vignette|Deux hommes sacrifient un cochon. Poterie grecque ancienne Un holocauste (du grec ancien : ; de , « entier » + , « brûlé »)Le latin reprend le mot qui signifie « sacrifice » (Dictionnaire Gaffiot latin-français). est, dans la Grèce antique, un sacrifice où l'offrande est entièrement consumée par le feu.

Pratiqué par les Grecs dans le cadre des rituels chthoniens, l’ / , il l'est aussi dans la tradition juive qui l'appelaient korban ’olah et par d'autres sociétés anciennes. Ce terme apparaît dans l'Ancien Testament avec le sens de sacrifice propitiatoire lorsque Noé remercie Dieu de l'avoir sauvé des eauxGenèse, : « Et Noé bâtit un autel à l’Éternel, et prit de toute bête pure et de tout oiseau pur, et offrit des holocaustes sur l’autel. » et dans le livre du LévitiqueLévitique I, 1-17 ; VI, 1-6 ; XXI, 17-25..

Le terme holocauste commence à prendre le sens actuel de massacre de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale à partir de la sortie le sur la chaine américaine (NBC) d'une mini-série télévisée de quatre épisodes de , réalisée par Marvin Chomsky sur le scénario de Gerald Greenberg et intitulée Holocauste (). Ce terme est lancé en français avec la diffusion de cette série en 1979 sur Antenne 2 aux Dossiers de l'écran. Auparavant, selon la terminologie créée par le tribunal de Nuremberg, le terme « génocide » est utilisé pour désigner tous les massacres perpétrés par le régime nazi et en particulier le massacre des juifs dans les camps d'extermination J. Petrie, The secular word Holocaust: scholarly myths, history, and 20th century meanings, Journal of Genocide Research, Volume 2, Number 1, 1 March 2000, (33) Winston Churchill, The World Crisis, vol. 5: Aftermath, New York, 1929, . La diffusion en 1985 du film Shoah réalisé par le Français Claude Lanzmann va imposer depuis les années 1990 cet autre terme dans l'Europe francophone.

Monde antique

En Grèce antique

Pour les Grecs anciens, les dieux, qui vivent dans les nuées, se nourrissent d'odeurs délectables. On les satisfait en leur envoyant des fumées plaisantes (d'où le mot parfum : « par la fumée »). Ces odeurs agréables peuvent être celles de la chair rôtie mais aussi la fumée de matières végétales que l'on brûle.

Le sacrifice quotidien des Grecs est de brûler des herbes odorantes pour se concilier les divinités par des odeurs plaisantes. De façon plus solennelle et communautaire, il consiste, lorsqu'ils en ont les moyens, à rôtir une pièce de viande ; on invoque les dieux pendant que la chair cuit et que les exhalaisons montent vers le ciel ; puis la communauté se partage la viande au cours d'un festin sacré. Dans d'autres circonstances, par exemple les funérailles, on consume des matières odorantes comme l'encens, la myrrhe, l'aloès, le benjoin ; cette fumée agréable escorte l'âme du défunt montant vers le ciel afin de lui ménager un accueil favorable des dieuxCe rituel est suivi par les Saintes Femmes qui se rendent au sépulcre de bon matin après le sabbat pour faire la toilette de Jésus (Matth., ; Matth., ; Marc, ; Luc, ; Jean, ). Elles apportent des aromates, myrrhe, aloès, pour embaumer le corps de Jésus (c'est-à-dire, littéralement, envelopper son corps de bonnes odeurs). À l'exemple du Christ, dans les rites actuels des Églises grecque-catholique et orthodoxe, lors des funérailles, le défunt est embaumé d'encens pour accompagner son âme qui s'élève vers Dieu..

L'holocauste est un sacrifice extraordinaire. L'offrande est entièrement passée par le feu, par opposition au thyesthai (), offrande commensale au cours de laquelle la chair du sacrifice est consommée avec le dieu, le héros ou un autre fidèle. L'offrande est de prix : c'est un animal ou des animaux qu'il a fallu élever, auxquels on est parfois attaché ; la victime est entièrement brûlée ; toute l'offrande est consommée/consumée en fumée odorante pour les dieux. Le plus souvent, on pratiquait un holocauste annuel. Ce pouvait être des volailles, un mouton ou une chèvre dans les petits villages ; à Athènes, à la haute époque, on sacrifiait jusqu'à cent bœufs.

Il a le plus souvent pour fonction d'apaiser les divinités infernales, les esprits des défunts et les divinités malignes comme Hécate. Contrairement aux sacrifices offerts aux dieux olympiens, les holocaustes sont réalisés de nuit, sans vin avec des bêtes noires, offertes tête en bas sur un autel peu élevé. L’un des premiers holocaustes attestés est celui de porcs offerts par Xénophon à Zeus MeilichiosJane Harrison, Prolegomena to the study of Greek Religion, Princeton University Press 1991, , pp. 16, 161, et passim ; Liddell, Scott & Jones, A Greek-English Lexicon, Clarendon Press 1996, , s.v. ὁλόκαυτος ; Xénophon, Anabasis, 7.8., au cours d'un cérémonial qui évoque des Diasies (célébrées en l'honneur de Meilichios).

Autres traditions

Dans tout le monde ancien la pratique des sacrifices est de même nature, avec des variantes, et a le même sens. On pratique partout des holocaustes solennels. Si, en Grèce, l'holocauste est un sacrifice de prix qui implique la communauté entière, ce n'est pas pour autant nécessairement un sacrifice animal : c'est la communion sacrificielle qui est importante. Chez les Juifs, l'holocauste implique le sacrifice d'un animal. Le korban 'olah (hébreu biblique : קורבן עולה offrande montante) est l'une des premières offrandes décrites dans le Pentateuque.

Les termes « Holocauste » et «Shoah»

Dès 1894, Bernard Lazare parle d'« holocauste » pour évoquer les Juifs brûlés vifs pendant la peste noire, au Moyen Âge : .Cette vision du Moyen Âge est inspirée du Romantisme littéraire et ne concerne que la sombre fin de cette période, aux ; le haut Moyen Âge fut beaucoup plus paisible.Le mot holocauste, rare et érudit, a été utilisé par plusieurs écrivains français du , comme Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe (livre 16, ch. 5 et livre 31, ch. 2) ; Flaubert, La Tentation de saint Antoine, à plusieurs reprises dont la page 637 de l'édition de 1856 ; Baudelaire, Lettre à M. Flaubert, paru dans L'Artiste du 18 octobre 1857. Mais il est toujours utilisé dans son sens originel (voir : Flaubert ci-avant) ou dans le sens de « grand sacrifice », parfois avec une nuance ironique (voir : Chateaubriand, seconde référence ci-avant)..

En 1937, c'est ce terme qui vient à Max Jacob dans l'idée qu'il s'agit d'un sacrifice voulu par Dieu, pour désigner ce qu'il ne comprend pas devoir être un projet d'extermination totale, dont il sera lui-même la victime : Max Jacob, Lettre à Jean Paulhan, janvier 1937, cité in Pierre Andreu, Vie et mort de Max Jacob, , Éditions de La Table ronde, Paris, 1982..

En 1978, aux États-Unis, Holocauste, une série télévisée de fiction consacrée au génocide des Juifs tués par les nazis, va populariser ce terme.

Cependant, pour la tradition juive, un holocauste est un sacrifice : offert à Dieu pour lui être agréable ; fait de chair animale brûlée ; fait uniquement sur l’autel du Temple de Jérusalem, qui n’existe plus depuis l’an 70.

C’est pourquoi le terme « holocauste » est considéré par les Juifs comme un grave contresens. Les francophones européens emploient plutôt le terme « Shoah » (« catastrophe » en hébreu), surtout depuis la sortie du film Shoah de Claude Lanzmann en 1985Ce film regroupe les témoignages de rescapés des camps d’extermination mais aussi de témoins polonais non juifs. Dans ce film tourné en 1985, l'auteur adopte un style minimaliste (les images sont celles de ce qu’il restait des camps en 1985). D’une durée totale de 9h30, il est considéré comme un événement historique et cinématographique majeur. Il a reçu un César d'honneur en 1986..

Le terme Shoah est le nom officiel que donne l’État d’Israël à cet événement historique. Il s’agit d’une décision du Parlement israélien (Knesset) du , à l’occasion de la fixation du jour national du souvenir (Yom Ha-Shoah Mered Ha-Getaot).

Le monument commémoratif élevé à Berlin se nomme , c'est-à-dire « Mémorial des Juifs assassinés d’Europe ». Le terme de « judéocide » est également employé, notamment par l’historien Arno J. Mayer dans La Solution finale dans l’histoire.. L'expression « Solution finale » est celle qu'employait le régime nazi.

Usage en français et en anglais En français En France, le terme « génocide », forgé par le Tribunal de Nuremberg, est neutre et désigne le massacre systématique de diverses populations (« génocide des Juifs », « génocide des Tziganes » ). Il s'emploie aussi hors du contexte de la Seconde Guerre mondiale. Le terme « holocauste », popularisé par un téléfilm américain, désigne plus spécifiquement le massacre des Juifs par les Nazis (avec un h majuscule : l'Holocauste), mais ce calque de l'anglais semble un peu artificiel. L’usage a consacré l’emploi du terme « Shoah ». Ainsi Le Petit Larousse (2008) écrit à l’entrée « Holocauste » : « génocide des Juifs d’Europe perpétré par les nazis et leurs auxiliaires de 1939 à 1945. […] Le terme est plus couramment Shoah. » Et à l’entrée « Shoah » : « mot hébreu signifiant « anéantissement » et par lequel l’extermination de plus de cinq millions de Juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale est désignée. » De même l’ dit à l’entrée « Shoah » : « En hébreu, shoah signifie catastrophe. Ce terme est de plus en plus employé pour désigner l'extermination des juifs réalisée par le régime nazi, extrait en ligne.. »

En anglais En anglais, le terme prévaut sur celui de Shoah et possède globalement la même signification.

Toutefois ce terme est souvent étendu à l'ensemble des massacres pratiqués par les nazis à l'encontre des handicapés physiques et mentaux (Action T4), des dissidents politiques, des francs-maçons, des Tsiganes, des communistes, des pacifistes, des homosexuels, des Témoins de Jéhovah, des Russes, des Polonais, des Serbes et d'autres peuples slavesDonald Niewyk et Francis Nicosia écrivent (dans The Columbia Guide to the Holocaust, Columbia University Press, 2000, , : , c'est-à-dire : « On appelle généralement Holocauste l'assassinat de plus de de Juifs par les Allemands au cours de la Seconde Guerre mondiale. » Ces auteurs remarquent aussi que cette appellation est souvent étendue à d'autres groupes et choisissent une définition de moyen terme liée à l'hérédité : , c'est-à-dire : « L'Holocauste, ou génocide nazi, est l'assassinat systématique, planifié par l'État, de groupes entiers de personnes, sur la base de l'hérédité, comme les Juifs, les Tziganes et les handicapés. ».

La définition du United States Holocaust Memorial Museum de Washington The Holocaust - US Holocaust Memorial Museum est la suivante :

En 2005, les Nations unies proclament le « Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste »Le 27 janvier sera désormais Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, décide l’Assemblée générale - Communiqué de l'Assemblée générale des Nations unies AG/10413, novembre 2005.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes

Hécatombe Massacre Ordalie Porajmos Sacrifice

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