Le Royaume tarasque était un État mésoaméricain, couvrant à peu près la zone géographique de l'actuel État mexicain de Michoacán. Au moment de la conquête espagnole, il était du point de vue de la superficie et de la puissance militaire le deuxième État de Mésoamérique après l'Empire aztèque. L'État a été fondé au début du et a perdu son indépendance au profit des Espagnols en 1530. En 1543, il est devenu officiellement l’État du Michoacán, en référence au nom de l'État tarasque en langue nahuatl ( signifie « territoire de ceux qui possèdent des poissons »). En p'urhépecha, la langue des Tarasques, le nom de l'État était « Iréchecua Tzintzuntzáni », qui signifie « les terres de Tzintzuntzan ».

Les populations du royaume tarasque appartenaient pour la plupart au groupe ethnique des Tarasques, mais elle cohabitaient avec d'autres groupes tels que les peuples Nahua, Otomi, Matlatzinca et chichimèque. Ces groupes ethniques ont été progressivement assimilés par le groupe majoritaire des P'urhépechas.

L'État tarasque était constitué d'un réseau de provinces tributaires avant de devenir progressivement de plus en plus centralisé, sous l’autorité du souverain, le Caconzi. La capitale tarasque était située à Tzintzuntzan sur les rives du lac Pátzcuaro, au Michoacán qui, selon la tradition orale tarasque avait été fondé par le premier caconzi Taríacuri et dominé par sa lignée, les Uacúsechas (Aigles en P'urhépecha).

L'État tarasque était contemporain de l’Empire aztèque, avec lequel il entretenait des rapports souvent conflictuels. L'empire tarasque a empêché l'expansion aztèque au nord-ouest, et les Tarasques ont dû fortifier et surveiller leurs frontières avec leurs voisins, en développant ce qui fut peut-être le premier État véritablement territorial de Mésoamérique.

En raison de son relatif isolement au sein de la Mésoamérique, le Royaume tarasque présentait de nombreux traits culturels complètement distincts de ceux des autres groupes culturels mésoaméricains. Il fait partie des quelques civilisations mésoaméricaines à utiliser le métal pour les outils et les ornements. vignette|Un brûleur d'encens tarasque représentant le dieu de la pluie tarasque, Tirípeme Curicaueri.

Historiographie Quelques jours après la conquête par les Espagnols de Tenochtitlán, la capitale aztèque, Cortés écrivant à Charles Quint mentionnait l’existence du royaume tarasque :

C’est ainsi que le royaume tarasque entra pour la première fois dans l’histoire de l’Occident, quelques années avant de disparaître totalement.

Jusqu'à récemment, toutefois, les historiens modernes, les archéologues, anthropologues et autres chercheurs – même à l'intérieur du Mexique – avaient peu de connaissances ou peu d’intérêt pour les Tarasques. Le Musée national d'anthropologie de Mexico leur consacre un espace assez réduit.. C'est par les chroniqueurs espagnols que nous disposons d'informations sur les sociétés préhispaniques. Or, contrairement à la conquête de l'Empire aztèque, la colonisation du territoire tarasque n'a donné lieu à aucun fait d'armes dont les Espagnols auraient pu tirer gloire.

Au cours de la période coloniale, le Michoacan est resté une zone périphérique. Après l'indépendance du Mexique, la brillante civilisation aztèque a pris énormément de place dans l'imaginaire historique d'un Mexique métissé, alors que la culture tarasque restait ignorée.. Des recherches récentes, en particulier au cours des vingt dernières années, ont cependant révélé une culture complexe, beaucoup plus intéressante que celle qu'on avait imaginée. Non seulement les Tarasques régnaient sur un empire d’une dimension considérable à l'époque de la conquête espagnole, le deuxième en importance géographique après les Aztèques, mais ils avaient aussi créé une culture qui à bien des égards ne ressemble à aucune autre en Mésoamérique.

Terminologie En raison de l'absence de documents écrits par les Tarasques, nous ne savons pas avec certitude sous quel nom les Tarasques se désignaient eux-mêmes.

Tarasque Nous savons qu'ils n'ont été appelés « Tarasques » qu'après la conquête, et un malentendu serait à l'origine de cet usage ; en effet, dans la langue de ce peuple, le mot tarascue signifie « beau-fils » ou « beau-père », et son utilisation semble avoir suivi les premiers mariages forcés d’Espagnols avec des filles de caciques tarasques : lorsque certains membres de leur famille leur ont été présentés comme tarascue, les Espagnols ont interprété par erreur ce nom comme étant celui de tout le peuple..

Ce mot semble toujours être le terme le plus couramment utilisé dans les publications actuelles, y compris celles des mésoaméricanistes. De même, l'État tarasque mésoaméricain est le plus souvent désigné sous le nom de ou d', même si cet adjectif est parfois remplacé par (qui semble être une mauvaise traduction de l’anglais tarascan)..

Purépecha Toutefois, l'opinion majoritaire semble actuellement conclure que le terme le plus proche du mot utilisé par les indigènes pour désigner les Tarasques est Purépecha (ou une de ses variantes orthographiques : Purhépecha, P'urhépecha ou Phurépecha). En effet, de nos jours, le mot « tarasque » est devenu péjoratif au Mexique et les membres de cette ethnie préfèrent se désigner sous le terme de Purhépecha, faisant parfois référence à leur ancien État mésoaméricain sous le nom de royaume ou d’empire purhépecha.

Dans la Relation de Cuitzeo de 1579 il est mentionné que c'était le nom dont ils se servaient pour eux-mêmes, et qu'il avait le sens de « travailleurs » ou « hommes ordinaires » ou encore « roturiers »..

Le Clézio dans son introduction à la traduction française de la Relación de Michoacán parle de Porhépéchas ou peuple Porhé..

Cintzuntza Par ailleurs, selon le linguiste franciscain du Juan Baptista de Lagunas, tous les indigènes désignaient la province et leur langue, sous le vocable de Cintzuntza (faisant référence à Tzintzuntzan, la capitale impériale)..

Il n’existe pas d'autre source connue confirmant cette affirmation, mais il est vrai que nous ne connaissons pas le nom que les Tarasques donnaient à leur terre, à leur empire. Le nom « Michoacán » dérive d’un mot nahuatl, qui signifie le lieu des poissons - se référant au lac de Pátzcuaro - par lequel les Aztèques désignaient le territoire de leurs voisins.

Uacusecha Un autre nom fréquemment utilisé pour désigner les Tarasques est uacúsecha (aigle). Ce nom fait spécifiquement référence à un groupe de Chichimèques qui serait arrivé dans le bassin du lac Patzcuaro assez tardivement et qui furent les ancêtres des fondateurs de l'empire tarasque et qui constituèrent eux-mêmes la lignée de la famille royale.

Sources Un des grands avantages dans l'étude des sociétés existant au moment de leur contact avec les Européens est la présence de preuves documentaires laissées par les colonisateurs, les missionnaires et les administrateurs décrivant un monde préhistorique. Dans le cas des Tarasques cela est particulièrement précieux, car eux-mêmes n’ont laissé aucune trace écrite, bien qu’ils aient connaissance de tels documents dans d'autres régions de Mésoamérique.

Il est difficile à partir des commentaires de Pollard de déterminer si les Tarasques n’avaient pas du tout de langage écrit au moment de la conquête, ou bien s’ils n’avaient tout simplement pas ressenti la nécessité de tenir à jour des chroniques. Étant donné la complexité du réseau économique et politique qu'ils administraient, la première hypothèse semble plus probable. S'ils avaient eu un système d'écriture, sans doute aurait-il été utilisé, à des fins de comptabilité, à défaut d'autre chose. Compte tenu de l'absence de tels documents de première main, les personnes intéressées par la connaissance des Tarasques étaient dépendantes de quatre principales sources d'information : extrapolation à partir des données du , extrapolation à partir du début de la période hispanique (1520-1550), les données de l'archéologie, les données des documents ethno-historiques.

Les deux premières sources ont principalement à voir avec l'environnement et les questions géographiques, par exemple, nous pouvons faire des estimations sur la taille et la forme du lac Patzcuaro au cours de la période préhispanique en se basant sur ce que nous savons de sa taille et de sa forme actuelle. Nous pouvons deviner que des villes et des hameaux ont pu exister avant la Conquête, en observant ceux qui étaient présents quelques années après la Conquête. Les données actuelles sur la pluviométrie, la productivité agricole, les captures de poissons, la présence de la faune dans la région, entre autres, devraient nous aider à déterminer quelles étaient les conditions qui existaient y a cinq cents ans. Les preuves archéologiques sont intrigantes, mais encore assez pauvres. Gorenstein et Pollard commentent, Considérant que l'existence des Tarasques du bassin du Lac de Pátzcuaro à l’époque préhispanique est bien connue des mésoaméricanistes, il est remarquable de constater que peu de travaux archéologiques ont été faits dans ce bassin. Plus récemment, toutefois, Pollard a noté que l'attention des archéologues s'est détournée des œuvres monumentales relativement peu nombreuses laissées par les Tarasques, pour se tourner vers des fouilles dont ils espèrent obtenir davantage de données sur la vie quotidienne des gens du peuple. En effet, une recherche sur le Web pour les deux mots archéologie et tarasque, ramène plusieurs centaines de résultats, y compris les pages Web d’un certain nombre de jeunes archéologues pratiquant des fouilles dans la région. Une récente réunion de l'American Anthropological Association a tenu une session d'études tarasque, avec des rapports d’archéologues sur l'utilisation de l'obsidienne, la production de cuivre, les analyses des céramiques et l’étude de la frontière sud-est de l'empire. On ne peut qu'espérer que cette tendance va se poursuivre, fournissant plus de profondeur et d'étendue aux connaissances obtenues à partir de l'archéologie.

L'essentiel de nos connaissances sur la civilisation tarasque provient de « La Relation des cérémonies, des rites, des peuples et du gouvernement des Indiens de la province de Mechuacan ». Ce manuscrit daté de 1541, aujourd'hui conservé à la bibliothèque royale de l'Escorial (Espagne), comporte 140 pages divisées en trois sections : la première partie, presque entièrement perdue, était consacrée aux divinités et aux fêtes religieuses. La seconde partie narre l'histoire des Tarasques depuis l'arrivée de nomades chichimèques dans le nord du Michoacan jusqu'à la veille de la conquête espagnole. Le récit ne peut être pris au pied de la lettre puisque sa construction est structurée avant tout par la symbolique religieuse et l'idéologie politique. La troisième partie porte sur la venue des Espagnols ainsi que sur les us et coutumes des indigènes.

L'auteur de la Relation de Michoacan nous est inconnu, mais nous savons qu'il s'agissait d'un religieux espagnol de l'ordre de Saint François. À partir cet indice, plusieurs noms ont été proposés : Vasco de Quiroga (premier évêque du Michoacan), Fray Geronimo de Alcala (évangélisateur) ou encore Fray Maturino Gilberti (auteur du premier dictionnaire bilingue tarasque / espagnol). C'est à la demande du vice-roi de la Nouvelle-Espagne, Don Antonio de Mendoza, que fut entreprise la rédaction de la Relation de Michoacan. Les informations furent recueillies oralement auprès des nobles tarasques.

Parmi d'autres sources documentaires il faut compter des documents écrits à l’intérieur du royaume tarasque sous administration coloniale tout de suite après l’arrivée des espagnols, divers dictionnaires datant du et des grammaires de la langue tarasque, ainsi que des documents pertinents provenant d'autres régions du Mexique, surtout du bassin de Mexico, qui font référence aux Tarasques.