tout en accomplissant, au National, où il est resté jusqu’en 1851. Outre sa tâche quotidienne, il publiait des articles où transparaissent le médecin et le philosophe dans la Revue des Deux Mondes, la Revue républicaine, et faisait même des vers. Bien qu'il soit agnostique, il épouse, le , Aglaé Pauline Conil-Lacoste, une femme pieuse et pratiquante, qui lui donne une fille, Sophie, qui est baptisée et élevée selon la foi de sa mère.

Il reprend ses études médicales, assistant assidûment aux conférences de Rayer à La Charité, convenant avec le libraire Jean-Baptiste Baillière, spécialisé dans les ouvrages de médecine et de sciences naturelles, de l'édition de la traduction nouvelle des œuvres complètes d’Hippocrate avec le texte grec en regard, collationné sur les manuscrits et toutes les éditions, accompagnée d'une introduction de commentaires médicaux, de variantes et de notes philologiques. Il se concentre dès lors principalement sur cet ouvrage, tout en commençant en 1836 ses contributions à la Revue des Deux Mondes avec des articles sur toutes sortes de sujets, dont certains révèlent le médecin et le philosophe naturaliste : Les Grandes Épidémies () ; Recherches sur les ossements fossiles de Cuvier ; Nouvelles recherches des géomètres sur la chaleur de la terre.

Sans passer son doctorat, il n'a jamais renoncé à la médecine, publiant une étude très remarquée sur le choléra, en 1832 et un article sur les grandes épidémies dans La Revue des Deux Mondes. II collabora à la seconde édition du Dictionnaire de médecine d’Adelon, Béclard et Bérard. Il a cofondé le journal médical, L’Expérience, en 1837.

Élu membre associé de l’Académie de médecine, le 2 février 1858, il exerçait à titre bénévole la médecine comme officier de santé sur les paysans du Mesnil-le-Roi, où il avait acquis une maison, en 1848. En 1872, il publiera un livre intitulé Médecine et médecins.

En 1839 paraît le premier volume de son édition des travaux d'Hippocrate. La valeur de ce travail est immédiatement reconnue par l'élection de son auteur, le de cette même année, à l'Académie des inscriptions et belles-lettres. À cette époque — il a alors près de 40 ans — il découvre par hasard les travaux d'Auguste Comte, qui le séduisent par leur caractère scientifique et méthodique, et dont la lecture constitue, comme il le dit lui-même, « le point cardinal de [sa] vie ». À partir de ce moment se manifestent l'influence du positivisme sur sa propre vie mais également sa propre influence sur le positivisme. Il devient bientôt l'ami de Comte et vulgarise ses idées dans de nombreux travaux sur la philosophie positiviste, donnant un premier résumé publié sous le titre Analyse raisonnée des cours de Philosophie positive. En même temps, il continue son édition des travaux d'Hippocrate, qu'il ne terminera pas avant 1862, et publie une édition de l’Histoire naturelle de Pline pour la Collection des auteurs latins dirigée par Désiré Nisard. Après le décès de Fauriel en 1844, il prend sa place à l'Académie des inscriptions et belles-lettres au sein du comité se consacrant à l’Histoire littéraire de la France. Sa connaissance de l'ancien français et de la littérature s'y révèle précieuse, et il est l'un des principaux auteurs des tomes XXI, XXII et XXIII.

Le républicain Il accueille avec joie la Révolution de 1848, et accepte les fonctions non rétribuées de conseiller municipal de Paris. Il entre alors dans la Société positiviste fondée en mars par Auguste Comte, où il fait partie d'une commission de trois membres chargée par Comte d’établir un programme politique, adopté en août 1848, proposant une réorganisation administrative, une réduction du budget de l’armée, la suppression du budget des cultes et de l’université, et garantissant la liberté de la presse et le rôle des clubs pour la formation de l’opinionBruno Delmas et Diane Dosso, « Positivistes et sociétés positivistes : réseaux et divisions (1830-1944) », La France savante, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, p. 190-203. Il ne tarde pas à donner sa démission du Conseil municipal de Paris en voyant la marche des événements. Il refuse le poste de ministre de l’Instruction publique et le ruban de la Légion d'honneur qui lui est offert, et prend part à la répression contre l'insurrection de juin, tout en se remettant au travail avec une ardeur nouvelle. Les articles qu'il publie pendant cette période au National, sont recueillis et publiés en 1852 sous le titre de Conservation, révolution et positivisme, montrant sa complète adhésion à toutes les doctrines de Comte. Pourtant, pendant les dernières années de la vie de ce dernier, comprenant qu'il ne peut entièrement accepter tous les dogmes et idées mystiques de son maitre et son ami, il dissimule néanmoins ses divergences d'opinion à Comte, qui ne remarque pas que son élève est allé plus loin que lui, comme lui-même avait été plus loin que Saint-Simon, son maître.

Pendant toute la durée du Second Empire, il se tient à l'écart de la politique, se consacrant uniquement aux travaux littéraires et scientifiques qui ont fait de lui un des éminents savants de ce temps. Il reprend le cours de ses recherches sur la médecine, et le Dictionnaire de médecine et de chirurgie, qui ne devait être au début qu'un remaniement du travail de Nysten, devient peu à peu, entre les mains de Littré et de son collaborateur Robin, un ouvrage essentiellement original et personnel.

Dictionnaire de la langue française vignette|redresse=1.2|Première page du Littré, dans son édition de 1863. Son travail capital et son principal titre est incontestablement le Dictionnaire de la langue française, dont il conçoit de bonne heure le projet. Il le fait en effet accepter, dès 1841, chez Louis Hachette, son condisciple et ami, mais ne commence à y travailler que six ans plus tard. La rédaction dure de 1847 à 1865, avec l’assistance d’Édouard Sommer et de Bernard Jullien, également à la demande du chef de la maison Hachette. L'impression, commencée le , n'est terminée qu'en , après une interruption d'environ neuf mois en 1870-1871. On peut se rendre compte du travail qu'a exigé ce Dictionnaire quand on sait que la copie comptait feuillets, et qu'elle était rangée par paquets de mille feuilles dans huit caisses de bois blanc, déposées dans la cave de la maison de campagne de Littré à Mesnil-le-Roi. Au mois d', en prévision d'opérations militaires aux environs de Paris, Littré fait transporter ces caisses à Paris, dans les sous-sols de la maison Hachette, pour les mettre hors de portée des obus de la Guerre franco-allemande. C'est le plus grand travail lexicographique entrepris jusque-là sur la langue française, et on ne sait ce qu'on doit admirer le plus chez l'auteur de cette œuvre : la sûreté de sa méthode, la sagacité de ses jugements, la profondeur de son érudition, la patience de ses recherches ou son infatigable activité, tout cela au milieu des plus vives angoisses patriotiques.

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